Ce pays qui n’aime pas le foot – Joachim Barbier – critique

Suite de mes lectures footballistiques avec un billet sur cet ouvrage également signé par une plume régulière de So Foot, Joachim Barbier.

Dans Ce pays qui n’aime pas le foot, il réagit principalement à l’énorme polémique, quasiment l’affaire d’Etat, autour de l’Equipe de France lors de la coupe du Monde 2010. Polémique qui faisait elle-même suite à d’autres débats débiles autour du but entaché d’une main de Thierry Henry lors du match de qualification pour cette même coupe du monde, autour de la banderole anti-Chtis des supporters du PSG lors de la finale de la coup de France, autour de la Marseillaise sifflée au stade de France etc.

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Selon Joachim Barbier, ces « événements » qui n’en sont pas et qui auraient dû en tout cas être circonscrits à la seule sphère du football, ont constitué un prétexte en or pour les polémistes et éditorialistes à 2 balles, désireux d’illustrer le désormais proverbial « malaise de la société française » dont les footballeurs seraient les véritables furoncles, ou pour le moins des racailles, des caïds de banlieue, des sauvages etc etc etc. Alors qu’ils n’illustrent en réalité qu’une seule chose : la France ne comprend rien au foot. Ou plutôt, la France manque gravement de culture foot. Je partage évidemment à 100% cette thèse, comme tout bon footeux intégriste qui se respecte.

Alors il enchaîne les arguments le bougre, et ils ne manquent pas. Selon lui par exemple, il ne peut y avoir de réelle compréhension de la chose footbalistique en France puisque l’engouement national est né de la victoire en coupe du monde en 1998. Evénement tardif déjà mais surtout, événement trompeur puisqu’il s’agit un acte fondateur euphorique et victorieux. Or : « L’âme d’un stade se forge moins dans l’habitude des victoires que dans le désarroi des défaites ou la honte des déroutes. Les deux bâtissent un équilibre des souvenirs, des sentiments, et un jugement. On peut appeler ça de la culture ». Amen. Et Barbier de déplorer les sifflets qui parfois tombent des tribunes alors qu’une équipe mène au score mais ne fournit pas le spectacle auquel le prix du billet donne supposément droit. A noter que l’ouvrage a été écrit avant la reprise en mains du PSG par les Qataris…

De la même manière, Barbier explique que « pratiqué sérieusement, le football n’a rien à voir avec le fair-play. Il est lié à la haine, à la jalousie, à la vantardise, à l’irrespect et au plaisir sadique d’être témoin de la violence : en d’autres termes, c’est la guerre sans les tirs. » Ca peut sembler évident mais ça va mieux en le disant.
Ainsi, et pour citer l’architecte Rudy Riccioti, « les gens qui ne voient pas l’humour qui existe dans le football sont des gens à qui il manque une case de lecture politique, il leur manque une clé de lecture du monde ». Hell yeah.

Sur la « rivalité » rugby/football, le rugby brandissant en étendard ses sacro-saintes « valeurs »: « Le rugby est resté un sport de protestant car il prétend incarner l’idée de justice, d’honnêteté, de vérité au cœur des règles qui l’encadrent, et représente quelque part une proposition de stage de développement personnel ». D’où l’indiscipline chronique des pays méridionaux (France, Argentine, Italie), catholiques eux. Pas mal ça aussi non?

Et du coup, c’est logique, dans un pays qui n’aime le foot que lorsque ses favoris l’emportent au cours de grandes compétitions, « la faiblesse des revenus de la Ligue 1, marketing, droits TV, n’est pas une cause de son sous-développement mais une conséquence ». En effet, si les droits TV anglais explosent, c’est parce que Manchester United ou Liverpool sont à la base hyper prestigieux et intéressants d’un point de vue marketing pour les investisseurs. Bien vu ça aussi.

Joachim Barbier étaye en permanence ses arguments et ses assertions d’exemples précis et toujours éloquents.
Le problème c’est que même s’il est toujours pertinent, voire occasionnellement brillant, son ouvrage est extrêmement mal construit. En réalité, il n’est pour ainsi dire pas construit, c’est à dire qu’il n’a pas d’épine dorsale, hors sa thèse initiale (« la France ne comprend rien au foot »), et encore moins de déroulé autour de cette thèse. J’ai cité, à dessein, des phrases et des exemples un peu à la volée mais c’est précisément ce qu’est ce livre : une succession sans véritable liens entre eux, d’arguments, exemples, idées, souvent brillants certes mais qui donnent au final le sentiment que le livre a été écrit un peu à la va-vite, pour créer un contre-feu à des polémiques effectivement aberrantes. Si j’étais prof et que je devais le noter, je demanderais « où est le plan? »

Mais je mettrais quand même une assez bonne note : parce que ce qu’il dit est souvent brillant donc et parce qu’il le dit bien. Ca manque simplement un peu de rigueur et de travail. Merde, je parle vraiment comme un prof.

41 réflexions pendant la 41ème cérémonie des Césars

Après le succès critique et public de mon billet sur la cérémonie de l’an dernier (presque 4 like sur Facebook, 2 commentaires franchement positifs à la machine à café), j’en remets une couche avec mes réflexions sur la 41ème cérémonie des Césars.

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Florence Foresti donc. Pourquoi pas après tout.

– Bon. Un peu longuet ce sketch d’introduction. Un peu pas très drôle. Le « Veronika Loubry » m’a quand même fait sourire.

– Pas mal de nominations pour Mon roi : je suis partagé entre mon dégoût de voir Maïwenn remporter un prix et mon désir sadique de la voir se ridiculiser sur scène.

– Putain elle est pas là. J’avoue, je suis déçu.

– 1ère récompense au bout de 25 longues minutes. Je sais que le laps de temps dévolu aux lauréats a cette année été limité à 2 mn 30 pour éviter la purge de l’an dernier mais j’ai peur

– Classe Carole Bouquet. Joli discours, simple, sans fioriture, (apparemment) sincère.

– « Merci
-De rien »
Ah ben moi qui me demandait toujours ce que le remettant et le lauréat pouvaient bien se dire.

– « Mon producteur qui est un petit peu plus que mon producteur ». Oui, on avait compris au moment précis où il s’est jeté sur tes amygdales pour te féliciter (meilleur film de court-métrage).

– Ah, premier César technique, première séquence strapontin-derrière-une-colonne.

– Bon, Foresti en fait… NON. Elle souffre du syndrome qui touche tous les comiques français à succès : ils sont plus ou moins drôles à leurs débuts et dès qu’ils explosent, ils se prennent pour des rock stars. Ils ne font plus des spectacles d’humour mais des spectacles tout court, dont ils sont la star, constamment mise en valeur. Ca va être long je sens…

– Meilleur jeune espoir masculin: Rod Paradot ! Bravo bonhomme, tu l’as pas volé.

– J’ai un peu peur qu’il dégoupille comme dans le film et balance son César dans la gueule de Louane.

– Rho « Merci à la CPE ». Trop mignon.

– Non je pleure pas, j’ai de la conjonctivite.

Hypolite Girardot à 70 ans, sera vraiment la fusion parfaite entre Michel Bouquet et François Mitterand. Pardon, François Mittrand.

– Nouvelle présentatrice mais nouveau décor également. Un peu glitter 70s, j’aime bien.

– Ca marche toujours en fait les vannes sur ou avec Louis Garrel. Bonne poire/pâte le mec.

– Il a vraiment l’air de se marrer à côté de la Binoche Michael Douglas.

Jonathan Cohen?!?! Mais c’est qui ce mec? Il est connu? Déjà les gars du Palmashow bon… Mais lui sans déconner, c’est qui ?

– C’est long. Très long.

– Wow. Plus fort que Maiwenn, Melanie Laurent et Marion Cotillard réunies donc pour l’instant malaise de la soirée, Jonathan Cohen. Il sort de nulle part, soit, pourquoi pas, c’est même une bonne chose en fait, c’est frais. Mais y avait RIEN dans son intervention. Dingue.

– Et maintenant, Marie Gillain. Marie Gillain? Mais si, Marie Gillain, l’actrice de l’Appât de Tavernier… y a 20 ans. C’est moi où c’est super cheap cette année? A ce rythme là l’an prochain on aura droit à Fréro Delavega.

– « Je t’enverrai la video Marie, t’auras l’impression d’avoir tourné avec eux » Ooooouuuuh la grosse veste de Foresti à Gillain.

– La grande Zabou nous laisse entrevoir ce que seraient les Cesars si c’est elle qui les présentait. Ricky Gervais like this.

Christophe Lambert soulève beaucoup d’interrogations… Second gros malaise de la soirée.

– « Viens ici Christophe« , de Michael Douglas à Christophe Lambert en 1985, m’en souviens oui. Je crois que j’ai seulement raté 2 ou 3 cérémonies des Césars depuis mes 10 ans.

– Yeah, Warren Ellis, la grosse classe. Faut vraiment que je voie Mustang moi.

Marion CotillardMaïwennMélanie LaurentElsa Zylberstein

– Belle brochette de seconds rôles masculins. Content pour Magimel.

– J’aime beaucoup Michael Douglas, vraiment, et pour une raison que j’ignore car je ne trouve pas qu’il soit un si grand acteur ni qu’il ait joué dans de très grands films. Mais lui donner un 2ème César d’honneur pfffff….

– Merde il est beau… Et il fait un très beau discours. Les acteurs américains sont toujours d’une classe folle aux Césars.

– LA CLASSE AB-SO-LUE même.

Birdman meilleur film étranger. N’importe quoi.

– Putain 5 secondes de Mon Roi (Bercot nommée pour la meilleure actrice) et j’ai des envies de meurtre.

Gilles Lellouche, grâce à son bel hommage aux réalisatrices, parvient à faire passer la pilule de sa présence. Une prouesse.

– Ca se voit non que j’ai rien à dire? Foresti met du rythme mais je me fais chier, ça manque vraiment de relief.

Desplechin enfin primé, c’est cool. Pour ce que je considère comme son plus mauvais film, moins cool.

Emmanuelle Béart punaise… Triste.

– Ca défile là les prix, ça s’accélère. Frot, Lindon. Ils ont les chiffres des audiences en temps réel ou quoi?

– Souvent, dans les comédies américaines, les personnages français se voient affublés de noms caricaturaux : Marcel Baguette, Jules Pignon, Ferdinand Lamour. Juliette Binoche.

– Bon, j’avoue : je n’avais jamais entendu parler de Fatima avant les nominations…

C’est fini.
Un palmarès très éclaté, primant des films politiques ou engagés (Fatima, Mustang, La tête haute), c’était prévisible mais ça me semble pas scandaleux. Une cérémonie très plate avec une Florence Foresti qui s’est beaucoup donnée mais pour se mettre elle-même en valeur avant tout. Des discours de remerciements que j’étais soulagé de voir raccourcis mais que j’ai trouvé paradoxalement trop brefs parfois (Arnaud Desplechin visiblement ému, le petit Rod Paradot irrésistible). Une cérémonie moyenne pour un billet moyen. Bon weekend mes petits chatons.

Steve Jobs – critique

Étrangement, j’avais envie de voir ce film. « Étrangement » car je n’aime pas Danny Boyle et que j’en ai rien à carrer de Steve Jobs. Mais j’avais envie, je le sentais bien. Je me disais que le partis pris fort adopté par Boyle agirait comme un garde-fou à son mauvais goût et à ses tendances de clippeur fou. Steve Jobs n’est pas un biopic traditionnel mais un film en 3 actes rigoureusement identiques qui décrivent quasiment en temps réel les minutes précédent 3 temps forts de la carrière de Jobs: le lancement du Macintosh en 1984, le lancement de sa propre compagnie, Next, fondée après son renvoi d’Apple en 1988 et le lancement de l’I-Mac en 1998. Et puis finalement, Steve Jobs n’étant rien d’autre qu’un super publicitaire, quoi d’un mieux qu’un réalisateur publicitaire pour raconter son histoire ?

Ca lui va bien les cheveux bruns à Kate Winslet. Et les lunettes. Et les années.
Ca lui va bien les cheveux bruns à Kate Winslet. Et les lunettes. Et les années.

Alors oui, le dispositif assez verrouillé oblige Danny Boyle à un minimum de sobriété. Avant chacun des 3 événements cités plus hauts, Jobs s’entretient avec les mêmes personnes (2 ingénieurs informatiques, sa fille, la mère de sa fille, le patron d’Apple) et il le fait dans les mêmes conditions (dans sa loge, dans les coulisses ou entre les deux).
Steve Jobs est donc un film bavard. Très bavard. On reconnaît bien là la patte d’Aaron Sorkin, scénariste du film et showrunner d’A la Maison Blanche ou plus récemment The Newsroom. Il a également écrit le scenario de The Social Network. Ca veut dire qu’il y a tout plein de scènes avec des joutes verbales entre des gens qui marchent hyper vite parce qu’ils sont hyper busy à faire des trucs hyper plus importants que toi (les scènes walk and talk, sa marque de fabrique) . Ca veut dire que c’est un peu chiant, aussi. Ce mec, Aaron Sorkin, se prend quand même vachement au sérieux non? Bon, je me laisse peut-être influencer par la mauvais opinion que j’ai de lui… Je n’aime rien de ce qu’il a écrit, je n’aime pas le personnage.

Quoiqu’il en soit, le réalisateur c’est Danny Boyle et il est assez irréprochable sur ce coup là. Il livre son film le plus sobre : c’est quasiment du théâtre filmé parfois, sentiment renforcé par le fait que tout le film se déroule sur une scène, dans les coulisses, les loges, la salle. Ca se regarde en tout cas. Un peu chiant, un peu sans intérêt mais ça se regarde.

Très bon casting, duquel je retiens particulièrement un Seth Rogen impeccable que je n’imaginais pas aussi convaincant dans un rôle « sérieux » (ça va, c’est pas Tchao Pantin non plus). Il joue le rôle de Steve Wozniak, petit génie de l’informatique et co-fondateur d’Apple avec Jobs. Il tient la dragée haute à Michael Fassbender dans LA scène de confrontation du film, c’était pas gagné d’avance. Et Kate Winslet vieillit hyper bien. Je sais je l’ai déjà dit mais j’ai pas grand chose à dire de plus sur ce prototype du film moyen (« – Alors, Steve Jobs? T’as aimé? – Moyen. ») et elle vieillit VRAIMENT bien. Quant à Michael Fassbender, même avec une sale paire de dad jeans, des runnings moches et un col roulé noir, il reste aussi beau que bon acteur.

Spotlight – critique

Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis eu jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révèlera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier.(Allociné)

Spotlight raconte comment des journalistes hyper mal sapés mettent à jour, à force d’acharnement et d’un travail de fourmi, un énorme scandale de pédophilie au sein de l’Eglise catholique à Boston. Leur enquête a duré 12 mois et elle a été récompensée par le prestigieux prix Pulitzer (le film se base sur une histoire vraie).

L’enquête est passionnante, le scandale édifiant. Il semble malheureusement que les faits évoqués trouvent régulièrement un nouvel écho, une nouvelle actualité quelque part dans le monde…
Spotlight, le film, fait preuve de la même rigueur que les protagonistes de Spotlight, la division du Boston Globe dédiée aux enquêtes au long cours dont il tire son titre : de la première à la dernière seconde, il ne digresse jamais, reste concentré sur son objectif, de la même manière que les personnages interprétés par Rachel McAdams ou Mark Ruffalo ne semblent vivre que pour leur travail. Leur vie personnelle est à peine dévoilée (McAdams) ou évoquée (Ruffalo). Celle du personnage interprété par Michael Keaton restera un mystère entier.

Spotlight
Une farandole de pantalons à pinces, manches de chemises retroussées et couleurs fadasses.

C’est un peu regrettable, on aimerait parfois en savoir davantage sur ses héros de l’ombre car le film fait preuve d’une telle empathie envers les victimes, qu’il suscite la nôtre et donc de l’intérêt pour ces personnages remarquables mais la fidélité à l’histoire, le respect aussi des victimes, est sans doute à ce prix. Pas de putasserie ou de sensiblerie ici, l’émotion vient uniquement des faits réels, elle n’est jamais mise en scène.
Du coup, forcément, on songe à ces films, typiquement américains, qui retracent eux aussi le combat de journalistes pour faire éclater la vérité, ébranler les institutions, se faire la voix des plus démunis face aux plus puissants (les Hommes du Président, Révélations).

Mais s’il raconte une histoire de 2001, Spotlight a été réalisé en 2015, à une époque où les chaînes infos sont omniprésentes avec leur robinets à news sans aucune hiérarchie, leur zapping permanent et un Internet qui dévoile et nous fait ingurgiter ces mêmes infos en temps direct. Un monde de l’immédiateté, de l’absence de recul et de réflexion, de l’impatience et de la superficialité. Je ne t’apprends rien.

Spotlight raconte donc une histoire survenue dans ce monde d’avant. Un monde dans lequel une enquête pouvait se dérouler sur 12 mois, où il fallait impérativement être à l’heure si on voulait consulter des documents à la bibliothèque, où il fallait photocopier ces mêmes documents, puis les éplucher un par un, à la main, prendre des notes sur un calepin lorsqu’on interrogeait quelqu’un etc etc. Le papier est omniprésent sur les bureaux des journalistes et à l’écran.

Ce monde d’avant Internet nous est signifié via un plan large dévoilant un énorme panneau publicitaire pour AOL, comme un avant-goût de la révolution qui s’apprête à se dérouler. Mais cette révolution a 2 détonateurs nous dit le film, le second étant le 11 septembre 2001. L’évènement, qui nous surprend autant que les protagonistes pour le coup, est hyper bien traité par le réalisateur, Tom Mac Carthy : événement d’importance cruciale pour l’intrigue (il va obliger la section Spotlight à mettre son enquête entre parenthèses pendant quelques temps), il revêt également une grande importance symbolique puisque c’est sans doute le 1er évènement de l’époque moderne qui a été traité par les chaînes info de la manière dont elles traitent aujourd’hui tous les événements.

Spotlight est un film adulte, sérieux, grave même parfois mais jamais pontifiant ni donneur de leçons. Il relate des faits en rendant hommage à une catégorie d’hommes et de femmes, les journalistes d’investigation, un peu en voie de disparition. En 2018, seulement 3 ans après sa sortie mais une éternité en réalité, dans le monde et l’Amérique de Trump, une Amérique dans laquelle les faits, les chiffres, les expertises semblent ne plus avoir beaucoup de valeur face aux opinions et aux émotions, le film prend encore davantage valeur de symbole.

Clasico – Thibaud Leplat – critique

Le titre complet est Clasico, Barcelone/Real Madrid, La guerre des mondes.
Deuxième ouvrage de Thibaud Leplat dans ma série « foutchebol à lire », et pas des moindres évidemment : il était sur mes tablettes depuis longtemps, en tant que supporter madrilène, je ne pouvais pas passer à côté.

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Clasico, c’est donc l’histoire de ce qui constitue, dixit l’auteur lui-même, « la plus grande rivalité sportive du XXème siècle ».

Leplat construit son ouvrage très rigoureusement : il démarre avec ce qui a inspiré son désir d’écrire la dessus j’imagine, ou qui a déclenché l’acte, à savoir le climax de cette rivalité qui s’est incarné à la fois à travers les figures des 2 principaux protagonistes, José Mourinho d’un côté, Pep Guardiola de l’autre, et à travers les 4 confrontations survenues en 2 semaines au mois d’avril 2011 (championnat, finale de la Coupe du Roi, demie-finale de la Ligue des Champions). Il commence par ça et termine son bouquin par un récit plus détaillé du passage de Mourinho à Madrid, ce qui lui permet ainsi de boucler la boucle.

Au miyeu, il déroule la chronologie des dates et événements fondateurs de cet antagonisme ultime. Leplat raconte tout avec brio, avec un maximum d’objectivité (j’y reviendrai), en s’évertuant constamment de contextualiser et de prendre en compte les spécificités de chacune des parties.

L’occasion de définitivement combattre certains préjugés qui ont la vie dure :
– le Real, suppôt du franquisme : en réalité, c’est seulement lorsque le Real a commencé à tout péter que Franco y a vu l’opportunité d’une vitrine pour l’Espagne et pour son régime, ce n’est pas lui qui a « fait » le club. Leplat rappelle ainsi qu’après la victoire de Franco et durant une bonne décennie, c’est le Barca qui domine outrageusement la Liga et que ça ne dérange nullement le gouvernement central, au contraire (ça fait office de « dérivatif » pour les catalans).
– De même sur le transfert d’Alfredo Di Stefano, première grande figure du madridismo, que Franco aurait soit disant favorisé: c’est en réalité l’incompétence des dirigeants barcelonais, leur incroyable amateurisme, qui a conduit la saeta blanca à Madrid, alors que son 1er choix était effectivement le Barca. Episode encore aujourd’hui peu connu et passionnant.
– Idem sur la coupe d’Europe, LA compétition qui a fait du Real ce qu’il est : la première édition se fait sur invitation et le FC Barcelone, le club numéro de l’époque je le rappelle (début des années 50), est invité. Mais il décline cette invitation (au profit de… la coupe des villes de foire!), laissant de fait la place au Real. On connait la suite, c’est en Europe que se forge la légende madrilène.
– Le transfert de Luis Figo : ça c’est un épisode dont bizarrement j’ignorais les détails, alors que je l’ai vécu. Je savais seulement que le portugais aurait voulu poursuivre à Barcelone et qu’il a choisi Madrid pour une simple histoire de sous-sous dans la po-poche. Gros coup de pute de Florentino Perez là, je comprends qu’ils l’aient eu mauvaise les culés, hihi.

Ces épisodes là, les détracteurs du Real s’en servent encore pour étayer leur ressentiment, voire leur haine. Les barcelonais en premier bien sûr, qui ont pu cristalliser à n’en plus pouvoir. Ca m’énerve un peu cette méconnaissance de l’Histoire et des faits mais c’est ce qui constitue en grande partie le socle de cette rivalité géniale donc bon.

Thibaud Leplat revient également sur la genèse du Barca moderne : au début des années 70, lorsque le régime de Franco commence à vaciller et à laisser un peu de mou, le sentiment nationaliste et la catalanité du club s’affirment de plus en plus. La bascule se fait définitivement avec l’arrivée de Johan Cruyff dont le fils naît à Barcelone : il le prénomera Jordi, alors que le gouvernement franquiste interdisait les prénoms catalans…

Au final, même si certains clichés sont battus en brèche, c’est bien 2 mondes en constante opposition que l’auteur nous présente.
Extrait:

« A Barcelone, l’équipe est une prolongation des préoccupations de la société. A Madrid, c’est une avant-garde aristocratique. Les premiers croient en l’égalité, en l’effort collectif et en la construction d’une identité commune. Les autres croient en l’universel et en l’évangélisation footballistique globale. Madrid croit au talent, Barcelone en la méthode. Di Stefano, Raul, Butragueño, Ronaldo; les grands joueurs ont forgé la légende du Real, pas les entraîneurs. »

Une « avant-garde aristocratique ». Grande remise fucking like this.
Une opposition de tous les instants qui évidemment, n’empêche aucunement les 2 clubs de se rejoindre sur les structures financières, notamment ces 10 dernières années, alors que leur antagonisme, leur popularité et leur puissance n’ont peut-être jamais été aussi forts. Avec néanmoins une différence essentielle là encore. Pour vendre, le Real n’a besoin que de la victoire, au contraire de son ennemi:

« La particularité […] du Barça est d’avoir élaboré un discours identitaire fort. Pour vendre, il faut être aimé. Pour être aimé, il faut gagner en faisant plaisir.[…] Mais pour être aimé, il faut aussi savoir donner [à l’UNICEF NDA]. Le Barça c’est un projet identitaire dans lequel il y a Cruyff, la Masia [le centre de formation du club NDA], la Catalogne et le compromis social. C’est beau. Pour info, le maillot à la boutique du club, c’est 104 euros. »

J’aime ce petit taquet gratuit en fin de démonstration.
Car oui, Leplat est un madridista. En conclusion de son ouvrage, il se livre à un long entretien avc Jorge Valdano. Certes, ce dernier est connu pour sa mesure, son intelligence, son recul, et il peut aisément clamer son admiration pour le grand rival mais il est et sera toujours 100% dévoué au Real.
Il remet ainsi les choses à leur place lui aussi : oui, le Barca fait jouer les jeunes issus de son centre de formation, et c’est exceptionnel à ce niveau mais le centre de formation qui « sort » le plus de joueurs professionnels, c’est la Fabrica, celui du Real et de loin (le double). Simplement, ceux ci n’ont que rarement accès à l’équipe première, ils sont obligés de s’exiler dans d’autres clubs (ces dernières années, le Real a ainsi « laissé filer » Juan Mata, Alvaro Negredo, Roberto Soldado ou encore Alvaro Morata, qui cartonne à la Juve).
Il met également un terme aux préjugés idéologiques qui voudraient que le Real soit un club de droite et le Barça un club de gauche :

« Le Barça a eu Vazquez Montalban [célèbre romancier, poète et essayiste pro-indépendantiste et supporter du club NDA]. Madrid n’a pas eu de figure intellectuelle comparable. Celui qui a besoin d’élaborer tout un discours, c’est celui qui perd, pas celui qui gagne [et bim NDA]. Le Real Madrid gagnait sans avoir à fournir d’explications, sans trouver d’excuse pour créer un facteur identitaire. L’identité du Real, c’était le triomphe. Point. »

Barre, à la ligne.

En conclusion, ce qu’expliquent à merveille Jorge Valdano, Thibaud Leplat et son ouvrage Clasico, c’est que le Barça a toujours été dans la réactivité et a dû opposer une construction idéologique à la construction sportive de son rival.

Super bouquin, super lecture, que je conseille à tous les amateurs de foot, voire de sport, compte tenu de la place que les 2 clubs ont prise ces dernières années à tous les niveaux.

La vie (pas très) secrète des jeunes

Au Mc Do, à la table à côté de la mienne, 2 jeunes étudiants : lui, emmitouflé dans sa grosse parka, les yeux dans le vide, le rouge au joues du mec qui fait pas le malin et qui sait que tout le monde entend ce qui se passe.
Elle, rien à foutre, qui parle super fort avec force gestes et le lâche pas du regard.
Moi qui fait semblant de m’intéresser à tout sauf à ça et qui n’en perd pas une miette :

– Mais pourquoi tchu l’as fait?
– …
– Pourquoi tchu l’as fait?
– …
– Non mais pourquoi, vas y djis moi.
– Mais je sais pas moi, j’en sais rien putain, vas y tu’m’saoûles
– Ah tchu vois tu dis tu sais pas, ça veut dire que tu l’as fait alors, tu disais tu l’as pas fait
– Mais je sais pas pourquoi vas y j’en sais rien moi
– Moi tu vois en 5 ans, j’aurais pu le faire plein de fois, je l’ai jamais fait en 5 ans, PAS UNE FOIS.
– Mais c’est bon vas y, j’en ai marre là.
– Ouais moi je me retrouve avec un chlamydia maintenant alors c’est bon quoi.

Suite à ça, virage à 180°, comme si de rien n’était. Elle évoque tour à tour:
– un collègue étudiant « débile » et « chelou » qu’elle et ses copines surnomment « Chromi » (« -parce que tu sais les trisomiques c’est parce qu’ils ont 3 chromosomes et pas 2. C’est drôle non? Ca te fait pas rire? » « -Si, c’est drôle », en fixant le reste de son sundae chocolat)
– le tatouage qu’elle s’est fait faire la veille (« il était sympa le tatoueur mais il était un peu con aussi »)
– le film qu’ils allaient voir. Pas compris de quoi il s’agissait malheureusement. Lui : « vas y, faut que j’aille aux chiottes avant, il m’a baisé la vie ce Mac Do ». Il avait repris du poil de la bête le petit con.

Ils sont partis assez vite après que je me suis installé en fait, je regrette de pas être arrivé plus tôt.
Tout de suite après leur départ se sont installés 2 autres jeunes étudiants. Elle, style vaguement Beaux-Arts, lui de type asiatique et très propre sur lui. Ils avaient l’air très complices et parlaient tous les 2 de manière extrêmement posée. Je n’ai pas bien saisi de quoi ils parlaient mais il lui expliquait les subtilités d’une réplique en langue coréenne qui n’avait pas été bien retranscrite en français. « Donc, quand il dit phrasencoréenprononcéehyperviteetavecunsuperbonaccentselonmoi à sa femme, en fait il lui signifie « ma chérie, tu viens de te prendre une veste » « . Ils riaient de bon coeur, ils étaient très mignons.

Puis je suis allé voir le superbe Carol de Todd Haynes.

Une bonne soirée donc.

David Bowie et moi

Ca fait donc une semaine maintenant que David Bowie est mort.
Une semaine, le temps qu’il m’a fallu pour digérer un peu, rassembler mes souvenirs et mes pensées et finalement décider de participer moi aussi au déferlement d’hommages en tous genres.

Parce que comme l’a écrit Laurent Chalumeau, cette fois, c’est un mur porteur que l’on perd (il y en avait 6 pour moi : Bob Dylan, Mick Jagger, Paul McCartney, Brian Wilson, Neil Young et David Bowie donc), et parce qu’en ce qui me concerne, il s’agissait d’un mur porteur intime. Dylan et Jagger, je reconnaîtrai l’immense perte évidemment, mais ça ne me touchera pas, tout comme, par exemple, ne m’a pas touchée de manière intime la disparition de Lou Reed il y a un peu plus de 2 ans.

Mais là c’est Bowie.

Le premier 45t qu’on m’ait offert (tu sais ce que c’est un 45t ?), c’était Gaby Oh! Gaby de Bashung. Ca va, y a pire. Je vais pas me la jouer « je chantais déjà le Velvet à 4 ans », j’ai ensuite enquillé les disques pour enfants et les merdes de l’époque, normal. J’avais par exemple une grande passion pour L’Italiano, de Toto Cotugno.

Le premier 45t que je me suis payé avec mon argent de poche fut Let’s Dance. Le second, China Girl. Evidemment, à l’époque, j’ignorais que la chanson figurait initialement sur un album d’Iggy Pop. D’ailleurs j’ignorais qui était Iggy Pop et je m’en foutais. J’aimais simplement ces 2 chansons, surtout China Girl, que je trouvais plus joyeuse avec son motif oriental un peu vulgaire et très séduisant. Let’s Dance, j’adorais aussi mais de manière un peu plus inquiète: « let’s dance », « dansons », ok, mais pourquoi tu le dis d’une voix lugubre alors? Flippant. Mais fascinant parce que je trouvais Bowie très beau.
J’adorais aussi Modern Love ainsi que la video de Ashes to Ashes, SUPER flippante, qui curieusement, était l’une des rares videos régulièrement diffusées à la télévision.

J’ai continué à suivre Bowie durant les années 80 : Absolute Beginners, que j’adorais avec sa mélodie nostalgico-mélancolique, et que j’étais allé voir au ciné, son duo avec Jagger, sa prestation au Live Aid. On écoutait beaucoup les Stones (mes grands frères) et Neil Young (ma grande soeur) à la maison, mais mon éveil personnel au « rock », ce fut David Bowie.

Et puis je l’ai laissé tomber. Je me suis trouvé d’autres groupes/chanteurs, plus adolescents sans doute, et qui me parlaient davantage à l’époque.

Jusqu’à ce soir de 1993, où comme tous les soirs à l’époque, j’écoutais religieusement Bernard Lenoir sur France Inter. Ma nouvelle coqueluche, c’était Suede et son single The Drowners. Gros refrain, grosse guitare acide, glamour, androgynie : c’était, parail-il, un petit revival glam. Et qui dit petit revival glam, dit petit revival Bowie.
Bon. Je savais oui, que Bowie avait fait « autre chose » que Let’s Dance ou China Girl, avant, qu’il avait déjà une place réservée dans l’Histoire du rock mais je ne m’y étais pas encore intéressé.
Et ce soir là donc, chez Bernard Lenoir, pour éduquer un peu les petits cons indés dont je faisais partie, Lenoir a diffusé Starman.

Putain mais c’est CA le glam rock? Mais nom de Dieu de bordel de merde, dans ce cas je veux plus écouter que ça moi ! Ces cordes, ce sens de la mélodie, cette guitare électrique… Et cette guitare acoustique bordel : c’est ça qui me fascinait avant tout dans les disques de Bowie ou T-Rex, à savoir qu’on produise un son aussi électrique tout en mixant la guitare acoustique aussi en avant. Ca me fascinait, littéralement, et ça me fascine toujours.

Bon là, évidemment c’était (re)parti pour la Bowie mania :  je crois que le lendemain, en tout cas dans la semaine, je suis allé à la FNAC pour acheter le CD de Ziggy Stardust et je l’ai écouté en boucle pendant des semaines. J’adorais l’injonction au verso de la pochette: « TO BE PLAYED AT MAXIMUM VOLUME ». Je l’adorais parce que c’était pas vraiment du rock, encore moi du hard rock ou du punk rock, et donc pas un truc à écouter à s’en faire exploser les tympans, c’était indubitablement de la pop soit une musique supposément inoffensive et pourtant, oui, la pop pouvait être aussi dangereuse et subversive, et ça devait s’écouter à « MAXIMUM VOLUME », la preuve. J’adorais aussi la guitare de Mick Ronson, la complicité qu’il semblait avoir avec son leader. Cette même année (1993), Mick Ronson produisit l’album de mon héros absolu de l’époque, Morrissey (Your Arsenal), juste avant de mourir à 47 ans seulement le pauvre. La boucle était bouclée.

Le Bowie contemporain de ma redécouverte, celui d’Outside ou Earthling ne m’intéressait pas: j’avais ses années 70 à explorer, je prenais évidemment baffe sur baffe. Le jour où j’ai écouté Hunky Dory pour la 1ère fois putain… Et Sound and Vision… Le mec, en 4 ans, il passe de Ziggy Stardust à Low. Avec 5 albums au miyeu. Evidemment, l’époque était différente mais la cadence frénétique des sorties propre aux années 60 avait commencé à ralentir et puis surtout on parle là de passer, EN 4 ANS, du glam rock de Ziggy Stardust à la proto-new wave de Low en passant par la soul de Young Americans. Et Pin Ups, putain, son album de reprises, tellement sous estimé…
Mis à part ça, la question du genre, de l’identité sexuelle, ne m’a jamais interpellé ni concerné mais j’étais évidemment sensible à ses différentes incarnations, à ses différents looks. Il a été mon éveil à ces questions là également. Tu sais combien je suis sensible à la mise de mes musiciens favoris, ça ne vient pas de nulle part.

Après… Je ne vais pas réécrire mon histoire après sa mort : même si j’ai continué à suivre sa carrière et à écouter ses nouveaux albums, le Bowie des années 2000 ou 2010 ne m’a pas passionné non plus.
Mais peu importe : il était là au tout début, il était encore là lors de mes années de formation, et même quand il n’était plus là tous les jours, il était avec moi, toujours, comme le sont encore Neil, Paul, Brian et quelques autres, plus jeunes. Il continuera à l’être.

Parmi les nombreux hommages qui lui ont été rendus, je retiendrai celui de Jarvis Cocker lors de son émission hebdomadaire du dimanche sur la BBC. 2 heures d’archives, de témoignages et de musique bien sûr. On y entend notamment, à la fin, Bowie magnifiquement résumer son rapport à la musique, la sienne et celle des autres, devant un parterre d’étudiants. Superbe.

http://www.bbc.co.uk/programmes/b06whnv6

Commentaires sur Game of Thrones

Je me suis donc lancé il y a quelques semaines dans le visionnage des 5 saisons de Game of Thrones. 5 saisons, 50 épisodes : j’en suis à la moitié, au 26ème pour être précis, soit le 3.06. J’avance vite.

Je devine ton front plissé et ta main sur le menton : pourquoi GoT (comme l’écrivent les geeks, avec un « o » minuscule surtout, trrrrrrèèèèèèès important le « o » minuscule), et pourquoi maintenant ?

J’ai pas pris la série à son démarrage et comme j’avais toujours d’autre trucs qui m’intéressaient davantage à regarder, j’ai donc accumulé 5 saisons de retards. Mais elle m’a toujours interpellé : sans être véritablement amateur et encore moins spécialiste, l’heroic fantasy est un genre pour lequel j’ai une certaine affection. Et puis je m’en cache pas, c’est un tel phénomène que je voulais voir de quoi il en retournait exactement. Me suis dit que le démarrage de la saison 6 serait ma deadline pour le rattrapage.

Je vais tâcher de pas spoiler.

Un truc déjà : Game of Thrones. Alors qu’il y en a qu’un de trône. De fer. Ca devrait être Games of Throne. C’est marrant hein ? Je suis sûr que t’as JAMAIS pensé ni lu ça nulle part.

Bon, pour l’instant, je ne suis pas déçu, au contraire : je trouve ça hyper prenant, bien écrit, bien interprété. Evidemment, le budget conséquent alloué au tournage de chaque épisode, ainsi que les superbes et nombreux décors naturels, aident beaucoup. Ca a de la gueule quoi même si parfois, on sent bien que les figurants font défaut et que la réalisation fait ce qu’elle peut pour masquer la misère (ça m’a principalement sauté aux yeux au cours de l’assaut de King’s Landing). Mais c’est pas Xena ni Kaamelott.
En revanche ça m’a pas mal fait penser à Rome (sexe + violence + intrigues intimes/politiques), et c’est un compliment car Rome, en plus d’être une excellente série, bénéficiait également d’une superbe direction artistique. J’utilise le passé composé car j’y pense moins maintenant que je suis bien immergé.

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OK ça en impose mais ça doit pas être super confortable

J’ai été pris dès le 1er épisode (qui, si tu t’en souviens, s’achève de manière assez spectaculaire) et à ma grande surprise je m’y suis vite retrouvé malgré le nombre conséquent d’information balancées. C’est à ce niveau-là que je trouve la série vraiment excellente, d’autant que c’était une petite crainte : elle arrive à multiplier les décors, les personnages, les familles, les enjeux, les intrigues sans qu’on se sente jamais largué. Montage et construction brillants. Équilibre parfait entre les différents enjeux/intrigues/personnages.
Bon et puis en fait, c’est pas si difficile à suivre que ça : on pourrait résumer GoT à la guerre entre 2 familles avec au milieu une petite blonde aux grandes aspirations. Pas grave si on retient pas toujours le nom d’un personnage secondaire, il finira bien par se faire trucider à un moment ou un autre de toutes façons.

Deux familles, donc : les Stark, nobles, vertueux, courageux, justes. Et chiants. Les Lannister : les pires pourritures que Westeros ait jamais portées. Un régal donc. Au milieu, enfin, un peu à part pour le moment, Daenerys et ses mini dragons, un peu en retrait mais qui monte en puissance, à mesure que ses mini dragons grandissent et qu’elle même prend de la gueule.

J’apprécie également beaucoup et ça c’est un truc que j’ignorais complètement, que les acteurs soient britanniques. J’ai pas vérifié dans le détail mais bon, ça saute aux yeux ou plutôt aux oreilles. Ca sent la Royal Shakespeare Company tout ça. Ah Jaime Lannister, ses sarcasmes chiadés et son accent du Sussex… A l’opposé, les Stark et leur accent de fermiers du Northumberland… Régalade.
J’aime aussi beaucoup les incursions, au compte-gouttes pour l’instant, du fantastique :  les dragons encore une fois, la première apparition des White Walkers, toute la mythologie qui entoure ce grand mur blanc et ce qui est censé se trouver de l’autre côté.

Avec tout ça, tu m’étonnes que ça cartonne dans le monde entier, auprès de toutes les générations : c’est violent, y a du cul (sur la 1ère saison, c’est parfois d’une gratuité qui frise le ridicule), y a de beaux mecs, de belles nanas, de beaux paysages, des beaux sentiments, en avant la zizique. C’est très addictif.

Pour conclure, mon top personnages :

1. Tyrion Lannister : Excellent personnage à la base, on lui donne un max de répliques géniales et il est évidemment super bien interprété. Au top du game depuis le 1er épisode et jusqu’au dernier vu (le 3.06 donc).

Hipster Tyrion
Hipster Tyrion

2. Jaime Lannister : N° 2 with a bullet car il était dans ceux que je conchiais (à peine moins que Joffrey) mais là justement, sur les 2 derniers épisodes vus, gros revirement… Un personnage qui s’annonce passionnant. Bon évidemment, si ça se trouve il se fait éventrer dans l’épisode suivant.

Homeless Jaime
Homeless Jaime

3. Tywin Lannister : Personnage super bien introduit : sur le tard, il bénéficie en outre de l’effet de surprise car il est à peine mentionné par sa progéniture. Une belle raclure évidemment mais putain de charisme le patriarche…

OK, je viens de m'auto-spoiler
OK, je viens de m’auto-spoiler

4. Lord Stark : je serais Sean Bean, entre ça et le Seigneur des Anneaux, je l’aurais un peu mauvaise quand même.

Un gars sympa mais à cheval sur certains principes
Un gars sympa mais à cheval sur certains principes

5. Jaqen H’Ghar : un personnage très secondaire qu’on ne reverra peut-être pas mais quand je parlais de l’excellence des incursions du fantastique et du surnaturel, voilà qui se pose un peu là.

jaqen
Je suis là, je suis plus là

Sinon j’ai un petit faible, que j’assume totalement, pour cette roulure de Cersei.

Cersei-Lannister
SILF

J’aimais bien Ros aussi, la prostituée rousse instrumentalisée par Lord Baelish. « Aimais », donc. ‘culé de Joffrey.
Et Lady Melisandre, interprétée par la toujours stimulante Carice Van Houten. Daenerys est très jolie bien sûr mais cette décoloration à la Lady Gaga, c’est pas possible.
Grande remise, le blog qui se recentre sur l’essentiel.

Je ferai sans doute un autre bilan une fois que j’aurai visionné la seconde moitié des épisodes.

Top 10 cinéma 2015

Cette fois c’est bon, on y est. Et en plus, c’est un poil plus court que précédemment : c’est ta récompense après ce long et harassant périple dans le dédale des arcanes des méandres du labyrinthe sans fin et sans issue de ma rétrospective 2015.

10. Le Pont des espions

Ici

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Tom Hanks, le type que tu n’arriveras jamais à complètement détester.

9. Comme un avion

J’ai toujours regretté que Bruno Podalydès ne tienne pas le premier rôle dans un film. Je trouve que ce mec a un vrai talent comique, curieusement inexploité jusqu’ici. Comme on est jamais mieux servi que par soi-même, c’est maintenant chose faite. Et il est parfait dans ce rôle d’ingénieur informatique précautionneux voire maniaque, un peu rêveur, passionné par l’aéropostale, qui décide un jour de bousculer (un peu) sa petite vie routinière. Postulat classique certes, que Podalydès déjoue intelligemment en prenant à contrepied le concept de road movie et en offrant, contre tout attente, une conclusion inquiète et étrange à un film jusque là drôle, léger et charmant. Très drôle même. Et très charmant.

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« Je crois énormément au matos »


8. American Sniper

Ici


7. Lolo

Julie Delpy se classe juste en dessous de Maïwenn dans mon top « j’ai envie de leur faire bouffer des parpaings » : souvenir de prestations télé hystériques à base de franglais, à faire passer JCVD pour Alain Rey. Mais voilà : elle a du talent, elle. Bon, c’est seulement le 2ème film qu’elle a réalisé que je vois, mais le précédent, La comtesse, m’avait également bluffé, dans un registre diamétralement opposé.
Ici donc, elle s’essaie à la comédie pure, dans une sorte de remake potache de Cyrus, le film des frères Duplass avec Jonah Hill dans le rôle tenu ici par Vincent Lacoste. Même si Jonah Hill ressemble davantage à un mec qui a bouffé Vincent Lacoste.
Lolo est une réussite car pour une des rares fois dans la comédie française, la greffe de la comédie américaine fonctionne à merveille sur un contexte, des situations, des personnages, extrêmement français. C’est osé, décomplexé, trash même parfois, mais on est pas dans Radiostars en gros (j’aime beaucoup ce film mais on sent trop que les mecs rêvent d’Amérique). Delpy réalise donc mais campe aussi à l’écran et avec beaucoup d’auto-dérision un personnage de pure connasse parisienne (pléonasme) finalement touchante, Dany Boon incarne lui LE provincial typique (gentil, enthousiaste, émerveillé par la capitale mais évidemment moins con qu’il n’en a l’air) etc. So French. Et Vincent Lacoste évidemment, idéal dans le rôle du petit con tête à claques qui n’a jamais coupé le cordon et va mener la vie dure au nouveau petit ami de sa mère. Super comédie donc. Française. Vive la République.
Et puis un film qui s’appelle Lolo quand même…

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Dany Boon, acteur trop sous-estimé.


6. Le Nouveau

LA surprise de cette fin d’année : le pitch et l’affiche peuvent laisser craindre une comédie pour enfants ou pire, une espèce d’horreur à la Profs (et non pas « une horreur à la P.R.O.F.S » qui est une expression qu’on ne lira/dira jamais. Ceux qui savent, savent.). J’y suis quand même allé sur la foi d’une bonne critique (ici pour être tout à fait précis). Et aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est exactement ça : une espèce de « Les Beaux gosses, le prequel », mâtiné de Supergrave. Eh ouais.
Je sais pas quoi dire de plus en fait : c’est une réussite assez dingue qui jamais ne prend les enfants pour des cons (ni ceux à l’écran, ni ceux dans la salle), jamais ne les pervertit non plus pour attirer l’adhésion d’un public plus adulte, c’est extrêmement drôle mais ça montre, et ça rappelle à ceux qui l’auraient oublié, combien les années collège peuvent être dures et cruelles. Gros coup de cœur donc. Et puis il faut dire les choses : Max Boublil est un super acteur comique.

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Freaks and geeks


5. It Follows

L’un des films les plus plébiscités cette année, et c’est mérité. Je ne m’attarderai pas, il a déjà été beaucoup, et bien discuté ailleurs : c’est effectivement la fusion parfaite du film d’auteur, du film d’horreur et du teen movie, le rejeton génial de la rencontre improbable entre John Carpenter et Gus Van Sant.

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La beauté plastique de certaines séquences


4. Love and Mercy

Je m’en voulais de l’avoir raté en salle mais c’était davantage un acte manqué je pense car j’appréhendais pas mal de le voir. Je n’arrivais pas à croire les critiques dithyrambiques, venant parfois d’amis sûrs aux goûts irréprochables. Mais j’avais tort : Love and Mercy est bien la réussite totale décrite à peu près partout.
A la fois film sur la musique, sur la création artistique, la folie, la naissance de l’amour et pas mal d’autres choses encore, il parvient à être juste, sensible et beau quel que soit le thème abordé. Et ce sont les scènes que j’appréhendais le plus qui m’ont le plus emballé : les scènes de studio au cours desquelles Bill Pohlad s’attache à documenter l’enregistrement de quelques uns des plus beaux morceaux qui soient, des morceaux qui ont tant compté et qui comptent encore tellement pour moi (ceux de Pet Sounds). Magnifique. Le réalisateur, Bill Pohlad, est un mec chevronné, surtout connu en tant que producteur (12 years a slave, Into the Wild, Brokeback Mountain) qui signe là seulement son premier film : il fallait sans doute un petit génie inconscient ou au contraire, comme ici, un vieux routard lucide pour rendre grâce à l’histoire de Brian Wilson et dans une moindre mesure des Beach Boys.
Casting impeccable, montage génial, bande son bluffante, tout est parfait. Le générique de fin m’a terrassé.

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John Cusack dans le rôle de sa vie


3. Crimson Peak

Quel cinéaste étonnant que ce Guillermo Del Toro… Après un blockbuster maousse dont je n’ai toujours pas compris s’il était du lard ou du cochon (Pacific Rim), c’est avec ce qui constitue peut-être son film le plus référentiel qu’il livre un de ses films les plus intimes. Et qu’il se replace au top du game. Yeah.
La Hammer, Mario Bava, Rebecca, Bram Stoker et toute la littérature gothique en général mais aussi sa propre filmographie (notamment le Labyrinthe de Pan et l’Echine du diable) : Crimson Peak évoque une multitude d’oeuvres passées. Mais à l’instar de Flaubert, il y a fort à parier que Del Toro pourrait dire « Edith Cushing (le nom de son héroïne, en hommage à Peter Cushing bien sûr), c’est moi » : aspirante écrivain moquée pour son penchant pour les fantômes et le fantastique, Edith (Mia Wasikowska, impeccable) épouse le ténébreux et séduisant Thomas Sharpe (Tom Hiddleston, effectivement charmant) et part s’installer dans son immense et inquiétant manoir mouvant (il est construit sur un sol argileux), quasiment vivant. Et si Edith est Guillermo, ce manoir qui veut sa peau, c’est évidemment Hollywood, qui l’a également rudoyé (l’adaptation avortée du Hobbit que Peter Jackson a finalement récupéré) avant de… Spoiler alert.
Mais à la limite, cette mise en abyme est accessoire : d’une beauté formelle époustouflante dans un style gothico-victorien, Crimson Peak fonctionne super bien en « simple » conte macabre et romantique. Beau, prenant, émouvant, profond, c’est tout simplement du cinéma populaire tel qu’on l’aime !

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Rien à voir avec Tim Burton


2. Microbe et Gasoil

C’est con mais ça fait vraiment plaisir de voir des comédies françaises enfin au niveau des comédies américaines, tout comme ça fait plaisir de voir tous ces excellents groupes de pop français qui fleurissent un peu partout depuis quelques années (je vais pas faire la liste, ils sont dans mes tops musique). Marrant d’ailleurs la concomitance de ces 2 phénomènes, ça serait à creuser… Grande remise, le blog qui ouvre des pistes et ne les creuse pas.
Ici donc, Michel Gondry livre un film à la fois drôle et dur sur l’adolescence et l’amitié. On peut penser ce qu’on veut de ses films précédents (ses clips eux font l’unanimité je pense), mais parvenir à capter de cette manière des moments aussi intimes, aussi puissants, aussi violents, aussi cruciaux (et aussi drôles aussi, quand même) dans la formation d’un être humain eh bien… c’est non seulement remarquable mais aussi très rare. Gondry est un artiste qui a évidemment toujours gardé un lien fort avec l’enfance mais il ne l’avait jamais exploité et retranscrit de cette manière. J’espère vraiment qu’il continuera à tourner dans cette veine, où son amour pour l’artisanat, la bricole et la fantaisie se met au service du récit et non l’inverse.

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Gasoil et Microbe

1. La sapienza

L’an dernier, mon lauréat était Le Grand Hotel Budapest, un film qui regrettait la disparition mais luttait néanmoins pour la survivance d’un monde plus beau et plus raffiné comme rempart à l’ennui, à la petitesse, à la laideur voire à la barbarie du monde, parfois.
Je vois dans La Sapienza la poursuite, ou un écho à ce que disait Wes Anderson : le salut, personnel, du couple et donc du monde, peut venir de la beauté, pour qui sait la voir.
Je me rends compte en l’écrivant que ça a l’air complètement con mais c’est tout simplement brillant et lumineux, l’évidence de la simplicité. Bouleversant en vérité.
J’ai d’autant plus aimé ce film que je n’y attendais pas du tout : j’avais détesté La Religieuse portugaise, le précédent film d’Eugène Green. J’avais détesté le style Green pour être plus précis, qui privilégie le texte et la diction avant toute chose, et met donc en scène de manière très minimaliste (le champ/contrechamp face caméra a sa préférence) des acteurs qu’on pourrait qualifier de monolithiques. Mais ce qui m’avait paru terriblement ennuyeux et caricatural dans La Religieuse…, m’a ici semblé parfaitement adapté, et mieux encore, la seule manière possible de traiter cette histoire : les mots et les mots seulement pour évoquer la beauté des lieux, des intentions, des sentiments, des êtres.
Mon seul regret : ne pas avoir découvert le film en salles, d’autant qu’Eugène Green avait fait le déplacement pour le présenter au public toulousain.

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« Le trésor de l’aube est la sapience. »

Top cinéma 2015 – 5ème partie : maxi best of

Non c’est pas fini. C’est LOIN d’être fini. Ah j’ai pas beaucoup posté l’an dernier mais tu vas en chier maintenant, je te le dis moi !

Kingsman

Ici

Life

Après 2 excellents films d’espionnage que j’ai beaucoup aimés (The American avec George Clooney et A Most Wanted Man, dernière apparition à l’écran de Philip Seymour Hoffman, Anton Corbijn revient à un sujet plus personnel ou en tout cas plus proche de sa vie « d’avant », en tant que photographe (de U2 notamment). Il raconte ainsi ce moment où Dennis Stock, anonyme cheville ouvrière de l’industrie hollywoodienne (il travaille principalement en tant que photographe de plateau et d’avant-premières, sur les tapis rouges), rencontre James Dean, dont la carrière est sur le point de décoller (il vient de tourner La fureur de vivre). Stock sent que Dean peut marquer son époque et dans le même temps, lui servir de tremplin. Il le convainc de réaliser une série de photos qui, simultanément à la sortie du film de Nicholas Ray, feront de lui le mythe que l’on connait.
Au-delà de l’évocation d’un moment clé de l’histoire de la pop culture (James Dean a pour ainsi dire inventé l’adolescence), moment que Corbijn retranscrit avec la distance nécessaire (ni trop d’emphase, ni trop de froideur), au-delà également d’un épisode qui fait écho à la propre vie de Corbjin (qui a accompagné lui aussi l’explosion de U2 puisqu’il les a accompagné depuis leur première tournée américaine et a notamment signé la pochette de The Joshua Tree, l’album qui les a fait basculer dans le monde des superstars), Life montre surtout la rencontre de 2 personnes dans un moment à la fois de fragilité et d’espoir pour chacun d’eux. C’est un film qui prend son temps, qui peut sembler un peu atone dans un premier temps mais qui marque davantage que des films plus impressionnants sur le moment. Il repose évidemment sur l’interprétation et l’alchimie entre les 2 acteurs (Robert Pattinson dans le rôle de Dennis Stock,  Dane DeHaan dans celui de James Dean) et là aussi, il est irréprochable.
Un film donc, que je conseille particulièrement car j’ai l’impression qu’il est un peu passé inaperçu.

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On Broadway

21 nuits avec Pattie

Il faut voir les choses en face : le meilleur des Larrieu est sans doute derrière eux. Quand on les connaissait pas ou peu, qu’ils tournaient avec des acteurs encore émergeant (quand Amalric n’était pas aussi célèbre en gros), qu’ils abordaient la notion de couple avec un regard vraiment neuf.
Depuis plusieurs années maintenant, ils se sont embourgeoisé. Les derniers jours du monde, sans doute leur film le plus coûteux ressemble à un magnifique baroud d’honneur, un geste un peu kamikaze dont ils ont je pense encore du mal à se remettre financièrement.
21 jours avec Pattie est donc à la fois un film bourgeois (Isabelle Carré, Karin Viard, André Dussolier au casting) et un « petit » film (ils ont tourné dans le village tarnais dans lequel, enfants, ils passaient de nombreuses vacances avec leurs parents). Ceci étant dit, on parle des Larrieu là : les longues tirades de Karin Viard dans la première partie, c’est de la pornographie, ni plus, ni moins. Il n’y a qu’eux pour écrire, filmer et mettra ça dans la bouche d’une des actrices les plus « installées » en France aujourd’hui.
Dans sa seconde partie, suivant le fil d’un récit distendu comme toujours chez eux, le film est encore meilleur : il délaisse délibérément le personnage interprété par Viard, qui a fait son ouvrage auprès d’Isabelle Carré, et peut donc laisser celle-ci faire son deuil et revenir à la vie. C’est très finement et sensiblement montré. Très émouvant aussi, avec ce final qui rappelle celui d’Un homme, un vrai, manière de boucler la boucle et de montrer qu’ils sont encore capables de très belles choses.

Eros et Thanatos
Eros et Thanatos


La tête haute

Les années passant, j’ai de plus en plus de mal avec les films « sociaux ». J’entends par là les films qui essaient de prendre un problème social à bras le corps ou qui prennent pour contexte une situation « délicate », des personnages « abîmés par la vie ». Parce que là ou les Dardenne montrent des personnages abîmés par la vie, on a vite fait d’en montrer d’autres qui sont abîmés par la life, tu vois. Autrement dit de charger la mule, adopter la mauvaise distance, surjouer l’authenticité (coucou La loi du marché).
Exercice ô combien périlleux donc, qu’Emmanuelle Bercot déjoue brillamment : parce que la bonne distance précisément, parce que l’authenticité (le casting, impeccable mélange d’acteurs chevronnés et amateurs) et parce l’ampleur du récit. La tête haute n’est pas une chronique ordinaire de l’inadaptation, de la misère sociale, que sais-je encore: le film se déroule sur une période de plus de 10 ans, ce qui lui confère une dimension de saga. Si j’osais, je dirais même qu’il y a du Dickens là dedans… Bercot a de plus l’intelligence et le talent de ne donner aucune date, aucun marqueur temporel autre que celui des événements de la vie de son héros. Le temps qui passe pour lui, passe pour nous par le montage uniquement et donc par le cinéma. Super film, vraiment.

Ca fait plaisir de revoir Benoît Magimel dans un bon rôle et un bon film
Ca fait plaisir de revoir Benoît Magimel dans un bon rôle et un bon film


Shaun le mouton

J’y allais un peu à reculons, regrettant que les studios Aardman se contentent à mes yeux de recycler un personnage existant et capitalisent sur la popularité de ce même personnage, au lieu de créer quelque chose de nouveau. Mais ces gens-là (du studio Aardman) sont vraiment des gens d’une sensibilité et d’une intelligence dingue. Même la « critique » des fashionistas et autres hipsters (entre guillemets car on est davantage dans le gentil brocardage), critique aisée et attendue, est subtile et pleine de bienveillance. Comme quoi on peut très bien faire un film pour les plus petits (mais vraiment les tout petits, un film de bébé, au sens propre) ET les adultes. Coucou Star Wars.
Enfin, Shaun le mouton est la preuve que les studio Aardman appartiennent définitivement au patrimoine britannico-britannique au même titre que les scones, Lewis Carroll, le Boxing Day ou les Kinks. Larmichette inévitable à la fin.

shaun le mouton
Le temps qui passe, là aussi

Crazy Amy

Je ne partage pas l’enthousiasme général au sujet de ce film mais je pense que c’est une réussite et ça fait plaisir de voir Judd Apatow revenir à ce qu’il sait faire de mieux : un mélange n’appartenant qu’à lui d’humour trash et d’émotion subtile.
Ne pas réaliser un scenario qu’il a lui même écrit et délocaliser l’action à New-York (et non plus Los Angeles comme tous ses autres films) lui a visiblement fait du bien : il laisse un peu de côté son obsession du couple qu’il a pu si bien traiter mais qui l’a mené dans une impasse lors de son précédent 40 ans, mode d’emploi. C’est encore la question du couple qui taraude son héroïne mais davantage à travers un questionnement et un cheminement personnels : c’est lorsqu’elle aura accompli sa mue de son côté qu’elle sera prête à changer de vie. Et ce sont les scènes familiales (avec sa sœur et leur père) qui créent le plus d’émotion.
Depuis Mes meilleures amies (qu’il n’a pas réalisé mais qu’il a produit avec beaucoup de conviction), Apatow semble davantage intéressé par la description de personnages féminins : voir aussi son implication dans la série Girls. Il s’est dans le même temps un peu détaché de ses poulains (notamment Seth Rogen). Ca l’oblige à se réinventer un peu, c’est intéressant mais du coup je vois davantage Crazy Amy comme un film de transition. A suivre donc.

OK, je l'avoue : en fait j'ai un peu de mal avec Amy Schumer.
OK, je l’avoue : en fait j’ai un peu de mal avec Amy Schumer.


Pulp – a film about life, death & supermarkets

Les bons documentaires musicaux sont rares parce que
1. les documentaires musicaux sont rares
2. le type derrière la caméra ne pose pas toujours un regard super intéressant sur son sujet.
Exemple type : cette année, j’ai également vu un autre docu au sujet très proche, celui consacré à la reformation d’une autre vieille gloire britannique, les Stones Roses. Et le film est sans intérêt. C’est à dire que j’ai pris du plaisir à le regarder parce que c’est super de voir Ian Brown, John Squire, Mani et Reni rejouer ensemble, parce que c’est toujours émouvant de voir des fans qui n’y croyaient plus pouvoir assister à l’un de leurs concerts, et parce que l’identification marche à fond :  j’aime les Stone Roses et j’ai peu ou prou le même âge que leurs fans de la première heure. Mais passé ce plaisir immédiat et purement instinctif, le film n’a aucun intérêt artistique et cinématographique : il est réalisé par un fan absolu (il ne s’en cache pas) et en caricaturant, on pourrait presque dire de lui qu’il s’agit d’un publi-reportage à la gloire du groupe.
Ce que n’est pas Pulp, a film about life, death & supermarkets.
Ca n’est pas faire injure aux Stone Roses, qui ont énormément de qualité et qui sont un groupe que j’adore, que de dire que Pulp est à la base un groupe plus intéressant. Un parcours plus intéressant, une musique plus intéressante (et complexe), des paroles BEAUCOUP plus intéressantes.
A l’occasion de la reformation surprise du groupe en 2012, le réalisateur a donc décidé de se rendre dans la ville de Sheffield, leur ville, le jour du concert des enfants prodigues, afin de recueillir le sentiment des habitants à leur sujet. Le film comporte donc quelques scènes de concerts, quelques paroles des membres du groupe mais surtout des paroles d’anonymes, fans de la première heure, passants, commerçants, association récréatives, vieilles dames, universitaires etc. Le film offre ainsi d’abord un portrait de la ville et, ensuite, en creux, un portrait du groupe. Une ville industrielle dont la rudesse transparaît à chaque plan et dans la personnalité des personnes interrogées, et dont on comprend l’importance qu’elle a pu avoir dans le rapprochement de ces 5 parias sublimes, forcément marginaux dans un tel environnement.
Et en plus de cette approche singulière, il y a évidemment Jarvis, qui bouffe l’écran et donc le documentaire à chacune de ses apparitions, que ça soit sur scène ou lorsqu’il est interrogé par le réalisateur. Cet homme, Jarvis Cocker, a un charisme et une présence incroyables sur scène, une intelligence et un sens de la répartie merveilleux sur scène également mais aussi en dehors. Quand on fait le bilan, il est sans doute le dernier grand songwriter britannique, dans la lignée de Ray Davies, Bowie ou Morrissey.
Evidemment, ça marche sans doute mieux si on apprécie le groupe : Pulp me suit depuis plus de 20 ans (depuis le single My Legendary Girlfriend entendu chez Bernard Lenoir un soir de 1992 pour être précis) et plus le temps passe, plus ce groupe est précieux à mes yeux. Mais je pense que ce film est un modèle de documentaire musical original et stimulant pour quiconque s’intéresse au rock.

Héros ABSOLU
Show me a hero

Mia Madre

C’est un beau film, émouvant et sans pathos, sur la fin de vie d’une honorable romaine, à travers le regard de son fils ingénieur (interprété par Nanni Moretti lui-même) et de sa fille réalisatrice de cinéma (Margherita Buy). Sans pathos et sans voyeurisme mais avec beaucoup de douceur et de bienveillance.
J’aime la façon dont Moretti ne cherche pas à dire quoi que ce soit d’autre : évidemment, on est tenté de chercher un message ou une mise en abyme dans le personnage de la réalisatrice et de ce tournage d’une fiction militante sur la reprise en main d’une usine, avec la grève et le plan de licenciements qui va avec (un film que le jeune Moretti tournerait aujourd’hui?), mais non, je ne crois pas, c’est inutile. Tout comme sont inutiles les petites séquences comiques censés apporter une respiration : humour de vieux, plus embarrassant qu’autre chose. Mia Madre est réellement bon quand il est « seulement » ce qu’il annonce : un film simple et sensible sur le décès d’une mère.

mia madre