Top of not bad

En écho à mon top of shame i.e. le top des chansons dégueulasses que j’aime de façon un peu inexplicable malgré tout, voici un petit top de tubes qui n’ont pas forcément bonne presse alors qu’il s’agit selon moi de bonnes chansons. J’aurais pu en sélectionner beaucoup plus évidemment mais je me suis limité à 5, les 5 qui me sont venues à l’esprit en premier.

Eric CarmenAll By Myself

J’avoue, j’ai surtout changé d’opinion au sujet de ce morceau lorsque je me suis intéressé de plus près à la carrière d’Eric Carmen et que je suis devenu un énorme fan de son premier groupe, les Raspberries. Quand on devient fan de quelqu’un, on est plus indulgent avec ses erreurs… Bon, indépendamment de ça, c’est pas sa meilleure chanson mais c’est pas non plus la pire et surtout quand on écoute la version originale sans a priori, on réalise qu’All by Myself n’a été rendu insupportable que par celles et ceux qui l’ont reprise. Par Céline Dion, s’il faut dire les choses. Un peu comme le Without You d’Harry Nilsson et sa reprise par Mariah Carey.

Eddy MitchellLa Dernière Séance

Un titre estampillé Radio Nostalgie, et qu’a priori, seule la nostalgie justement, nous fait apprécier (+100 si t’as connu l’émission du même nom sur la 3). Sauf que non : le storytelling, le sentimentalisme, la petite guitare subtilement hispanisante, l’harmonica, le solo-de-pedal-steel que-tu-reproduis-à-la-bouche, les chœurs féminins, tout ça c’est absolument impeccable et la Dernière séance c’est ce qu’on peut faire de mieux dans le genre Nashville à Belleville. Emballé c’est pesé par un M’sieur Eddy dans toute sa bienveillante rondeur.

Katy PerryHot N Cold

En bon vieux con retro-fétichiste qui se respecte, je suis complètement largué en tubes contemporains mais parfois y a un truc qui m’arrive aux oreilles et me fait dire que voilà de la grosse pop dont je me réjouis qu’elle cartonne sur toute la planète. Dans le genre, Hot N Cold se pose un peu là : couplets rentrés, paroles eh-oh-tu-me-gonfles-à-souffler-le-chaud-et-le-froid-à-la-fin pour les filles, refrain un peu bourrin et grosse rythmique pour les garçons. Sans oublier les grosses bulles évidemment, pour les garçons itou. Bon, après, la prod est quand même bien bourrine pour le coup, ça peut fatiguer.

Taylor SwiftShake It Off

Un peu la même que ci-dessus, dans un registre plus mutin et plus subtil (et moins ouvertement sexué). Disons que Shake It Off colle bien au physique WASP et sage de Taylor Swift et que Hot N Cold va très bien lui aussi à celui davantage pupute de Katy Perry. Je trouve ça très efficace en tout cas, le genre de truc qui te fait te lever en soirée pour aller rejoindre les autres sur la piste.

Sheryl CrowAll I Wanna Do

Un titre estampillé « RTL2, le son pop-rock », soit un peu l’horreur absolue sauf que non : ce titre a un petit côté JJ Cale meets Steely Dan et s’il était signé de l’un ou l’autre, on se poserait pas la question, on trouverait ça super. Donc faut pas se poser la question: All I Wanna Do, c’est super, un modèle de morceau refrain-anônné-en-été-en-bagnole-les-vitres-baissées. « This is L.A. », impecc.

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20 euros

Au Carrefour express, devant moi, une femme entre deux âges tenant 2 paniers remplis à ras bord de provisions. Lorsque son tour arrive, elle les pose devant la caissière :

– J’ai que 20 euros, vous pourriez prendre de quoi arriver jusqu’à 20 euros s’il vous plaît ?
– Euh… Oui… Euh… OK, je peux essayer mais je sais pas ce dont vous avez besoin moi.
– Non mais c’est pas grave, j’ai que 20 euros, prenez juste pour 20 euros, n’importe quoi. Mais il faut que ça fasse 20 euros !
– OK…

2 paniers pleins à ras bord donc. Ca va des steaks surgelés aux biscuits apéritifs en passant par l’huile d’olive, les serviettes hygiéniques, les bananes, haricots verts, nettoyant javel, ampoules etc.
La caissière s’efforce de faire passer un maximum d’articles : lorsque l’un d’eux se révèle trop onéreux (l’huile d’olive par exemple), elle l’annule et en fait passer un autre. Elle les sélectionne selon leur nature en plus, mélange l’alimentaire et les produits ménagers. Patiente la nana. Patients nous aussi dans la file d’attente qui s’allonge car tout ça prend quand même un certain temps. La caissière finit par annoncer avec une pointe de fierté bien légitime :

– 20 euros 10 !
– Ah oui mais moi j’ai que 20 euros, je vous avais dit qu’il fallait que ça fasse 20 euros.

Elle tend un billet de 20 euros.

– Oui mais c’est compliqué de tomber tout pile quand même…
– Rhalala mais comment on fait alors, j’ai que 20 euros moi j’ai rien d’autre.

Elle tient toujours son PUTAIN DE BILLET DE 20 EUROS à bout de bras.

– Je vais pas tout recommencer Madame, il commence à y avoir du monde là en plus…
– Mais oui mais j’ai que 20 euros moi.

Là j’explose presque :

– Tenez, voilà les 10 centimes, on va pas y passer la journée non plus.

C’est la caissière qui me remercie, soulagée. La bonne femme dit rien, elle a l’air un poil perchée en fait. Mais surtout très conne, je crois.
J’en pouvais plus : j’aurais pas eu les 10 centimes, je crois que je lui fracassais la bouteille d’huile d’olive sur le crâne.

#46 Very Bad Trip

Au réveil d’un enterrement de vie de garçon bien arrosé, les trois amis du fiancé se rendent compte qu’il a disparu 40 heures avant la cérémonie de mariage. Ils vont alors devoir faire fi de leur gueule de bois et rassembler leurs bribes de souvenirs pour comprendre ce qui s’est passé. (Allociné)

Judd Apatow, qui est LE comedy maker le plus important et influent à Hollywood depuis une bonne dizaine d’années, n’aime pas ce film. Du tout. A tel point, l’histoire est désormais connue, qu’il lui en a inspiré un en réaction (le génial Mes meilleures amies).

En gros, Apatow reproche à Very Bad Trip sinon son machisme (ça serait de la mauvaise foi) du moins son apologie d’une camaraderie un peu trop virile, émanation des frat houses, ces immondes fraternités étudiantes remplies de garçons de bonnes famille testostéronés. Le côte « bros before hoes » en gros.

Quoiqu’il en soit, je ne vois rien de tout cela dans Very Bad Trip. Effectivement, les personnages féminins sont réduits à la portion congrue, mais ils ne sont pas rabaissés, moqués ou ridiculisés pour autant. Effectivement, les 2 gars déjà en couple dans la bande (Bradley Cooper et Ed Helms) ne sont pas les plus épanouis, voire se sentent piégés dans leur relation. Effectivement, c’est entre mecs qu’ils vont passer un weekend d’enterrement de vie de garçon mémorable à Las Vegas. Mais pas de misogynie manifeste dans Very Bad Trip, en tout cas c’est mon sentiment. Après, évidemment, le concept d’enterrement de vie de garçon à Vegas, c’est sûr, c’est pas ce qu’il y a de plus féministe…

En revanche ce que je vois, indépendamment de la drôlerie ou non de la chose qui dépendra de la subjectivité de chacun, c’est un film à la mécanique impeccablement huilée dans le genre « effet boule de neige » (un gag/une situation critique en entraîne une autre, qui en entraîne une autre etc etc). Avec, comme dans tout bon film de bande qui se respecte, une super alchimie entre les 3 acteurs, et comme dans toute bonne comédie qui se respecte, le second-voire-troisième-rôle-inattendu-qui-casse-la-baraque-à-chacune-de-ses-apparitions : ici le génial Ken Jeong qui a un peu capitalisé sur son personnage de tyran imprévisible notamment dans Community mais qui a pas mal disparu des radars ces derniers temps.

Enfin, puisque j’ai cité tous les rôles principaux (ça tombe bien que le futur marié disparaisse très rapidement et jusqu’à la fin car l’acteur est d’une grande fadeur. D’ailleurs 1. je me souviens pas de son nom 2. j’ai aucune envie d’aller chercher cette information), un mot quand même sur LA star du film, qui s’est révélée au grand public grâce à ce rôle, Zach Galifianakis. Jusque là, il a quelques petits rôles dans des sitcoms, quelques films et il fait du stand up: complètement barré, déjà, il se situe dans un registre à part, invectivant le public de façon très inconfortable et citant aussi bien Belle and Sebastian que Noam Chomsky. Il rôde le personnage de doux-dingue borderline et parfois franchement inquiétant qui fera sa renommée. La suite (Moi, Député avec Will Ferrell, la géniale série rétro-bobo Bored to Death ou encore l’OVNI Baskets) démontrera qu’il sait varier les registres. Génie, bien sûr.

Réflexions sur Twin Peaks

Comme beaucoup j’imagine, je me suis lancé dans le re-visionnage des 2 saisons de Twin Peaks, histoire de me rafraîchir le mémoire avant la diffusion de la 3ème saison.

Déjà, signaler que les meilleures pages sur la série, et sur l’oeuvre de Lynch, sont à lire dans l’indispensable ouvrage que Michel Chion lui a consacré et que voici:

Promis, tu liras jamais rien de mieux ni de plus intelligent sur lui et sur la série. Je me contenterai donc de quelques réflexions personnelles un peu à la va-vite.

– Le générique d’abord. Passée l’émotion, réelle, de le revoir, non pas pour l’écouter comme c’est régulièrement le cas depuis des années, mais pour regarder ce qui lui succède, ce sentiment renouvelé 30 fois (8 pour la saison 1, 22 pour la saison 2) de rentrer à la maison. Evidemment, la série repose en partie sur l’amour, très sincère, que Lynch porte à une certaine Amérique,celle des petites villes et de ses diners qui servent damn fine cups of coffeee et donuts, celle dans laquelle il a grandi. Et ce générique met en son et en images ce que représente Twin Peaks pour ses personnages, puis, à la longue, pour ses fans: un lieu idéalisé, un cocon rassurant qui offrira toujours chaleur et réconfort (et, oui, une damn fine cup of coffee aussi) même après les événements tragiques dont elle est le théâtre.

– Cette émotion procurée par le générique, elle trouve son prolongement dans le pilote de la série. Là encore, Michel Chion en parle mieux que quiconque: ce qui saute aux yeux, ce sont les larmes, abondantes, partagées, dramatisées à l’extrême mais toujours sincères. C’est le sens du grotesque de Lynch qui s’exprime en traduisant le drame qui se joue: le Mal a pénétré ce havre de paix et de bonté que tous croyaient préservé d’un tel drame (la suite démontrera évidemment que les choses n’étaient pas aussi simples que ça).

– Pour en revenir à la musique et à ce thème inoubliable, ce qui m’a frappé c’est que la bo de Twin Peaks dans la saison 1, c’est 4 thèmes en tout et pour tout ! Le générique bien sûr, le thème de Laura Palmer (celui qui clôt chaque épisode), le thème d’Audrey (Sherilyn Fenn), et le thème qui accompagne les scènes plus inquiétantes. J’avais pas souvenir d’une telle économie, d’une telle répétitivité. Ca participe évidemment grandement de l’expérience immersive dans un univers bien codifié et délimité.

– J’ai également été frappé par la langue et ça aussi, ça a été une totale redécouverte: plus désuet que véritablement châtié (même si les jurons et gros mots sont très rares), le parler Twin Peaks est truffé d’expressions qui semblent issues des années 50 et d’une Amérique innocente et bienveillante. Cohérence sur la forme jusqu’au bout puisque par certains aspects, Twin Peaks pourrait être une sorte de Brigadoon du Nord-Ouest des Etats-Unis, une ville figée dans le temps, ici les années 50.

– Enfin, au sujet de la saison 1, j’ai aimé constater à quel point Twin Peaks assumait totalement son côté « soap ». Je sais bien que j’enfonce une porte ouverte car c’est précisément la combinaison soap traditionnel + univers lynchien (pour faire court) qui fait de Twin Peaks cet objet si unique mais l’aspect soap est vraiment très prononcé. Amourettes adolescentes, relations sentimentales contrariées, histoires de famille, intrigues financières etc. : le générique et sa présentation très factuelle des lieux et de l’environnement de la série annonçaient déjà la couleur,  et par bien des aspects, Twin Peaks est un prolongement au 1er degré de soaps tels que Falcon Crest ou Knots Landings (Côte Ouest en France).

– Cette tonalité délibérément senti-menthe à l’eau / rocambolesque sera encore accentuée dans la saison 2 mais pas toujours à bon escient, avec des storylines parfois franchement hasardeuses, voire douteuses : ce qui concerne James notamment (le motard sentimental), et plus précisément son escapade et son aventure avec une femme mariée, ou tout ce qui tourne autour de Josie (Joan Chen) et de la scierie, c’est vraiment n’importe quoi.

– On connaît désormais bien l’histoire :  dans l’esprit de Mark Frost et de David Lynch, il fallait entretenir le mystère au maximum, si ce n’est indéfiniment, et dévoiler qui était l’assassin de Laura Palmer le plus tard possible (sinon jamais, idéalement pour Lynch). D’où une saison 2 très bancale, avec des storylines pas toujours pertinentes donc et un découpage très net : jusqu’à la révélation du tueur, on est dans la lignée de la saison 1, c’est du velours; c’est ensuite que ça part un peu dans tous les sens et que ça tâtonne pour retrouver une véritable direction (cf le point précédent).  Jusqu’à l’épisode 16 très exactement, qui voit la réapparition de Bob et du nain (cette séquence mémorable durant laquelle on le voit danser sur le lit de Josie), et qui marque une reprise en main évidente.

– Jusqu’à cet épisode 22, le dernier de la saison 2, intitulé Beyond Life and Death et réalisé par David Lynch lui-même. Episode culte, quasiment mythique et qui n’a rien perdu de sa beauté, de son mystère et de sa puissance après 25 ans: le quart d’heure (ou quasiment) se déroulant entièrement dans la Black Lodge reste le quart d’heure de télévision le plus radical et fascinant que j’ai jamais vu. Episode enfin, qui annonçait de manière on ne peut plus explicite la saison 3 à laquelle nous allons avoir droit même si évidemment, sur le coup, personne n’a rien vu venir:

Pour conclure sur une note granderemisesque i.e. futile et qui n’interpelle que moi, 3 fun facts:

– quelques épisodes ont été réalisés par Caleb Deschanel, papa de. Mais ça je le savais.

– En revanche, j’avais pas du tout percuté que Eileen Hayward, la femme du docteur, était interprétée par Mary Jo Deschanel, son épouse, et donc maman de:

Y a un truc, c’est sûr.

– Enfin, et là ça m’a scié, j’ai appris que Peggy Lipton, interprète de la belle Norma, propriétaire du Double R, le diner, était la maman de Rashida Jones:

Ici avec Quincy Jones, le papa donc. Dingue.

Dernière chose, promis: me reste à revoir le film, Twin Peaks – Fire Walk With Me. David Lynch lui-même a indiqué qu’il avait une importance capitale pour la saison 3 donc si tu n’as pas eu le temps ou la motivation pour revoir les 30 épisodes des saisons 1 et 2, tu sais ce qu’il te reste à faire.

Plus que 4 jours nom de Dieu !

Master of None – saison 2 – critique

Quelques mots sur une série récente, ça faisait longtemps. Pas la meilleure (Better Call Saul ? Je sais pas, on s’en fout évidemment mais putain, qu’est ce que c’est bien…), pas la plus attendue (Twin Peaks nom de Dieu !!!) mais un petit bonbon humble, attachant et moins anecdotique qu’il n’y paraît.

Master of None donc, qui narre les atermoiements, vicissitudes et aventures sentimentalo-professionnelles de son héros et créateur, Aziz Ansari. Stand up comedian comme on dit là-bas (ici on dit « stand-upper » apparemment et oui, c’est complètement con parce qu’un « stand-upper » pour les anglophones, c’est quelqu’un qui se tient simplement debout, par exemple dans un stade), il est devenu célèbre grâce à son rôle de Tom dans Parks and Recreation. Master of None est sa création (et celle de son pote Alan Yang), il l’a écrite, la produit, il l’interpréte, réalise des épisodes parfois, il y a mis beaucoup de sa propre histoire et de ses propres expériences. Il s’y prénomme Dev mais il fait jouer leurs rôles par ses propres parents, tu vois le genre.


Trentenaire, d’origine indienne, il fait donc partie d’une minorité et le point de départ de la série s’est d’essayer de retranscrire ce que cela signifie d’être d’origine indienne donc, mais aussi coréenne (comme Alan Yang, co-créateur de la série), afro-américaine ou encore d’être lesbienne dans le New-York de 2017. Racisme plus ou moins soft, stigmatisation routinière, doutes et questionnements personnels etc. En corollaire, on évoque régulièrement le poids des origines, de la tradition et on s’attarde sur la vie et la place de la génération des parents, voire des grands-parents, avec beaucoup de justesse et de pudeur.


Voir à ce titre le superbe épisode consacré à la pratique religieuse : les parents de Dev sont musulmans pratiquants, pas lui. Lorsque des membres de la famille, fervents pratiquants eux, leur rendent visite pendant quelques jours, les parents surjouent leur foi et encouragent Dev à faire de même, à mentir donc jusqu’à ce que… Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler mais la façon dont la série traite cette question, universelle, de ce qu’on choisit de dire à nos parents, et de ce que eux savent réellement de nous, me paraît remarquable et très émouvante.

Voir aussi ce très bel épisode qui déroule en plusieurs séquences (plusieurs repas de Thanksgiving) l’évolution du coming-out de la meilleure amie Noire et lesbienne de Dev auprès de sa mère (interprétée par la toujours très belle Angela Bassett). Très sensible là aussi.


Ca c’est l’aspect sociologisant si on peut dire, de Master of None.
La série me paraît également intéressante en ce qu’elle est, plus que n’importe quelle autre il me semble, une série de 2017 (bon, je regarde pas TOUTES les séries, loin de là, pour me permettre de dire ça, j’en regarde même de moins en moins car je sélectionne de plus en plus mais je me renseigne un peu quand même et je sais à peu près ce qui se passe. Enfin, je crois). Sans être véritablement estampillée « millenial » ou « génération Y », Master of None est la série Buzzfeed, Twitter, Instagram, Tinder, Air Bnb, smartphone par excellence : pas de placement ou de name dropping forcené non mais une « intégration » naturelle aux intrigues, à l’univers de chacun des personnages. En 2017, les réseaux sociaux, quels qu’ils soient, les applis de rencontre, quelles qu’elles soient, les smartphones comme extension de notre main, les spoilers, ça n’est plus un sujet en soi, ça n’est pas un élément sur lequel il est nécessaire de s’attarder, c’est simplement acquis, ça fait partie de notre vie, c’est la norme et ça, Master of None l’a compris mieux que quiconque je trouve.

L’arc narratif principal (la love life de Dev, ici tombé en amour pour une ravissante italienne déjà fiancée) mélange brillamment et avec humour ces 2 aspects (3 en réalité : la place des minorités, l’héritage familial, la modernité). C’était déjà le cas au cours de la saison 1 mais c’était fait de manière un peu plus artificielle, moins naturelle. On sent cette fois que la série n’a pas besoin de forcer les choses puisqu’évidemment les bases ont déjà été posées.


Ca lui permet également une plus grande liberté sur la forme : les épisodes (il y en a 10) tournent en général autour de la demie-heure mais l’un d’eux ne dure que 20 minutes, un autre 1 heure (et ça n’est pas le dernier de la saison, contrairement à une pratique répandue qui veut que les 1ers et derniers épisodes soient plus longs que les autres). Y a pas de règles. Master of None tente même des passages un peu audacieux (celui avec les sourds-muets ou la fin d’épisode qui filme en temps réel le trajet de retour chez lui en taxi de Dev sur un morceau de Soft Cell) et se permet un épisode complet, le joli I love New York, qui sort du cadre général et dans lequel les personnages principaux ne font que de la figuration.

Cette même liberté, ce naturel, se retrouvent enfin dans la bande originale, absolument géniale, à la fois populaire et exigeante, constamment surprenante, qui, à l’image des playlists ouvertes à tous les vents actuelles, peut caser des standards italiens des années 60, un titre de D’Angelo, un autre des Walker Brothers puis des Digable Planets, le plus naturellement du monde.

A noter aussi que dans le rôle du nouveau-second-rôle-qui-apporte-un-vent-de-nouveauté-sur-la-série, on a droit à l’excellent Bobby Cannavale et à sa faconde scorcesienne.

Enfin, même si on la voit déjà au-dessus, je ne peux décemment pas ne pas abattre comme argument définitif, tout à fait objectif, inattaquable et intellectuellement supérieur, que la ravissante italienne qui transperce le coeur de Dev, et qui répond au prénom de Francesca (interprétée par Alessandra Mastronardi) c’est elle:

Si tu vois ce que je veux dire.

Ce qui nous lie – avant-première Gaumont Toulouse

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.(Allociné)

Motivé par une première expérience concluante pour l’avant-première de Marie-Francine, le nouveau film de Valérie Lemercier, je me suis donc rendu à celle de Ce qui nous lie, le nouveau film de Cédric Klapisch. Un cinéaste pour lequel j’ai une estime toute relative : hormis Le péril jeune, pour lequel je garde une affection et une tendresse intactes, et, à un degré moindre, le sympathique Riens du tout, je n’aime aucun de ses films. Pour rester poli.

L’AP avait lieu dans la même salle et, grosse surprise, beaucoup plus de monde : Klapisch fait donc davantage recette que Lemercier. Ca me troue un peu le cul pour être honnête. Beaucoup plus de jeunes adultes aussi, le public de Lemercier était nettement plus âgé : sans doute des fans de L’Auberge espagnole qui ont découvert le film et son réalisateur adolescents ou jeunes étudiants.

Bon, le film. Horrible, ou pas loin. Je veux bien accorder un truc à Klapisch : c’est un excellent directeur d’acteurs, doublé d’un dialoguiste parfois brillant. Les 2 ensemble, ça donne quelques scènes au naturel confondant, et qui font mouche. Pio Marmaï prend ainsi avantageusement le relais de Romain Duris, comédien fétiche de Klapisch (trop vieux pour le rôle), Ana Girardot et François Civil sont également très bons. Mais le reste bordel…

Comme il l’expliquera lui-même par la suite, il voulait rompre avec sa routine, quitter la ville. Mais tel ces neo-ruraux qui cherchent coûte que coûte à retrouver le parfum et leurs réflexes citadins une fois installés à la campagne, Klapisch greffe ses tics de cinéaste urbain sur un cadre viticole : jump cuts de merde, time lapses de merde, pseudo-trip hop de merde pour la bo. Il en résulte un genre de pub Herta 2.0, dans laquelle le pinot se substituerait au jambon.

C’est l’aspect le plus désagréable du film : sous des atours généreux, altruistes, sympathiques, Ce qui nous lie loue en réalité les valeurs éternelles de la terre, du patrimoine, du labeur patient, de la famille. Et qué s’appellério Klapisch s’y révèle en Valls ou Cazeneuve du cinéma français, des types qui se disent de gauche mais tendent méchamment vers le centre, voire plus. A base d’aphorismes tiédasses du type « L’amour c’est comme le vin, ça demande du temps » ou « C’est au moment où la terre nous appartient qu’on réalise qu’en fait, c’est nous qui lui appartenons » (c’est réellement ce que dit le personnage de Jean, interprété par Pio Marmaï). Il aurait pu ajouter que « tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse », on y aurait vu que du feu.

Et le pire c’est qu’il a réussi à me faire monter les larmes à un moment ce con : les histoires de relation père-fils contrariées (Marmaï a quitté le domaine familial pendant 10 ans et revient à la demande de son père sur son lit d’hôpital), les histoires de fratrie compliquées, ça me touche toujours beaucoup. Mais purée, les gros sabots… Jusqu’à l’impardonnable, LE truc démago et putassier par excellence : le coup du personnage adulte qui dialogue avec son personnage enfant. Frisson de la honte. Là c’est carrément du Marc Lévy ou du Guillaume Musso (je crois d’ailleurs que c’est le pitch de l’un de ses romans).
Allez j’arrête là : Klapisch et ses réflexes de clippeur des années 90 à la campagne, c’est un gros beurk.

Le réalisateur était donc présent à l’issue de la projection pour répondre aux questions du public.

Sortie le 12.

Public évidemment très enthousiaste : un film bon comme le bon pain, pétri de bons sentiments et de bon mobilier en chêne massif, ça marche toujours. Contrairement à l’avant-première du film de Lemercier, aucune question ou intervention embarrassante, au contraire : des réflexions pertinentes, sur les personnages, le scenario, la mise en scène. Et un Cédric Klapisch conforme à l’image qu’on se fait de lui : un type foncièrement sympathique qui répond avec précision et exhaustivité, s’explique en détail sur sa démarche et ses intentions. Un peu un robinet d’eau tiède à l’image de son film mais ça serait faire preuve de malhonnêteté que de ne pas lui accorder sincérité et générosité.

#95 Dionne Warwick – Sings the Bacharach & David Songbook


J’ai également acheté ce CD lors de mon 1er séjour à Londres. Là encore, c’est sans doute pas le meilleur choix qui soit mais c’est comme ça. Malgré un son un peu hasardeux, des enregistrements de qualité variable et quelques omissions dans la tracklist, c’est le disque qui m’a fait découvrir les compositions de Burt Bacharach et ça évidemment, ça ne s’oublie pas facilement. Qui plus est, parmi les innombrables interprètes de ses chansons, Dionne Warwick est celle que je préfère, de très loin (avec Dusty Springfield). Je rappelle aux jeunes générations qu’elle est, enfin, était, la tata de Whitney Houston. Et qu’elle est toujours vivante, de même que Burt Bacharach.