Arctic Monkeys – AM

Je vais parler d’une sortie récente pour une fois. Faudra que je reprenne mon top 100 ceci dit, j’ai lâché l’affaire, ça va pas du tout.

Bon Arctic Monkeys, AM donc. Ce disque, je l’ai immédiatement aimé. Puissant, fuselé, précis, tubesque : il cartonne. Après déjà de nombreuses écoutes, c’est pourtant l’album des Arctic Monkeys que j’aime le moins et il me rend un peu triste.

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L’album en lui-même n’est absolument pas en cause : il est excellent. Bonne chansons, bonnes paroles, (très) bonne production, il va probablement casser la baraque et ça sera amplement mérité.

Seulement, j’ai l’impression de dire adieu aux Arctic Monkeys tels qu’on les a connus et tels que je les ai aimés jusqu’ici : une bande de petits branleurs anglais typiques, plus malins, doués et lettrés que la moyenne certes mais foncièrement, une bande de petits branleurs anglais. Evidemment, ils sont aujourd’hui des rock stars (Alex Turner assume d’ailleurs très bien le rôle), je ne leur demande pas de toujours raconter ces histoires de plans cul ou dope foireux à base de personnages en survet-mocassins. Des histoires anglaises quoi. Ca j’en ai fait mon deuil. D’ailleurs mon album favori du groupe est sans doute le 3ème, Humbug, celui produit par Josh Homme. Mais justement, dans cet album très américain, on sent toute l’admiration, la fascination et l’émerveillement ressentis par 4 lad’s de Sheffield qui découvrent pour la première fois Los Angeles, le désert de Joshua Tree ou le stoner rock. C’est ce que j’aime sur cet album : le classique certes mais maladroit et touchant va-et-vient entre Vieux et Nouveau Monde/rock, cette sempiternelle histoire des petits britons qui débarquent chez les cousins américains.

Ici j’ai vraiment l’impression d’entendre un groupe 100% américain. Je viens d’ailleurs de lire que le groupe s’était installé à Los Angeles, ça ne me surprend pas le moins du monde. J’ai carrément parfois l’impression d’entendre les Black Keys… C’est très bien, pas de problème mais s’il y a bien un groupe que je n’aurais jamais rapproché d’eux, c’est Arctic Monkeys. Et pourtant, lorsque Turner se lance dans ses falsettos, quand la rythmique se fait funky-élastique (Fireside) j’ai vraiment l’impression d’entendre Auerbach and co. Je suis d’autant plus déçu que Suck it and see leur précédent album était lui très anglais : j’aurais bien entendu ses chansons sur un album de Morrissey par exemple. Morrissey avant qu’il ne s’installe à Los Angeles je veux dire. Lui aussi. Ah ça les anglais, une fois qu’ils découvrent qu’à certains endroits de la planète on peut voir le soleil pendant une journée entière…

Je réalise bien que tout ça n’est que subjectif. Encore une fois, le disque est bourré de très bons moments, certains titres m’euphorisent bien : la doublette d’ouverture, Arabella et son riff à la War Pigs de Black Sabbath, Why d’you only call me when you’re high ?. La paire de balades centrales est sublime et j’y retrouve cette anglicité à laquelle je suis attaché. AM sera peut-être même dans mon top 20 de fin d’année. Mais voilà, je l’écoute en y résistant, je n’arrive pas à me laisser totalement emporter car j’ai en permanence cette petite frustration… Il me manque l’odeur de graillon des fish & chips en somme. Et puis AM nous éloigne encore un peu plus d’un 2ème album des Last Shadow Puppets et ça ça m’emmerde vraiment…

Donc, je résume : super album, je te le conseille mon ami mais je suis déçu.

Le dernier pub avant la fin du monde – critique

L’histoire débute le 22 juin 1990 dans la petite ville anglaise de Newton Haven : cinq adolescents au comble de l’âge ingrat fêtent la fin des cours en se lançant dans une tournée épique des pubs de la ville. Malgré leur enthousiasme, et avec l’absorption d’un nombre impressionnant de pintes de bière, ils ne parviennent pas à leur but, le dernier pub sur leur liste : The World’s End (La Fin du Monde). Une vingtaine d’années plus tard, nos cinq mousquetaires ont tous quitté leur ville natale et sont devenus des hommes avec femme, enfants et responsabilités, à l’alarmante exception de celui qui fut un temps leur meneur, Gary King, un quarantenaire tirant exagérément sur la corde de son adolescence attardée. L’incorrigible Gary, tristement conscient du décalage qui le sépare aujourd’hui de son meilleur ami d’antan Andy, souhaite coûte que coûte réitérer l’épreuve de leur marathon alcoolisé. Il convainc Andy, Steven, Oliver et Peter de se réunir un vendredi après-midi. Gary est comme un poisson dans l’eau. Le défi : une nuit, cinq potes, douze pubs, avec un minimum d’une pinte chacun par pub. À leur arrivée à Newton Haven, le club des cinq retrouve Sam, la soeur d’Oliver pour qui Gary et Steven en pincent toujours. Alors que la fine équipe tente, tant bien que mal, d’accorder le passé avec le présent, une série de retrouvailles avec de vieilles connaissances et des lieux familiers les font soudain prendre conscience que le véritable enjeu, c’est l’avenir, non seulement le leur, mais celui de l’humanité entière, et arriver à «La Fin du Monde» devient le dernier de leurs soucis… (Allocine.fr)

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Trop long ce pitch mais j’avais la flemme de le faire moi-même.

Je savais évidemment après avoir vu Spaced leur série, ainsi que Shaun of the Dead et Hot Fuzz leurs 2 premiers films, qu’on partageait la même (contre) culture et qu’on devait être de la même génération mais j’ai vérifié juste après la séance : Edgar Wright est né en 1974, Simon Pegg en 1970, Nick Frost en 1972.

Je suis né en 1973.

Alors forcément, la première partie du film… Comment dire? Me parle beaucoup. Loaded de Primal Scream, les Soupdragons, les Stone Roses, Suede, There’s no other way de Blur, The only one I know des Charlatans, Do You Remeber the First Time? de Pulp: comme Wright, Pegg et Frost, comme leurs 5 héros lorsque débute l’action, j’avais entre 17 et 20 ans lorsque ces chansons ont été créées. Les entendre enchaînées comme ça, dans ce qui démarre qui plus est comme une comédie sur la crise de la quarantaine, c’était à la fois troublant, réconfortant, émouvant et déprimant. Lorsqu’a retenti What you do to me de Teenage Fan Club, j’ai cru que j’allais pleurer.

Tout ça pour dire qu’il m’est très difficile d’être objectif tant la première partie déroule absolument tous les ingrédients susceptibles de susciter mon enthousiasme et emporter mon adhésion : je suis la cible parfaite des effets et affects avec laquelle elle joue.
Donc, ça marche: je trouve ça drôle, très drôle, nostalgique mais également très lucide. Avec entoile de fond l’Angleterre que le trio sait décidément très bien évoquer: grise, verte et pop, à la fois déprimante et excitante, telle qu’on la découvre lorsqu’on s’y rend la première fois à l’adolescence et telle qu’on la chérit depuis. Même mondialisée, uniformisée, « Starbucked » comme le disent très justement les héros, il subsiste toujours en elle quelque chose du Village Green des Kinks : là aussi, c’est très réconfortant (cette dernière chanson était d’ailleurs utilisée dans Hot Fuzz, dans le versant « chronique d’une bourgade paisible de l’Angleterre éternelle » du film).

J’ai l’impression d’avoir un peu plombé l’ambiance: c’est surtout très drôle évidemment.

Bon, le film est lancé, comme les 5 les gars toujours en course pour le « Golden Mile », leur Grand Chelem des 12 pubs de Newton Haven (« golden mile » a été traduit par « barathon », c’est bien vu je trouve… D’ailleurs tous les sous-titres étaient vraiment bons): ils enchaînent les pubs et les pintes, partagent pour les uns leurs frustrations, leur agacement et leur rancœur, pour l’autre (Gary King aka Simon Pegg) son enthousiasme aveugle et sa nostalgie maladive.

Arrive donc la scène pivot du film (la rencontre avec l’ado dans les toilettes du pub) qui marque également sa limite selon moi.
Jusque là, une comédie sur la crise de la quarantaine donc. Après cette scène, une pochade de geek. Plaisante certes, toujours drôle, mais plus émouvante du tout. Wright échoue à mélanger les 2 genres (comédie générationnelle mélancolique et SF potache), contrairement au très sous-estimé Voisins du 3ème type par exemple.
Peut-être parce que Wright est anglais, donc européen et que subsiste toujours en lui un fond d’ironie, un second degré qui l’empêchent de laisser libre cours à des sentiments un peu couillons mais nobles, des sentiments qui ne font pas peur à ses alter-ego américains. C’est dommage. D’ailleurs, Paul, film mettant en scène Pegg et Frost également, réussissait lui aussi ce mélange des genres, parvenait à émouvoir sincèrement derrière les blagues de geek: comme par hasard, le film était réalisé par un américain (Greg Mottola).

Ce qui explique selon moi, qu’il foire par exemple complètement la scène de « retrouvailles » entre Gary et Andy (celle où Gary tombe enfin le masque) et qu’il se mélange également un peu les pinceaux dans la scène de résolution (dans le sous-sol du pub). Alors que les vannes de cette même scène fonctionnent parfaitement: ce sont vraiment des paroles de mecs bourrés, c’est très drôle et très réaliste. Mais le versant « sérieux » de la scène est vraiment maladroit: on sent bien que les mecs n’arrivent pas à s’en dépatouiller, qu’ils se sentent un peu cons et désemparés, qu’ils ne savent pas comment justifier la valeur de l’espèce humaine, puisque c’est ce dont il s’agit. Ils essaient mais ils n’y parviennent pas. Limite embarrassant… Ils sont sauvés par un jem’enfoutisme des plus sympathiques mais c’est dommage.

Idem pour la toute fin: un gag génial (le Cornetto) mais le reste est traité par dessus la jambe. Qu’est devenu Gary au bout du compte? Que fait-il exactement avec cette « escouade »? C’est quoi cet accoutrement de chasseur de primes? On n’en saura rien… Autant dire que LA question posée par le film (comment rester fidèle à ses jeunes années sans pour autant vivre dans le passé? comment vieillir tout en restant cool tout en n’etant pas pathétique? comment grandir?) restera sans réponse. Et ça m’emmerde parce que c’est LA question de ma génération, celle que les comédies américaines traitent de si belle et de si juste manière depuis une dizaine d’années.

Au bout du compte, le Dernier pub avant la fin du monde me fait donc le même effet que les autres films du trio Wright/Pegg/Frost, alors qu’il avait tout pour devenir leur premier film « adulte »: trop geek (même pour moi…), trop mal foutu mais foncièrement agréable et réjouissant, drôle et porté par un enthousiasme communicatif. Vraiment dommage que tout ne soit pas au niveau de son premier tiers mais j’ai envie de n’en garder que le positif: en l’état, c’est déjà très bien.

Michael Kohlaas – critique

Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l’injustice d’un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit. (Allocine.fr)

Alors déjà c’est « Michel » Kohlaas, pas « Mickael » ni « Mike ». Parce que l’action se déroule sur la terre de France. D’une. Et de deux, don’t fuck with Michael’s horses. L’injustice s’exerce en effet d’abord contre 2 chevaux laissés en gage au dit seigneur, puis envers sa propre femme.

Marrant comme avec un tel pitch, on pourrait tout aussi bien se retrouver devant une horreur absolue. Là tout de suite, je pense par exemple aux horreurs costumées réalisées par Ridley Scott et je me sens pas très bien.
Michael Kohlaas emprunte un chemin exactement inverse. J’ai bien quelques réserves mais c’est globalement assez sublime.

Des Pallières, dont c’est le premier film que je voyais, choisit l’épure et surtout l’ellipse pour mener son récit: beaucoup de scènes sont coupées avant leur terme supposé, beaucoup de faits sont laissés dans l’ombre, ou plutôt à l’interprétation du spectateur. En lieu et place, la puissance d’évocation des paysages et des hommes qui s’y inscrivent. D’un surtout, Mads Mikkelsen, superbe. Genre de Viggo Mortensen pour films d’auteurs, il bouffe l’écran à chacune de ses apparitions. Et il apparait beaucoup.

La gamine est bluffante également
La gamine est bluffante également

En fait je crois que j’aurais aimé que le film soit encore plus animal et existentiel. Qu’il y ait encore moins de dialogues et de psychologie. Même si, à ma grande surprise, la longue scène de joute verbale confrontant Kohlaas et le personnage de pasteur interprété par Denis Lavant, fonctionne remarquablement bien.
En revanche, toutes les scènes réunissant Michael et sa femme m’ont paru totalement factices, maladroitement lyriques, hors de propos. On comprend bien qu’elles servent à expliquer ce qui va suivre mais elles me semblent en contradiction totale avec la sècheresse de l’ensemble du film.

Détail sans importance au bout du compte: Michael Kohlaas est une œuvre forte qui laisse une empreinte durable notamment en raison de sa conclusion en crescendo, genre d’opera austère et protestant (l’action se déroule en terre réformée). Bel acteur, belle histoire (qui m’a également un peu rappelé Josey Wales, hors la loi), belle mise en scène: beau film.

Elysium – critique

En 2150, la terre est devenue un immense bidonville à ciel ouvert (parce que multiplication des conflits armés, pollution, surpopulation, films de Leos Carax). Les nantis se sont exilés sur un genre de station orbitale, Elysium: tout y est propre, vert, cossu, WASP. Évidemment, les terriens (dans leur très grande majorité: pas vraiment WASP) n’ont qu’un seul et même rêve/objectif: pouvoir rejoindre un jour Elysium et y construire une vie meilleure. C’est le cas notamment de l’un deux, dont j’ai oublié le prénom, mais qui est évidemment interprété par Matt Damon.

A gauche, la fusion du Che et de Patrick Hernandez (sa canne est hors-champ)
A gauche, la fusion du Che et de Patrick Hernandez (sa canne est hors-champ)

Voilà pour le pitch: classique, efficace, sans chichis. Ce type de SF « sociale » dont Paul Verhoeven ou John Carpenter se sont faits de brillants représentants à quelques reprises, je marche toujours. J’aime ces univers faussement irréels : description d’un futur absolument cauchemardesque et inimaginable dont on se rend très vite compte qu’il est déjà une réalité à bien des niveaux et pour bien des personnes. Je résume donc à nouveau: la Terre = le Mexique ou n’importe quel pays du Tiers-Monde / Elysium = les Etats-Unis ou n’importe quel pays prospère et protectionniste.

District 9, le premier film de Neil Blomkamp fonctionnait déjà selon le même principe et fonctionnait d’ailleurs très bien : il déroulait un propos politique certes un peu superficiel et manichéen mais dans le bon sens du terme, dans le genre indispensable piqûre de rappel, illustration de réalités édifiantes.

Elysium suit le même chemin: les Terriens sont de vrais crève-la-dalle se débattant au jour le jour pour survivre tant bien que mal, les « élyséens » sont de vrais nantis bien têtes à claques comme il faut. Et le réalisateur a bien évidemment choisi son camp.
Je citais Paul Verhoeven et John Carpenter plus haut et c’est sans doute faire beaucoup trop d’honneur à Neil Blomkamp mais il tente très clairement de marcher dans leurs pas : la subversion, la violence un peu kitsch du premier, l’approche politique un peu manichéenne et désuète du second. Sans compter la tournure un peu New-York 1997 que prend l’intrigue à la fin de son premier quart (difficile d’en dire plus sans spoiler).

Le problème c’est que bien évidemment, Blomkamp n’est ni Verhoeven, ni Carpenter, loin s’en faut. Il n’a ni le sens de la provocation dérangeante du premier, ni le sens visuel du second. Son film manque donc singulièrement… de cinéma. Le manichéisme presque bienvenu que j’évoquais plus haut montre vite ses limites et si le côté vraiment bourrin des scènes d’actions et des saillies de violence gore amuse/réjouit une fois sur 2, il lasse également et logiquement une fois sur 2, d’autant que la lisibilité n’est pas toujours au rendez-vous.

Le final est une caricature de final de blockbuster genre t’es-bien-gentil-avec-ton-film-de-gaucho-mais-faut-finir-maintenant-et-si-possible-de-manière-à-ce-qu’on-te-laisse-faire-un-autre-film-après-celui-là-si-je-me-fais-bien-comprendre.

Mais j’ai bien aimé quand même. Un côté film de geek à 300 millions de dollars que je trouve toujours assez jubilatoire et sympathique (un peu comme Pacific Rim en somme). Malgré les nombreux défauts et les concessions de la dernière partie, j’en garde donc un sentiment positif.

Imogène – Girl Most Likely – critique

Déjouant toutes les attentes placées en elle, la géniale Kristen Wiig revient donc après le carton critique et public du non moins génial Mes meilleures amies avec ce petit film simple, modeste et un peu anecdotique. Un genre de comédie indé (sans le côté caricatural), bien loin des grosses productions à la tête desquelles beaucoup la voyaient déjà: elle a refusé Mes meilleures amies 2, j’espère qu’elle tiendra bon.

On pourrait même paresseusement et grossièrement dire qu’Imogène est un genre de remake de Mes Meilleures amies: une trentenaire à qui tout semblait réussir se voit contrainte de retourner vivre chez sa mère, soit selon les standards US, de toucher le fond, avant bien évidemment de se reconstruire et d’enfin trouver une forme d’accomplissement et d’épanouissement personnel.

Le ton est encore plus mélancolique, la galerie de personnages moins typée tout en étant sans doute plus grossière, les gags moins marqués (et moins nombreux): les différences abondent, pas forcément à l’avantage d’Imogène. Je passe évidemment pas mal de détails qui ont leur importance mais dans le fond, oui, il s’agit peu ou prou du même film. Avec les mêmes effets: c’est drôle, c’est tendre, c’est sans doute prévisible, certes mais comme je dis toujours, « sans surprise » signifie également « sans mauvaise surprise ». C’est le prototype du joli film: ça pourrait être péjoratif mais ici je suis sincère. Et puis Kristen, évidemment ❤

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C’est curieux: j’ai passé un moment très agréable et je pense qu’il s’agit foncièrement d’un bon film mais je n’ai vraiment pas grand chose à en dire. Et je n’aime pas vraiment le peu que j’en dis en plus… Mais c’est vachement bien hein! S’il passe encore dans un ciné près de chez toi, va le voir, ça te remontera le moral (je sais que t’es un peu down en cette période de rentrée. T’as pensé à faire une cure de magnésium?)

C’est souvent le cas: je suis plus prolixe pour parler des choses que je n’ai pas aimées. Surtout les films, c’est moins le cas pour les disques.  Peut-être parce que j’ai moins d' »outils » de lecture cinématographiques (encore que), ou plus certainement parce que le cinéma m’intéresse moins qu’il y a quelques années. Peut-être aussi parce que j’ai toujours pensé qu’il était aussi important de bien savoir ce qui nous déplaît que ce qui nous attire, de se construire contre et pas seulement pour.
Peut-être surtout parce que c’est plus drôle et que Grande remise c’est le blog qui aime l’humour et la rigolade.

Pacific Rim – critique

Apparemment c’est LE blockbuster de l’été et LE film pour lequel l’Internationale Geek tremble et mouille son slip à la fois.

Pour moi c’est simplement le nouveau Guillermo del Toro, un mec donc j’ai au minimum « aimé » tous les précédents flims donc j’y vais assez confiant.

Le prologue, étonnamment long, est superbe : très clair dans ses intentions, limpide dans son déroulement, il installe de main de maître des enjeux, une intrigue, des personnages et une iconographie puissants. Le petit détail qui n’a l’air de rien mais qui fait la différence: toute la machinerie représentée à l’écran apparaît un peu rouillé ou abîmée, en tout cas usée. Loin en tout cas des appareillages rutilants et aseptisés auxquels on est habitués dans des blockbusters type Transformers auxquels on est bien obligé de penser même si comme moi on en a vu aucun. Ca sent la tôle froissée, le boulon qui tient plus qu’à un fil, les machines qui ont vécu et ça suffit à distinguer illico Pacific Rim du tout-venant SF-fantastique.

Et puis après cet excellent prologue donc, le film démarre pour de bon. Et les dialogues sont à chier. Je veux dire vraiment à chier. Genre nanard. Et puis ces acteurs aussi, c’est quoi cette blague? A chier eux aussi. Attends mais C’EST une blague… Non ? Merde alors…

A mesure que les punchlines débiles et répliques lourdement définitives s’enchaînent, à mesure que les acteurs dévoilent leur mono-expression la plus basique (coup de chapeau à l’actrice asiatique, incroyablement pathétique) on comprend que ce film est sans doute pour Del Toro l’occasion d’assouvir un fantasme de geek ultime: cumuler scènes d’actions épiques et second degré total.

On comprend ou on espère? Je l’aime bien donc j’ai décidé d’opter pour la seconde théorie, et de considérer que Pacific Rim ne peut être qu’une bonne grosse blague, une film de sale gosse qui s’amuse à mettre en scène de grosses bastons de robots. Du coup je l’imagine souriant comme un couillon bienheureux en écrivant des dialogues potentiellement cultes sur Nanarland avec son budget explosant le PIB de la Namibie. Ca rend le film, du moins le projet, assez touchant car il devient dès lors la matérialisation vengeresse de tous les projets foirés de fanboys. Et on pense évidemment en premier lieu à Del Toro lui-même, débarqué/démissionnaire de la trilogie Le Hobbit

Un petit côté Rocky IV de fort bon aloi pour les pilotes russes.
Un petit côté Rocky IV de fort bon aloi pour les pilotes russes.

Touchant donc, et même jouissif si on se trouve dans l’état d’esprit des créateurs, mais assez frustrant dans le même temps: on ne peut pas s’empêcher de penser que s’il avait traité son sujet sérieusement, s’il avait gardé la ligne esquissée dans son brillant prologue, Pacific Rim aurait pu être le blockbuster parfait (spectaculaire ET intelligent).

Frances Ha – critique

Deux BFF new-yorkaises font l’apprentissage de la life ensemble, et surtout séparément. Et je te prie de croire que c’est pas facile-facile tous les jours, même avec un I-Phone 5 dans les mains.

Voilà, en gros, pour le pitch.

Frances Ha appartient à la veine la plus démonstrative de Noah Baumbach aka la face cachée de Wes Anderson (il a co-écrit La famille Tenembaum et Fantastic Mr Fox). Sa face verbeuse, intellectuelle et new-yorkaise donc.

Sa veine la plus humble (et la plus intéressante selon moi, t’avais compris hein petit coquin) il l’a exploitée dans les très réussis Les Berkman se séparent et Greenberg. Entre les deux, il a réalisé une espèce de cauchemar de caricature de film indé US, Margot at the Wedding, genre de bergmannerie édifiante: Nicole Kidman s’y crêpait le chignon avec Jennifer Jason Leigh sur l’île de Nantucket ou Martha’s Vineyard, j’ai pas très bien saisi, un ghetto insulaire pour milliardaires de la côte Est quoi qu’il en soit. Nicole y était évidemment brune et pas très maquillée. C’est quand même incroyable qu’on en soit encore réduit à ce genre de procédé pour la caractérisation et l’incarnation d’un personnage, y compris dans ce genre de films, censés se situer un peu au-dessus de ça. C’est du niveau d’une Katie Holmes que le simple port de lunettes à grosses montures doit suffire à transformer en avocate crédible dans le 1er Batman de Nolan.

Sans atteindre le niveau de pédanterie de son précédent film, Frances Ha fait preuve d’une même volonté de s’approprier un lourd héritage (ici la Nouvelle Vague et les Woody Allen période Manhattan/Annie Hall) mais le fait avec énormément de maladresse. Paradoxalement, j’ai pensé à Sophie Letourneur qui elle parvient à se faire « la voix de sa génération » avec légèreté, second degré, inventivité et pertinence : c’était pour mieux me faire mal car on est ici davantage du côté de l’inconséquence et de l’égocentrisme de Girls, la série de Lena Dunham, dont le film semble un couasi spin-off, pour ne pas dire remake. C’est pas insupportable mais c’est vraiment très paresseux. Et puis la séquence « je suis presque à la rue mais je me paie un weekend à Paris sur un coup de tête », à un moment faut arrêter les conneries.

Evidemment, une bouteille de San Pellegrino sur la table (soupir)
Evidemment, une bouteille de San Pellegrino sur la table (soupir)

Autre problème nuisant à la vraisemblance de l’ensemble selon moi (et ne viens pas me dire que je m’attarde sur des détails sans importances: ces films-là jouent à fond sur l’identification générationnelle et donc, le réalisme, la vraisemblance) : le mec avec qui la copine de Frances sort, et qui est censé être un gros beauf type frat boy. Il est complètement IMPENSABLE que cette nana plutôt intello, intolérante et exigeante telle qu’elle nous est présentée, sorte avec un mec de ce genre. Ou alors, de deux choses l’une: 1. elle est en fait aussi conne et superficielle que lui 2. le mec n’est pas si con et superficiel que ça. Sachant qu’il n’est pas forcément montré très à son avantage, j’en ai tiré la conclusion qui s’imposait… Autant pour la sympathie que la nana est censée provoquer donc.

Enfin, le « clin d’oeil » à Carax n’en est pas un: c’est carrément un emprunt, une copie conforme. Les ricains trouvent peut-être ça super cool parce qu’ils n’ont pas vu Mauvais sang et qu’ils ne se doutent donc de rien mais moi ça me fait un peu de peine qu’un mec intelligent, érudit et sensible (malgré tout) que Baumbach en soit réduit à ça.

Grosse déception donc, pour ce film que j’attendais de voir avec impatience tant il avait tout pour me plaire a priori. J’espère que Baumbach va à nouveau réussir à redresser la barre.

Monstres Academy – critique

Bon, on va pas se voiler la face, retarder l’échéance au maximum, se trouver des raisons d’espérer: cette fois ça y est, c’est la rentrée.
J’ai repris le boulot y a 1 semaine mais le bureau était encore pratiquement vide, on pouvait déprimer/rien branler en toute impunité, de manière quasi officielle.
Depuis ce matin c’est différent: les effectifs ont triplé de volume, ce qui signifie que les effectifs des boîtes avec lesquelles on bosse ont également triplé de volume, ce qui signifie que merde, cette fois il va vraiment falloir se remettre à travailler.

Grande remise, le blog qui se retrousse les manches, va donc lui aussi effectuer sa rentrée mais avant d’écouter les nouveautés discographiques et retourner dans les salles obscures, je vais faire un point sur ce que j’ai vu au ciné ces 2 derniers mois (pas grand chose en vérité).

Et ça commence donc avec Monstres Academy, l’une des grosses sorties estivales mais également film de rentrée . Comme son titre l’indique, c’est un prequel de Monstres et Cie et donc le Pixar de l’été 2013.

Pas grand chose à dire sinon que j’ai passé un très bon moment. Pas aussi bon que devant le film-matrice mais ce dernier est selon moi une des plus belles réussites de Pixar: très difficile de passer après.
Il manque sans doute à celui-ci l’immersion dans une véritable intrigue (on a davantage à faire à une succession de saynètes pastichant les college movies) et une véritable émotion. Mais c’est vraiment drôle, très mignon, et l’accomplissement du destin des 2 héros est à la fois juste et malin (évident en creux, évitant l’écueil du consensus mou et du sentimentalisme: la patte Pixar). A noter que Catherine Deneuve fait partie du casting des voix françaises (étonnant), de même que Jamel Debbouze, que je n’avais en revanche pas du tout reconnu (et c’est tant mieux). 

Billy Crystal en vo, Eric Métayer en vf. Bon.
Billy Crystal en vo, Eric Métayer en vf. Bon.

Après, on peut légitimement se poser la question de l’avenir d’un studio qui se repose un peu trop sur ses lauriers en privilégiant les suites ou prequels (même si Toy Story 3 était une pure merveille). J’attends plus d’imagination, d’inventivité et de fantaisie de la part de mecs capables de nous sortir Là-haut, Le Monde de Nemo ou Wall-E (que je n’aime pas spécialement mais je salue la prise de risque).
Sur la forme, ça soulève aussi des questions : que fait-on après voir atteint un tel degré de perfection dans le réalisme ? C’est bluffant voire fascinant, ok, mais ne vaut-il mieux pas privilégier des choix graphiques et plastiques audacieux comme ce fut le cas pour les Indestructibles ? Hein ? Ne vaut-il mieux pas ?

En tout cas je suis curieux de voir l’évolution du studio.

Cocosuma

Depuis plus de 10 ans, chaque été, je reviens immanquablement vers les premiers enregistrements de ce beau duo parisien. Je dis « duo » alors qu’ils sont un trio mais ils ont changé tellement souvent de chanteuse que je considère que le groupe se résume à ses 2/3 masculins. Oui, j’aime bien réécrire l’Histoire quand j’en ai l’occasion.

Un groupe un peu indéfinissable même si son nom évoque certes davantage le soleil, les embruns et les alizés que le froid, la neige et les powerpoints prévisionnels. Parfois présenté comme un groupe de trip-hop, parfois rattaché à la French Touch, il s’agit en réalité et tout simplement d’un groupe pop, qui revêt parfois des habits plutôt folk ou adopte à d’autre moments une touche plus electro. En toute simplicité.
Cocosuma a parfois figuré sur des compilations lounge à la con mais il est resté relativement à l’écart de ces 2 étiquettes. J’aime bien justement ce côté un peu franc-tireur, on-fait-notre-truc-dans-notre-coin-on-est-pas-potes-avec-hedislimane. Alors que si ça se trouve y a pas plus mondains qu’eux mais comme ils sont très discrets, je n’en sais rien et ça me va très bien.
Sur les 5 albums que le groupe a publiés, seuls les 3 premiers m’intéressent.

Le premier est une tentative joliment naïve d’electro à la coule des plus sympathiques : I Was Born Ready Baby, Yeah !, Walk That Walk (gros tubasse de la mort à côté duquel tout le monde est passé), One Love, One Revolution, Of the Influence Of Fall On Music And Its Overall Consequences On The Youth’s State of Mind ne sont-ils pas des titres engageants ? Ne te donnent-ils pas envie de laisser s’évader le jeune adolescent insouciant, les cheveux au vent sur sa planche à roulettes, qui sommeille en toi ? Oh, je suis sûr que oui. D’ailleurs l’album s’appelle I Refuse To Grow Up et c’est un sacré bon titre (et une belle pochette).
Cocosuma - I refuse to grow up
Avec son deuxième album, Reindeer Shom The Way, le groupe franchit clairement un palier : le duo formé par les dénommés Chab et Michel, rencontre sa muse, Kacey, chanteuse d’origine suédoise. Et là il a du se passer de bien jolies choses dans leurs cerveaux respectifs parce que le disque est absolument sublime : un disque pop beaucoup plus classique, baignant dans une ambiance 60s jamais passéiste ni revivaliste et avec de grandes chansons dedans, tout simplement. #1 (In Your Heart) versant euphorique, What’s Left Of Us et Sailing Home versant mélancolique-yeux humides sont immédiatement devenus des titres fétiches pour moi et ils le sont toujours. Cet album est d’autant plus précieux qu’il représente vraiment un îlot dans la production française, une des rares manifestations d’une pop à dominante folk et en droite ligne de la production américaine de la fin des années 60. Sublime.

Cocosuma - reindeer show the way
Le 3ème, We Were a Trio, marque, comme son nom l’indique et à mon grand regret, le départ de Kacey. Elle chante encore sur le disque, elle retourne en Suède (si j’ai bien compris) à la fin de l’enregistrement. A la sortie de l’album, ne reste plus que les 2 gars, d’où le titre.
We Were A Trio est dans la lignée du précédent, quoique moins opulent et encore plus indolent. Plus mélancolique aussi… Sans doute le futur ex-trio savait-il déjà qu’il n’en avait plus pour longtemps sous cette forme ? Je l’ignore : je n’ai pas les informations nécessaires en ma possession, désolé. Le tout dernier morceau au titre plus qu’évocateur (Two Cannot Be One) est une longue jam tantôt douce, tantôt rageuse, qui semble couvrir la palette des sentiments qui animent le groupe à ce moment là, entre tristes regrets et colère froide.

Cocosuma We Were A Trio
Plus tard, Michel et Chab recrutent une nouvelle chanteuse, Amanda, et enregistrent 2 autres albums (We’ll Drive Home Backwards, superbe titre encore, ce groupe cartonne vraiment dans cet exercice, et Le Début). Le premier cité m’intéresse nettement moins : le son est plus froid, la chanteuse n’a pas l’infinie douceur ni la tranquille assurance de Kacey. Même si sa deuxième moitié est assez délicieuse. Je n’ai écouté Le Début qu’une paire de fois. Bon.

Aujourd’hui, Chab aka Antoine Chabert, est un ingénieur du son des plus prisés: il est notamment derrière le Random Access Memory des Daft Punk. Ca va quoi.
Michel (Nassif) lui est le fondateur et patron de l’excellent label Entreprise, celui, entre autres, de mon chouchou Lafayette et d’une Fishbach en plein essor. Ca va aussi.
Ils continuent donc à « faire de la musique » même si plus au sens propre. C’est dommage selon moi mais il reste, pour toujours, les albums de Cocosuma.
Jettes-y une oreille, ça te fera du bien.

#14 Bonnie « Prince » Billy – Lie Down in the Light

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Je suis venu à Will Oldham un peu sur le tard. D’abord très parcimonieusement, avant d’augmenter les doses petits à petits, jusqu’à finalement considérer ce type comme une espèce de monstre sacré. Lentement mais sûrement, le meilleur moyen de trouver un compagnon de route durable.

Je le prenais d’abord pour un monstre tout court : ses disques me foutaient purement et simplement la trouille (tout comme ceux de Bill Callahan d’ailleurs, avant qu’il ne devienne lui aussi un de mes héros). Trop rêches, trop malades. Et puis merde, il est flippant ce mec…

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Atel point que c’est le type même de musicien qui me fascine de manière extrêmement triviale et prosaïque (mon côté Voici) : quel est son quotidien ? Il regarde beaucoup la télé ? Il a une femme ? Des enfants ? Il fait quoi quand il fait pas de musique ? Il aime le sport? Ce genre de questions. Que je résumerai par la seule: comment vit-on quand on fait partie des quelques rares personnes sur terre capable de créer une si belle chose ? Ca me fascine… Il écrit des paroles fantastiques, une musique sublime mais il a l’air tellement hors du monde que c’est ce à quoi je finis par penser lorsque je l’écoute : pour moi ce mec est encore plus irréel que Bowie-Ziggy pouvait l’être pour les gens l’ayant connu à l’époque.

Toujours est-il qu’en adoptant son identité de Bonnie « Prince » Billy après des débuts moyennement lolilol avec PalaceWill Oldham s’est peu à peu mis à faire un truc insensé dont on le pensait tout bonnement incapable. Un truc complètement dingue : il s’est mis à chanter. De terrorisante (au bon sens du terme néanmoins), sa musique s’est mise à sonner comme de la musique. Enchaîner ses premiers enregistrements et ce qu’il écrit actuellement ne manque pas de piquant : le grain est toujours là bien sûr mais pour le reste…

C’est donc Lie Down in the Light, sans doute l’album non pas de la maturité (c’te blague) mais celui de la plénitude, comme son titre le suggère. J’adore également les 2 suivants (Beware et Wolfroy Goes to Town) ainsi que son album avec le Cairo Gang (je l’aime vraiment beaucoup celui-là). Et celui avec Trembling Bells. Sans oublier son album de reprises des Everly Brothers sorti cette année. Tout ce qui précède aussi bien sûr même si je trouve que ça manque parfois un peu de recul. M’enfin, TOUT ce que ce mec enregistre est, au minimum, bon.

Et pour revenir au parallèle avec Bill Callahan, j’adore la façon dont tous les 2 ont évolué, incarnant au bout du compte 2 figures totales de l’Americana. Avec le premier qui recherche, et atteint, une forme d’élévation et de grâce… par l’élévation justement, et le second qui semble de plus en plus terrien, lesté par le poids de sa condition.
Mais je reviendrai sur Billou un peu plus loin.