Confident Royal – critique

L’extraordinaire histoire vraie d’une amitié inattendue, à la fin du règne marquant de la Reine Victoria. Quand Abdul Karim, un jeune employé, voyage d’Inde pour participer au jubilé de la reine Victoria, il est surpris de se voir accorder les faveurs de la Reine en personne.
Alors que la reine s’interroge sur les contraintes inhérentes à son long règne, les deux personnages vont former une improbable alliance, faisant preuve d’une grande loyauté mutuelle que la famille de la Reine ainsi que son entourage proche vont tout faire pour détruire.
A mesure que l’amitié s’approfondit, la Reine retrouve sa joie et son humanité et réalise à travers un regard neuf que le monde est en profonde mutation. (Allociné)

Quelques mots sur un film que j’ai beaucoup aimé car j’ai l’impression de ne parler que de films que je n’ai pas aimés (c’est pas qu’une impression en réalité).

J’ai beaucoup aimé mais honnêtement, c’est pas extraordinaire. Voire (très) moyen. Confident Royal est essentiellement un beau livre d’images, un film de vieux, un scone très goûteux certes, mais un scone. Seulement voilà: j’adore les scones, j’adore l’Angleterre, l’Histoire de l’Angleterre, avec une prédilection pour la période victorienne donc j’ai un faible pour ce type de meringue cinématographique (pas la même période mais cette année j’ai aussi beaucoup aimé My Cousin Rachel par exemple). C’est mon côté vieille anglaise comme me le dit régulièrement un collègue.

Je grossis le trait: c’est pas un chef d’oeuvre mais c’est pas honteux non plus. Disons que si on y va pour une leçon d’Histoire et/ou de cinéma… bah vaut mieux pas y aller en fait (on nous prévient d’ailleurs d’entrée que des libertés sont prises quant à la réalité historique).

Mais c’est pas honteux, sans doute parce que c’est réalisé par Stephen Frears, qu’on ne présente plus et dont le savoir-faire n’est plus à démontrer: c’est peut-être pas un génie mais c’est le genre de mec qui n’a jamais réalisé un mauvais film (enfin, il me semble). On peut toujours compter sur lui pour donner du rythme, croquer des personnages avec justesse, insérer une certaine ironie voire un certain esprit critique et c’est exactement ce qu’il fait dans Confident Royal: il privilégie nettement la relation entre les 2 personnages/acteurs principaux (d’ailleurs le film s’intitule simplement et logiquement Victoria & Abdul en version originale) mais ne se prive pas d’égratigner l’Angleterre coloniale ni les pédants pique-assiette qui composent la cour de la reine Victoria (excellente Judi Dench évidemment, nettement plus charmante que son modèle).

Après, ce qui est intéressant je trouve, c’est précisément que Frears réserve ses piques aux membres de la cour, pas à la reine elle-même, pour laquelle il montre de la bienveillance, voire de la tendresse (le poids de l’âge, de la fonction, la capacité à s’ouvrir à l’autre et à une culture, un monde, qui lui sont inconnus etc.). Déjà dans le très bon et sous-estimé The Queen, qui s’attardait en grande partie sur la relation entre la reine Elizabeth et Tony Blair, il racontait comment ce dernier, farouchement anti-monarchie et bravache lorsqu’il arrive au pouvoir, s’est peu à peu considérablement adouci jusqu’à montrer beaucoup de respect voire une certaine fascination pour sa reine.

J’ai l’impression (mais ça n’est peut-être qu’une impression) que Frears a un peu suivi le même cheminement: il a commencé en adaptant des écrits d’Hanif Kureishi ou Joe Orton (My Beutiful Laundrette, Prick Up Your Ears), des œuvres et des auteurs plutôt marginaux et subversifs, un peu dans la lignée des angry young men des années 50 et en phase avec le rock indé des années 80, puis il a peu à peu évolué jusqu’à réaliser un film tel que Confident Royal (sans qu’on puisse pour autant lui reprocher d’avoir retourné sa veste, c’est là qu’on voit que le type est fin quand même). Un film dans lequel on retrouve d’ailleurs une autre figure un peu énervée de l’Angleterre des années 80-90, le comique Eddie Izzard, interprète du fils de Victoria qui lui succédera et deviendra Edouard VII.

A croire que dans chaque anglais sommeille une vieille anglaise qui ne demande qu’à se révéler.

Mon rêve 10

Aujourd’hui, du rififi dans la work place.

J’ai déjà évoqué (enfin, il me semble) ma passion pour tout le lexique et la « novlangue » liée aux entreprises 2.0, tout ce vocabulaire marketing-franglais-nawak de merde. J’en ai appris une bonne récemment: dans une société toulousaine, les chargés de relation commerciale (déjà une périphrase inutile pour désigner des commerciaux) sont nommés, tiens toi bien, « customer lover ». Ca m’a complètement déprimé et probablement inspiré ce qui suit.

Je suis donc au bureau quoique pas au même endroit dans lequel je me rends chaque jour mais c’est bien mon lieu de travail. Il s’agit ici d’une grande salle avec une grande table entourée de chaises, genre salle du conseil d’administration d’une grande entreprise. Bon.

J’ai préparé une liste de points pour la refonte du site internet d’un client, je m’apprête à la leur adresser (c’est mon boulot dans la vraie vie réelle). Là dessus, mon patron débarque et me lance sans trop de ménagement « assieds toi, on va la regarder ensemble ». Bon.

Je m’installe donc à côté de lui, pose mon document sur la grande table et là y a un grand type qui débarque sans crier gare, la bonne cinquantaine, des lunettes, un costard un peu ringard. J’ai immédiatement pensé à Robert Bourgi, le mec qui a offert des costumes à François Fillon.

Le patron me le présente sans trop de détails comme « M. X (me souviens plus de son nom), c’est un consultant synergie qu’on a pris pour checker nos backlogs et optimiser les points d’achoppement ». J’ai envie de lever les yeux au ciel mais je réponds simplement « ok » tout en me disant « c’est curieux ce mec un peu vieux, c’est pas un connard en Stan Smith mais bon, ok ».

Il porte peut-être pas des Stan Smith mais c’est quand même un connard: il s’installe de manière à m’éjecter de la table avec l’air affairé et pénétré de ceux qui ont l’intime conviction d’avoir plus d’importance que toi. Je me lève (et je le bouscule pas) et je me tiens debout derrière eux pendant qu’ils jettent un œil à mon document. Je vois que le type met des petites marques de validation ou des points d’interrogation pendant que mon patron acquiesce sans rien dire.

Puis une phrase semble lui poser problème. Il s’attarde dessus avec son stylo, fronce les sourcils. Il finit par noter une remarque qu’il souligne vigoureusement à deux reprises: « il faudré esspliqué ça 1 peu mieux ». Là je me dis « putain mais sans déconner c’est qui ce mec qu’on a dû payer une blinde pour écrire de la merde?!?! ». Sauf que je l’ai pas pensé, je l’ai dit à haute voix: mon patron et lui lèvent les yeux vers moi et me fusillent du regard. En fait, toute la salle se fige (elle est pleine et assez bruyante, des collègues, des personnes non identifiées) et me fusille du regard. Je me retrouve évidemment bien con et un peu désemparé lorsqu’une collègue, bien identifiée elle, me lance en rigolant « mais qu’est ce que t’es con. Oh la la t’es con… T’es vraiment trop con. Con con con ».

Je me marre et je me réveille. D’ailleurs je continue à me marrer une fois réveillé.

Le sens de la fête – critique

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête. (Allociné)

J’en attendais rien de particulier. En tout cas j’y suis pas allé le couteau entre les dents: j’aime beaucoup Jean-Pierre Bacri et Vincent Macaigne et si je me doutais bien que je les verrai pas dans un film du calibre de Cherchez Hortense ou Tonnerre, j’avais suffisamment confiance en eux pour avoir choisi de tourner dans un film correc.

Et de fait, ça va, c’est pas insupportable. C’est très prévisible, très balisé, très propre (trop, beaucoup trop) mais pas insupportable. Chacun récite sa partition avec savoir-faire sinon conviction, chacun est bien dans son rôle: Bacri le râleur au grand coeur, Macaigne le dépressif balbutiant et sentimental, Gilles Lellouche la grande gueule rigolote etc etc. Chacun dit bien proprement et intelligiblement ses répliques sans que l’agitation ambiante se fasse sentir: ça m’a toujours fait marrer ça, les films où ça s’agite dans tout les sens, avec 40 personnages qui courent tout le temps de partout, des engueulades, des marrades mais ça va, on comprend bien tous les dialogues, chacun attend que l’autre ait fini pour balancer sa réplique. Bref: pendant 1h30 (ça dure quand même 2h cette plaisanterie…), Le sens de la fête est une honnête comédie populaire. J’ai dû sourire 2 fois et lever les yeux au ciel 56 fois mais c’est pas toi, c’est moi on va dire.

Seulement, dans son dernier quart, y a un truc qui m’a vraiment agacé là pour le coup et fait basculer le film du mauvais côté de la barrière.

Le sens de la fête raconte donc la préparation et le déroulement d’un mariage du point de vue de la brigade de traiteurs embauchée pour l’occasion, et dirigée par Jean-Pierre Bacri. Evidemment, y a plein d’imprévus, de bras cassés dans l’équipe (l’un d’eux d’ailleurs… c’est gros putain mais c’est gros… le mec qui arrive à la dernière minute là, sans déconner, comment on peut écrire des trucs aussi énormes? Enfin bref), donc il faut s’adapter (le maître mot de Bacri pendant tout le film).

Le personnage du moustachu là: pas possible.

Mais lorsqu’une énième boulette est commise au moment qui devait constituer le point d’orgue du mariage, il pète les plombs le Bacri. Le patron. Et il engueule ses employés. Le patron. Pire: il les fait culpabiliser. Non parce que merde, lui il est là pour tout le monde, il colmate les brèches, il est accommodant, il rend service mais kiki pense à lui, le sale patron hein? Qui? Je caricature pas, c’est ce qui est dit, sans ambiguïté: le gentil patron à bouts de nerfs vs les employés ingrats. Et je parle même pas du parallèle pas bien difficile à dresser entre Bacri, chef d’orchestre de la soirée et Nakache/Toledano, chefs d’orchestre de l’équipe de tournage.

Mieux: cette scène un peu dingue en suit une autre au cours de laquelle, croyant qu’un type rôdant autour de la salle de mariage est un inspecteur de l’URSSAF, Bacri nous sort le couplet sur les petites entreprises obligées d’employer les gens au noir, vous comprenez, nous on y arrive pas sinon, on y arrive pas nom de Dieu (là encore, je caricature pas, c’est dit quasiment comme ça mot pour mot).

Ca c’est pas possible. On passe de gentille comédie sans conséquence à véritable tract pour la Macronie. J’ai rien contre Nakache et Toledano, dont je n’avais d’ailleurs vu aucun film jusque là, je les avais même plutôt à la bonne: ils ont l’air sympa, humbles et après les 20 millions d’entrées d’Intouchables, ils filment l’histoire d’amour d’une travailleuse sociale et d’un sans-papiers (Samba), c’est pas anodin quand même. Mais ce plaidoyer pour le petit patron volontaire qui se débat alors qu’il est pilonné par les charges salariales et emmerdé par des collaborateurs pas cools, c’est… Bah c’est la France de 2017.

Money – critique

Fatigués de leurs fins de mois difficiles, trois jeunes sans avenir voient l’opportunité de gagner beaucoup d’argent en volant une mallette à un notable du Havre. Sans le savoir, ils viennent de braquer un secrétaire d’État corrompu et de voler l’argent d’une entreprise criminelle. Débute alors, une spirale qui les dépasse complètement. (Allociné)

Tiens si je parlais d’un film que j’ai aimé ? Oh ça va, pour une fois…

J’en parle parce qu’il m’a plu mais aussi parce qu’il est facile de passer à côté : parce que moins bien distribué que Blade Runner 2049 par exemple, parce que son titre hyper générique (mauvais titre, vraiment, même s’il prend son sens quand on voit le film), et parce que son affiche pas très lisible (là aussi, elle s’éclaire après visionnage mais pour les spectateurs qui choisissent quel film aller voir devant la façade du cinéma… Un truc qui m’a toujours interpellé d’ailleurs mais bon, apparemment y a plein de gens qui se disent « tiens si on allait au cinéma? » et qui décident de ce qu’ils vont aller voir une fois sur place).

C’est dommage parce que c’est vraiment bien. Je suis pas super convaincu par tout mais les réserves que je peux avoir participent en fait de la réussite du film: un trop plein scénaristique par exemple, qui frise la surchauffe mais se révèle surtout généreux, ajoutant à la frénésie et à l’absurde de cette nuit de folie; une direction d’acteurs un peu lâche qui donne en fait un côté série B. Et… c’est tout en fait. Money déroule par ailleurs sa mécanique de film (très) noir avec une science, une énergie, et forcément, une inéluctabilité qui forcent le respect et emportent l’adhésion.

On peut penser à plein de monde : les Coen pour l’enchaînement parfois improbable et absurde d’avanies, pour le côté effet boule de neige infernale et inarrêtable, De Palma pour un certain sens du baroque (le tableau final dans la maison de Louis-Do de Lencquesaing) mais, et ça n’est pas le moindre de ses charmes et de ses qualités, il renvoie surtout aux drames sociaux dont le cinéma français d’avant-guerre s’était fait une spécialité: l’action se déroule au Havre, riante cité s’il en est, et les 3 personnages principaux dont on peut dire sans trop s’avancer qu’ils sont en galère, voient simplement une opportunité de s’inventer des jours meilleurs.

On peut penser à plein de films et de réalisateurs mais à aucun en particulier, c’est aussi ça qui est chouette: Money est un genre de one shot, une grosse décharge d’adrénaline qui fonctionne de manière autonome et ne ressemble à rien de ce que le cinéma français produit en ce moment (y compris les productions à la marge type Rester vertical ou Petit paysan).

Y a vraiment un chouette côté série B au sens le plus noble du terme, dans le sens où le film investit un genre (le polar ou le film noir)  qui lui autorise des choses, visuellement et dans le propos, un peu transgressives, qu’on n’imaginerait en tout cas jamais dans un film plus « huppé ». Je pense par exemple à la scène du bébé dans le train ou à la conclusion… j’allais la qualifier mais je voudrais pas spoiler.

Je m’arrête là: j’ai rédigé ce billet à la va-vite avant tout pour t’inciter à aller le voir ce weekend car il ne va pas jouer encore bien longtemps je suppose (il n’est resté qu’une semaine dans « mon » Gaumont). C’est bon, t’iras voir Blade Runner plus tard, il va rester à l’affiche pendant 2 mois.

Une mention quand même pour le casting wtf et impeccable (Anouk Grinberg ?!?!?!) et donc pour un Benoît Magimel à l’apparence physique complètement folle: le corps de son Paul Lederman dans Cloclo, la tête de Johnny Halliday. Je sais toujours pas s’il est génial ou s’il fait n’importe quoi mais je pourrais revoir le film rien que pour lui.

Un beau soleil intérieur – critique

Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.
(Allociné)

Je sais pas pourquoi je suis allé voir ce truc alors qu’en tombant sur l’affiche dans la rue, le titre, la tronche de Binoche et la longue liste d’acteurs autour d’elle je me suis dit « popopopo c’est quoi cette horreur? »

Et en fait c’est pas si terrible que ça. C’est à la fois insupportable et juste, parfois drôle, volontairement et involontairement, parfois touchant, parfois gênant.

A un moment, la Binoche est dans son lit, elle a manifestement pleuré. Elle se redresse un peu, suffisamment pour dévoiler son oreiller taché de larmes et de bave-du-coin-des-lèvres.

A un autre moment, elle et quelques confrères du monde de l’art contemporain (elle est artiste) se rendent dans la Creuse pour un festival. Ils se baladent dans la nature et commencent à pérorer à tour de rôle sur la vraie campagne, ses paysages de rien pourtant magnifiques etc etc (parmi les pédants,  Bruno Podalydès et Bertrand Burgalat notamment). La Binoche explose alors, excédée et les renvoie à leur vanité / fatuité.

Tout ça pour dire qu’Un beau soleil intérieur prête souvent le flanc à la caricature mais qu’il semble en avoir conscience et c’est ce qui le rend intéressant: on a l’impression d’une tension et d’une recherche permanentes du ton juste, de la distance juste, difficile mais tenace, de la même manière qu’Isabelle, le personnage interprété par Juliette Binoche, cherche l’amour, le vrai.

« On a ri mais on a ri ! »

C’est assez courageux quelque part de réaliser un film aussi français, c’est à dire qui place la parole et les atermoiements amoureux au centre des enjeux (je synthétise), tout en en ayant conscience et en essayant donc de proposer quelque chose d’un peu nouveau ou, au moins, d’un peu différent. Pas toujours facile de trouver des variations autour du champ-contre champ, Claire Denis y parvient en scrutant les visages de très près, notamment celui de son actrice principale dont le film pourrait être un portrait en réalité (ce que tendrait à confirmer l’amorce de l’étonnant générique de fin).

Un beau soleil intérieur se termine nettement mieux qu’il n’a débuté, avec un enchaînement de scènes remarquables: d’abord drôle grâce au toujours génial Bruno Podalydès puis touchante avec l’énième confrontation d’Isabelle avec l’un de ses amants et enfin quasiment mythique grâce au gros Gégé, le seul, l’unique, ici dans le rôle pas du tout innocent du révélateur.

A voir donc je pense.
Après évidemment, il faut être capable
1. de se cogner un film qui s’intitule « un beau soleil intérieur ». C’est pas donné à tout le monde.
2. aussi belle soit-elle, et elle est vraiment très belle, de supporter des scènes où la Binoche pleurniche sur fond de jazz chiant. Ca aussi c’est costaud.
Parenthèse: le jazz chiant est signé, comme quasiment toujours chez Claire Denis, Stuart Staples des Tindersticks ici en mode non-mais-sans-déconner : j’ai toujours tenu les Tindersticks pour un des groupes les plus surestimés qui soient mais alors là le mec se surpasse dans l’indigence.

Et c’était pas vraiment une parenthèse car j’ai fini.

Mon rêve 9

Aujourd’hui, un cauchemar. LE cauchemar. L’horreur absolue.

Ca commence dans une grande maison dans laquelle je vis manifestement avec 2-3 personnes de mon entourage (famille, amis, je sais pas trop, elles sont pas clairement identifiées). En bord de mer (ça c’est mon rêve absolu) puisque lorsque je sors faire un tour, je vais me balader sur la plage.

Mais là ça devient vite assez craignos: les gens sont hyper agités, voire paniqués car la mer est très forte. A un moment, je me retrouve même face à une vague qui enfle, enfle, enfle jusqu’à devenir un véritable mur d’eau d’une hauteur effrayante. Ca c’est une de mes phobies: le cauchemar dans le cauchemar, trop puissant man.

La vague finit par s’écraser sur le rivage mais ça va, c’est juste une très grosse vague qui fait à peine plus de dégâts que lorsqu’on est installé au bord de l’eau et que les serviettes sont emportées par une vague un peu plus forte que les autres. Je rentre chez moi.

Et là plein de mecs et de nanas commencent à débarquer de je ne sais où. Pas n’importe qui : des mecs avec des dreadlocks et des djembés et des nanas en sarouel et sacs à miroir. L’horreur absolue je te dis.
Très vite ils s’installent, ils font comme chez eux et ils mettent un beau bordel. Comme quoi, j’ai trouvé Mother! assez naze mais il a fait son petit effet quand même.

Bon, là c’est vraiment le chaos dans la maison: y a des gens qui sourient bêtement et dodelinent de la tête comme des couillons partout, ça pue le shit et la Valstar etc. Moi je suis tellement désespéré que je m’énerve même pas, j’essaie à peine de les contrôler: « non mais faites attention quand même… » etc.
A un moment je vais dans ma chambre et y a 4-5 personnes qui commencent à s’installer sur le lit, genre pour regarder un film sur un PC portable: « non mais essayez quand même d’enlever vos chaussures si vous allez sur le lit ». Je dis ça d’une voix faible et plaintive, personne m’écoute ni ne m’entend probablement.

Et là, la catastrophe, le point de non retour: j’avais mis le 1er album de Curtis Mayfield en fond sonore en rentrant de la plage et là je vois un gars qui s’approche de la chaîne hi-fi et qui vire le disque de la platine. Je le vois très bien le gars: il a un petit chapeau de merde sur la tête, un vieux bédo au coin des lèvres, un petit sourire et les yeux plissés. Il vire Curtis de la platine pour mettre du reggae.

Là c’en est évidemment trop donc je me réveille.

Ôtez-moi d’un doute – critique

Erwan, inébranlable démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père.
Malgré toute la tendresse qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme des plus attachants, pour qui il se prend d’affection.
Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Erwan croise en chemin l’insaisissable Anna, qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. Une bombe d’autant plus difficile à désamorcer que son père d’adoption soupçonne désormais Erwan de lui cacher quelque chose…(Allociné)

Tiens si je parlais d’un film que j’ai pas aimé ? Oh ça va, pour une fois… En plus il est sorti y a un petit moment déjà, c’est dire si on s’en cogne. Seulement, y a un truc qui me chiffonne et faut que ça sorte.

J’y suis allé sur la foi de la bande-annonce et de mon « affection » pour Cécile de France. J’use de guillemets car le mot est sans doute un peu fort. Disons que je la considère très bonne actrice et que j’aime bien le personnage, l’image qu’elle renvoie. Je garde en tout cas un souvenir fort de ses prestations dans Au-delà et Le Gamin au vélo (entre autres).

J’essaie pas de me justifier d’avoir vu cette merde mais bon… C’est pas vraiment une merde d’ailleurs, c’est surtout un gentil téléfilm du samedi soir sur France 3 (ou du vendredi soir sur Arte: Ceux Qui N’ont Pas De Vie savent). Y a vraiment tous les ingrédients, à commencer par le plus important, le contexte provincial très « Reflets de France »: le Morbihan, ses petits ports sympas, sa douceur de vivre à l’aise breizh, ses… démineurs? Ah ok. Tu remplaces Cécile de France et François Damiens par Cristina Reali et Bruno Wolkowich et on est bons. Ôtez-moi d’un doute est tellement confortable en vérité qu’on devrait distribuer des plaids à chaque spectateur à l’entrée de la salle.
On y remarque aussi très rapidement l’absence tout autant essentielle de certains ingrédients, à commencer par le cinéma. Ceci dit y a une petite qualité d’écriture ici et là… Ca pantoufle sévère mais on s’ennuie pas vraiment. Jusqu’à la conclusion, que je trouve incroyablement faux-cul et glauque.

Il a déjà fait un vrai bon film François Damiens ? (question purement rhétorique, j’ai déjà ma petite idée)

Spoilers à gogo: les personnages principaux interprétés par Philippe Caroit et Ingrid Chauvin, qui sont très attirés l’un par l’autre, pourraient avoir le même père. OK. Ils font donc un test de paternité, ou un test ADN, je sais plus et on s’en fout et en gros, au moment où ils ouvrent l’enveloppe pour découvrir les résultats, soit ils se sautent dessus, soit ils repartent la queue entre les jambes (oui je suis vulgaire mais c’est ce que dit et montre littéralement la scène en question).

Évidemment, les résultats sont négatifs: ils n’ont pas le même père, ils peuvent niquer en toute impunité. Normal, on est au cinéma, on est là pour montrer des gens qui s’aiment et niquent, pas des gens de la même famille qui s’aiment mais ne niquent pas.
Mais alors que ce serait-il passé si les résultats s’étaient révélés positifs? Parce que le film joue énormément là dessus en réalité. On nous montre les 2 personnages la langue pendante, le regard de braise pour elle, le bout tout rouge pour lui, putain, ils ont même réservé une chambre d’hôtel en prévision de l’issue qu’ils souhaitent tous les deux ardemment ! La réalisatrice joue sur un suspense sacrément tordu, à tel point qu’on pense pendant tout le film, mieux, au cours même de la fameuse scène de la révélation, qu’ils sont bien (demi)frère et sœur.

Je sais pas, évidemment on est pas dans Game of Thrones, et j’aurais pas souhaité que l’issue soit différente et qu’ils vivent un amour incestueux mais je trouve ça hyper glauque de nous les montrer en train de se consumer de désir tout en nous laissant imaginer qu’ils aient le même père. Tout ça dans un feelgood movie de base, une sorte de chronique familiale qui vire à la comédie romantique. Tranquille.

Bon après, de quoi je parle là ? Ôtez-moi d’un doute est évidemment tout naze et parfaitement dispensable, c’était juste une réflexion comme ça, pour dire rien du tout.

Mother ! – critique

Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité. (Allociné)

Je situe Darren Aronofsky au même niveau que David Fincher, Christopher Nolan ou Luc Besson: le plus bas. Pour situer.

Et pourtant j’avais bien envie de le voir ce film: je dois avouer que la bande-annonce m’a intrigué et que les visuels hommages à Rosemary’s Baby aka le film qui m’a le plus terrifié de ma vie, m’ont également attiré. Je tiens Aronofsky pour une tâche mais je le pense quand même pas assez con pour ne pas sciemment et avec un but bien précis citer ainsi le chef d’oeuvre de Polanski.

Et de fait, il le cite oui. Tout comme il cite Répulsion, Le Locataire pourquoi pas. J’ai pourtant surtout pensé à La Vénus à la fourrure, cet auto-portrait à peine déguisé (?) de Polanski (sous les traits de Mathieu Amalric) et de sa relation avec Emmanuelle Seigner, qui interprétait son propre rôle (?).

Du coup dans Mother! c’est Jennifer Lawrence – plaquiste, compagne d’Aronofsky à la ville, qui s’y colle, Javier Bardem jouant le rôle d’un écrivain à succès en panne d’inspiration (très bien tous les deux). SI VOUS VOYEZ OU ON VEUT EN VENIR. Je vais m’arrêter là même si j’en ai déjà trop dit en réalité.

Hmmm là je verrais bien l’Xpro3 satin de Ripolin

Evidemment, j’imagine que ça s’excite pas mal chez les geeks ou les critiques sur le mode « rhalala bonjour l’image qu’il donne de son couple avec Jennifer Lawrence – démolition / ravalement de façade / gros oeuvre ». Pourtant c’est clairement pas ce qu’il y a de plus intéressant dans le film.

Non, ce qui est vraiment réussi dans Mother! c’est tout le volet home invasion. Le home invasion, c’est un sous-genre du film d’horreur et dans lequel, comme le nom l’indique, des étrangers s’incrustent chez des gens bien tranquilles pour manger la dernière part de pizza, poser les pieds sur la table basse, finir le rouleau de papier toilette et ne pas le remplacer, bref, mettre un beau bordel. Dernièrement par exemple, Knock Knock d’Eli Roth avec Keanu Reeves était pas mal. Là dessus, Mother! est même assez irréprochable puisque le crescendo est implacable et qu’on souffre, littéralement, en voyant ce que subit le personnage interprété par la pauvre Jennifer Lawrence – charpente / ébénisterie / menuiserie.

On va pas se mentir : j’ai cherché une photo du plan où on lui voit les nichons mais j’ai pas trouvé.

Je parle de « crescendo » mais c’est plus que ça puisque le film explose tout en vérité: c’est davantage que de la surenchère, il y a dans Mother! un sens du grotesque totalement assumé et je dois bien l’avouer, assez réjouissant.

Le problème c’est qu’Aronofsky, à l’image de Nolan, Fincher ou Alfonso Cuaron avec Gravity par exemple, se prend pour un penseur. Bon, lui il se prend même carrément pour Dieu, ni plus ni moins, et ses films sont le Messie donc faut pouvoir se coltiner avec ça. Et le problème c’est que lui et ses petits copains n’ont pas les épaules. D’ailleurs c’est pas un hasard si Nolan a réussi son meilleur film avec Dunkerque, qui est son film le plus direct, celui dans lequel il ne se sent pas obligé de nous asséner ses théories philosophico-existentialistes à 2 balles. Mother! aurait pu, aurait dû lui aussi en rester à son « simple » volet tapageur mais sa conclusion, après le grotesque jouissif de la partie home invasion, devient grotesque tout court. Ridicule. Je suis pas contre le symbolisme, pourquoi pas mais putain la lourdeur du mec…

Au bout du compte, quand le film se termine et qu’on repense à ce qu’on vient de voir (oh pas bien longtemps : le film s’oublie très vite), on se dit qu’on a trouvé ça pas mal, que ça a le mérite d’aller jusqu’au bout de ses idées, que ça a un certain panache même mais la conclusion est sans appel : tout ça manque cruellement d’intelligence.

Mon rêve 8

Aujourd’hui, une plongée sans concessions dans mon intimité et mes fluides corporels. Un genre de point de non retour donc.

Ca se passe dans la maison familiale, dont on était pas propriétaires en réalité mais bon, c’est LA maison familiale, celle dans laquelle j’ai grandi. Et j’ai envie de pisser. Mais le truc c’est que j’ai réellement envie de pisser : je suis pas réveillé puisqu’il s’agit bien d’un rêve mais je sais pas, je sens que j’ai envie de pisser.

C’était une grande maison, un immense terrain surtout, isolé dans la campagne donc je me balade pour trouver un coin tranquille : pas moyen, y a toujours quelqu’un, un frère, une soeur, un voisin qui se trouve planté là donc bon, je me retiens. A un moment, un peu en désespoir de cause, je vais dans le jardin (potager) tenu par mon père mais évidemment, il est là, en train de travailler…

Puis tout à coup et sans transition je me retrouve dans le garage, ou ce qui faisait office de garage, avec un sol en terre battue (j’ai grandi à la ferme). Là je me dis, ouf c’est bon, tranquille, mais non, la porte s’ouvre et plein de poules s’y engouffrent, qui commencent à me courser (j’ai grandi à la ferme mais j’ai jamais aimé, voire toujours eu un peu peur des poules et des volatiles en général). Y en a de plusieurs sortes et elles me coursent vraiment ces connes. Une notamment, petite et d’un blanc immaculé, me parait particulièrement agressive: je la vois en train de courir vers moi de sa démarche caractéristique, d’un côté, de l’autre, d’un côté, de l’autre, les ailes collées au corps avec l’oeil du Malin. Ni une ni deux, je me saisis d’un plumeau (un plumeau pour faire la poussière oui) et je l’agite frénétiquement et de manière ridicule devant moi pour les tenir éloignées. Ah faut pas me faire chier moi quand ça dégénère.

Et là je me réveille. Il est 5h du matin, je me lève pour pisser.

Ty Segall + Destination Lonely + Slift + Les Soldes – Le Bikini, Toulouse

4ème concert de Ty Segall en 3 ans, c’est pas mal. Evidemment, quand on sort en moyenne et au minimum 1 album par an, on tourne beaucoup. Et Ty Segall tourne beaucoup. Et je l’aime beaucoup.

Cette fois c’était dans le cadre d’un mini festival garage qui se tient chaque année au Bikini.

Les Soldes pour démarrer la soirée, pas vus. J’arrive sur Destination Lonely qui remplace Yonatan Gat. Je suis pas en super forme et le son m’agresse littéralement, je sors boire un verre illico. Ce qui m’arrive aux oreilles depuis l’extérieur me donne pas franchement envie de retourner dans la salle.

Puis c’est au tour de Slift de prendre la scène.

Ce que j’ai entendu d’eux, entre Thee Oh Sees et King Gizzard m’a bien plu, je suis curieux de voir ce que ça donne sur scène. Et là, la grosse baffe : un power trio à l’ancienne, hyper en place, hyper précis, qui déroule pendant 45 minutes un garage-psyche certes pas bien original (Thee Oh Sees/King Gizzard encore une fois) mais super prenant et super efficace. Les compos sont pas toujours au rendez-vous mais le groove est là, tendance kraut, et le guitariste joue merveilleusement de tous les effets dont il dispose. Limite ils pourraient jouer que des instrus pendant 1h sans que ça gênerait personne. Ca headbangue, ça slamme, ça ovationne: les mecs ont fait un gros carton auprès du public et c’était foutrement mérité.

Ty Segall était évidemment la tête d’affiche. Il jouait pour soutenir son album sobrement intitulé Ty Segall sorti en début d’année, en compagnie d’une « nouvelle » formation nommée The Freedom Band. J’utilise des guillemets car on y retrouve 2 de ses plus fidèles acolytes: le beau Mikal Cronin à la basse comme toujours, et le très chevelu Charles Moothart, à la batterie cette fois (il est habituellement guitariste). La seconde guitare était tenue par le trop méconnu Emmett Kelly, un type qui mène habituellement l’excellent Cairo Gang, formation acoustique ayant notamment accompagné Bonnie ‘Prince’ Billy (versatile le mec donc). Au clavier, le dénommé Ben Boye qui a également joué avec Will Oldham ou Riley Walker par exemple.

« The Freedom Band », ça ressemble à un nom de groupe américain late 60s et les 20 premières minutes du concert, géniales, le confirment : Ty Segall n’a pas son pareil pour incarner le rock le plus électrique et l’enchaînement des 5 premiers titres, dont 2 nouveaux (Alta et Fanny), laissent entrevoir un grand concert de rock américain encore, qui balaierait aussi bien les Stooges que le Grateful Dead, le Jimi Hendrix Experience ou MC5.

Mais après un Finger d’une violence assez dingue, ça se délite sérieusement et ça prend les travers… du rock américain late 60s: The Warm Hand, long morceau déjà un peu pénible sur l’album sorti cette année est ici carrément insupportable. Une longue jam complaisante où chacun y va de sa petite impro, pffff… C’est d’un chiant. Pas mal de gens reculent dans la salle voire se barrent. Carrément. Ca continue un moment sur ce mode là: le groupe est très détendu, il a l’air de bien s’amuser, nous un peu moins.

Le concert reprend un peu de tenue grâce à des morceaux plus anciens type Caesar mais c’est pas ça… Je suis vraiment pas en grande forme, ça joue beaucoup mais tout ça est bien trop auto-complaisant encore une fois. Feel, l’un des moments forts des concerts de Ty Segall depuis 3-4 ans, sinon LE moment fort, est ré-arrangé dans une version plus lente et syncopée qui le vide de toute sa sauvagerie. Sur son final, il change d’instrument avec Moothart et passe donc derrière la batterie, l’autre empoignant une guitare. Et on s’en fout.

J’ai l’impression que Ty Segall se cherche depuis Manipulator ou plutôt qu’il cherche à proposer autre chose que ce qui l’a mis sur le devant de la scène. Il ne veut pas s’enfermer dans le créneau garage-glam-pop qu’il a investi et dans lequel son talent s’épanouit le mieux selon moi, et c’est tout à son honneur mais le fait est que ce qu’il enregistre depuis est moins abouti, moins intéressant. On a l’impression qu’il se force à saloper ses chansons, qu’il fait tout son possible pour les rendre moins évidentes alors que précisément, lorsqu’il les peaufine, ça donne des classiques tel que le sublime Orange Colour Queen de ce début d’année. Qui démontre qu’il a suffisamment de ressources et surtout de talent pour qu’on ne s’en fasse pas à son sujet.