#93 Sébastien Tellier – Sexuality

J’ai parlé à plusieurs reprises de mon affection pour celui qui est un des phares de Grande remise (ici et ici par exemple).

Sébastien Tellier aime changer de style pour chacun de ses albums : brasilou sur L’Aventura, electro mystico-bourrine sur My God Is Blue etc.
Sexuality, c’est l’album de l’electro classieuse et putassière à la fois, illustrée par cette sublime pochette, incarnée par la figure du Daft Punk Guy-Manuel de Homem Christo producteur de l’album, et synthétisée dans le génial Sexual Sportswear (ce titre, déjà).

Album sensuel voire priapique par moments, Sexuality est avec le recul son chef d’œuvre : Roche, Kilometer, Divine, que des tubes. Et L’amour et la violence bien sûr, un classique absolu et le morceau qui restera de lui, avec La ritournelle.

#53 Mellow – Dragonfly

mellow - dragonfly

Parmi les artistes/groupes plus ou moins estampillés French touch et plus ou moins rétro-futuristes apparus au tournant de l’an 2000 et dans le sillage du Moon Safari de Air, les parisiens de Mellow sont les seuls à avoir disparu un peu brutalement, alors que les autres (Rob, Phoenix, Sébastien Tellier) s’en sont tous bien tiré.

Mellow est né sous l’impulsion de Patrick Woodcock (un briton cousin de Raoul Bitembois ?), étudiant en architecture en compagnie de Nicolas Godin de Air. Logiquement, on l’entend sur les 1ers enregistrements des Versaillais : le sublime tuba de Ce matin là ou Casanova 70, c’est lui. Logiquement, toujours, il crée rapidement son propre groupe en compagnie du dénommé Pierre Bégon-Lours. Qui, logiquement encore, sonne comme un juke-box parfait des années 66-73. Dont tout un chacun sait qu’il s’agit des meilleures. Logiquement.

Dragonfly est le deuxième album de Mellow. Il s’agit de la bande-originale du film CQ de Roman Coppola. L’intrigue du film se situe durant le tournage d’un film, Dragonfly, genre de Danger Diabolik ou de Barbarella bis, une fantaisie 60s-pop donc, parasitée par les événements de mai 68 (le tournage a lieu en France). On pourrait croire que le groupe s’est un peu noyé dans le projet et qu’il n’a pas totalement eu la main (puisqu’il s’agit d’une commande) mais je pense au contraire que c’est ici qu’on entend le meilleur de Mellow : leur son patiné et rétro qui nécessite instruments et matériel d’époque a sans doute bénéficié d’un budget assez confortable (ça paie pas mal de composer des bo…).

Du coup, Drangonfly, le disque, est un véritable festival d’effets électroniques vintages, de cordes, sitars, choeurs planants, qui s’allient pour rendre hommage aux bo de l’époque : celles des séries B italiennes type Danger Diabolik donc mais aussi celles composées par François de Roubaix, Henri Mancini ou Burt Bacharach. En un mot comment en cent, ça vintage sec, ça vintage dur, et ça vintage très, très bien: au-delà d’un exercice de pastiche amoureux, Mellow parvient à insuffler sa patte, avec des lignes mélodiques caractéristiques et très identifiables qu’on retrouve sur ses 2 autres albums (le premier, Another Mellow Winter et le 3ème, Perfect Colors).

Le groupe a sorti un EP en 2014, City Lights, son premier enregistrement depuis 10 ans. Très chouette. Il était censé annoncer un 4ème album prévu pour 2015. Bon. On est plus à un 1 ou 2 ans près remarque.
C’est en tout cas un retour qui me fera très plaisir, j’adore ce groupe que je croyais définitivement disparu.

Cocosuma

Depuis plus de 10 ans, chaque été, je reviens immanquablement vers les premiers enregistrements de ce beau duo parisien. Je dis « duo » alors qu’ils sont un trio mais ils ont changé tellement souvent de chanteuse que je considère que le groupe se résume à ses 2/3 masculins. Oui, j’aime bien réécrire l’Histoire quand j’en ai l’occasion.

Un groupe un peu indéfinissable même si son nom évoque certes davantage le soleil, les embruns et les alizés que le froid, la neige et les powerpoints prévisionnels. Parfois présenté comme un groupe de trip-hop, parfois rattaché à la French Touch, il s’agit en réalité et tout simplement d’un groupe pop, qui revêt parfois des habits plutôt folk ou adopte à d’autre moments une touche plus electro. En toute simplicité.
Cocosuma a parfois figuré sur des compilations lounge à la con mais il est resté relativement à l’écart de ces 2 étiquettes. J’aime bien justement ce côté un peu franc-tireur, on-fait-notre-truc-dans-notre-coin-on-est-pas-potes-avec-hedislimane. Alors que si ça se trouve y a pas plus mondains qu’eux mais comme ils sont très discrets, je n’en sais rien et ça me va très bien.
Sur les 5 albums que le groupe a publiés, seuls les 3 premiers m’intéressent.

Le premier est une tentative joliment naïve d’electro à la coule des plus sympathiques : I Was Born Ready Baby, Yeah !, Walk That Walk (gros tubasse de la mort à côté duquel tout le monde est passé), One Love, One Revolution, Of the Influence Of Fall On Music And Its Overall Consequences On The Youth’s State of Mind ne sont-ils pas des titres engageants ? Ne te donnent-ils pas envie de laisser s’évader le jeune adolescent insouciant, les cheveux au vent sur sa planche à roulettes, qui sommeille en toi ? Oh, je suis sûr que oui. D’ailleurs l’album s’appelle I Refuse To Grow Up et c’est un sacré bon titre (et une belle pochette).
Cocosuma - I refuse to grow up
Avec son deuxième album, Reindeer Shom The Way, le groupe franchit clairement un palier : le duo formé par les dénommés Chab et Michel, rencontre sa muse, Kacey, chanteuse d’origine suédoise. Et là il a du se passer de bien jolies choses dans leurs cerveaux respectifs parce que le disque est absolument sublime : un disque pop beaucoup plus classique, baignant dans une ambiance 60s jamais passéiste ni revivaliste et avec de grandes chansons dedans, tout simplement. #1 (In Your Heart) versant euphorique, What’s Left Of Us et Sailing Home versant mélancolique-yeux humides sont immédiatement devenus des titres fétiches pour moi et ils le sont toujours. Cet album est d’autant plus précieux qu’il représente vraiment un îlot dans la production française, une des rares manifestations d’une pop à dominante folk et en droite ligne de la production américaine de la fin des années 60. Sublime.

Cocosuma - reindeer show the way
Le 3ème, We Were a Trio, marque, comme son nom l’indique et à mon grand regret, le départ de Kacey. Elle chante encore sur le disque, elle retourne en Suède (si j’ai bien compris) à la fin de l’enregistrement. A la sortie de l’album, ne reste plus que les 2 gars, d’où le titre.
We Were A Trio est dans la lignée du précédent, quoique moins opulent et encore plus indolent. Plus mélancolique aussi… Sans doute le futur ex-trio savait-il déjà qu’il n’en avait plus pour longtemps sous cette forme ? Je l’ignore : je n’ai pas les informations nécessaires en ma possession, désolé. Le tout dernier morceau au titre plus qu’évocateur (Two Cannot Be One) est une longue jam tantôt douce, tantôt rageuse, qui semble couvrir la palette des sentiments qui animent le groupe à ce moment là, entre tristes regrets et colère froide.

Cocosuma We Were A Trio
Plus tard, Michel et Chab recrutent une nouvelle chanteuse, Amanda, et enregistrent 2 autres albums (We’ll Drive Home Backwards, superbe titre encore, ce groupe cartonne vraiment dans cet exercice, et Le Début). Le premier cité m’intéresse nettement moins : le son est plus froid, la chanteuse n’a pas l’infinie douceur ni la tranquille assurance de Kacey. Même si sa deuxième moitié est assez délicieuse. Je n’ai écouté Le Début qu’une paire de fois. Bon.

Aujourd’hui, Chab aka Antoine Chabert, est un ingénieur du son des plus prisés: il est notamment derrière le Random Access Memory des Daft Punk. Ca va quoi.
Michel (Nassif) lui est le fondateur et patron de l’excellent label Entreprise, celui, entre autres, de mon chouchou Lafayette et d’une Fishbach en plein essor. Ca va aussi.
Ils continuent donc à « faire de la musique » même si plus au sens propre. C’est dommage selon moi mais il reste, pour toujours, les albums de Cocosuma.
Jettes-y une oreille, ça te fera du bien.