François and the Atlas Mountains – Connexion café, Toulouse

Rapidement, quelques mots sur une très belle soirée.

3 groupes au programme : Babe, Petit Fantôme et François etc donc.
Je rate sciemment les premiers, because life. Je pense que c’est dommage mais c’est comme ça. Life.

J’arrive sur le 1er morceau de Petit Fantôme aka Pierre Loustaunau.

Il avait les cheveux bien plus courts en réalité.
Il avait les cheveux bien plus courts en réalité.

Un basque : autant dire tout de suite qu’il part avec un très gros avantage. Sur scène, il se produit avec quelques membres de François etc. dont François lui-même à la guitare. Dans chaque papier ou presque qui leur est consacré, on relève la cohésion des membres de François and the Atlas Mountains, leur générosité, leur don total et absolu à leur art et les uns avec les autres. Ca se confirme d’entrée, c’est assez spectaculaire et ça met tout de suite dans de bonne dispositions.
Comme celle de son ami, la musique de Petit Fantôme est assez indéfinissable : ses compositions fragiles et ouvragées peuvent aussi bien évoquer Robert Wyatt que Grandaddy ou encore plein d’autres groupes/artistes mais aucun en particulier pour être honnête et c’est très bien comme ça. C’est rafraîchissant. Belle prestation en tout cas.

Un petit quart d’heure s’écoule et les mêmes, ou presque, remontent sur scène.

Ils étaient 5 sur scène. A gauche, Petit Fantôme.
Ils étaient 5 sur scène. A gauche, Petit Fantôme.

C’était formidable. Une grosse heure de pop « totale » à la fois rythmique, mélodique et harmonique qui a finalement peu d’équivalents à l’heure actuelle et qui se vit davantage qu’elle se raconte (c’est con mais c’est vrai…). Là encore, on peut légitimement penser à beaucoup de choses mais davantage à des genres qu’à des groupes bien particuliers. Et je vais me répéter mais c’est très rafraîchissant. Les titres sont parfois très émouvants, d’autres fois très euphorisants, ils se terminent régulièrement dans une sorte de transe galvanisante, parfois les 3 à la fois comme sur le renversant The Way to the Forest, le plus beau moment du concert pour moi.

L’air de rien, François and the Atlas Mountains produisent une musique à la fois aimable d’emblée, pop donc (si ça c’est pas un tube de la mort, je sais pas ce que c’est), et très particulière, unique même. Très beau concert, vraiment, et très bel album (Piano Ombre) qui sera bien placé dans mon top de fin d’année (teaser).

Le lendemain, je suis retourné au même endroit pour le concert d’Isaac Delusion. Je me contenterai d’un jaipasdutoutaimécestpaspourmoi parce que si je rentre dans le détail, je pourrais dire des choses très méchantes, ce qui ne servirait pas à grand chose. Grande remise, le blog qui a mûri.

Jim Noir – Finnish Line – critique

Celles et ceux qui suivent régulièrement Grande remise savent que Jim Noir fait partie de mes chouchous, de mes musiciens contemporains favoris.

Il a sorti la semaine dernière son 4ème album, Finnish Line, dans l’indifférence quasi-générale : le « quasi » n’est dû qu’aux quelques échos retrouvés dans la presse spécialisée britannique. Et encore, ça reste très discret. Quand on tape « Jim Noir Finnish Line » dans Google, on obtient très très peu de réponses, c’est assez hallucinant (ouais ok, déformation professionnelle). Du coup, petit pochette merdique :

Jim Noir - Finnish Line
Mais encore une fois, je suis là pour tenter de réparer cette terrible injustice : Grande remise, le blog des causes perdues.

Alors déjà, il faut savoir que tu connais certainement Jim Noir sans en être conscient : il a en effet démarré sa carrière en trombe avec un 2ème single, Eanie Meany, qu’Adidas a utilisé pour son spot de pub durant la coupe du monde de foot 2006. Autant te dire que tu l’as entendue un paquet de fois :

Cette chanson, Eanie Meany, c’est à la fois son fardeau et son joyau : un titre dont il ne retrouvera jamais le « succès » mais qui résume à lui seul tout son art. Ludique, enfantin même, bricolé, joyeux et mélancolique à la fois, en un mot (évidemment), pop.

Ses 3 premiers albums sont peu ou prou issus du même moule : Jim Noir, de son vrai nom Alan Roberts, élégant slacker mancunien, dandy de la bricole sonore, enregistre seul chez lui des petites comptines pop electro-acoustiques, gentiment psyché, extrêmement mélodiques, d’une naïveté confondante.

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Jim Noir

Voici ce que je disais de lui dans mon top album 2012:

« Un de mes pitits chouchous, un des invités potentiels de mes soirées idéales: Jim Noir c’est l’Angleterre pleine de fantaisie, excentrique, élégante et insulaire dont la lignée débuterait avec Lewis Carroll et se poursuivrait avec les Kinks, le Magical Mystery Tour, les Small Faces, Le Prisonnier ou plus récemment Gruff Rhys. Un mec qui écrit des chansons sur le thé, sa maman ou sa vieille Ford Escort. Un mec bien. »

Je ne saurai dire mieux. Ce mec me touche profondément : plus le temps passe, plus je l’aime.

Son 4ème album, Finnish Line donc, se démarque  un peu de ses prédécesseurs. Pas dans l’atmosphère et l’ambiance générale, plus britannique, enfantine et nostalgique que jamais. Dans la forme : nettement plus « classique » que ses 3 premiers albums, (guitare-basse-piano-batterie sur la majorité des titres) il délaisse quasiment le bricolage electro régressif, réduit ici à de simples petites touches.
Surtout, il est ouvertement référentiel, frisant clairement le pastiche, avec en ligne de mire les Beatles du White Album.

Ce qui sauve Finnish Line du vain exercice de style, c’est évidemment cette « atmosphère et ambiance générale » que j’évoquais un peu plus haut, de même que ces petites signatures mélodiques qui n’appartiennent qu’à lui aujourd’hui. Putain mais QUI aujourd’hui écrit des chansons aussi aimables, limpides et tendrement poignantes que Come and See? Finnish Line parlera à ceux qui connaissent déjà son travail mais la forme plus « classique » devrait également lui faire gagner une audience un peu plus large. J’espère vraiment qu’il va toucher davantage de gens avec ce disque même si je me fais pas trop d’illusions.

Enfin, c’est quand même tout le mal que je lui souhaite car si  on considère que la Pop est ce pays mélancolique et joyeux qui tente de recréer la magie de l’enfance avec insouciance et innocence tout en sachant que c’est peine perdue, Jim Noir en est aujourd’hui un de ses plus dignes et brillants représentants.

Top of shame

Cette semaine j’ai reçu ma nièce car elle prenait l’avion à Toulouse pour l’Australie  où elle va passer un an.
Ca m’a donné envie de pousser un coup de gueule et de parler de ces jeunes, de plus en plus nombreux, qui quittent notre pays parce qu’ils ne croient plus en la France, en un projet collectif.

Non je déconne.

Mais j’avais quand même envie de placer ce petit épisode personnel parce que je la trouve courageuse de partir comme ça sans rien et je pense bien fort à elle ❤

Sans transition, on a tous nos plaisirs coupables, voire honteux. Je parle pas des « madeleines sonores », ces merdes qu’on aimait quand on était petit ou ado et auxquelles on est resté fidèles par pure nostalgie ou parce qu’elles nous renvoient à un moment doux de notre histoire. Ni de ces chansons un peu débiles et/ou tubes du moment sur lesquels on peut chanter à tue-tête ou se déhancher sous couvert, le plus souvent, d’une bonne dose de second degré.
Non, des merdes, des daubes, des vraies. Qu’on aime sincèrement, malgré tout.

Voici un petit top 5 qui va crescendo non pas dans mon cœur mais dans l’horreur : Grande remise, le blog qui en a plus rien à foutre de rien.

5 U2One

Bon c’est pas à proprement parler une daube, c’est même plutôt une bonne chanson pour du U2. Voire une bonne chanson tout court. M’enfin, U2 quoi…

4 EaglesHotel California

Je suis comme le Dude : « I hate the fuckin’ Eagles maaaaaaaaaaan ». Même si tout n’est pas à jeter. Ce tubasse parmi les tubes internationaux de la galaxie qui doit passer 23 fois par jour sur Radio Nostalgie depuis 20 ans, vraiment j’adore. Je suis capable de jouer à la note près l’interminable solo final. A la bouche bien sûr.

3 Laurent VoulzyBelle Île en Mer

Les 2 premières, ça peut encore se discuter mais là ça devient un peu chaud… Du Beach Boys de sous-préfecture, du George Harrison de communauté de communes, par le mec dont je ne comprendrai jamais que Souchon lui soit resté fidèle aussi longtemps. L’a po compris. Mais j’adore cette chanson, elle me touche beaucoup. Et si je suis parfaitement honnête, je peux ajouter à ce top 3-4 autres titres de Voulzy

2 Renaud et Axelle RedManhattan Kaboul

C’est chaud je te dis. Là c’est une semie-madeleine car cette chanson est liée à un épisode bien précis (vacances en Bretagne). Mais c’était déjà inexcusable à l’époque. « Petit porto-ricain/ Bien intégré, quasiment new-yorkais« . Je la connais par cœur putain… J’ai choisi la video avec paroles pour que tu t’imprègnes bien toi aussi.

1 Pascal ObispoL’important c’est d’aimer

C’est SUPER chaud. J’ai absolument rien à dire pour ma défense, j’ai juste honte.

J’ai honte mais putain ça va mieux ! Pfiou je me sens délesté d’un poids là, j’ai l’impression d’être Don Draper à la fin de la saison 3 de Mad Men : sonné mais enfin libéré par La Vérité. Je vais pouvoir repartir de plus belle maintenant.

A bientôt pour une analyse plan par plan de L’Evangile selon Saint Matthieu de Pasolini.

Ty Segall – Le Bikini, Toulouse

Je vais tâcher d’être concis et de mettre la pédale douce sur les superlatifs : je parle suffisamment et depuis suffisamment longtemps de Ty Segall ici et sur Facebook pour ne pas répèter qu’actuellement, pour moi, dans son registre, il y a Ty Segall devant et tous les autres loin derrière.

Encore un Bikini un peu dépeuplé, c’est une surprise. Davantage de monde que pour Sébastien Tellier mais je m’attendais à une salle bondée et chauffée à blanc, ça n’était pas le cas.

Première partie assurée par Left Lane Cruiser : 3 gros rednecks barbus à casquettes de truckers qu’on jurerait sortis du casting de Justified. Rock lourd, gras, épais : on pourrait presque palper le son. Je ne vois que la fin du set soit 3 morceaux et même si je trouve ça rigolo et relativement approprié, ça me suffit largement.

Public beaucoup plus homogène que pour Tellier une semaine avant. Plus jeune, plus rock. Plus signifiant. Entracte relativement courte puis retentissent les premières notes de Manipulator, la chanson.

Bon c’est là qu’il faut que je me calme.

C’était bien. TRES bien. Intense. TRES intense. Balance approximative sur les 3 premiers titres et puis après… Voilà, l’électricité, l’excitation, l’euphorie, en 2014, plus que jamais, c’est Ty Segall. CETTE GUITARE DE SAUVAGE NOM DE DIEU! Une heure de concert qui laisse complètement groggy avec, immédiatement, l’irrépressible envie qu’elle soit renouvelée au plus vite. Une drogue.
Ce qui m’a particulièrement frappé ce soir c’est la cohésion, la précision, l’abattage du Ty Segall Band. Quel groupe bordel. Même si la dénommée Emily, derrière ses fûts, ne paraissait pas totalement dans son assiette.

Difficile de ressortir un ou plusieurs titres en particulier tant le set s’encaisse et doit s’encaisser selon moi d’un seul tenant mais je retiendrai quand même un Singer t-rexien en diable (je m’attendais pas à ce qu’il la joue) et un Thank God for the Sinners furibard. Et Feel bien sûr, LE morceau de l’année, LE grand moment des concerts de Ty Segall.

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Un grand merci à Nancy Chauveau pour la photo

Il nous quitte sur un seul rappel :  le très approprié Wave Goodbye, dans une version d’une lourdeur, d’une puissance, phénoménales.

Je vais me contredire : il faut aimer Ty Segall, il faut s’emballer, en faire des caisses, l’écouter et l’écouter encore et encore, en parler autour de soi. Ce mec est précieux à l’heure actuelle car il est le seul. Il incarne en tout cas à lui seul les multiples facettes du rock électrique et le fait avec une pureté et un talent véritablement bluffants. Et après la réussite d’un album aussi « mainstream » que Manipulator, alors qu’il était jusque là malgré tout réservé aux uniques amateurs de garage rock en raison d’enregistrements parfois peu accessibles (dans tous les sens du terme), tout semble possible. J’ai hâte de voir la tournure qu’il va donner à sa carrière.

Sébastien Tellier – Le Bikini, Toulouse

4ème concert du grand Séb pour moi, je n’ai raté que la tournée Politics.
La dernière fois, sur la tournée de l’Alliance bleueMy God Is Blue, c’était grandiose. J’en parle un peu ici.

L’Aventura, c’est mon album de l’année pour l’instant, avec le Ty Segall. L’Aventura devant quand même. Quoiqu’impatient de découvrir l’album en live et surtout de revoir Tellier sur scène, j’avais quand même quelques craintes : comment un album aussi arrangé et foisonnant allait-il supporter la transposition live ? A moins de jouer avec 15 musiciens…

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Grosse surprise : alors que les fois précédentes la salle était bondé, ce soir le Bikini n’est qu’à moitié plein. Et encore, je devrais plutôt dire qu’il est à moitié vide tant on ne se sent jamais à l’étroit, même dans les 1ers rangs. Sébastien Tellier n’intéresse donc plus personne, même après son meilleur album à ce jour (ok, ça se discute parce que Sexuality quand même… Et la bo de Narco… M’enfin, un album remarquable en tout cas). Si, en bon music nerd un peu snob qui se respecte ça me fait un tantinet plaisir quelque part, je trouve ça quand même assez triste : Sébastien Tellier, pour le grand public, c’est donc probablement et définitivement le mec un peu bizarre qui a représenté la France à l’Eurovision il y a quelques années et qui fait sa promo un peu bourré chez Ruquier tous les 2 ans. C’est tout.

Peu, très peu de monde donc, et sans doute pas mal d’invités : j’entends par là des gens qu’on n’imaginerait jamais assister à un concert de Sébastien Tellier voire à un concert tout court. Chelou…

Il est accompagné de 4 musiciens : un batteur, un bassiste, un percussionniste, un clavier. Le set démarre par Ma Calypso : il ne chante pas hyper juste, c’est pas super en place. Bon, ça va sans doute s’améliorer se dit-on. Sauf que non : ça reste bancal, ni fait ni à faire (le bassiste notamment, me semble totalement hors jeu). Cochonville fait presque peine à entendre… Les anciens morceaux se voient appliquer un traitement « tropicaliste » trop artificiel et léger, ceux de l’Aventura manquent de texture… Peut-être qu’avec une formation plus élargie, avec des cordes ? Mais là non, ça ne fonctionne pas. Curieusement, c’est sur l’Amour et la violence, pourtant l’un des morceaux qu’on aurait sans doute le moins imaginé subir ce traitement, que ça marche le mieux. Très belle version.

Après évidemment, reste le « personnage » Sébastien Tellier, superbe showman. Encore une fois, il a une dégaine incroyable : casquette, chemise à fleurs sous une sorte de veste de basketteur (type veste d’échauffement NBA), longue écharpe multicolore, pantalon rose pâle, y a que lui pour avoir la classe avec un tel accoutrement. Il est toujours aussi bavard et drôle entre les morceaux, digressant sur ses pratiques télévisuelles (« le Mentalist : aucun sens »), sur les boissons favorites des toulousains, sur sa démarche artistique, son comportement sur scène, imitant Stromae etc. Rien de nouveau pour qui l’a déjà vu sur scène mais je marche toujours.

Dans la dernière partie, il s’installe derrière son piano : « maintenant je vais jouer ma plus belle chanson, celle que j’aime jouer depuis toujours ». C’est évidemment La Ritournelle et c’est magnifique, la plus belle version qu’il m’ait été donné d’entendre sur scène, plus habitée, enveloppante et touchante que jamais. Je me dis qu’il aurait pu arrêter sa carrière après ce morceau, tellement unique, tellement emblématique, tellement parfait. Air a Sexy Boy, Daft Punk a Da funk, Phoenix a Too Young, pour Sébastien Tellier, c’est La Ritournelle. J’adore quand un artiste et une chanson se voient liés ainsi « pour la vie », lorsqu’après toutes ces années il continue à la jouer avec autant d’envie et de passion. Je trouve ça très touchant. Je lui en voudrais pas de capitaliser là-dessus (c’est très exactement ce que faisait son Confection sort l’an dernier, et c’était sublime) mais Sébastien Tellier préfère se réinventer tous les 2 ans, et ce soir, même si ça ne fonctionne que trop rarement (à noter un génial Sexual Sportswear quand même), même si on a le droit d’être déçu, je ne lui en tiens pas rigueur, j’ai entière confiance en lui et en sa capacité à continuer à nous surprendre et à nous bluffer. Ce concert est clairement le moins bon des 4 que j’ai pu voir mais paradoxalement, je le trouve encore plus touchant, je l’aime encore plus.

Et je n’ai qu’une envie, c’est de voir qu’il va nous réserver par la suite. Et le revoir sur scène un peu plus tard sur cette tournée. My God is Séb.

#38 High Llamas – Buzzle Bee

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Buzzle Bee est un album un peu à part dans la discographie des High Llamas, ne serait-ce que pour la simple et bonne raison que le groupe s’y présente sous le nom High Llamas tout court, sans « the ». Et puis il n’est pas sorti en Europe. Enfin, au moment où il est sorti en tout cas ; il a peut-être été réédité depuis, je sais pas et je m’en fous.
C’est aussi l’album où l’on entend pour la dernière fois la regrettée Mary Hansen, membre fondatrice de Stereolab et vocaliste-chanteuse régulière du groupe. Elle est morte en 2002, renversée par un camion alors qu’elle roulait à vélo dans les rues de Londres.

C’est enfin selon moi un album de transition très important dans la carrière du groupe, dans sa démarche artistique s’entend. Sean O’Hagan y décide de ne plus jouer que sur des guitares à cordes de nylon, ça fait toute la différence. Une tonalité d’ensemble encore plus douce, pour faire court.
Plus minimaliste que les précédents, il annonce également la « transition géographique » dans ce qu’évoque le groupe en quelque sorte, des côtes du Pacifique à celles de l’Atlantique. Il commence à ancrer le groupe dans l’esthétique davantage européenne et londonienne qui sera la sienne par la suite.
To be continued.

#37 The High Llamas – Hawaii

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Ah pour disséquer le documentaire sur Zahia, les bouses littéraires ou cinématographiques et les coupes de douille des footballeurs y a du monde mais pour parler d’un disque qui m’a autant marqué… (je dis pas « changé ma vie » mais c’est uniquement parce que j’assume pas le caractère pompeux de la formule. Top 3 des disques-séismes dans l’ordre chronologique de leur découverte : 1 The SmithsHatful of Hollow 2 The High LlamasHawaii 3 The ByrdsSweetheart of the Rodeo).

En tout cas, s’il ne fallait en garder qu’un sur les 100, ça serait celui là. Depuis de nombreuses années maintenant, donc je suis plutôt sûr de mon choix.

Les High Llamas, c’est le groupe qui me parle comme aucun autre, tout simplement. A la fois théorique et immédiat, il réunit absolument tout ce que je cherche dans la musique. Ce disque foisonnant, léger, euphorisant, mélancolique, moderne, nostalgique, d’une élégance rare m’a ouvert sur tellement de nouvelles œuvres et de nouveaux univers, m’a tellement affecté dans ma vie de tous les jours même que ne saurais pas par où commencer si j’avais l’occasion d’en parler à Sean O’Hagan. D’ailleurs je n’ai pas trop su quoi lui dire lorsque j’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec lui après un concert. Hawaii, c’est mon Eden musical absolu, la matérialisation sonore de mon Eden tout court.

J’arrête, Sean lui-même a parfaitement résumé l’affaire : « I give up, this litterature is fluff ».

Woods – La Dynamo, Toulouse

J’aime bien la Dynamo. C’est assez inexplicable, ça tient à une atmosphère générale. J’aime bien le lieu, j’aime bien l’ambiance qu’il y règne. Et j’y ai vu un des meilleurs concerts auxquels j’ai assisté ces dernières années, celui de Gruff Rhys.

J’aime bien la Dynamo mais pour une raison seulement connue de mon subconscient, je pensais que Woods se produisait dans une autre salle (le Saint des Seins, que j’apprécie nettement moins). Du coup je me rends d’abord au Saint des Seins mais j’ai un doute en arrivant, je vérifie sur le billet, je réalise mon erreur, je me maudis, je dois repartir dans l’autre sens blablabla, du coup je stresse parce que j’ai peur d’arriver vraiment à la bourre blablabla.

En fait ça va, j’ai « juste » raté la 1ère partie assurée par les toulousains The Deserteurs. Dommage car parmi les gus qui s’affairent sur scène pour enlever le matériel, je reconnais le gars qui était monté sur scène pendant le concert de Nick Waterhouse. J’aurais quand même bien aimé voir de quoi il est capable ce branlou.

Bon, Woods donc. De belles choses, d’autres plus quelconques. Très bien leur dernier album mais j’y vais davantage par curiosité que parce que j’apprécie le groupe. Qui est pour moi, un peu comme Real Estate, l’un des prototypes actuels de l’indie-pop telle qu’on la conçoit traditionnellement : des chansons classiques ou proto-classiques, qui pourraient aussi bien être enregistrées en 2003 qu’en 1988 ou 2014, plutôt mélancoliques, une instrumentation traditionnelle (guitare, basse, batterie, et c’est tout), jouées-composées par des mecs au look de mecs un peu introvertis.

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Je trouve pas d’image du groupe tel qu’il était sur scène, avec un autre batteur et un autre bassiste. Celui sur la photo, Kevin Morby (2ème en partant de la gauche), évolue désormais en solo et sera également en concert à Toulouse dans quelques jours.

C’est en tout cas très exactement ce à quoi ressemblent les autres mecs ceux de l’assistance : trentenaires, un peu dégarnis, barbus, lunettes, t-shirts de groupe ou chemise à carreaux, ne respirent pas la joie de vivre. Un public qui me ressemble un peu trop pour que ça me déprime pas pour tout le reste de la semaine.

Woods prend la scène peu après mon arrivée sur les lieux. Puis la quitte un peu plus d’une heure plus tard. Dans l’intervalle c’est parfois beau, parfois longuet. C’est toujours un peu la même chanson faut dire. Ou les 2 mêmes chansons : l’une happy-sad, très indie-pop donc, l’autre plus psychédélique, plus longue, taillée pour la scène. Je me fais un peu chier puis je me dis que c’est beau quand même. Puis je me refais un peu chier. Puis je me redis que blablabla.
Sur It Ain’t Easy, Jeremy Earl et sa voix mi-haut perchée, mi-étranglée, chantent : « it ain’t hard to say it ain’t easy / looking for different ways to make things stay the same ». « Chercher des façons différentes de garder les choses telles quelles. » : ça résume assez bien la musique de son groupe. Ca résume aussi probablement assez bien la philosophie de son public d’adolescents attardés.

Bon weekend mes petits chatons.

#36 The Heavy Blinkers – The Night and I Are Still So Young

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Parmi la longue cohorte de disciples des Beach Boys apparus à travers les décades, les Heavy Blinkers font à coup sûr partie des plus doués. Et là je me mords les doigts de ne pas avoir fait figurer dans ce top les jeunots d’Explorers Club dont le premier album, Freedom Wind, est quand même une putain d’incroyable tuerie de pop californienne pur jus. C’est le vie comme on dit à Venice beach.

Les canadziens Heavy Blinkers (de Halifax sur la côte Est) évoluent davantage dans la catégorie des High Llamas, à savoir celle des groupes influencés par les Beach Boys d’après Pet Sounds, pour lesquels aucune orchestration n’est trop luxuriante, trop délicate ou trop sophistiquée. Et pourtant, malgré le savoir-faire et l’érudition, ici aussi, tout est d’une légèreté, d’une grâce folles. Ambiances doucement aquatiques, soul, folk voire country : tout concourt à un sentiment de bien-être teinté de mélancolie. C’est vraiment sublime et un des sommets du genre.

Leur album précédent, Better Weather, fait également partie de mes favoris et contient une de mes chansons préférées de tous les temps, I Used to Be a Design.

Leur album suivant, Health, qui a mis 9 ans à voir le jour et qui est sorti l’an dernier, m’a en revanche énormément déçu. Le leader et fondateur du groupe, Jason Mac Isaac, s’est retrouvé seul aux commandes et l’album, d’un raffinement sans doute encore supérieur à ce à quoi le groupe nous avait habitués, pêche par excès de sophistication et d’ambition (c’est une sorte de concept album sur la guerre. Enfin, je crois). Sans la légèreté ni la joie des précédents enregistrements, la musique passe de mélancolique à grave, dramatique voire plombante. Beau par moments mais trop retors, trop de circonvolutions. Presqu’indigeste au bout du compte.

Mais The Night and I Are Still So Young, entre Brian Wilson, Burt Bacharach, Harry Nilsson et quelques autres orfèvres pop de la fin des années 60 est une vraie pépite qui mérite qu’on s’y attarde encore et encore. Il fait en tout cas partie des quelques albums de mon top qui sont encore largement méconnus donc ça me ferait plaisir que tu y jette une oreille et que tu prêche à ton tour la bonne parole.

Nick Waterhouse – Connexion café, Toulouse

Nick Waterhouse est un jeune auteur-compositeur californien (tout est « California » ou « from California » avec lui) qui a également produit le superbe 1er album des Allah-La’s.

Souvent assimilé à la scène neo-soul des Eli Paperboy Reed ou Mayer Hawthorne, son style est en réalité encore plus rétro, subtil alliage de rock’n’roll, jazz et surtout rythm’n’blues, avec une lichette de pop pour faire bonne mesure. En gros, un mec pour qui le public n’est composé que de ladies and gentlemen et qui, s’il avait vécu dans les années 60, aurait jugé les Beatles post-1965 un peu trop expérimentaux.

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Toujours très élégant, quoique dans un style plus casual qu’à l’accoutumée (et le mec rigole moyennement quand il s’agit de style comme le prouve cette petite video), il débarque à Toulouse accompagné d’un batteur, d’un bassiste, d’un organiste, d’une choriste et d’une barytone sax.

Pour l’occasion, le Connexion café réunit tout ce que la ville rause compte de mods, hipsters retro, fanas des late 50s etc. Un public bien stylé lui aussi donc et différent de celui des concerts auxquels j’assiste habituellement, c’est pas désagréable.

Sur ses 2 premiers albums, je trouve Nick Waterhouse un peu trop poli ou policé, soignant avec un poil trop de détails sa patine early 60s. C’est dommage car il n’a pas besoin d’en rajouter : il suffit de le voir, avec son look Ivy League, ses cheveux impeccables et ses petites lunettes, pour comprendre qu’il respire la classe old school. Je réalise immédiatement que sur scène, il fait preuve de nettement plus de nerf : sa voix se fait plus rauque, son style plus brut. C’est peu dire que ça démarre très bien. Au bout du deuxième morceau, on se croirait dans quelque bar de nuit angeleno au tournant des années 50-60.

Seul bémol en ce qui me concerne : il fait une chaleur proprement intenable. Il a fait chaud toute la semaine, la salle affiche complet, le public commence à gentiment se déhancher, il fait chaud bordel. Le genre où, d’abord agacé par les déplacements incessants de certains spectateurs, tu finis par les bénir car leur simple passage près de toi suffit à remuer un salutaire brin d’air. Le genre où des gouttes de sueurs finissent par te couler dans l’oreille. Le genre où, à contrecœur, tu commences à te diriger vers l’arrière de la salle. Qui est fort heureusement une petite salle donc ça ne nuit pas à l’immersion. Qui est totale car le mec sait y faire, et pas qu’un peu.

Après un démarrage en douceur, genre club-interlope-pour-amants-clandestins, il a décidé de nous faire danser. Toujours avec finesse et élégance mais le rythme s’accélère, morceau après morceau. Il parle peu mais il parle bien, présente ses musiciens avec beaucoup de classe et continue à se lâcher, lentement mais sûrement. ET LA IL REPREND TY SEGALL. Bordel. La classe. It’s #3, un de ses plus vieux morceaux, complètement ré-arrangé à sa sauce. Sur sa reprise de The harder they come, c’est un petit peu la folie : « Well if you’re not dancing, you got a problem my friend ». T’inquiète Nick, on danse. Ooooooooooooooh ouiiiiiiiiiiiiiiiii. C’est bon putain.

Là l’élan se brise un peu : un mec (un habitué des concerts toulousains il me semble), monte sur scène une bière pour Waterhouse à la main. Il la lui offre, discute un peu. Le chanteur annonce alors que contrairement à son habitude, il souhaite exceptionnellement un bon anniversaire au gars « because he’s wearing a tuxedo » (pas sûr que ce fut un véritable smoking mais je lui fais confiance. Je crois qu’on peut lui faire confiance en matière de fringues). Ils continuent à dialoguer un peu, ce que Waterhouse qualifiera de « surrealistic comedy show », il reste cool mais on le sent un peu agacé quand même et finit par conclure, alors que le gus se lance dans le public, qu’il s’agit de la « boldest stage invasion » qu’il ait jamais eu.

L’élan s’est un peu brisé mais à peine : ça continue à envoyer classieusement depuis la scène et à danser dans la salle. Sur le tout dernier morceau, il salut une dernière fois le public puis quitte la scène sans s’attarder, laissant la vedette et le soin de conclure à son groupe. La classe jusqu’au bout le mec.

Bon il reviendra quand même pour un rappel. Un nouveau morceau incendiaire tiré de son 1er album qui finit de nous achever : 1h30 de pur rythm’n’blues, raffiné et brut à la fois, toujours très, mais alors très classe. Le mot-clé de la soirée évidemment. Ladies and gentlemen, Nick Waterhouse, from Los Angeles, California.

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