Ce qui nous lie – avant-première Gaumont Toulouse

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.(Allociné)

Motivé par une première expérience concluante pour l’avant-première de Marie-Francine, le nouveau film de Valérie Lemercier, je me suis donc rendu à celle de Ce qui nous lie, le nouveau film de Cédric Klapisch. Un cinéaste pour lequel j’ai une estime toute relative : hormis Le péril jeune, pour lequel je garde une affection et une tendresse intactes, et, à un degré moindre, le sympathique Riens du tout, je n’aime aucun de ses films. Pour rester poli.

L’AP avait lieu dans la même salle et, grosse surprise, beaucoup plus de monde : Klapisch fait donc davantage recette que Lemercier. Ca me troue un peu le cul pour être honnête. Beaucoup plus de jeunes adultes aussi, le public de Lemercier était nettement plus âgé : sans doute des fans de L’Auberge espagnole qui ont découvert le film et son réalisateur adolescents ou jeunes étudiants.

Bon, le film. Horrible, ou pas loin. Je veux bien accorder un truc à Klapisch : c’est un excellent directeur d’acteurs, doublé d’un dialoguiste parfois brillant. Les 2 ensemble, ça donne quelques scènes au naturel confondant, et qui font mouche. Pio Marmaï prend ainsi avantageusement le relais de Romain Duris, comédien fétiche de Klapisch (trop vieux pour le rôle), Ana Girardot et François Civil sont également très bons. Mais le reste bordel…

Comme il l’expliquera lui-même par la suite, il voulait rompre avec sa routine, quitter la ville. Mais tel ces neo-ruraux qui cherchent coûte que coûte à retrouver le parfum et leurs réflexes citadins une fois installés à la campagne, Klapisch greffe ses tics de cinéaste urbain sur un cadre viticole : jump cuts de merde, time lapses de merde, pseudo-trip hop de merde pour la bo. Il en résulte un genre de pub Herta 2.0, dans laquelle le pinot se substituerait au jambon.

C’est l’aspect le plus désagréable du film : sous des atours généreux, altruistes, sympathiques, Ce qui nous lie loue en réalité les valeurs éternelles de la terre, du patrimoine, du labeur patient, de la famille. Et qué s’appellério Klapisch s’y révèle en Valls ou Cazeneuve du cinéma français, des types qui se disent de gauche mais tendent méchamment vers le centre, voire plus. A base d’aphorismes tiédasses du type « L’amour c’est comme le vin, ça demande du temps » ou « C’est au moment où la terre nous appartient qu’on réalise qu’en fait, c’est nous qui lui appartenons » (c’est réellement ce que dit le personnage de Jean, interprété par Pio Marmaï). Il aurait pu ajouter que « tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse », on y aurait vu que du feu.

Et le pire c’est qu’il a réussi à me faire monter les larmes à un moment ce con : les histoires de relation père-fils contrariées (Marmaï a quitté le domaine familial pendant 10 ans et revient à la demande de son père sur son lit d’hôpital), les histoires de fratrie compliquées, ça me touche toujours beaucoup. Mais purée, les gros sabots… Jusqu’à l’impardonnable, LE truc démago et putassier par excellence : le coup du personnage adulte qui dialogue avec son personnage enfant. Frisson de la honte. Là c’est carrément du Marc Lévy ou du Guillaume Musso (je crois d’ailleurs que c’est le pitch de l’un de ses romans).
Allez j’arrête là : Klapisch et ses réflexes de clippeur des années 90 à la campagne, c’est un gros beurk.

Le réalisateur était donc présent à l’issue de la projection pour répondre aux questions du public.

Sortie le 12.

Public évidemment très enthousiaste : un film bon comme le bon pain, pétri de bons sentiments et de bon mobilier en chêne massif, ça marche toujours. Contrairement à l’avant-première du film de Lemercier, aucune question ou intervention embarrassante, au contraire : des réflexions pertinentes, sur les personnages, le scenario, la mise en scène. Et un Cédric Klapisch conforme à l’image qu’on se fait de lui : un type foncièrement sympathique qui répond avec précision et exhaustivité, s’explique en détail sur sa démarche et ses intentions. Un peu un robinet d’eau tiède à l’image de son film mais ça serait faire preuve de malhonnêteté que de ne pas lui accorder sincérité et générosité.

#95 Dionne Warwick – Sings the Bacharach & David Songbook


J’ai également acheté ce CD lors de mon 1er séjour à Londres. Là encore, c’est sans doute pas le meilleur choix qui soit mais c’est comme ça. Malgré un son un peu hasardeux, des enregistrements de qualité variable et quelques omissions dans la tracklist, c’est le disque qui m’a fait découvrir les compositions de Burt Bacharach et ça évidemment, ça ne s’oublie pas facilement. Qui plus est, parmi les innombrables interprètes de ses chansons, Dionne Warwick est celle que je préfère, de très loin (avec Dusty Springfield). Je rappelle aux jeunes générations qu’elle est, enfin, était, la tata de Whitney Houston. Et qu’elle est toujours vivante, de même que Burt Bacharach.

Mon rêve 6

Cette nuit j’ai rêvé que je passais un moment chez Katy Perry.

Oh je te vois venir mais non, c’est comme je te le dis, je passais simplement un moment chez Katy Perry. Elle était très sympathique. Oh je te vois venir mais non, elle était simplement sympathique. Et puis bon, Katy Perry et son physique de Zooey Deschanel grandie dans les strip clubs de Las Vegas plutôt que les studios d’Hollywood, ça va quoi. En revanche j’avoue une passion même pas coupable (j’y reviendrai) pour son morceau Hot’n’Cold que j’avais entendu dans la journée : ceci explique cela.

Donc on est là, tranquilles, chez elle: une villa de star comme on l’imagine et comme on en voit dans les émissions people, toute en marbre blanc et colonnes grecques un peu vulgos. Elle est très joyeuse et de très bonne compagnie (oh je te vois venir etc).

Et là elle décide qu’on va jouer à cache cache. Bon. Je trouve ça un peu incongru et puéril mais elle est un peu surexcitée, je cède à son enthousiasme.

C’est moi qui commence (à me cacher) donc je cours dans les couloirs de la baraque (c’est vraiment très grand) pour trouver une planque et là tout à coup, comme un diable sortant de sa boîte, un mec apparait : c’est Kevin Dunn, un parfait « on ne sait jamais comment ils s’appellent » qui a joué dans plein de films et séries, et que j’avais revu il y a quelques temps dans Hot Shots. D’ailleurs il a exactement la même tête que dans le film, uniforme compris:

Je comprends que lui aussi jouait à cache cache, et que c’est la raison pour laquelle je le retrouve dans une sorte de grand buffet qui s’ouvre par le haut, avec seulement sa tête qui dépasse pour me demander : « c’est bon, je peux sortir maintenant? ».

Là je flippe un peu, j’ai plein de questions qui m’assaillent : « mais bordel, ça fait combien de temps qu’il est caché? », « qu’est ce que cet acteur de seconde zone fout dans la villa de Katy Perry? », « est-ce qu’elle est sympathique avec lui? » etc etc.

Malheureusement j’aurai jamais la réponse car c’est à ce moment précis que je me réveille.

Marie-Francine – avant-première Gaumont Toulouse

Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents… … à 50 ans ! Infantilisée par eux, c’est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu’ils vont lui faire tenir, qu’elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu’elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question… (Allociné)

Le film n’est pas parfait, inégal comme souvent chez Valérie Lemercier, mais traversé de gags, répliques et détails fulgurants. On y évolue dans un contexte grand bourgeois qu’elle affectionne et connaît bien, sa zone de confort pourrait-on dire.

La nouveauté, c’est que Marie-Francine bifurque assez rapidement de la comédie pure vers la comédie romantique, lorsqu’au bout de 20 minutes, le personnage de Miguel, interprété par Patrick Timsit, fait son apparition. Là non plus, tout n’est pas parfait (un petit côté Au théâtre ce soir dans la résolution toute en quiproquos et portes closes qui pourrait être charmant mais se révèle surtout désuet) mais leur couple fonctionne très bien (à la fois leurs personnages et, plus étrangement, les 2 acteurs ensemble). C’est touchant et c’est en grande partie ce qui permet au film de laisser une bonne impression (sans oublier la bo très Schnocko-pompidolienne à base de Michel Legrand/Nana Mouskouri, Moustaki, Aznavour).

La séance était donc suivie d’une rencontre-débat avec Lemercier, Timsit et le producteur du film, Edouard Weil. Une petite demie-heure un peu brusquement écourtée: j’ignore si c’est ce qui était prévu au départ ou si ça a été décidé sur le moment. Parce que bon… Complètement hallucinantes les interventions/questions du public.

Ca démarre avec une personne en chaise roulante et s’exprimant avec difficulté. Elle tient à rendre hommage à Timsit pour ses gags sur les handicapés. Bon. S’en est suivi l’hommage d’une vieille dame à Valérie Lemercier pour sa représentation des retraités dans le film (ses parents, interprétés par les excellents Hélène Vincent et Philippe Laudenbach). C’est peut-être pas très parlant là comme ça mais honnêtement, une telle entrée en matière, sur le coup, j’ai cru à un sketch.

3ème intervention, un type situé à 3 places de moi demande la parole: « Alors Patrick, est-ce que Valérie est bonne au plumard ? » Avèque l’accent cassoulet bien sûr. Grosse gêne chez les principaux intéressés qui se montrent néanmoins de très bonne composition. Quant à moi je suis atterré.

Et ça continue : y a le type qui trouve Timsit (à qu’il il s’adresse d’ailleurs en l’appelant « Timsit » genre « Bonsoir Timsit« ) super en tant qu’acteur mais qui aimerait bien qu’il refasse des one mans shows, il aimerait bien le revoir sur scène, c’est dommage d’avoir arrêté. Bonne pâte là encore, mais un tantinet agacé quand même (on le serait à moins), le comédien lui rappelle gentiment qu’il vient de finir la tournée de son dernier spectacle et qu’il a justement joué à Toulouse en novembre dernier.

Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Edouard Weil et un type du Gaumont (le directeur?)

Y a ensuite le gars qui demande à Valérie Lemercier si elle pourrait pas lui faire une petite imitation de son personnage des Visiteurs, vraiment ça lui ferait super plaisir. Fort aimable là aussi malgré un agacement bien légitime, Lemercier esquive élégamment en rappelant que Les Visiteurs c’était quand même il y a 25 ans, qu’elle était seulement actrice et encore, uniquement dans le premier volet. Sans compter que dans le film qu’on venait de voir, un des personnages justement… (je spoile pas).

Y a aussi le gars qui a trouvé le film super et qui aimerait bien savoir quand le DVD sera disponible. Très patiente là aussi, Valérie Lemercier lui fait remarquer qu’il faut quand même que le film sorte d’abord en salles (le 31 mai). Un autre rebondit :

– Avez-vous d’autres projets de film?
– Ben déjà, on va laisser sortir celui là mais sinon, non, j’ai juste l’intention de passer mon permis de conduire.

Bim, un autre prend le micro:

– Alors moi Valérie, j’ai une SUPER idée de film pour la suite, c’est tout simplement « Je passe le permis ».
– Ha ha, oui, pourquoi pas, c’est vrai que ça s’annonce compliqué…
– Non mais vraiment, je crois que ça serait un SUPER film, vous devriez y réfléchir.

Là tu te dis peut-être que j’avais qu’à poser une question plus intelligente puisque je suis si malin que ça mais je laisserai le grand George Costanza te répondre:

Non mais sur le coup, je suis atterré voire embarrassé, de constater à quel point les gens n’ont pas de filtre et prennent la parole n’importe comment pour dire n’importe quoi (non mais sans déconner, le mec qui demande si Lemercier est « bonne au plumard », merde quoi !) mais avec le recul je trouve ça presque touchant quelque part. C’est touchant de les entendre parler avec autant de franchise et de se rendre compte qu’ils ont toujours le réflexe de se raccrocher à ce qui les concerne en premier lieu, de tout ramener à eux (paraît même que certains créent des genres de sites internet où ils racontent ce qu’ils font, ce qu’ils ont vu, rêvé, que sais-je encore).

C’était donc une bonne soirée, je crois que je vais désormais me rendre plus souvent à ce type d’avant-premières.

 

#45 La vérité si je mens! 2

Dans le quartier du Sentier, Eddie Vuibert, Dov et Yvan sont confrontés aux procédés pour le moins expéditifs de leur nouveau client, Eurodiscount, une chaîne européenne d’hypermarchés. Karine, lasse des turpitudes de son volage époux, Dov, le chasse du foyer. La bande de copains se disloque. Dov et Patrick partent tenter leur chance sous le soleil de Californie, tandis qu’Eddie et Yvan font les marchés. Entre temps, Serge, devenu livreur, noue une idylle avec Chochana Boutboul, une jeune fille de bonne famille à qui il fait croire qu’il est très fortuné. C’est alors qu’Eddie découvre que sa faillite dépasse le simple échec commercial et qu’il a été victime d’une scandaleuse escroquerie. Dès lors, il décide de se venger et conçoit un plan qui va réunir et mobiliser tous ses amis. (Allociné)

Là je sais pas trop quoi dire en fait… C’est pas mon registre humoristique de prédilection (c’est quoi comme registre d’ailleurs ?), c’est pas une comédie subversive, transgressive, novatrice, loufoque, absurde etc. Y a même pas tant de gags que ça en réalité. Et puis c’est casse-gueule, potentiellement très caricatural, voire pire. Mais le regard porté est plus tendre que réellement moqueur et ça me fait beaucoup rire, tout simplement.

Et « ça », c’est évidemment José Garcia qui trouve ici son meilleur rôle et bouffe l’écran à chacune de ses apparitions. Il bouffe en tout cas Richard Anconina qui n’est le rôle principal que sur le papier. Le génie du mec dans ce rôle de shalala loser… La vérité si je mens! 2, c’est José Garcia / Serge Benamou, point barre ! L’inverse est également vrai parce que bon, au final, il a fait quoi le José ? Ses prestations dans Nulle Part Ailleurs s’apparentaient davantage à de la bouffonnerie, c’était sympathique mais bon … Au cinéma ensuite, rien de bien significatif, et rien tout court depuis pas mal d’années maintenant.

#94 Van Dyke Parks – Idiosyncratic Path: The Best Of Van Dyke Parks

Un best of c’est un peu incongru mais alors un best of de Van Dyke Parks… Mais c’est grâce à ce disque que j’ai découvert cet artiste essentiel et tellement unique. J’y reste très attaché même si j’ai rapidement enchaîné avec les vrais albums et que 2 d’entre eux, Song Cycle et Discover America, pourraient très bien figurer dans ce top. Et puis c’est un disque que j’ai acheté lors de mon tout premier voyage en Angleterre donc il a vraiment une place toute particulière dans ma discothèque.

Corporate – critique

Emilie Tesson-Hansen est une jeune et brillante responsable des Ressources Humaines, une « killeuse ». Suite à un drame dans son entreprise, une enquête est ouverte. Elle se retrouve en première ligne. Elle doit faire face à la pression de l’inspectrice du travail, mais aussi à sa hiérarchie qui menace de se retourner contre elle. Emilie est bien décidée à sauver sa peau. Jusqu’où restera-t-elle corporate ? (Allociné)

Je n’ai pas vraiment aimé, ni détesté d’ailleurs, et j’ai trouvé ça plutôt raté dans l’ensemble. Mais Corporate me paraît intéressant pour ce qu’il révèle d’un certain cinéma français actuel : ce cinéma « du milieu », qui ne produit pas des films à gros budget (comprendre : pas d’acteur bankable au casting) mais pas non plus de véritables films à petit budget. Il ne caresse pas dans le sens du poil comme le premier, et n’a pas la potentielle radicalité du second. C’est cette position le cul entre 2 budgets qui  génère ses 2 plus gros problèmes selon moi.

Tout d’abord, le scenario : comme dans Pris de court et La mécanique de l’ombre, mais de manière nettement plus flagrante et préjudiciable, ça manque… de travail j’ai envie de dire. C’est cousu de fil blanc, sans déconner… J’ai craint ce dénouement, ultra-prévisible, vu et revu, tout en espérant y échapper, mais non malheureusement. Quelle paresse… Difficile d’en dire davantage sans spoiler mais en gros, « Le cinéma français et le manque de considération pour le scenario », épisode 3256.

Le second gros problème est directement lié au budget : un manque de vraisemblance, d’ « épaisseur » j’ai envie de dire. On a donc pour contexte une (très) grande entreprise, type Orange ou EDF (ou Engie, peu importe). L’action se déroule au siège de la boîte, 900 employés nous dit-on. Des locaux qu’on imagine gigantesques sinon pharaoniques, et beaucoup (beaucoup) d’employés de partout donc. Sauf que non : à l’écran, les 2-3 mêmes décors (le bureau de Céline Sallette, celui de Lambert Wilson, la salle de réunion) et les mêmes 10-15 acteurs/figurants. On le sait, ces derniers coûtent cher. Tourner dans Paris côute cher également, et c’est vite compliqué. Et c’est bien là le problème car du coup, on a l’impression d’évoluer dans une grosse start up alors qu’on est quand même censés toucher du doigt les rouages de la très grande entreprise, comme il en existe à tout casser une dizaine en France. Ca dessert clairement le film selon moi, ça nuit à sa vraisemblance, à son incarnation presque. Ca se regarde mais on a l’impression de voir un téléfilm en salles quoi…

Et c’est dommage car Corporate dit évidemment des choses essentielles et effrayantes. Des choses qu’on ne découvre malheureusement pas mais qu’il est bon de rappeler et que le cinéma aborde frontalement pour la 1ère fois autant que je sache. On pense aux films d’Yves Boisset pour cette volonté, sinon cette manière, de prendre à bras-le-corps et dénoncer les dérives de la société contemporaine et on a sans doute pas complètement tort.

Bon, après, je ne peux pas ne pas parler du 3ème gros défaut du film pour moi, mais pour moi seul peut-être : Céline Sallette. Y a pas, je peux pas cette fille. Et là, son physique de travelleuse et ses yeux qui disent « fais tourner » pour un rôle de DRH dans une très grande entreprise… Encore une fois, c’est très personnel mais j’ai eu beaucoup de mal.

Pris de court – critique

Nathalie est joaillère et vient de s’installer à Paris pour un nouveau travail et une nouvelle vie avec ses deux fils. Mais la direction de la bijouterie change soudainement d’avis et lui annonce que le poste ne sera pas pour elle. Nathalie veut protéger ses enfants et décide de ne rien leur dire. De ce mensonge vont naître d’autres mensonges de part et d’autre. L’engrenage commence…(Allociné)

C’est pas parfait mais j’ai beaucoup aimé.

La 1ère moitié est vraiment formidable : après une courte introduction, bam, Pris de court nous plonge tout de suite dans… la merde j’allais dire, donc je le dis, tant on épouse le point de vue et le coup de bambou essuyé par Nathalie (impeccable, et même un peu plus, Virginie Efira) : elle démarre une nouvelle vie avec ses 2 enfants grâce à un nouveau boulot, sauf que non, l’employeur change d’avis au dernier moment, la mettant dans la panade. Et elle le cache à ses enfants. Je spoile pas: c’est le pitch du film et ça se produit dans les toutes premières minutes.

Là le film, et sa réalisatrice Emmanuelle Cuau, sont très forts car ils nous plongent donc directement dans le vif du sujet après avoir néanmoins eu le temps de camper et de rendre crédibles en quelques plans et quelques échanges ce trio soudé et humain composé d’une mère courage et de ses 2 enfants. Ca tient à rien, à la façon dont Efira fait répéter une question anodine posée par son fils par exemple, mais c’est là et c’est bon.

Pendant une bonne moitié donc, le film reste sur cette ligne : économe, voire sèche, tendue. Il m’a mis la boule au ventre, littéralement, tant je ne voyais pas d’issue à l’engrenage dans lequel Nathalie et Paul, son aîné (un ado de 15 ans) ont mis le doigt. Là aussi la réalisation fait superbement son boulot : un plan qui s’attarde un peu trop, un figurant suspect (?) en arrière plan, un silence un peu trop prolongé, la catastrophe menace.

Et puis… Et puis logiquement, il se passe un truc, UN truc, énorme, qui fait basculer l’intrigue et l’accélère, et doit permettre au personnage interprété par Efira de prendre les devants. C’est là que ça coince un peu selon moi. C’est un problème de scenario et d’écriture: ça manque de vraisemblance, d’inventivité, d’audace même peut-être dans le développement de cet événement et la résolution qu’il nécessite sur un plan narratif. Oh, c’est pas honteux, loin de là et ça m’a pas gâché le film mais ça nous fait rester au niveau d’un bon film français alors qu’on aurait pu avoir droit à un coup de maître.

En cela, Pris de court m’a beaucoup fait penser à cet autre bon film français, genre de « thriller social » lui aussi, sorti en début d’année, La mécanique de l’ombre : la même simplicité, frontalité, la même tension et bim, lorsque le héros doit entrer dans la lumière comme un insecte fou, ça s’étiole un peu, on y croit moins, et le film reste au stade du « bon film » alors qu’il était parti sur des bases très élevées. Problème d’écriture là aussi : la gestion de l’action m’avait semblé à la fois trop sage, peu vraisemblable, pas très excitante.

Ceci étant, je vais encore me répéter mais Pris de court m’a beaucoup plu, c’est une très bonne surprise. Je me répète à dessein car j’imagine qu’il ne va pas rester longtemps à l’affiche, il faut aller le voir.

#44 Vampires en toute intimité

Comment fait-on quand on est vampires depuis des siècles et qu’on doit discrètement vivre en coloc en 2015 dans la banlieue de Limoges ?
C’est ce que nous propose de découvrir une équipe de documentaire, en partageant l’intimité d’une bande de potes suceurs de sang ! Geoffroy, Miguel, Aymeric et
Bernard nous ouvrent les portes de leur cœur et celle de leur quotidien un tout petit peu complexe. Comment organiser les tours de vaisselles sur 5 siècles ? Comment rentrer en boîte de nuit en redingote et chemise à jabot ? La vie éternelle, est-ce vraiment si cool ? Doit-on forcément traiter son esclave comme un esclave ? Un humain peut-il aussi être un ami et pas un diner ? Comment éteindre un pote vampire qui a pris feu sans extincteur ? Comment dévorer une fille sans lui faire passer une trop mauvaise soirée quand même ? Comment se retenir de casser la figure à JC, apprenti vampire super sympa mais super pas discret ?Autant de questions auxquelles ils n’ont pas forcément les bonnes réponses ! (Allociné)

Vampires en toute intimité est une comédie néo-zélandaise. Provenance incongrue a priori pour une comédie sauf que derrière ce film on trouve le génial Jemaine Clement, moitié placide des non moins géniaux Flight of the Conchords. Il est ici à nouveau en binôme mais pas avec Brett McKenzie, son comparse habituel au sein du groupe et de la série, mais avec qui Taika Waititi qui a co-écrit le film avec lui et y interprète le rôle principal.

Vampires en toute intimité (What we do in the shadows en vo) est un faux-documentaire, forme pas mal utilisée ces dernières années suite au succès de The Office. Il suit le quotidien d’un groupe de vampires à Auckland. Evidemment, le mode de vie qu’on imagine être celui de vampires, et qui plus est de vampires dont certains ont plusieurs centaines d’années, confrontés au monde de 2015 est source inépuisable de gags et situations comiques.

Si le procédé peut sembler facile, voire paresseux, le film est réellement très drôle, tirant à chaque fois le meilleur parti de problématiques qui paraissent cocasses mais partent toujours d’un questionnement plein de bon sens: on va où concrètement quand on est un vampire et qu’on veut sortir sans se faire repérer ? Qu’est-ce qui se passe quand on « convertit » accidentellement un humain en ne le saignant pas complètement ? Ou au contraire quand on le saigne à mort : on fait quoi de son corps au juste ? Qu’est ce qui se passe quand un crew de vampires croise son crew ennemi, celui des loups garous ? Cf le résumé du film ci-dessus, que j’avais pas lu avant de rédiger mon billet, désolé pour la redondance. Encore une fois, c’est vraiment très drôle, constamment malin et surprenant. Gros potentiel culte.

A noter enfin que le film est adapté en vf et doublé par les excellents Nicolas Charlet et Bruno Lavaine du Message à caractère informatif (on reconnaît également les voix de Fred Testot, Bruno Salomone, Alexandre Astier). Ils n’ont manifestement pas pris le boulot à la légère car c’est vraiment très réussi (ça explique aussi le choix des prénoms très Cogip ou celui de Limoges pour Auckland). Du coup le film peut être vu en VO ou en VF, au choix mais aussi dans les 2 versions si on en est fan, c’est suffisamment rare pour être souligné.

Mon rêve 5

Cette nuit, j’ai fait passer un genre d’entretien d’embauche aux candidats à l’élection présidentielle. Tcharrément.

Ca se passait dans un immense bâtiment très officiel. Genre cossu et qui impose le respect (colonnes, fenêtres XXL, 54m de hauteur sous plafond) mais austère. Soviétique.

On était plusieurs à le faire passer cet entretien, dont 2 de mes sœurs (j’en ai 3), autour d’une immense table très impressionnante et protocolaire là aussi. Les autres personnes n’étaient pas identifiées/ables. Y avait clairement un côté comité de salut public voire tribunal révolutionnaire : ça rigolait pas beaucoup.

Je sais que tous les candidats sont passés devant nous mais le fragment du rêve dont je me souviens le plus clairement était centré sur Fillon.

Don Draper

Il était assis de l’autre côté de la table, avec quelques uns de ses sbires (non identifiés itou).
Dès qu’il arrive, je suis comme une balle, je lui rentre violemment dans le lard. Un remake de l’intervention de Christine Angot. Et là, pire encore que face à elle, Fillon se démonte pas : non seulement il répond mais il contre-attaque et se montre rapidement très condescendant voire méprisant comme il sait l’être. Il fait le malin, il porte beau (j’aime bien cette expression) et arbore son insupportable petit sourire en coin de pseudo nobliau sûr de son bon droit quand il s’agit de te la mettre bien profond. A tel point que je réalise soudain qu’il a changé de place : il est plus de l’autre côté de la table avec les personnes de son équipe, il préside l’assemblée, seul. Il a tombé la veste, défait un peu sa cravate, limite les pieds sur la table le mec, tranquille.

Là c’est trop pour moi, je me lève avec la ferme intention de le remettre à sa place (dans les 2 sens). Il se lève aussi le bougre, si bien qu’on se retrouve face à face, limite front contre front, c’est ridicule. Et là on a ce bref échange qui entre directement dans mon top 5 des interventions-qui-ont-bien-rabattu-son-caquet-à-mon-interlocuteur-(dans ma tête) :

– M. Fillon, veuillez retourner à votre place je vous prie, ce n’est pas vous qui dirigez les débats ici.
– Je… euh… oui, je… je vous prie de bien vouloir m’excuser.

Il est donc retourné s’asseoir à sa place et on l’a plus entendu. Je crois qu’il a pas eu le poste au final.