En ce moment, je suis A FOND dans Le Bureau des légendes. Et quand je dis « A FOND », en lettres majuscules, je suis en deçà de la réalité. Je trouve d’ailleurs que mes collègues me regardent bizarre, m’étonnerait pas qu’y en ait 1 ou 2 qui travaillent pour le Mossad ou le FSB (d’ailleurs je me dis que je prends des risques inconsidérés à écrire « Mossad » ou « FSB » dans un billet, putain je viens de le refaire, ça va être hyper suspect).
J’ai une tendresse particulière, comme beaucoup de fans de la série j’imagine, pour le personnage de Raymond Sisteron, interprété par Jonathan Zaccaï. Sacré Raymond.
Et là donc, je me trouve avec lui, dans un lieu public, genre restaurant d’hôtel cossu et feutré comme il arrive d’en voir dans la série. Il est accompagné de sa nana/collègue : pas la petite jeune avec qui il finit par baisouiller dans la saison 3, une autre, non identifiée.
Et ils sont en train de me former, un peu comme dans la 1ère leçon reçue par le personnage de Marina Loiseau (Sara Giraudeau) au cours de la saison 1, lorsque Malotru (Kassovitz) lui demande de choper des infos sur 2 mecs au comptoir d’un café en 15 minutes chrono. Y a plein de gens partout et Zaccaï aka Sisteron, pointe une personne, j’y vais, puis je reviens vers lui et sa collègue, il me débriefe, puis il me dit ce qui va pas, ce que j’ai bien fait, puis m’assigne une autre mission etc. Faut rester discret donc je lui refile les infos de manière détournée et non conventionnelle. Genre à un moment, je me mets à faire des grimaces et à baver mais pas de panique, c’est un code. Enfin, c’est ce que je croyais car en fait il capte rien, il me prend pour un débile.* Bon.
Et là, paf, sans transition, je me retrouve dans un bus du 3ème âge, genre voyage touristique… du 3ème âge. Je suis la seule personne en dessous de 70 ans quoi, à part peut-être le chauffeur. Suis-je leur accompagnateur? J’en sais rien mais je dois avoir une couverture quelconque puisque je comprends qu’il s’agit de ma 1ère véritable mission: je dois ramener des infos. Infiltré dans un groupe d’une soixantaine de vieux… Ils représentent une menace pour la sécurité nationale? Pire que ça: je reconnais en 2 ou 3 d’entre eux des membres actifs, et donc dangereux, du mythique « complot des vieux » de Groland.
Je suis donc aux aguets, gonflé à bloc. Ils vont pas s’en tirer comme ça ces salopards.
Et là je me réveille.
*je tiens à rassurer mon lectorat féminin: non, je ne me suis pas réveillé avec de la bave au coin des lèvres.
Paris, 1982. Patrons d’un peep show, Le Mirodrome, criblés de dettes, Franck et Serge ont l’idée de produire des petits films pornographiques avec leurs danseuses pour relancer leur établissement. Le succès est au rendez-vous et ne tarde pas à attirer l’attention de leurs concurrents. Un soir, des hommes cagoulés détruisent le Mirodrome. Ruinés, Franck et Serge sont contraints de faire affaire avec leurs rivaux. Mais ce que ces derniers ignorent, c’est que nos deux « entrepreneurs » sont des enquêteurs chargés de procéder à un coup de filet dans le business du « X » parisien. C’est le début d’une aventure dans le cinéma pornographique du début des années quatre-vingt qui va les entraîner loin. Très loin…(Allociné)
On le sait, les films sont rarement tournés dans l’ordre de leur scenario. Et il est encore plus rare que ce dernier se développe ou soit modifié au cours du tournage. Pourtant, j’ai eu cette sensation (complètement erronée donc, surtout connaissant un type aussi expérimenté et rompu aux règles cinématographiques que Cédric Anger) lors de la projection de L’Amour est une fête.
D’abord un peu entre 2 eaux, ou plutôt entre 2 genres (polar et comédie) et entre 2 humeurs (morose et débonnaire), le film choisit peu à peu son camp, comme s’il se laissait contaminer par les ondes positives qu’il diffuse, pour avancer franchement vers la lumière (au sens propre, tu comprendras quand tu auras vu le film). C’est tout le talent du réalisateur bien sûr, également auteur du scénario comme toujours, que d’avoir su mettre en place une telle progression et ménager une forme de suspense quant à nos attentes et à notre réception de son film : on peut légitimement penser au terme de son 1er tiers que le film va s’engager sur un chemin tortueux, en tout cas plus sombre que ce à quoi on pouvait s’attendre. Et puis pas du tout, donc.
Virage à 180° donc, ou presque, pour Cédric Anger, après 3 premiers films graves et notamment un précédent, La prochaine fois je viserai le cœur, très étouffant : L’Amour est une fête est une comédie, au sens propre.
Sur le fond, c’est un très joli et touchant hommage au monde du cinéma porno d’antan, comprendre d’avant le numérique, internet et les scènes tournées à la chaîne dans des chambres d’hôtel de Budapest. Un monde dans lequel il était, c’est ce qu’on dit en tout cas, et qu’on nous raconte volontiers, encore possible de s’amuser et d’apporter un certain soin, un certain savoir-faire aux films produits (réalisateurs cinéphiles, scénarios un peu écrits, utilisation de la pellicule, acteurs et actrices nourrissant encore l’espoir de passer du X au cinéma traditionnel). Hommage aussi touchant que sincère, également incarné via le caméo de 2 des stars de l’époque, Alban Ceray et Marylin Jess (les Vrais savent). Voir, aussi, la belle affiche du film, sensuelle et 70s. C’est le côté Boogie Nights du film (mais ça s’arrête là pour les similitudes, Anger s’en expliquera d’ailleurs très bien).
J’ai des réserves, notamment sur l’aspect purement comique du film (j’ai pas toujours trouvé ça très drôle, et le fait d’avoir vu le film dans une salle pleine et très enthousiaste dès les toutes 1ères secondes, un contexte très « avant-première » donc, se révèle souvent encore plus trompeur ; je pense notamment à toute la séquence du retour de Gilles Lellouche auprès de sa famille que j’ai trouvée franchement embarrassante), mais c’est un film tendre et touchant, nourri d’une certaine mélancolie et d’une petite dose de nostalgie, sans pour autant verser dans le passéisme, infusant une douce euphorie, un sentiment positif. A ranger dans la catégorie film-sourire-aux-lèvres.
L’équipe du film s’est déplacée en nombre pour le défendre : sur la photo ci-dessous, et de gauche à droite, les actrices Camille Razat, Elisa Bachir Bey et… Valeria Nicov ? j’ai oublié de qui il s’agissait…; le réalisateur Cédric Anger; et les acteurs Xavier Alcan et Gilles Lellouche. Mention spéciale d’ailleurs pour tout le casting féminin, très sexy, et filmé de façon appropriée par Anger, sans une once de vulgarité ou de putasserie.
Guillaume Canet n’était pas du voyage, au grand dam d’une large partie féminine et trentenaire du public, manifestement en attente. Elles se sont consolées avec Lellouche, aussi sympathique et vanneur qu’on l’imagine.
Marrant d’avoir enchaîné 2 AP en 3 jours : sur le coup, j’ai trouvé Mathieu Sapin confus et plat pour parler de son film (Le Poulain), avec le recul, les prises de parole de Cédric Anger se s’ont révélées encore plus cruelles pour lui. D’abord critique aux Cahiers du cinéma, puis scénariste (notamment pour Xavier Beauvois, acteur dans L’Amour est fête et génial dans le rôle d’un réalisateur de films porno), Anger a beaucoup de recul sur son métier, son film et il en parle très bien.
Séance de questions-réponses un peu courte faute, étrangement, de questions de la part du public d’autant que la salle était pleine, c’est dommage de pas en avoir profité : j’ai évidemment pensé à plein de questions SUPER intéressantes à peine sorti de la salle. Mais chouette soirée donc, et un film que je conseille.
Arnaud Jaurès, 25 ans, novice en politique, intègre par un concours de circonstances l’équipe de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle. Il devient l’assistant de Agnès Karadzic, directrice de la communication, une femme de pouvoir et d’expérience qui l’attire et le fascine. Sans l’épargner, elle l’initie aux tactiques de campagne, et à ses côtés il observe les coups de théâtre et les rivalités au sein de l’équipe, abandonnant peu à peu sa naïveté pour gravir les échelons, jusqu’à un poste très stratégique. (Allociné)
Mathieu Sapin est d’abord connu pour son travail d’illustrateur et dessinateur de BD. En 2012, il a suivi la campagne de François Hollande pour la primaire socialiste, puis s’est vu accrédité à l’Elysée pour en dessiner les coulisses (suite à l’élection d’Hollande donc). Il a tiré 2 albums de cette expérience, et aujourd’hui, un film (en 2016, il a été nommé Chevalier des arts et des lettres mais je suppose que ça n’a AUCUN RAPPORT avec ce qui précède).
Le Poulain décrit donc les arcanes à la fois d’une élection et de l’exercice du pouvoir, à travers la trajectoire d’un jeune assistant qui se retrouve au milieu de tous ces requins qui pensent qu’à leur sale djeule de petits énarques de merde : la question sera posée à Sapin à l’issue du film (« vous avez pas peur que ce genre de films détourne encore plus les gens de la politique ? ») et il confirmera que bon, c’est quand même un milieu où, on va pas se mentir, il faut bouffer les autres avant d’être bouffé soi-même. Dont acte.
Le film est donc relativement prévisible. Ce milieu qui fascine ( ?) autant qu’il dégoûte, on ne le connaît pas à moins d’y appartenir et pourtant, on sait parfaitement à quoi s’en tenir : coups bas, volte-face, trahisons, compromis etc., le film montre tout ça, pas de surprises. Il choisit de le faire sur un mode comique, via la satire. C’est là que le bât blesse pour moi : les dialogues ou situations sont eux aussi très (trop) prévisibles et sans surprises, pour ne pas dire carrément paresseux (le coup du SMS incendiaire envoyé par erreur à la personne qu’on incendie, c’est pas possible, on a pas le droit).
Le Poulain se suit néanmoins sans déplaisir (j’ai quand même soufflé et levé les yeux au ciel à plusieurs reprises), peut-être en raison de sa prévisibilité précisément, qui le rend confortable, mais aussi grâce à sa distribution, irréprochable pour le coup : Alexandra Lamy en requine volontariste, Gilles Cohen en gentil candidat un peu dépassé, Katerine en fantasque théoricien de l’ombre, tous sont épatants. Finnegan « Mike » Oldfield prête lui sa maladresse et son visage juvénile encore neuf sur les écrans au personnage du « poulain », catapulté du jour au lendemain en tant qu’assistant du personnage interprété par Alexandra Lamy, et qui apprend, puis maîtrise rapidement les rouages de ce monde qui lui était pourtant totalement inconnu.
A l’issue de la projection, traditionnelle séance de questions-réponses entre le public très grand public et le réalisateur, Mathieu Sapin donc, et son interprète principale, Alexandra Lamy. Evidemment, les gens sont là pour elle : elle se fait méthodiquement mitrailler en silence par les téléphones portables.
Elle arrivait manifestement de la salle de sport.
Séance courte et sans grand intérêt : elle a pas grand-chose à dire sur ce rôle relativement banal et transparent de femme-forte-qui-n’est-pas-une-salope-car-elle-doit-exister-comme-elle-peut-dans-un-milieu-d’hommes et j’ai trouvé que Mathieu Sapin défendait son film de manière assez maladroite et confuse, se perdant parfois dans de longues phrases pour raconter des anecdotes peu intéressantes. Et quoi de plus chiant qu’une personne qui ne sait pas raconter une anecdote sans intérêt ?
Quand même, la traditionnelle, elle aussi, question nawak de la part d’un spectateur (y en a toujours une) : « il serait possible de connaître les cachets des acteurs sur le film ? ». Oui, bien sûr, et puis on en profitera pour te glisser le fin mot sur l’assassinat de JFK par la même occasion. Les gens…
Pour pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent un jeu une nuit par semaine. Cette fois ils comptent sur Brooks, le frère charismatique de Max, pour organiser une super soirée à thème autour du polar, avec vrais faux malfrats et agents fédéraux ! Brooks a même prévu de se faire enlever…. sauf qu’il reste introuvable. En tentant de résoudre l’énigme, nos joueurs invétérés commencent à comprendre qu’ils se sont peut-être trompés sur toute la ligne. De fausse piste en rebondissement, ils n’ont plus aucun point de repère et ne savent plus s’il s’agit encore d’un jeu… ou pas. Cette nuit risque bien d’être la plus délirante – et la plus dangereuse – de toute leur carrière de joueurs… (Allociné)
Déception : Game Night est régulièrement vantée comme la meilleure comédie de l’année mais j’ai trouvé pour ma part qu’elle révélait une impasse, celle de la comédie américaine actuelle, après des années fastes.
Le pitch est malin et bien développé, suivant le principe de l’effet boule de neige : une fois la machinerie lancée (Kyle « FILF » Chandler se fait enlever non pas par des gens de l’agence qui organise la game night, mais par de vrais méchants à qui il doit du fric), les scènes et les situations s’enchaînent sans temps mort, bien rythmées, bien montées, parfois réellement surprenantes. Et on sait l’importance du rythme et du montage dans une comédie.
Le hic pour moi c’est que l’humour ne repose quasiment que sur le seul principe du commentaire sarcastique, à tout moment, quelle que soit la situation. Même, voire surtout lorsqu’elle est dramatique. Les personnages, très rapidement croqués et grossièrement caractérisés (le couple de winners forcenés, le dragueur, la cougar etc) ne bénéficient d’aucun développement: ils ont simplement tous une forte propension à se vanner les uns les autres avec le même mordant.
Ce que met en branle et ce que montre Game Night (mais du coup c’est pas inintéressant dans ce que ça révèle sur 2018) c’est un humour, et un monde donc, de smartasses, de gens qui ont toujours la répartie qui tue (ou censée tuer) et qui n’existent qu’à travers leur regard amusé et distancé sur les événements et sur les autres. Un humour dérivé d’internet et des conversations à distance (encore), qui ne connaît pas le drame de l’esprit de l’escalier puisque, séparés des autres par un écran, de téléphone ou d’ordinateur, on bénéficie toujours du confort du temps, du recul, pour la réflexion, la réécriture.
Alors certes, ça fait parfois mouche (ou souvent, selon notre sensibilité), et ce registre humoristique a été popularisé par des gens (Judd Apatow et sa bande) et des œuvres (les séries New Girl et The League sur des modes pourtant très différents) parfois brillantes voire géniales. Mais lorsqu’il est systématisé comme ici, on (en tout cas « je ») frôle l’overdose et ça révèle selon moi une certaine paresse. D’écriture avant tout, mais aussi de rapport au monde, et aux autres.
J’extrapole peut-être, et je suis sans doute un peu sévère car, encore une fois, c’est vraiment bien fichu en termes de mécanique et régulièrement drôle mais ce constat, celui de personnages et par extension, d’un monde, qui ne sait plus vivre les événements de manière naturelle, constat qui n’est pas nouveau, certes, m’a un peu déprimé.
Au début des années 60, en pleine guerre froide, Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E. retrace l’histoire de l’agent de la CIA Solo et de l’agent du KGB Kuryakin. Contraints de laisser de côté leur antagonisme ancestral, les deux hommes s’engagent dans une mission conjointe : mettre hors d’état de nuire une organisation criminelle internationale déterminée à ébranler le fragile équilibre mondial, en favorisant la prolifération des armes et de la technologie nucléaires. Pour l’heure, Solo et Kuryakin n’ont qu’une piste : le contact de la fille d’un scientifique allemand porté disparu, le seul à même d’infiltrer l’organisation criminelle. Ils se lancent dans une course contre la montre pour retrouver sa trace et empêcher un cataclysme planétaire. (Allociné)
Quand t’as réalisé 9 longs métrages mais que t’es tout aussi, voire davantage connu pour ton mariage que pour ta filmographie, il faut dire les choses telles qu’elles sont : ça pue. Et quand de surcroît il s’agit d’un ex-mariage, puisqu’il s’est achevé il y a plus de 10 ans, ça pue encore plus fort.
Et pourtant, Dieu sait par quel miracle, Guy Ritchie, l’ex de Madonna puisque c’est de lui dont il s’agit, continue à régulièrement réaliser des films… Il se fait pas trop chier ceci dit : après 2 épisodes de Sherlock Holmes (lamentables ai-je ouï dire), et avant un Roi Arthur qui avait l’air de bien refouler de la côte de maille, il s’était attaqué à l’adaptation de la série The Man From UNCLE, en français Des agents très spéciaux, avec Robert Vaughn (le brun et américain Napoleon Solo) et David Mac Callum (le blond et russe Illy Kuryakin).
Cette adaptation au au moins le mérite de rapidement situer le niveau: bas. Très bas même. C’est fou comme ce mec, Guy Ritchie donc, est mauvais quand même. Il le porte sur lui d’ailleurs le pauvre : l’air un peu bonnasse du type qui s’excuse de ce qui lui arrive et de pas pouvoir faire mieux, jamais.
« Je comprends pas ce que je fais là »
On sent bien qu’il tente des trucs (des répliques, des petits effets de style assez clippesques mais bon pourquoi pas, faut bien l’illustrer ce scenario sans originalité) mais rien ne prend. RIEN. Scènes d’action, scènes de dialogue, tout tombe irrémédiablement à plat. Par moments je me posais même la question : « mais attends, c’est censé être une réplique drôle ça ou c’est juste une réplique noyée au milieu des autres ? ». Grosse gêne. Et la scène de la torture mon Dieu mais quelle bêtise : torture du héros par un ancien nazi, ouh, c’est mal c’est horrible. Dans la foulée, inversion des rôles et torture du nazi par le héros: c’est fun. C’est cool. C’est la rigolade. Mais quel abruti.
Ce qui sauve (un peu) Agents très spéciaux, c’est son matériau de base : une adaptation de Des Agents très spéciaux, c’est, si on est pas trop con ni styliste chez Desigual, la garantie d’acteurs, de décors et de costumes, glamour et stylés. L’action se déroulant dans les années 60, décennie particulièrement fertile à ce niveau là, le film est très plaisant visuellement. C’est joli quoi. Comme un joli livre d’images qu’on prendrait plaisir à feuilleter d’un œil un peu distrait. Et puis le casting est bien, avec des acteurs jolis eux aussi, et qu’on ne s’est pas encore lassé de voir à l’écran : de gauche à droite sur la photo ci-dessous, Alicia Vikander, Armie Hammer, Henry Cavill.
C’est joli.
« C’est tout ? » C’est tout. Mais c’est dimanche soir. C’est la rentrée. La fin de l’été. C’est déjà pas mal finalement.
J’en vois des merdes chaque année. J’avoue sans mal que j’y prends parfois un certain plaisir (pervers ou masochiste, peu importe comment on le qualifie). Et sans vouloir me dédouaner ni me justifier, j’y trouve un intérêt : à choisir, vaut mieux voir uniquement des bons films évidemment mais je pense que c’est important de voir des bouses de temps à autre, pas trop souvent non plus, faut doser, mais il faut en voir pour pleinement réaliser, ou se souvenir, à quel point c’est difficile de réaliser un film. Avoir quelque chose à raconter, quelque chose de léger ou de grave, de divertissant, d’intime etc., écrire des scènes, des situations, des personnages, des dialogues, choisir toute une équipe autour de soi, des comédiens, les diriger, utiliser (ou pas) de la musique/des chansons etc etc. C’est difficile de tout réussir, et quand on y parvient, ou plutôt quand on constate que le réalisateur ou l’équipe du film, y est parvenue, c’est merveilleux bien sûr, et c’est la raison pour laquelle on continue à aller au cinéma et à aimer certains films avec passion.
Des merdes, j’en vois donc, notamment dans ce genre à part entière qu’est devenu «la comédie française grand public ». Un genre hier régulièrement noble et enthousiasmant, qui l’est de moins en moins malheureusement pour plein de raisons qu’il serait intéressant d’analyser ou de lister mais c’est pas l’objet (perso, je pense que ça a commencé à sérieusement merder lorsque le moindre comicaillon issu de Canal Plus s’est senti pousser des ailes et s’est cru légitime sur le grand écran).
Toujours est-il que « la comédie française grand public » est devenue tellement merdique dans sa globalité que nombre de papiers ont tenté d’analyser le phénomène. On peut même dire qu’il s’agit désormais d’une des marottes perverses des cinéphiles et cinéphages : jusqu’où peut-on descendre plus bas ? Quand est-ce qu’on va arrêter de prendre les gens pour des cons ? Pourquoi Franck Dubosc n’a-t-il pas les rôles qu’il mérite ? etc etc. Voir notamment l’excellent top réalisé chaque année par les gens de Slate (clique ici), qui permet à la fois de bien choisir les merdes qu’on va s’infliger avec une délectation masochiste, ou à l’inverse qui permet de mettre en lumière des films noyés au milieu du flot de sorties hebdomadaires et/ou qu’on aurait négligé pour délit de sale affiche. C’est par exemple grâce à ce top que je suis allé voir le génial Le Nouveau, une des plus belles réussites de ces dernières années, ou le très sympathique La Colle sorti l’an dernier).
Tout ça pour dire que j’ai eu beau me taper une palanquée de daubasses innommables, j’étais pas préparé à ça : Brillantissime, le 1er film écrit et réalisé par Michèle Laroque.
Honnêtement, j’ai halluciné. Sérieux ! Pour 2 raisons essentiellement.
Tout d’abord, l’ego trip : honnêtement là encore, on peut arrêter de se foutre de la gueule de Tom Cruise, Kanye West, Mariah Carey ou Cristiano Ronaldo parce que c’est des petits joueurs à côté de Mme Baroin. Brillantissime, c’est tout simplement une ode à Michèle Laroque, par Michèle Laroque. Elle est de tous les plans : cheveux attachés, lâchés, robe décolletée, robe de soirée, talons hauts, plats, manteau pied de poule, pyjama etc etc. Tout y passe. D’ailleurs on a droit à une séquence d’essayage de fringues à la Pretty Woman (ça situe le niveau d’originalité du truc déjà). En outre, ses amis, les gens qu’elle croise dans la rue (à Nice, ville où elle est née et a grandi), les commerçants, tout le monde lui répète combien elle est belle, fraîche, séduisante (je mens pas, c’est dans le film !). Hallucinant. Et du coup le titre prend une dimension intéressante puisqu’il s’agit manifestement de premier degré.
Là par exemple, elle se balade avec des fleurs offertes par les commerçants parce que « tchi’est trop belle ma chériiiiiiie! » Very Dick. Rivers, un niçois lui aussi. Putain de boucle bouclée.
L’autre raison c’est… comment dire… Y a rien dans Brillantissime. Mais quand je dis « rien » c’est vraiment RIEN : je parle pas de tension dramatique ou d’enjeux de quelque nature que ce soit évidemment, on en est pas là, mais pas de gags, pas de répliques, pas de séquence qui fasse non pas mouche, on en est pas là du tout non plus, mais qui suscite un tant soit peu d’intérêt. Rien. Nib. Nada. Ca se résume à une succession de scènes mal écrites, mal filmées, mal jouées (putain, les mecs, les acteurs je veux dire, Kad Merad, Gérard Darmon et Pascal Elbé, ne font AUCUN effort, c’est dingue) qui tombent irrémédiablement à plat. A tel point que c’est ce qui m’a tenu en éveil: « ah c’est fini là, c’était la chute? » « Non mais c’est pas le climax de la scène ça quand même?! » etc etc.
A un moment, sur les conseils de sa gynéco, ou de sa sexologue, je sais plus, j’ai commencé à plier mon linge à ce moment là parce que faut quand même pas déconner même si ça dure seulement 1h20, elle va s’acheter des sex toys dans un sex shop. Cocasse ! Elle a honte évidemment, alors elle porte un imper avec le col relevé, des lunettes de soleil pour passer inaperçue. Et quand elle arrive à la caisse, elle dit que c’est pour faire une blague à une collègue. Voilà, c’est une scène du film et c’est le gag de cette scène.
Cette scène est particulièrement embarrassante. En vérité, j’ai absolument rien compris à ce qu’elle avait essayé d’y faire.
Je passe sur les incroyables facilités scénaristiques ou les largesses prises avec la vraisemblance: j’en suis pas un forcené et je m’accommode aisément de la convention du grand-appart-sur-l’île-Saint-Louis-payé-avec-un-salaire-de-prof dans les comédies, d’autant plus lorsqu’elles sont réussies. Mais là, non seulement la nana vit dans un T56 à Nice avec vue sur la Méditerranée mais lorsque son mari la quitte (c’est ça le pitch du film: elle se fait larguer à 50 ans, elle doit se reconstruire)… ben rien, tranquilou, elle a pas besoin de bosser, ou de se remettre à bosser, ou à trouver du pognon, tout roule sans qu’il soit jamais fait la moindre mention des contraintes matérielles. OK, à ce niveau de nullité, c’est un détail mais à ce niveau de nullité, c’est aussi une circonstance aggravante.
Sa fille, qui joue le rôle de sa fille. Auto-fiction ! Et un joli pyjama qu’elle porte A MERVEILLE.
Taxi 5, que j’ai trouvé absolument immonde et devant lequel j’ai rapidement jeté l’éponge, je peux comprendre: y a des nains, des gros, du caca, Gastambide touille tout ça a minima, pour flatter les plus bas instincts de son public mais y a au moins quelques ingrédients, des gags/répliques clairement identifiables, dont on voit bien qu’ils sont censés êtres drôles. Qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu ? je ne comprends que trop bien… Mais ici: rien, encore une fois. J’insiste: le néant total ! Bordel, à qui s’adresse ce film ? Qui peut bien trouver ça sympa, mignon, drôle (puisque c’est manifestement ce que cherche à atteindre Laroque)? Qui a aimé ce film ? Sérieusement, à ce stade là, ça m’intéresse. En même temps, après ce que je viens de dire, je comprendrais que vous vous manifestiez pas. Mais si, svp, prenez un pseudo et confiez-vous, racontez-moi ce que vous avez aimé dans ce film. Vous verrez, vous vous sentirez beaucoup mieux après vous être libérés de ce poids.
Françoise Fabian. Ma nuit chez Maud (soupir).
Cerise sur le gâteau: alors que j’étais déjà scandalisé, révolté que des producteurs aient pu accepter de financer un truc pareil (non mais sans déconner hein, ça m’a mis hors de moi !), j’apprends que le film a été (en partie) crowdfundé…
Mais putain les gens, merde quoi ! Vous avez filé du pognon à Laroque pour qu’elle puisse monter son ego trip de merde puis vous raquez à nouveau pour aller voir le film ? (puisqu’en contrepartie, y a juste le nom des contributeurs au générique du film). « J’avais envie de créer une communauté de gens qui ne font pas ce métier et les embarquer sur la planète cinéma. J’avais envie de partager ça » a déclaré Michèle Laroque. « La planète cinéma »… Putain, les gens…
Sa fille joue dans un groupe de rock qui ferait passer Calogero pour Iggy Pop. D’ailleurs les gens sont assis dans la salle de concert (véridique).
Avec tout ça, c’est un des films que je retiendrai cette année, avec Phantom Thread, Under the Silver Lake, Mes Provinciales. Mieux : c’est sans doute le pire truc que j’ai vu depuis des années.
Il est possible que j’ai piqué ta curiosité et que tu aies envie de le voir maintenant mais il faut pas : c’est pas Taxi 5 ou Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu (pour citer à nouveau 2 exemples de comédies édifiantes selon moi), 2 films qu’on peut juger intéressants pour ce qu’ils révèlent de notre époque, de l’humour actuel, de la société française même, pourquoi pas. C’est juste terriblement nul et triste, un long spot d’auto-promo vide et complaisant.
À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations. (Allocine)
A chaud (je l’ai vu hier), et sachant que c’est un film-labyrinthe, ou un film-oignon, dont il faut (ou plutôt dont « on peut », si on le souhaite), enlever pas mal de couches avant d’atteindre son cœur, ou son essence, mais, encore une fois, libre à chacun de le faire puisqu’on peut tout aussi bien se laisser porter sans chercher à comprendre le pourquoi du comment, un film dense en tout cas, un film qu’il faut laisser décanter un minimum, à chaud donc, petite calotte. Calotette. Plus belle mise en scène de l’année en tout cas, avec le Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, qui a dû quitter son Los Angeles natal et fétiche pour lâcher un peu la bride à son cinéma de petit maître.
Tout juste sorti du succès critique (mérité) de It Follows, David Robert Mitchell s’est lui à l’inverse jeté à corps perdu dans Los Angeles, sa mythologie, sa topographie, sa faune. Comme sur l’affiche, il accompagne son personnage sous les eaux mystérieuses du Silver Lake (dans le district du même nom, résidence actuelle de hipsters, célébrités et membres de la communauté LGBT) pour toucher non pas le fond mais les palmiers emblématiques de la ville. Il/elle coule, et nous avec, vers le cœur de Los Angeles en quelque sorte…
Dès les premières minutes, Under the Silver Lake s’impose donc comme un nouveau film-somme et emblématique de la cité des anges, à l’image de ceux auxquels il se réfère constamment. Et que je ne citerai pas tellement la liste serait interminable…
C’est sans doute ce qui m’a le plus impressionné dans le film: j’ai rarement vu une oeuvre alignant aussi consciencieusement les références et les citations, les accumulant soit par la bande, soit par du name-dropping pur et dur, parvenir malgré tout à trouver son propre ton, absolument singulier. Non mais merde, je vais quand même le dire: le mec (David Robert Mitchell donc) parvient à créer un espèce de gigantesque mash up hitchocko-de palmo-polansko-altmano-lynchien (et j’en passe énormément donc) avec une aisance et une fluidité hallucinantes (le rythme est nonchalant, enveloppant). Un film de fétichiste, pour les fétichistes, qui réussit pourtant à créer un nombre incalculable d’images fortes, à la puissance d’évocation assez dingue. Allez, je vais le dire: à ce niveau là (la puissance d’évocation, la croyance dans l’image), ces dernières années, je retiendrai ce film et la saison 3 de Twin Peaks (je les mets pas sur un pied d’égalité, calme toi, je parle simplement de cet aspect là bien précis).
Under the Silver Lake remplit donc pleinement son cahier des charges « film de pop culture sur la pop culture ». La pop (culture), cet immense entreprise de recyclage permanent, cet éternel champ d’emprunts et de répétition, qui réussit pourtant comme par enchantement à se renouveler et à investir de nouveaux domaines, à trouver de nouvelles formes singulières ou de nouveaux chantres, de nouveaux souffles. Le film saisit et retranscrit ça de manière remarquable.
Mais ce film, aussi beau ou aussi pop soit-il, n’est pas qu’un imagier pour geek ou cinéphile hardcore.
En effet, Under the Silver Lake… bah rien du tout, je préfère ne rien dire. Ou pas grand chose : tu auras lu, peut-être, ou deviné, d’après la bande annonce, que l’intrigue est, peu ou prou, celle d’une enquête qui mène son héros de cercle interlope en personnage excentrique (Andrew Garfield, qu’on a d’abord un peu de mal à imaginer en glandeur t-shirt/slim/Converse mais qui se révèle impeccable, comme toujours), le plongeant dans un Los Angeles qui tiendrait à la fois du Grand Nulle Part (Ellroy) et de Mulholland Drive, du Hollywood de l’Âge d’or et de celui plus azimuté de notre époque. Voir à ce titre la fantastique bande originale de Richard Vreeland aka Disasterpeace, qui elle aussi parvient à conjuguer classicisme et modernité, nous emportant dans des océans de corde tantôt romanesques, tantôt angoissants (coucou Bernard Herrmann). Tout ça est vrai, mais c’est plus que ça (heureusement).
Éminemment contemporain dans sa capacité à la fois à formaliser et à théoriser la pop culture donc, Under the Silver Lake parvient également à saisir le monde de 2018 dans sa dimension à la fois ultra-technologique mais également païenne et décadente, voire apocalyptique: lors d’une soirée un personnage mentionne , une auteur de série prodige (elle a 12 ans…) qui selon lui, est celle qui saisit le mieux le zeitgeist, l’air du temps. David Robert Mitchell n’a plus 12 ans depuis longtemps mais il reste un jeune cinéaste (c’est son 3ème film seulement) et le clin d’oeil m’a paru évident. Difficile d’en dire plus là aussi, je préfère que tu vois le film vierge de tout.
J’étais à la fois très excité, très désireux de le voir ce film mais j’y croyais pas complètement: je pensais la marche trop haute pour David Robert Mitchell (Fenêtre sur cour+ Le privé + Le grand sommeil + Mulholland Drive +… +…+ ad lib, vraiment?). Mais non, il est bon le con…
A chaud, encore, il me manque une pointe de romantisme, de romanesque, d’émotion tout simplement pour hisser Under the Silver Lake tout en haut de mon top 2018 mais le film parvient à fasciner, à imprimer durablement la rétine. Qu’est ce que ça fait du bien une telle croyance dans le Cinéma…
Quel plaisir, alors qu’on a chaque jour un peu plus le sentiment d’avoir tout écouté, de ne plus pouvoir être surpris ou émerveillé par une chanson, un artiste, de tomber à la renverse par surprise à la découverte d’un groupe totalement inconnu jusque là.
Sentiment présomptueux que celui d’avoir « tout écouté » certes, mais qui repose néanmoins sur une certaine réalité: quand on écoute des dizaines d’albums, des centaines de chansons chaque année depuis plus de 30 ans, on peut légitimement je pense être pris d’un sentiment de lassitude ou d’indifférence face à des nouveautés qui ne le sont plus depuis longtemps (dans le domaine du rock ou de la pop au sens large en tout cas car non, je me suis pas encore mis au jazz ni au classique, ou si peu).
Mais lorsque la fraîcheur se lie au talent, à l’enthousiasme, à l’élégance et qu’on se prend ça entre les oreilles alors qu’on lance un album dont on n’attendait rien de particulier… C’est un sentiment merveilleux.
Fitness Forever donc. Un groupe originaire de Naples. 6 puis 7 membres dont un leader, Carlos Valderrama, aussi suave et technique que son homonyme footballeur.
Le premier album, Personal Train, est une déclaration d’intention:
De la jangle pop, des harmonies vocales, un instrumental morriconien, un titre disco: le groupe a mis toutes ses influences dans ce premier album, qui ressemble donc très exactement à un premier album (influences transparentes, enthousiasme et une maladresse charmante). Superficiel, sucré et primesautier à l’extrême, il est la bande-son d’une Italie fantasmée, celle des scooters rutilants qui parcourent les ruelles de Vérone, des gelati mangés en bord d’Adriatique ou des twists endiablés sur une terrasse de bar à Amalfi. C’est The Free Design en goguette à Sestri Levante, Burt Bacharach en vacances dans le Grossetto.
Avec Personal Train, Fitness Forever fait donc son entrée dans les groupes auteurs de la bo de l’endless summer. Avec toujours, au détour d’un changement d’accord, et comme sur tous les disques de la même catégorie, une pointe de mélancolie, celle qui révèle la conscience de l’impossibilité de cet endless summer. Un régal pour rétro-fétichistes.
4 ans après, avec son 2ème album, Cosmos, Fitness Forever franchit clairement un palier:
On prend les mêmes ingrédients (pop sixties, sunshine pop, pop orchestrale, refrains accrocheurs) et on ajoute un soupçon disco et brasilou, via une influence Marcos Valle assez évidente. Résultat: moins ouvertement rétro, moins estampillé 60s, Cosmos déroule un genre de musique totale, de pop totale en tout cas, à l’excellence et à la maturité assez dingues.
L’album s’ouvre sur un instrumental d’une suavité et d’une élégance qui donnent le ton et affirment des influences mieux digérées et une plus grande maturité dans l’exécution des morceaux, une sorte de virtuosité tranquille. On peut légitimement penser à des High Llamas italiens, ou à cet autre groupe merveilleux qui a ravi l’internationale pop en son temps et qui a aujourd’hui disparu, les canadiens Heavy Blinkers. Un album à la fois ludique et élégant, sophistiqué et immédiat. Parfait, jusqu’à sa pochette.
Le 3ème album, Tonight, est sorti fin 2017 en Italie, début 2018 en France.
Là on est davantage dans l’exercice de style, comme sur le 1er album: italo-disco toute (ou presque), jusqu’à la pochette. Cuivres rutilants, basses gouleyantes, guitares funky: ça gwooooove. C’est un peu la musique dont s’est inspiré Phoenix pour tout l’imagerie, à la fois cheap et chiadée, de son dernier album, Ti Amo. Une imagerie un peu pupute mais toujours classe (comme la pochette de l’album) et une musique au diapason, qui jamais le laisse de côté la composition et les chansons, toutes plus accrocheuses les unes que les autres.
2 grands moments sur Tonight: Canadian Ranger, euphorique et mélancolique comme le meilleur ABBA
et la conclusion, Carlo, un mid-tempo qui fait s’allier Bertrand Burgalat, Brian Wilson et Sean O’Hagan pour concourir au festival de la chanson de San Remo.
Sublime.
En 3 albums à la fois très cohérents et différents les uns des autres, Fitness Forever réaffirme une chose qu’on a tendance à oublier: l’Italie est une terre d’accueil pour les amoureux de la pop. Pas seulement sur un plan esthétique: la langue elle-même se prête merveilleusement aux mélodies sucrées, aux harmonies vocales. Composée et exécutée par des musiciens manifestement aguerris et virtuoses (le leader, Carlos Valderrama fut musicien dans un groupe de croisière, rien de mieux pour toucher à tous les styles j’imagine), la musique de Fitness Forever est à la fois érudite et immédiate, pop au sens propre encore une fois. Elle n’a pas peur d’évoquer des sentiments forts et de le faire de manière très frontale: d’aucuns parleront sans doute de sentimentalisme ou de mièvrerie mais je ne le vois pas du tout comme un défaut, au contraire. C’est de la pop, des chansons d’amour, il FAUT être sentimental.
Très référencée (j’ai cité beaucoup de noms à dessein), cette musique parvient néanmoins à une synthèse remarquable dont le résultat est véritablement unique à l’heure actuelle, sur le fond et sur la forme. C’est la bande son d’une journée d’été, chaude, radieuse, dont la plénitude porte néanmoins un soupçon de mélancolie, celle des journées déjà plus courtes du mois d’août, de la conscience qu’il faudra bientôt remiser espadrilles, t–shirts et maillots pour aller s’enfermer dans un bureau. L’illusion de l’endless summer encore une fois. Mais une illusion qui ne doit en aucun cas nous empêcher de danser, rire, aimer.
Petit bilan rapide en tâchant de pas trop me répéter par rapport à tous les billets publiés pendant la compétition.
Sur la compétition de manière générale : je l’ai trouvée de bonne tenue. Pas extraordinaire peut-être mais certainement pas honteuse ou chiante comme j’ai pu le lire ou l’entendre. Conforme à ce qu’on était en droit d’attendre finalement: des équipes de cadors (ou pseudo cadors) rincées par une saison en club de plus en plus exigeante, mais pas vraiment de surprise non plus puisque si le dernier carré était impronostiquable, laissant de côté les 3 grands favoris (Brésil, Allemagne, Espagne) on ne peut pas dire que la France, la Belgique, la Croatie et l’Angleterre soient des nations de seconde zone. Les « petits » qui pouvaient se permettre de rêver avant le début de la compétition ne sont toujours pas au rendez-vous des matches à éliminatoires (Sénégal, Corée du Sud, Maroc, Iran): l’écart est toujours trop important entre les sélections les plus « aisées » et les plus modestes pour que ces dernières puissent sinon se mettre en valeur (ça c’est toujours le cas) du moins se retrouver dans le dernier carré.
A ce titre la confrontation entre le Japon et la Belgique a été révélatrice je trouve: les courageux (et talentueux) Japonais avaient 2 buts d’avance, suffisant « normalement », une occasion en or de passer en quarts de finale… Mais avec encore 35 minutes à jouer et un réservoir de ressources (techniques, tactiques, physiques) beaucoup plus important, il était écrit que les Belges reviendraient au score (bon, une prolongation était plus probable que ce final radical et cruel). Communsymbole ce match.
On a également parlé de « la fin de la possession » à travers le fiasco de ses adeptes les plus emblématiques (Espagne, Allemagne, à un degré moindre Argentine et Brésil) et c’est sans doute juste: ce sont des équipes plus attentistes et plus verticales qui ont tiré leur épingle du jeu (France, Angleterre, Uruguay). Le sacre de la France a enfoncé le clou, avec une demie-finale « italienne », cynique, et une finale durant laquelle elle aura peu maîtrisé les événements et bénéficié de circonstances (et décisions) favorables mais fait mal à l’adversaire à chacune de ses offensives. C’est d’autant plus marquant que cette EDF possède un réservoir de talents offensifs assez dingue (et je ne parle même pas de ceux que Deschamps a laissés à la maison), qu’elle choisit donc sciemment d’utiliser de manière restrictive. Les Coupes du Monde et Euros sont en général considérés comme des « laboratoires » du jeu : les équipes les plus marquantes dictent la tendance footballistique des années à suivre (même si l’influence de plus en plus importante de la Ligue des Champions laisse une empreinte également de plus en plus forte). Et les années à venir seront donc plutôt défensives apparemment…
Le bilan:
Le plus beau but
Il y a 4 ans, j’avais adoré le petit centre piqué de Cavani pour la tête lobée de Suarez. Cette année, ma préférence va au long une-deux Cavani-Suarez, conclu par une tête acrobatique, puissante et adroite du premier, en 8èmes de finale contre le Portugal:
« Quelle belle image! »
Le plus beau moment en tribunes
C’est pas le plus beau moment évidemment mais ce qu’on retiendra des tribunes, c’est pas les supporters japonais et sénégalais qui nettoient leurs gradins mais Maradona et ses doigts balancés à on ne sait qui durant le match face au Nigéria:
Sinon, côté tribunes encore, j’en dirais pas plus parce qu’on vit dans le monde de 2018 (et je m’en réjouis), mais je retiendrai également Russie-Croatie. Les Vrais savent.
Le plus beau maillot
Pérou, version home et version away:
Brésil away, contre le Costa Rica:
Et puis je vais me répéter mais le Brésil dans sa tenue traditionnelle, maillot jaune, short bleu, chaussettes blanches, sur la pelouse verte, c’est vraiment parfait chromatiquement et esthétiquement parlant. C’est le Football.
Le plus moche maillot
J’ai trouvé qu’il y avait une grande majorité de maillots vraiment moches ou quelconques cette année : Adidas et Nike, qui se partageaient la grande majorité, là aussi, des équipements, se sont vraiment pas cassé le cul. J’ai particulièrement pas aimé les petites fioritures inutiles sur les maillots away de la France et de l’Angleterre. C’est si compliqué que ça de créer des maillots aux imprimés unis ?
A part ça, on en parle pas car on s’y est habitués mais le maillot Lustucru de la Croatie, c’est pas possible.
Aux œufs frais
La plus belle coupe dégueulasse
Y avait de la concurrence, comme à chaque édition. Neymar a marqué les esprits, à juste titre:
Quand tu réalises que t’es allé trop loin
Mais je reste sur mon choix initial de Domagoj Vida, le défenseur croate:
Entre le punk à chien et le sniper planqué dans les abords de Zagreb. Bon, après, j’irais pas le lui dire en face: t’as pas trop envie de le faire chier lui.
La plus belle coupe
Y en a pas vraiment, comme à chaque édition là aussi. Il faut quand même souligner que 2 joueurs habitués à faire n’importe quoi, Griezmann et Pogba, ont su rester sobre. C’est bieng. On parle quand même d’un type, Pogba, qui s’était dessiné une pokéball sur le crâne. UNE POKEBALL.
« Y a pas d’mot Monsieur Pogba. Y a plus d’mots »
Le plus beau match
C’est un peu le problème de cette CDM: y a eu pas mal de beaux matches et de matches palpitants (Portugal-Espagne, l’inattendu Serbie-Suisse, Allemagne-Suède) mais y a pas eu LE match dont tout le monde reparlera encore dans 20 ans comme le Brésil-Allemagne de 2014 ou la finale de 20006. Je retiendrais pour ma part le Brésil-Belgique au cours duquel les Brésiliens auraient sans doute mérité un peu mieux, en tout cas d’aller en prolongations. Nous aussi on en aurait bien pris pour 30 minutes supplémentaires, c’était du très haut niveau des 2 côtés.
Le plus beau gosse
J’en ai sélectionné 2 dans des styles très différents pour contenter mon lectorat le plus largement possible.
Kasper Schmeichel si on aime les nazis
Il a l’air aussi con et bourrin que son père en revanche.
Martin Caceres si on aime les latin lovers
Il s’est jamais vraiment imposé nulle part lui (Barcelone, Juventus, Lazio) mais il est toujours là.
Le plus moche gosse
Evidemment.
Le plus beau joueur
Modric, évidemment mais c’est pas très original et je serais pas très objectif, c’est un de mes 3 joueurs en activité préférés. Je vais donc citer un joueur que je n’aime pas beaucoup mais qui m’a bluffé, Eden Hazard
Un tournoi de haut niveau et une performance zidanesque contre le Brésil.
Mention également pour Cavani, encore lui. C’est un joueur certes enfin apprécié à sa juste valeur mais je crois qu’on en fait toujours pas assez à son sujet. C’est une perle ce joueur, doublée d’un seigneur sur le terrain et triplée d’un mec bien dans la vie (pour ce qu’on en sait en tout cas).
Le plus gentil
Protocole d’avant-match: juste avant le coup d’envoi, les 2 capitaines se serrent la pogne, serrent la main des arbitres… et ignorent totalement le pauvre gamin ou la pauvre gamine qui n’est là que pour la photo/la déco, ok, mais merde, il/elle est là, c’est dégueulasse de l’ignorer totalement ! Et pourtant y en a PAS UN qui l’a salué.e ou quoi que ce soit. Pauvre gosse quand même…
Pas un donc, sauf Granquvist, le capitaine de la Suède, contre l’Angleterre. Il a salué Kane, le capitaine anglais, puis les 3 arbitres, puis il a eu un petit geste gentil pour la gamine qui se tenait à leur côté. Elle était toute contente évidemment (pas trouvé de photo).
Pour conclure, 2 images tirées de la finale
Il me fait penser à un minus que les grands derrière lui (Infantino, sa femme, Le Graët de gauche à droite) auraient placé sur un rebord surélevé pour qu’il puisse voir correctement le match.
Seconde image, celle d’une Pussy Riot qui tape dans les mains de Kylian Mbappé.
Sait-il seulement qui sont les Pussy Riot et ce qu’elles représentent dans la Russie de Poutine? Peu importe: chacun y verra ce qu’il voudra mais je trouve cette image réconfortante dans sa spontanéité. Elle résume un peu les sentiments ambivalents que beaucoup auront eu durant cette coupe du monde, que moi j’aurais eu en tout cas : l’enthousiasme et la passion pour un événement sportif toujours aussi excitant d’un côté, la gêne de l’autre, lorsqu’on s’arrête 2 secondes sur la situation de certaines personnes et catégories de personnes en Russie.
J’avais déjà un peu traité le sujet lors de la précédente CDM au Brésil, un peu plus en détails lors de l’Euro 2016. La grande nouveauté de cette édition, c’est qu’une majorité de machs étaient diffusés sur beIN Sports…
Au rayon TF1, peu voire pas de changements :
Christian Jeanpierre – Rudi Garcia
Rudi Garcia et Christian Jeanpierre
On ne présente plus CJP. Quasiment placardisé depuis l’arrivée surprise de Grégoire Margotton il y a 2 ans, il bénéficie, et nous avec, de cette sous-exposition. Il en deviendrait presque supportable (presque), et on attend (presque là aussi), les 2 tics verbaux qui ont fait sa renommée (?) avec une certaine gourmandise: « figurez-vous Rudi, que ce joueur a une histoire incroyable blablabla » et « QUELLE EST BELLE CETTE IMAGE ! » Il a semble-t-il laissé tomber l’inénarrable concept de « corner intéressant », c’est à mettre à son crédit. Il prend sa retraite à l’issue de la CDM et quelque part, oui, je vais le dire, il va nous manquer.
CJP était donc accompagné, comme à l’Euro, de Rudi Garcia. Rudi, on le connaît, c’est un bon: quadruple vainqueur de la Coupe des Champions en tant que joueur, triple champion de France, d’Italie et d’Allemagne, 5 coupes d’Europe en tant qu’entraîneur, j’en passe. Hein? Comment? Je confonds? Bordel, le MELON du mec… A l’entendre, il met Mourinho, Guardiola et Ancelotti à l’amende. Quand il explique que De Gea a mal placé son mur contre le Portugal…
Sur la 2ème quinzaine (reprise de l’entraînement de l’OM oblige je présume), Rudi Garcia a été remplacé par l’inénarrable Youri « le Serpent » Djorkaeff.
« C’est lesquels les chinois qui étaient alliés aux nazis? »
Je vais pas revenir sur ses tares, déjà décrites dans mon précédent billet. Ca s’est évidemment pas arrangé par miracle. J’ajouterais simplement que son combo cheveu sur la langue + patate dans la bouche le rend absolument redoutable à écouter.
Enfin, Youri lors de cette coupe du monde c’est bien sûr LA punchline du tournoi, lors du match Belgique–Japon: «Ils se sont pris un contre… nucléaire je dirais» a-t-il lancé après le contre encaissé par les japonais à la dernière minute. Xavier Gravelaine et son immortel « les Allemands n’arrivent pas à trouver la solution finale » tiennent enfin un concurrent sérieux.
Grégoire Margotton – Bixente Lizarazu
Bixente Lizarazu et Grégoire Margotton
J’aimais bien Margotton sur Canal mais c’est fini, le mec a basculé: emphase, pseudo-lyrisme, psychologie à 2 balles, il est devenu insupportable.
Du coup, Bitch-and-thé, nettement plus sobre, passe bien mieux, d’autant qu’il a pas mal laissé de côté ses habituelles piques aux arrières-gauches. C’est pas du haut niveau en termes d’analyse mais c’est correc. Et puis il est toujours de bonne humeur, il n’a pas ce ton mi-blasé, mi-donneur de leçons qu’affichent pas mal de consultants, et plus particulièrement son prédécesseur (Larqué).
C’est tout pour la Une.
Je sais pas comment c’est sur SFR Sports, autre « gros » diffuseur de foot en France mais quand tu passes sur beIN, c’est tout de suite plus feutré, moins braillard que sur TF1. Les mecs se la jouent même un peu gentlemen-footeux avec leurs petits costumes Kooples. C’est ridicule mais reposant.
Sur la retransmission en elle-même, la grande différence avec TF1, c’est qu’il n’y a pas de coupure pub juste après les hymnes: scandaleux ça car ça prive d’un moment que j’aime bien (lorsque les joueurs se checkent et se souhaitent bonne chance), et surtout, ça occulte la présentation des équipes. Sérieux…
Tout ça pour dire que ça fait chier que le foot soit plus visible gratuitement par tout le monde mais y a un confort, un respect je dirais même, de l’événement, assez appréciable sur beIN Sports.
Xavier Domergue – Patrice Ferri
Patrice Ferri et Xavier Domergue
Je suis partagé: ils font tous les 2 bien vivre le match, même si Ferri à tendance à s’emballer pour pas grand chose et qu’il a une voix un peu désagréable, mais le timbre de Xavier Domergue me rappelle énormément celui de Margotton. C’est franchement troublant je trouve et déstabilisant car je guette toujours le moment où il va s’enflammer. Mais c’est un bon duo.
Philippe Genin – Grégory Paisley
Comme quoi, pas besoin d’avoir été un grand, ni même un bon joueur pour être un bon consultant (ok, c’était pas une quiche non plus et il a fait une honnête carrière mais tu vois l’idée): Gregory Paisley s’exprime bien, il intervient à bon escient et apporte toujours un éclairage pertinent. Il a été victime d’une polémique débile lors du premier match du Sénégal: il a tout de suite éteint l’incendie, dès la mi-temps du match, de manière aussi ferme qu’intelligente, du coup tout le monde a déjà oublié cette non-polémique tellement idiote que je ne rentrerai pas davantage dans les détails (et puis je sais pertinemment que t’es en train de chercher de quoi il s’agit). Un duo très agréable et sympathique en tout cas.
Julien Brun – Bruno Cheyrou
Encore un sympathique duo, qui fait preuve d’une agréable complicité (ni trop, ni pas assez)… Bon, ils sont un peu plan-plan sur beIN en fait.
Christophe Josse – Daniel Bravo
Daniel Bravo et Christophe Josse
Il a beau ressembler de plus en plus à une vieille peau qui se fait dorer la couenne sur la Promenade des Anglais, il a beau avoir un accent tapenade-aïoli parmi les plus rédhibitoires, j’ai une certaine affection pour Daniel Bravo. Parce que j’aimais bien le joueur mais surtout parce que malgré une syntaxe parfois approximative, il dit souvent des choses intéressantes. Mais faut passer outre l’accent, je comprends que ça soit pas toujours évident. Christophe Josse et ses indignations permanentes en revanche, c’est pas possible: le mec monte tellement vite dans les tours qu’il se fait régulièrement calmer par son comparse. Et puis je le supporte pas physiquement, je le trouve vulgaire. Il me fait pense à un VRP.
Jean-Charles Sabattier – Elie Baup
Pas trouvé de photo des 2 ensemble
Jean-Charles Sabattier, alias Karl-Heinz Sabattier, Monsieur Nathalie Ianetta à la ville, c’est LE spécialiste du football allemand dans le PAF. C’est le mec qui a pris allemand LV1 quoi, et qui avait un correspondant à Karslruhe. Du coup, on apprend des choses:
Joachim Löw = Yoarim Leuve Mesut Özil = Maizoutt Euzil Jonas Hector = Yonass Hectoaeur Niklas Süle = Niklass ZUUUleu Manuel Neuer = Manouel Neuyaaa FC Augsbourg = FC Ahougsbueurg
Je me moque gentiment: il sait ce qu’il dit (et il sait comment le dire) et il est très bon à la fois pour les infos qu’il délivre et pour la façon, très vivante et énergique, dont il fait vivre le match.
A part ça je fais une excellente imitation d’Elie « mmm » Baup.
Benjamin Da Silva – Omar da Fonseca
J’ai déjà chanté les louanges de mon duo préféré à plusieurs reprises, je vais pas rabâcher. Da Fonseca est de plus en plus souvent à la limite: il est devenu une petite star du microcosme, il en a conscience et on sent qu’il fait un peu le show pour le show parfois. Donc je comprends qu’il commence à saouler pas mal de monde mais pour moi ça passe encore et il me régale régulièrement car son naturel et son enthousiasme sincères et communicatifs ont toujours le dessus. Franchement, même à l’écrit, c’est sublime: