Woods – La Dynamo, Toulouse

J’aime bien la Dynamo. C’est assez inexplicable, ça tient à une atmosphère générale. J’aime bien le lieu, j’aime bien l’ambiance qu’il y règne. Et j’y ai vu un des meilleurs concerts auxquels j’ai assisté ces dernières années, celui de Gruff Rhys.

J’aime bien la Dynamo mais pour une raison seulement connue de mon subconscient, je pensais que Woods se produisait dans une autre salle (le Saint des Seins, que j’apprécie nettement moins). Du coup je me rends d’abord au Saint des Seins mais j’ai un doute en arrivant, je vérifie sur le billet, je réalise mon erreur, je me maudis, je dois repartir dans l’autre sens blablabla, du coup je stresse parce que j’ai peur d’arriver vraiment à la bourre blablabla.

En fait ça va, j’ai « juste » raté la 1ère partie assurée par les toulousains The Deserteurs. Dommage car parmi les gus qui s’affairent sur scène pour enlever le matériel, je reconnais le gars qui était monté sur scène pendant le concert de Nick Waterhouse. J’aurais quand même bien aimé voir de quoi il est capable ce branlou.

Bon, Woods donc. De belles choses, d’autres plus quelconques. Très bien leur dernier album mais j’y vais davantage par curiosité que parce que j’apprécie le groupe. Qui est pour moi, un peu comme Real Estate, l’un des prototypes actuels de l’indie-pop telle qu’on la conçoit traditionnellement : des chansons classiques ou proto-classiques, qui pourraient aussi bien être enregistrées en 2003 qu’en 1988 ou 2014, plutôt mélancoliques, une instrumentation traditionnelle (guitare, basse, batterie, et c’est tout), jouées-composées par des mecs au look de mecs un peu introvertis.

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Je trouve pas d’image du groupe tel qu’il était sur scène, avec un autre batteur et un autre bassiste. Celui sur la photo, Kevin Morby (2ème en partant de la gauche), évolue désormais en solo et sera également en concert à Toulouse dans quelques jours.

C’est en tout cas très exactement ce à quoi ressemblent les autres mecs ceux de l’assistance : trentenaires, un peu dégarnis, barbus, lunettes, t-shirts de groupe ou chemise à carreaux, ne respirent pas la joie de vivre. Un public qui me ressemble un peu trop pour que ça me déprime pas pour tout le reste de la semaine.

Woods prend la scène peu après mon arrivée sur les lieux. Puis la quitte un peu plus d’une heure plus tard. Dans l’intervalle c’est parfois beau, parfois longuet. C’est toujours un peu la même chanson faut dire. Ou les 2 mêmes chansons : l’une happy-sad, très indie-pop donc, l’autre plus psychédélique, plus longue, taillée pour la scène. Je me fais un peu chier puis je me dis que c’est beau quand même. Puis je me refais un peu chier. Puis je me redis que blablabla.
Sur It Ain’t Easy, Jeremy Earl et sa voix mi-haut perchée, mi-étranglée, chantent : « it ain’t hard to say it ain’t easy / looking for different ways to make things stay the same ». « Chercher des façons différentes de garder les choses telles quelles. » : ça résume assez bien la musique de son groupe. Ca résume aussi probablement assez bien la philosophie de son public d’adolescents attardés.

Bon weekend mes petits chatons.

#36 The Heavy Blinkers – The Night and I Are Still So Young

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Parmi la longue cohorte de disciples des Beach Boys apparus à travers les décades, les Heavy Blinkers font à coup sûr partie des plus doués. Et là je me mords les doigts de ne pas avoir fait figurer dans ce top les jeunots d’Explorers Club dont le premier album, Freedom Wind, est quand même une putain d’incroyable tuerie de pop californienne pur jus. C’est le vie comme on dit à Venice beach.

Les canadziens Heavy Blinkers (de Halifax sur la côte Est) évoluent davantage dans la catégorie des High Llamas, à savoir celle des groupes influencés par les Beach Boys d’après Pet Sounds, pour lesquels aucune orchestration n’est trop luxuriante, trop délicate ou trop sophistiquée. Et pourtant, malgré le savoir-faire et l’érudition, ici aussi, tout est d’une légèreté, d’une grâce folles. Ambiances doucement aquatiques, soul, folk voire country : tout concourt à un sentiment de bien-être teinté de mélancolie. C’est vraiment sublime et un des sommets du genre.

Leur album précédent, Better Weather, fait également partie de mes favoris et contient une de mes chansons préférées de tous les temps, I Used to Be a Design.

Leur album suivant, Health, qui a mis 9 ans à voir le jour et qui est sorti l’an dernier, m’a en revanche énormément déçu. Le leader et fondateur du groupe, Jason Mac Isaac, s’est retrouvé seul aux commandes et l’album, d’un raffinement sans doute encore supérieur à ce à quoi le groupe nous avait habitués, pêche par excès de sophistication et d’ambition (c’est une sorte de concept album sur la guerre. Enfin, je crois). Sans la légèreté ni la joie des précédents enregistrements, la musique passe de mélancolique à grave, dramatique voire plombante. Beau par moments mais trop retors, trop de circonvolutions. Presqu’indigeste au bout du compte.

Mais The Night and I Are Still So Young, entre Brian Wilson, Burt Bacharach, Harry Nilsson et quelques autres orfèvres pop de la fin des années 60 est une vraie pépite qui mérite qu’on s’y attarde encore et encore. Il fait en tout cas partie des quelques albums de mon top qui sont encore largement méconnus donc ça me ferait plaisir que tu y jette une oreille et que tu prêche à ton tour la bonne parole.

Des lendemains qui chantent – critique

Olivier et Léon, deux frères qui sont montés à Paris et que la vie a éloigné… Si le premier se voit comme un journaliste sans concessions, le second est un communicant ambitieux et opportuniste. Noémie, une charmante conseillère présidentielle, n’arrive pas, au fil des ans, à choisir entre eux. Sous le regard amusé de Sylvain, leur ami d’enfance, qui a fait fortune dans le minitel rose, leurs destins se croisent sur 20 ans, s’entremêlent, au cours d’une épopée drôle, tendre et nostalgique, dans les années 80/90. (Allocine.fr)

J’avais 8 ans en 1981 : je me souviens parfaitement du 10 mai et des cris de joie qui résonnèrent dans la maison familiale lorsqu’apparut le visage minitélisé de François Mitterrand sur l’écran de télévision. C’est donc autant par nostalgie pour la période retranscrite que par curiosité ou véritable intérêt pour le film que je suis allé voir Des lendemains qui chantent, le premier film de Nicolas Castro (8 ans en 81 lui aussi).

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Ca démarre comme un téléfilm de France 2 : manque de moyens dans la reconstitution (manque de figurants notamment), pas vraiment d’identité visuelle, ça ronronne pépère. Et puis je suis peut-être un peu maniaque là-dessus mais je les ai vécues ces années-là donc je sais de quoi je parle (même s’il ne t’aura pas échappé depuis le temps que je sais TOUJOURS de quoi je parle) : plus que de moyens (ça c’est pas vraiment la faute du réalisateur le pauvre) ça manque vraiment de précision dans la reconstitution. J’entends par là que les personnages ont l’air déguisés : on leur change vaguement la coupe de douilles, on les affuble d’une fausse barbe, d’un sous-pull acrylique, d’un blouson en skaï et hop le tour est joué. Ben non, faut être un peu plus rigoureux car là on n’y croit pas vraiment, au sens où on y croit tout de suite devant Munich de Spielberg par exemple. Je cite ce film car il est selon moi un modèle du genre : c’est vraiment bluffant, on jurerait que même les bâtiments en prise réelle sont tous marqués par la patine des 70s. Mais après tout, ça n’est peut-être qu’une histoire de moyens, je ne sais pas (les moyens dont dispose Spielberg comparés aux moyens dont dispose Nicolas Castro forcément..). Plus agaçant ceci dit, le film est truffé d’anachronismes : un sandwich de La mie câline en 81? Des post-it en 85 ? Des Coco girls dans les années 90 ? Allons allons… Moi ça me gêne ce genre d’approximations ou d’arrangements avec la réalité, d’autant plus dans un film dont l’ambition est de retranscrire une période et des évènements bien identifiés, une réalité précisément.

C’est dommage car Des lendemains qui chantent est par ailleurs assez plaisant : personnages bien croqués, avec beaucoup de tendresse, dialogues bien écrits, scénario nous faisant revivre tous les jalons, notamment ceux de la culture populaire et/ou de la « Génération Mitterrand », de ces années d’abord pleines d’espoir puis de désillusion.
Et là Nicolas Castro se montre assez malin : il s’arrange pour faire des 2 héros du film (interprétés par Pio Marmai et Gaspard Proust, tous 2 très bons avec une petite préférence pour le second) des protagonistes importants sinon essentiels de certains évènements parmi les plus marquants des années 80-90 : création du slogan et du logo « Touche pas à mon pote », interviews de Bernard Tapie, Bernard-Henri Lévy, de François Mitterrand lorsqu’il s’offusque d’être interrogé sur les écoutes téléphoniques effectuées par l’Elysée etc. C’est bien vu et ça s’insère parfaitement dans la « petite » histoire du film, celle de ces 2 frères que ces mêmes évènements vont peu à peu éloigner. Les clins d’œil générationnels servent l’intrigue du film, ne se bornent pas à des clins d’œil justement et ça fait mouche. Mention spéciale également au personnage et à l’interprétation de Ramzy, drôle et touchant.

Un bon moment au final : c’est approximatif, souvent naïf et caricatural mais paradoxalement, les nombreux défauts s’effacent devant les quelques qualités et devant la sincérité du propos. Le film a de plus le mérite de s’achever de manière abrupte et sans concession, ne prêtant là encore le flanc à aucune nostalgie facile, c’est bieng. Certes, on a aujourd’hui suffisamment de recul pour ne plus être tenté d’idéaliser ces 14 années de présidence socialiste mais encore fallait-il trouver le juste milieu et ne pas à l’inverse tomber dans le dézinguage systématique. Si les lendemains n’ont peut-être pas chanté, ils ont néanmoins parfois joliment fredonné ( ← poésie/émotion/sourire un peu triste/le temps des cerises). Là-dessus en tout cas, le film est assez irréprochable à mon sens.

Je me demande néanmoins à qui il s’adresse, ce qui a bien pu motiver les investisseurs même : difficile, très difficile pour les moins de 30 ans (ceux qui vont le plus souvent au cinéma donc) de s’y retrouver dans cet océan de références à une période et des évènements politiques, culturels et télévisuels qu’ils n’ont pas vécus. C’est courageux quelque part, suicidaire presque et ça aussi ça me rend le film sympathique.

Nick Waterhouse – Connexion café, Toulouse

Nick Waterhouse est un jeune auteur-compositeur californien (tout est « California » ou « from California » avec lui) qui a également produit le superbe 1er album des Allah-La’s.

Souvent assimilé à la scène neo-soul des Eli Paperboy Reed ou Mayer Hawthorne, son style est en réalité encore plus rétro, subtil alliage de rock’n’roll, jazz et surtout rythm’n’blues, avec une lichette de pop pour faire bonne mesure. En gros, un mec pour qui le public n’est composé que de ladies and gentlemen et qui, s’il avait vécu dans les années 60, aurait jugé les Beatles post-1965 un peu trop expérimentaux.

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Toujours très élégant, quoique dans un style plus casual qu’à l’accoutumée (et le mec rigole moyennement quand il s’agit de style comme le prouve cette petite video), il débarque à Toulouse accompagné d’un batteur, d’un bassiste, d’un organiste, d’une choriste et d’une barytone sax.

Pour l’occasion, le Connexion café réunit tout ce que la ville rause compte de mods, hipsters retro, fanas des late 50s etc. Un public bien stylé lui aussi donc et différent de celui des concerts auxquels j’assiste habituellement, c’est pas désagréable.

Sur ses 2 premiers albums, je trouve Nick Waterhouse un peu trop poli ou policé, soignant avec un poil trop de détails sa patine early 60s. C’est dommage car il n’a pas besoin d’en rajouter : il suffit de le voir, avec son look Ivy League, ses cheveux impeccables et ses petites lunettes, pour comprendre qu’il respire la classe old school. Je réalise immédiatement que sur scène, il fait preuve de nettement plus de nerf : sa voix se fait plus rauque, son style plus brut. C’est peu dire que ça démarre très bien. Au bout du deuxième morceau, on se croirait dans quelque bar de nuit angeleno au tournant des années 50-60.

Seul bémol en ce qui me concerne : il fait une chaleur proprement intenable. Il a fait chaud toute la semaine, la salle affiche complet, le public commence à gentiment se déhancher, il fait chaud bordel. Le genre où, d’abord agacé par les déplacements incessants de certains spectateurs, tu finis par les bénir car leur simple passage près de toi suffit à remuer un salutaire brin d’air. Le genre où des gouttes de sueurs finissent par te couler dans l’oreille. Le genre où, à contrecœur, tu commences à te diriger vers l’arrière de la salle. Qui est fort heureusement une petite salle donc ça ne nuit pas à l’immersion. Qui est totale car le mec sait y faire, et pas qu’un peu.

Après un démarrage en douceur, genre club-interlope-pour-amants-clandestins, il a décidé de nous faire danser. Toujours avec finesse et élégance mais le rythme s’accélère, morceau après morceau. Il parle peu mais il parle bien, présente ses musiciens avec beaucoup de classe et continue à se lâcher, lentement mais sûrement. ET LA IL REPREND TY SEGALL. Bordel. La classe. It’s #3, un de ses plus vieux morceaux, complètement ré-arrangé à sa sauce. Sur sa reprise de The harder they come, c’est un petit peu la folie : « Well if you’re not dancing, you got a problem my friend ». T’inquiète Nick, on danse. Ooooooooooooooh ouiiiiiiiiiiiiiiiii. C’est bon putain.

Là l’élan se brise un peu : un mec (un habitué des concerts toulousains il me semble), monte sur scène une bière pour Waterhouse à la main. Il la lui offre, discute un peu. Le chanteur annonce alors que contrairement à son habitude, il souhaite exceptionnellement un bon anniversaire au gars « because he’s wearing a tuxedo » (pas sûr que ce fut un véritable smoking mais je lui fais confiance. Je crois qu’on peut lui faire confiance en matière de fringues). Ils continuent à dialoguer un peu, ce que Waterhouse qualifiera de « surrealistic comedy show », il reste cool mais on le sent un peu agacé quand même et finit par conclure, alors que le gus se lance dans le public, qu’il s’agit de la « boldest stage invasion » qu’il ait jamais eu.

L’élan s’est un peu brisé mais à peine : ça continue à envoyer classieusement depuis la scène et à danser dans la salle. Sur le tout dernier morceau, il salut une dernière fois le public puis quitte la scène sans s’attarder, laissant la vedette et le soin de conclure à son groupe. La classe jusqu’au bout le mec.

Bon il reviendra quand même pour un rappel. Un nouveau morceau incendiaire tiré de son 1er album qui finit de nous achever : 1h30 de pur rythm’n’blues, raffiné et brut à la fois, toujours très, mais alors très classe. Le mot-clé de la soirée évidemment. Ladies and gentlemen, Nick Waterhouse, from Los Angeles, California.

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#35 Richard Hawley

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Je résume en quelque sorte ce que m’inspire la musique de Richard Hawley dans cet article. Article que je n’aime pas beaucoup car j’y parle particulièrement mal de cet artiste merveilleux mais bon.

Je précise pour les puristes qu’au sein d’une discographie impeccable et dont chaque élément me ravit et me touche profondément, j’ai opté pour son premier album, qui n’est pas un album car c’est un long single (7 titres). C’est devenu un album par la suite (en 2007 pour être précis), lorsqu’il a été réédité et agrémenté de plusieurs titres. C’est cette version là que j’ai retenue.

Et cet « album » ci donc parce que… c’est le premier tout simplement. Parce qu’on y entend pour la 1ère fois la musique et surtout la voix d’un type dont on pressent, même quand on ne sait rien de lui, qu’il a vécu. Et en effet, après les sessions studio avec All Saints (!), les disques des médiocres Longpigs, après l’alcool, la came et enfin les tournées salvatrices en compagnie de Pulp, Richard Hawley a déjà vécu lorsque sortent ses premiers enregistrements véritablement personnels :  il a d’ailleurs 34 ans.

Et puis il y a cette pochette bien sûr, sublime, qui a de plus le mérite (exactement comme celle de son véritable premier album, Late Night Final) d’encapsuler absolument TOUT son univers : l’Angleterre (quoi de plus anglais que le bingo ?), la nostalgie (le manège), le rock’n’roll (total look blue jean), la coolitude (la clope), le romantisme (si on additionne tout ce qui précède).

Comme je le disais dans l’article auquel je renvoie en préambule, le dernier album de Richard Hawley m’a un tantinet déçu. A peine : avec le temps, je l’ai révisé à la hausse. Il est en tout cas celui qui se démarque le plus des jalons que celui-ci a posé il y a plus de 10 ans. Ca n’est sans doute pas un hasard : Richard Hawley fait partie de ses artistes qui ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils creusent encore et encore le même sillon. Et ce sillon, il n’a selon moi jamais été aussi pur et limpide que sur ces tout premiers enregistrements.

Bon, j’arrête là, décidément, je n’arrive pas à écrire de manière satisfaisante sur l’un des artistes contemporains, toutes disciplines confondues, qui me touchent le plus. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup d’admiration et d’affection pour cet homme, son art et son parcours, je crois que c’est tout ce que je voulais dire finalement.

« Xabi se va al Bayern »

La vie d’un supporter est davantage faite de souffrance et de déceptions que de joie et de satisfactions, c’est entendu. C’est également le cas en dehors de la compétition, pendant la période des transferts par exemple.
L’autre soir par exemple, j’allume mon pc, je vais sur Marca (L’Equipe espagnol pour faire court) et là je bloque, complètement ébahi, sur le gros titre qui barre la page d’accueil du site : « Xabi se va al Bayern« .

Putain de bordel de merde, pour un transfert surprise… Barbe rousse… Pas toi bordel…

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Déjà l’an dernier, j’avais eu du mal à digérer le départ de Mesut Özil pour d’Arsenal. Mais là c’est bien pire : Xabi Alonso c’était un des emblèmes du Real, un des chouchous des supporters. Un joueur qui a mis du temps à signer alors qu’il était écrit qu’il jouerait un jour à Madrid puisqu’il en avait très tôt émis le souhait et que le club le voulait. Et qui, quand il a finalement rejoint les merengues, est devenu un patron, un joueur clé. Accessoirement un mec super classe, fin et intelligent, cultivé, amateur de polars hard boiled et de pop anglaise. Un basque. Un barbu. Un joueur Grande remise quoi. Fais chier putain…

Il avait signé une prolongation de contrat en début d’année en plus ! Il semblait vouloir retourner en Premier League (Mourinho lui faisait du gringue pour qu’il signe à Chelsea) mais il avait finalement prolongé au Real au grand soulagement de tous -club et supporters. Faut dire qu’il avait encore démontré qu’il était indispensable : le Real d’Ancelotti s’est mis à vraiment tourner et faire peur quand il est revenu de blessure et que son entente avec Modric a commencé à fonctionner. Lui, présence physique, jeu long (et petits coups de pute, faut dire ce qui est), le Croate harcèlement, crochets et jeu court, c’était un duo parfait, absolument parfait.

Son départ est assez incompréhensible. Evidemment, il a du voir d’un mauvais oeil l’arrivée du génial Toni Kroos mais enfin, c’est long une saison, y a de place pour tout le monde et c’est de Khedira dont Ancelotti ne voulait plus. Non vraiment…
Et puis ce qui fait mal c’est qu’il signe au Bayern qui est quand même LE ennemi du Real en Europe (avec la Juve). Qu’il reparte à Liverpool ou même qu’il signe finalement à Chelsea, j’aurais pu le comprendre : il s’est complètement épanoui, à la fois footballistiquement et personnellement, en Angleterre. Mais le Bayern putain…

Je crois que c’est ça le pire dans une vie de supporter :  c’est pas d’être déçu par les résultats de ton équipe de coeur, ça c’est quasiment ton quotidien. C’est de voir partir un de ses joueurs favoris pour l’un des ses clubs honnis. Parce que tu sais que tu as beau détester ce club de toutes tes forces et de toutes ton âme, ta haine sera désormais un tantinet atténuée par la présence de ton chouchou. Ca te gâche ton plaisir en somme.
Alors voilà, Xabi Alonso va au Bayern et ça me fait vraiment chier.

Ty Segall – Manipulator – critique

Depuis le temps que je te bassine avec Ty Segall, ici et ailleurs, il m’a paru logique de lui consacrer un véritable billet. La sortie de son nouvel album, Manipulator, en fournit l’occasion idéale.

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Pour faire court puisque tu peux toujours aller sur Wikipedia pour davantage d’informations, Ty Segall est un californien de 27 ans qui pratique un style qu’on pourrait qualifier de garage-psyché. « Pourrait » car évidemment, il ne se limite pas à cela. Et c’est ça qui est génial : ce type incarne tout bonnement toutes les facettes de ce que, faute de mieux, on qualifie généralement de « rock ». Et il l’incarne mieux que quiconque à l’heure actuelle : garage, psyché donc mais aussi punk, metal, pop, folk, rien ne lui fait peur, il maîtrise tout. Bien sûr il y a des francs tireurs ici et là (Reigning Sound, Lords of Altamont, Jim Jones Revue pour n’en citer que quelques uns au hasard) mais personne qui soit, comme lui, aussi transversal, aussi exhaustif. Ni aussi talentueux.

S’il a déjà fait ses preuves sur ses très nombreux enregistrements (souvent géniaux et, au minimum, dignes d’intérêt), il résume tout cela à merveille sur son dernier album, Manipulator donc.
C’est sans doute l’album à conseiller en premier lieu à ceux qui ne le connaissent pas du tout et probablement aussi l’album de la reconnaissance définitive.
Sa notoriété grandit depuis plusieurs années mais Manipulator, plus long, plus « poli » (au sens de « produit »), plus pop en somme que tout ce qu’il a pu enregistrer auparavant, devrait lui valoir un certain succès commercial et, au minimum, une exposition médiatique inédite pour lui.

Et tout cela, c’est là que Ty Segall est génial (oui, ça fait déjà 3 fois que j’emploie cet adjectif), sans que jamais on se dise qu’il a fait des compromis ou qu’il s’est un tant soit peu calmé (il a du jus ce garçon, je te prie de le croire).
Quoique plus facilement abordable que tout ce qu’il a pu sortir jusque là (à l’exception de Sleeper, son sublime album acoustique sorti l’an dernier) Manipulator multiplie les moments de pure sauvagerie rock’n’roll absolument dantesques et jouissifs. Le quintet d’ouverture mon Dieu… Je ne compte plus les passages du disque (un solo, un refrain, un riff) sur lesquels je me surprends à sourire comme un couillon juste parce que c’est bon. De l’adrénaline, de la joie, du plaisir à l’état pur. L’incarnation la plus parfaite, la plus immaculée, la seule en vérité à l’heure actuelle, du rock’n’roll.

Le côté pop, c’est avant tout des influences glam rock parfaitement assumées, voire transparentes. Il avait déjà enregistré un EP de reprises de T-Rex joliment intitulé Ty Rex mais ici il pare nombre de ses compos des attributs les plus identifiables du genre : guitares sèches, quatuor à cordes, vocaux haut perchés, refrains hyper catchy. Il nous gratifie même d’un petit intermède à la Mickey Finn (percussionniste de T-Rex) sur Feel, l’un des moments forts de l’album (et LE moment fort de ses prestations scéniques). The Singer fait ainsi figure de modèle du genre : une ballade enviolonnée qui n’aurait pas fait tâche sur The Slider. Plus loin, il chourre un peu l’intro de Jean Genie à Bowie sur The Faker, dont le simple titre l’exonère illico de la moindre accusation de plagiat (il est malin en plus ce coquin).

Pour conclure et finir de situer le gars dans ma hiérarchie personnelle, je me souviens d’une couverture de Technikart consacrée à Beck et titrée « L’Homme le Plus Fort du Monde ». Je m’en souviens encore après toutes ces années (ça devait être en 1996) parce que je trouvais ça absolument juste et justifié. Eh bien en 2014, l’Homme le Plus Fort du Monde, c’est encore un blondinet californien hyper prolifique, c’est Ty Segall.

Oh Brothers ! – critique

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Je suis déception.
Je suis frustration.
Je suis limite colère.

Je vais pas y aller par 4 chemins : Oh Brothers ! de Marc Cerisuelo et Claire Debru est nul. Sans intérêt en tout cas et j’en suis le premier surpris. Chouette éditeur, belle collection, auteurs compétents : j’étais certain d’y trouver mon compte d’autant que je cherchais un bon bouquin sur les Coen depuis un moment.

Qu’est-ce qui ne va pas alors ?

Première surprise : de langage cinématographique il n’est pratiquement jamais question. Dans un bouquin consacré à des cinéastes aussi formalistes que les Coen (voire « maniéristes » pour leurs détracteurs), c’est surprenant et un peu dommage mais soit, c’était en quelque sorte annoncé d’emblée.
Les auteurs prennent en effet pour postulat que les Coen sont de grands cinéastes américains populaires, au sens où leur oeuvre s’inscrit en référence aux grandes figures de la culture populaire américaine. Et qu’ils en sont par conséquent eux-mêmes parmi les plus dignes représentants actuels. OK, pourquoi pas. Sauf que le plus souvent, Cerisuelo et Debru se contentent de dénicher les références, souvent obscures et tordues certes, qui président à certaines scènes, personnages ou lieux dans chaque film. Ca contextualise, ça décrypte mais ça ne fait que citer et ça se rapproche du catalogue au final.

Peu, très peu d’idées fortes rejaillissent. Au détour d’un chapitre (le bouquin est construit suivant le principe d’un chapitre par film, dans l’ordre chronologique), les auteurs prennent soin de rejeter l’étiquette de « postmodernes » souvent accolée aux cinéastes, au profit de celle de « postclassiques ». Pourquoi pas là encore, ça semble même intéressant mais d’analyse ou d’explication à ce sujet, que dalle. Dans les pages consacrées à The Barber, ils relèvent le montage du film, très godardien, voire « renaisien », avec en sus les longs travellings avant à la Marienbad et puis… ils se mettent à raconter le film, tout simplement. Vraiment frustrant…

C’est bien ça le pire : on a trop souvent à faire à des pages qui s’apparentent à de la simple paraphrase. Le chapitre consacré à Burn After Reading est à ce titre proprement édifiant. Les auteurs expliquent purement et simplement ce que font les personnages, ce que tout un chacun a pu voir (le scénario et la psychologie des protagonistes n’est pourtant pas d’une profondeur folle…) :  ils racontent le film avec force détails, encore. Damned.

J’arrête là, je ne pourrais moi aussi que paraphraser ou citer le bouquin inutilement. Encore une fois, je suis très déçu. Je l’ai d’ailleurs déjà mis en vente.

Le point positif c’est qu’il m’aura fourni l’occasion de revoir et reconsidérer certains films que je n’avais pas visionnés depuis longtemps.
Leur tout premier, Sang pour sang, m’est ainsi apparu comme incroyablement mollasson et prétentieux alors que je l’ai longtemps tenu pour un modèle de film noir. De même, Arizona Junior, qui m’avait là aussi grandement impressionné quand je l’avais vu pour la 1ère fois, m’a paru souffrir d’un rythme quasiment arthritique (c’est fâcheux quand le qualificatif de « cartoonesque » lui est souvent appliqué).

Miller’s Crossing en revanche, toujours aussi magistral et surtout beaucoup plus drôle et moins guindé que l’impression que j’en avais gardé. Ladykillers mauvais mais pas autant que dans mon souvenir. Surtout, sa bo, pendant gospel à celle folk et country de O Brother, est absolument superbe. Burn After Reading très anecdotique mais également très plaisant (parfaitement conforme à ce que j’en avais pensé à sa sortie) : une récréation, une potacherie inconséquente certes mais rondement menée et c’est déjà beaucoup. The Barber : sublime, vraiment, un des sommets Coeniens pour la forme, les thèmes abordés, l’ambiance proposée, les références convoquées (l’univers du romancier James Cain auteur notamment du Facteur sonne toujours deux fois et Mildred Pierce).

La grosse surprise est venue du Grand saut, le seul Coen bros que je n’avais jamais vu. J’ai toujours pensé, suivant la ligne du parti, que c’était un énorme ratage : eh bien pas du tout, c’est une excellente comédie, parfaitement écrite et réalisée, très drôle et surtout (c’est là la vraie surprise), très touchante. Un bémol concernant l’interprétation des 2 acteurs principaux, notamment Jennifer Jason Leigh mais sinon c’est vraiment un super film, décrié à tort. C’est un des préférés des auteurs d’ O Brothers !  qui mettent un point d’honneur à le réhabiliter : ils y parviennent, je dois bien leur accorder celà. Mais c’est bien tout.

Donc, de façon générale, en définitive et très globalement
Oh Brothers ! de Marc Cerisuelo et Claire Debru : une lecture très dispensable pour ne pas dire plus
– Les films des frères Coen : à voir et à revoir sans aucunes réserves ou presque.

#34 Gorky’s Zygotic Mynci – How I Long to Feel That Summer in My Heart

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Je pense que tout le monde s’accordera à dire que nous avons vécu cette année ce que les professionnels de la profession  ont coutume de nommer un « été de merde ».
Mais le hasard faisant bien les choses, l’entrée suivante dans mon top 100 est un disque estival, mieux même, un disque sur la nostalgie de l’été. Par un autre de mes groupes fétiches, malheureusement plus en activité depuis quelques années.

Il aura été actif durant plus de 10 ans et 8 albums mais les chefs d’œuvre alignés aussi implacablement que les moutons dans un pré gallois n’y ont rien fait : tout le monde se foutait de Gorky’s Zygotic Mynci (et tout le monde continue de s’en foutre d’ailleurs). Eux n’avaient pas l’air de t’en tenir rigueur pour autant (« tout le monde » c’est toi mon vieux) : ils semblaient jouer pour leur simple plaisir et pour leurs quelques fidèles fans (ça c’est moi), sortant tous les ans ou presque leur meilleur album depuis le dernier et jusqu’au prochain. Pour situer rapidement, une pop-folk rurale britannique et incroyablement naïve, mâtinée d’un psychédélisme ludique et tranquille.

Gorky’s Zygotic Mynci a pourtant débarqué en pratiquant une pop foutraque sur Barafundle ou Patio Song : des enregistrements assez barrés où ils n’avaient pas peur de fondre 3 chansons en une, chanter en gallois ou apparaître habillés comme des druides sur les photos de presse. Un groupe rapidement catalogué « excentrique », « rigolo » et « drogué ». Ce qui était certes réducteur mais pas faux non plus, il faut être honnête.

Leur musique s’est adoucie avec les années. Plus les années passaient et plus les Gorky semblaient seuls au monde. Plus ils semblaient seuls au monde, plus leur musique est devenue belle, fondamentalement belle : c’est tout bête mais je ne trouve pas d’autre mot pour définir cette musique simple et pure, qui ne connaît ni calcul, ni distance.

On entend chez eux à n’en pas douter ce qui se jouait dans le Village Green imaginé par Ray Davies, à ceci près que Daisy n’épouse plus le fils de l’épicier, et que Walter reste pour toujours l’ami qui fumait des cigarettes derrière le préau de l’école. Sur cet album en particulier, Gorky’s Zygotic Mynci joue la bande-son d’une campagne idéalisée, d’une perfection pastorale tout droit sortie des romans de Thomas Hardy : ici les filles vous transpercent le coeur de leur simple sourire (« Have you seen her smile? / Doesn’t it just make you wanna cry? » sur Stood on Gold) et on n’aspire qu’à des choses simples telles que contempler la lumière d’un nouveau jour et se retrouver entre amis autour d’un air antédiluvien.

Pas de méprise pourtant : aucune tentation folklorique ou traditionaliste chez eux (ils ne chantent d’ailleurs plus en gallois sur leurs 3 derniers albums), aucun clichés hippie sentant la crevardise : Gorky’s Zygotic Mynci est un groupe pop entiché de folk. Ils sont cette formation rêvée par tous les amateurs de chansons dignes de ce nom, capable de vous envoyer dans les étoiles et de vous faire sangloter en même temps, sur une seule mélodie ou harmonie. Il se dégage de leurs disques une chaleur, une joie et une mélancolie extrêmes auxquelles rien que ce que nous connaissons sur la scène musicale actuelle ne nous habitue plus (je le pense).
Ils semblaient être en quête de toujours plus de pureté, tant dans l’instrumentation utilisée que dans les sentiments évoqués. La chanson titre, vignette nostalgique d’un été parfait (« and the days were so long / and nothing could go wrong ») au moment où il faut quitter la campagne pour retrouver la ville (« oh I long to stay but I’ve got to go / where money is made, cold winds blow »), me noue la gorge à chaque écoute. C’est tout simplement une de mes chansons préférées (allez, au débotté, au moment où je tape ces lignes, elle accompagne Teenage FanclubThe Concept, The ByrdsFeel a Whole Lot Better, Super Furry AnimalsHometown Unicorn, The High LlamasCampers in Control).

Le groupe n’existe donc plus à l’heure actuelle mais on imagine une séparation douce et cordiale, sans heurts ni querelles vulgaires autour des royalties (de toutes façons probablement très maigres). Le principal compositeur/interprète, Euros Childs (c’est son vrai nom, il est magnifique et il le porte à merveille) sort chaque année un nouvel album de chansons simples, naïves et belles que le monde continue d’ignorer royalement (‘le monde », c’est TOI). Il a également sorti il y a 3 ans et en compagnie de Norman Blake de Teenage Fanclub (un autre de mes héros) un super album de power pop-folk sous le nom de Jonny.

Gentlemen Broncos – critique

Benjamin, 17 ans, n’a pas d’autre atout que son imagination débridée. Il adore écrire des histoires qui l’entraînent loin de sa petite vie morne. Quand il apprend que son idole, le légendaire auteur de science-fiction Ronald Chevalier, donnera un cours au Cletus Festival, il y voit la chance de sa vie. Il emporte son meilleur manuscrit, « Yeast Lords : The Bronco Years » et part à la rencontre de son destin.
Sur place, Benjamin fait la connaissance d’autres originaux comme lui, dont la jeune romancière Tabatha, et Lonnie, un cinéaste adolescent qui a déjà plus de 80 « films » à son actif […]. (Allocine.fr)

Ce film est passé totalement inaperçu à sa sortie en 2009. J’ignore s’il a même joué en salles en France.
En tout cas j’avais très envie de le voir à l’époque, avant de l’oublier. Il m’est revenu à l’esprit pour je ne sais quelle raison et je l’ai regardé il y a quelques jours. J’ai adoré.

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Jared Hess est le réalisateur d’un film culte aux Etats-Unis et à un degré moindre en Grande-Bretagne, Napoleon Dynamite. Un film à part dans la (longue) série des (grandes) comédies américaines des années 2000-2010 : esthétique white trash à son paroxysme, peu voire pas de gags, pas d’intrigue, un personnage principal peu aimable voire parfaitement désagréable. Il a également réalisé le moins réussi mais très sympathique Super Nacho avec Jack Black en moine-catcheur au grand coeur. Après ce film là, sa carrière comme son inspiration ont décliné, il n’a rien créé de réellement intéressant.

Son truc à Jared Hess, c’est les nerds. Attention, j’ai bien dit les nerds et non les geeks. On retrouve ces derniers absolument partout désormais, ils sont quasiment devenus la norme : le terme est utilisé avec désinvolture dans tous les repas de famille, preuve qu’il est désormais dépassé.
Les nerds, c’est autre chose. Plus ringards, plus obsessionnels, moins exubérants, plus introvertis, plus portés sur les sciences, moins immédiatement attachants. Et peu représentés à l’écran finalement.

Les nerds donc et l’Amérique white trash. Attation là aussi: ne pas comprendre l’Amérique profonde telle qu’on la voit chez Jeff Nichols pour citer un exemple récent, tendance americana mélancolique et stylée du Texas ou du Kentucky. Non, le white trash, le vrai, celui qui ne sera jamais cool, c’est l’Idaho (dont Hess est originaire), l’Utah, l’Iowa, les jeans taille haute, les sweat à imprimés invraisemblables, les vestes à épaulettes, les mullets de la mort, les centre-commerciaux glauquissimes, les déserts culturels.

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Partant de là, Jared Hess développe une esthétique extrêmement forte et précise, très immersive, qui serait un pendant minimaliste et plutôt 80s de celle, foisonnante, élégante et fondamentalement 60s de Wes Anderson. Chez les 2, le même souci du détail, la même attention portée à la direction artistique qui vire à la maniaquerie et se fait véritable manifeste.

Les films de Jared Hess sont également intéressants et attachants parce qu’il connait parfaitement l’univers qu’il décrit, ça se sent. Aussi édifiants et ridicules ses personnages soient-ils, il a toujours pour eux une affection non dissimulée. Cette absence totale de cynisme ou de condescendance est évidemment cruciale.

Gentlemen Broncos a ceci de particulier dans sa filmographie qu’il comporte de nombreuses trouées de fiction au cœur de la fiction, au sein desquelles les récits de SF du jeune Benjamin et de son idole Ronald Chevalier sont représentés à l’écran. Des récits totalement délirants, à la poésie purulente et déviante, à la fois ridicules et très inventifs. Ils sont regroupés sous le nom de Yeast Lords et lorsqu’on sait que « yeast » en anglais signifie « levure » mais aussi « champignon » ou « mycose », tout est dit.

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La caractérisation des ados est super : Benjamin, le héros, orphelin de père et se coltinant une mère totalement larguée; Tabatha, la girlfriend enthousiaste et craquante qui aidera la héros à s’épanouir; Lonnie, créature latino, sorte de version freak du Pedro de Napoleon Dynamite.

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Le reste est à l’avenant. Je retiens surtout Jemaine Clement (membre des géniaux Flight of the Conchords) dans le rôle de Ronald Chevalier, auteur de science-fiction insupportable de prétention et de pédanterie.

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Et l’immense Sam Rockwell qui interprète Bronco, le héros des fictions de Benjamin. Ce mec est génial à chacune de ses apparitions, je comprends pas qu’on le voit pas davantage. Ici il incarne une sorte de justicier heroic-fantasy hyper viril et à l’accent redneck totalement incongru dans pareil contexte.

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Jared Hess n’a donc rien écrit ni réalisé de notable/valable depuis. Il faut néanmoins (re)voir ses films, et notamment celui-ci, le plus barré, drôle, foisonnant et touchant parmi ses 3 premiers.