Des lendemains qui chantent – critique

Olivier et Léon, deux frères qui sont montés à Paris et que la vie a éloigné… Si le premier se voit comme un journaliste sans concessions, le second est un communicant ambitieux et opportuniste. Noémie, une charmante conseillère présidentielle, n’arrive pas, au fil des ans, à choisir entre eux. Sous le regard amusé de Sylvain, leur ami d’enfance, qui a fait fortune dans le minitel rose, leurs destins se croisent sur 20 ans, s’entremêlent, au cours d’une épopée drôle, tendre et nostalgique, dans les années 80/90. (Allocine.fr)

J’avais 8 ans en 1981 : je me souviens parfaitement du 10 mai et des cris de joie qui résonnèrent dans la maison familiale lorsqu’apparut le visage minitélisé de François Mitterrand sur l’écran de télévision. C’est donc autant par nostalgie pour la période retranscrite que par curiosité ou véritable intérêt pour le film que je suis allé voir Des lendemains qui chantent, le premier film de Nicolas Castro (8 ans en 81 lui aussi).

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Ca démarre comme un téléfilm de France 2 : manque de moyens dans la reconstitution (manque de figurants notamment), pas vraiment d’identité visuelle, ça ronronne pépère. Et puis je suis peut-être un peu maniaque là-dessus mais je les ai vécues ces années-là donc je sais de quoi je parle (même s’il ne t’aura pas échappé depuis le temps que je sais TOUJOURS de quoi je parle) : plus que de moyens (ça c’est pas vraiment la faute du réalisateur le pauvre) ça manque vraiment de précision dans la reconstitution. J’entends par là que les personnages ont l’air déguisés : on leur change vaguement la coupe de douilles, on les affuble d’une fausse barbe, d’un sous-pull acrylique, d’un blouson en skaï et hop le tour est joué. Ben non, faut être un peu plus rigoureux car là on n’y croit pas vraiment, au sens où on y croit tout de suite devant Munich de Spielberg par exemple. Je cite ce film car il est selon moi un modèle du genre : c’est vraiment bluffant, on jurerait que même les bâtiments en prise réelle sont tous marqués par la patine des 70s. Mais après tout, ça n’est peut-être qu’une histoire de moyens, je ne sais pas (les moyens dont dispose Spielberg comparés aux moyens dont dispose Nicolas Castro forcément..). Plus agaçant ceci dit, le film est truffé d’anachronismes : un sandwich de La mie câline en 81? Des post-it en 85 ? Des Coco girls dans les années 90 ? Allons allons… Moi ça me gêne ce genre d’approximations ou d’arrangements avec la réalité, d’autant plus dans un film dont l’ambition est de retranscrire une période et des évènements bien identifiés, une réalité précisément.

C’est dommage car Des lendemains qui chantent est par ailleurs assez plaisant : personnages bien croqués, avec beaucoup de tendresse, dialogues bien écrits, scénario nous faisant revivre tous les jalons, notamment ceux de la culture populaire et/ou de la « Génération Mitterrand », de ces années d’abord pleines d’espoir puis de désillusion.
Et là Nicolas Castro se montre assez malin : il s’arrange pour faire des 2 héros du film (interprétés par Pio Marmai et Gaspard Proust, tous 2 très bons avec une petite préférence pour le second) des protagonistes importants sinon essentiels de certains évènements parmi les plus marquants des années 80-90 : création du slogan et du logo « Touche pas à mon pote », interviews de Bernard Tapie, Bernard-Henri Lévy, de François Mitterrand lorsqu’il s’offusque d’être interrogé sur les écoutes téléphoniques effectuées par l’Elysée etc. C’est bien vu et ça s’insère parfaitement dans la « petite » histoire du film, celle de ces 2 frères que ces mêmes évènements vont peu à peu éloigner. Les clins d’œil générationnels servent l’intrigue du film, ne se bornent pas à des clins d’œil justement et ça fait mouche. Mention spéciale également au personnage et à l’interprétation de Ramzy, drôle et touchant.

Un bon moment au final : c’est approximatif, souvent naïf et caricatural mais paradoxalement, les nombreux défauts s’effacent devant les quelques qualités et devant la sincérité du propos. Le film a de plus le mérite de s’achever de manière abrupte et sans concession, ne prêtant là encore le flanc à aucune nostalgie facile, c’est bieng. Certes, on a aujourd’hui suffisamment de recul pour ne plus être tenté d’idéaliser ces 14 années de présidence socialiste mais encore fallait-il trouver le juste milieu et ne pas à l’inverse tomber dans le dézinguage systématique. Si les lendemains n’ont peut-être pas chanté, ils ont néanmoins parfois joliment fredonné ( ← poésie/émotion/sourire un peu triste/le temps des cerises). Là-dessus en tout cas, le film est assez irréprochable à mon sens.

Je me demande néanmoins à qui il s’adresse, ce qui a bien pu motiver les investisseurs même : difficile, très difficile pour les moins de 30 ans (ceux qui vont le plus souvent au cinéma donc) de s’y retrouver dans cet océan de références à une période et des évènements politiques, culturels et télévisuels qu’ils n’ont pas vécus. C’est courageux quelque part, suicidaire presque et ça aussi ça me rend le film sympathique.

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