Pacific Rim – critique

Apparemment c’est LE blockbuster de l’été et LE film pour lequel l’Internationale Geek tremble et mouille son slip à la fois.

Pour moi c’est simplement le nouveau Guillermo del Toro, un mec donc j’ai au minimum « aimé » tous les précédents flims donc j’y vais assez confiant.

Le prologue, étonnamment long, est superbe : très clair dans ses intentions, limpide dans son déroulement, il installe de main de maître des enjeux, une intrigue, des personnages et une iconographie puissants. Le petit détail qui n’a l’air de rien mais qui fait la différence: toute la machinerie représentée à l’écran apparaît un peu rouillé ou abîmée, en tout cas usée. Loin en tout cas des appareillages rutilants et aseptisés auxquels on est habitués dans des blockbusters type Transformers auxquels on est bien obligé de penser même si comme moi on en a vu aucun. Ca sent la tôle froissée, le boulon qui tient plus qu’à un fil, les machines qui ont vécu et ça suffit à distinguer illico Pacific Rim du tout-venant SF-fantastique.

Et puis après cet excellent prologue donc, le film démarre pour de bon. Et les dialogues sont à chier. Je veux dire vraiment à chier. Genre nanard. Et puis ces acteurs aussi, c’est quoi cette blague? A chier eux aussi. Attends mais C’EST une blague… Non ? Merde alors…

A mesure que les punchlines débiles et répliques lourdement définitives s’enchaînent, à mesure que les acteurs dévoilent leur mono-expression la plus basique (coup de chapeau à l’actrice asiatique, incroyablement pathétique) on comprend que ce film est sans doute pour Del Toro l’occasion d’assouvir un fantasme de geek ultime: cumuler scènes d’actions épiques et second degré total.

On comprend ou on espère? Je l’aime bien donc j’ai décidé d’opter pour la seconde théorie, et de considérer que Pacific Rim ne peut être qu’une bonne grosse blague, une film de sale gosse qui s’amuse à mettre en scène de grosses bastons de robots. Du coup je l’imagine souriant comme un couillon bienheureux en écrivant des dialogues potentiellement cultes sur Nanarland avec son budget explosant le PIB de la Namibie. Ca rend le film, du moins le projet, assez touchant car il devient dès lors la matérialisation vengeresse de tous les projets foirés de fanboys. Et on pense évidemment en premier lieu à Del Toro lui-même, débarqué/démissionnaire de la trilogie Le Hobbit

Un petit côté Rocky IV de fort bon aloi pour les pilotes russes.
Un petit côté Rocky IV de fort bon aloi pour les pilotes russes.

Touchant donc, et même jouissif si on se trouve dans l’état d’esprit des créateurs, mais assez frustrant dans le même temps: on ne peut pas s’empêcher de penser que s’il avait traité son sujet sérieusement, s’il avait gardé la ligne esquissée dans son brillant prologue, Pacific Rim aurait pu être le blockbuster parfait (spectaculaire ET intelligent).

Frances Ha – critique

Deux BFF new-yorkaises font l’apprentissage de la life ensemble, et surtout séparément. Et je te prie de croire que c’est pas facile-facile tous les jours, même avec un I-Phone 5 dans les mains.

Voilà, en gros, pour le pitch.

Frances Ha appartient à la veine la plus démonstrative de Noah Baumbach aka la face cachée de Wes Anderson (il a co-écrit La famille Tenembaum et Fantastic Mr Fox). Sa face verbeuse, intellectuelle et new-yorkaise donc.

Sa veine la plus humble (et la plus intéressante selon moi, t’avais compris hein petit coquin) il l’a exploitée dans les très réussis Les Berkman se séparent et Greenberg. Entre les deux, il a réalisé une espèce de cauchemar de caricature de film indé US, Margot at the Wedding, genre de bergmannerie édifiante: Nicole Kidman s’y crêpait le chignon avec Jennifer Jason Leigh sur l’île de Nantucket ou Martha’s Vineyard, j’ai pas très bien saisi, un ghetto insulaire pour milliardaires de la côte Est quoi qu’il en soit. Nicole y était évidemment brune et pas très maquillée. C’est quand même incroyable qu’on en soit encore réduit à ce genre de procédé pour la caractérisation et l’incarnation d’un personnage, y compris dans ce genre de films, censés se situer un peu au-dessus de ça. C’est du niveau d’une Katie Holmes que le simple port de lunettes à grosses montures doit suffire à transformer en avocate crédible dans le 1er Batman de Nolan.

Sans atteindre le niveau de pédanterie de son précédent film, Frances Ha fait preuve d’une même volonté de s’approprier un lourd héritage (ici la Nouvelle Vague et les Woody Allen période Manhattan/Annie Hall) mais le fait avec énormément de maladresse. Paradoxalement, j’ai pensé à Sophie Letourneur qui elle parvient à se faire « la voix de sa génération » avec légèreté, second degré, inventivité et pertinence : c’était pour mieux me faire mal car on est ici davantage du côté de l’inconséquence et de l’égocentrisme de Girls, la série de Lena Dunham, dont le film semble un couasi spin-off, pour ne pas dire remake. C’est pas insupportable mais c’est vraiment très paresseux. Et puis la séquence « je suis presque à la rue mais je me paie un weekend à Paris sur un coup de tête », à un moment faut arrêter les conneries.

Evidemment, une bouteille de San Pellegrino sur la table (soupir)
Evidemment, une bouteille de San Pellegrino sur la table (soupir)

Autre problème nuisant à la vraisemblance de l’ensemble selon moi (et ne viens pas me dire que je m’attarde sur des détails sans importances: ces films-là jouent à fond sur l’identification générationnelle et donc, le réalisme, la vraisemblance) : le mec avec qui la copine de Frances sort, et qui est censé être un gros beauf type frat boy. Il est complètement IMPENSABLE que cette nana plutôt intello, intolérante et exigeante telle qu’elle nous est présentée, sorte avec un mec de ce genre. Ou alors, de deux choses l’une: 1. elle est en fait aussi conne et superficielle que lui 2. le mec n’est pas si con et superficiel que ça. Sachant qu’il n’est pas forcément montré très à son avantage, j’en ai tiré la conclusion qui s’imposait… Autant pour la sympathie que la nana est censée provoquer donc.

Enfin, le « clin d’oeil » à Carax n’en est pas un: c’est carrément un emprunt, une copie conforme. Les ricains trouvent peut-être ça super cool parce qu’ils n’ont pas vu Mauvais sang et qu’ils ne se doutent donc de rien mais moi ça me fait un peu de peine qu’un mec intelligent, érudit et sensible (malgré tout) que Baumbach en soit réduit à ça.

Grosse déception donc, pour ce film que j’attendais de voir avec impatience tant il avait tout pour me plaire a priori. J’espère que Baumbach va à nouveau réussir à redresser la barre.

Monstres Academy – critique

Bon, on va pas se voiler la face, retarder l’échéance au maximum, se trouver des raisons d’espérer: cette fois ça y est, c’est la rentrée.
J’ai repris le boulot y a 1 semaine mais le bureau était encore pratiquement vide, on pouvait déprimer/rien branler en toute impunité, de manière quasi officielle.
Depuis ce matin c’est différent: les effectifs ont triplé de volume, ce qui signifie que les effectifs des boîtes avec lesquelles on bosse ont également triplé de volume, ce qui signifie que merde, cette fois il va vraiment falloir se remettre à travailler.

Grande remise, le blog qui se retrousse les manches, va donc lui aussi effectuer sa rentrée mais avant d’écouter les nouveautés discographiques et retourner dans les salles obscures, je vais faire un point sur ce que j’ai vu au ciné ces 2 derniers mois (pas grand chose en vérité).

Et ça commence donc avec Monstres Academy, l’une des grosses sorties estivales mais également film de rentrée . Comme son titre l’indique, c’est un prequel de Monstres et Cie et donc le Pixar de l’été 2013.

Pas grand chose à dire sinon que j’ai passé un très bon moment. Pas aussi bon que devant le film-matrice mais ce dernier est selon moi une des plus belles réussites de Pixar: très difficile de passer après.
Il manque sans doute à celui-ci l’immersion dans une véritable intrigue (on a davantage à faire à une succession de saynètes pastichant les college movies) et une véritable émotion. Mais c’est vraiment drôle, très mignon, et l’accomplissement du destin des 2 héros est à la fois juste et malin (évident en creux, évitant l’écueil du consensus mou et du sentimentalisme: la patte Pixar). A noter que Catherine Deneuve fait partie du casting des voix françaises (étonnant), de même que Jamel Debbouze, que je n’avais en revanche pas du tout reconnu (et c’est tant mieux). 

Billy Crystal en vo, Eric Métayer en vf. Bon.
Billy Crystal en vo, Eric Métayer en vf. Bon.

Après, on peut légitimement se poser la question de l’avenir d’un studio qui se repose un peu trop sur ses lauriers en privilégiant les suites ou prequels (même si Toy Story 3 était une pure merveille). J’attends plus d’imagination, d’inventivité et de fantaisie de la part de mecs capables de nous sortir Là-haut, Le Monde de Nemo ou Wall-E (que je n’aime pas spécialement mais je salue la prise de risque).
Sur la forme, ça soulève aussi des questions : que fait-on après voir atteint un tel degré de perfection dans le réalisme ? C’est bluffant voire fascinant, ok, mais ne vaut-il mieux pas privilégier des choix graphiques et plastiques audacieux comme ce fut le cas pour les Indestructibles ? Hein ? Ne vaut-il mieux pas ?

En tout cas je suis curieux de voir l’évolution du studio.

Ma meilleure amie, sa soeur et moi – critique

Mais enfin…  c’est tout nul…

quand c’est aussi bien vu, attachant et drôle, qu’importe le filmage purement fonctionnel : on en redemande (TéléCinéObs)

Voilà un film qui tombe à pic. Sans provocation aucune. Au contraire : son audace est intelligente et cool. (Télérama)

Lynn Shelton en dit ici bien plus sur les relations hommes-femmes que des centaines de comédies romantiques réunies. Et en plus, son film est extrêmement drôle et permet d’admirer la sublime Emily Blunt. (La Croix)

Lapin qu’on prie là… Bon OK, c’est pas les Cahiers, SoFilm, Les Inrocks ou je ne sais quoi, si tant est que leur opinion compte un tant soit peu mais c’est pas Télé 7 Jours non plus quand même.

Dès le début, tout sonne faux pour moi. Dialogues, photo, musique… J’étais surpris de pas entendre Bon Iver (c’est ma nouvelle tête de turc) par exemple mais on nous épargne au moins ça.
Le plus insupportable: les acteurs persuadés de tourner dans un truc hyper audacieux, hyper borderline. Décoiffés savants, absence de maquillage,  » Y’ know… I mean… I mean y’know… » tous les 3 mots. Et du « fucking » en veux-tu en voilà bien sûr. Pourtant je les aime bien ces acteurs, surtout Mark Duplass de la grandiose série The League, et Rosemarie Dewitt même si elle s’est fait greffer le nez d’Owen Wilson. Mais là c’est pas possible.

Et puis merde, il faut regarder les choses en face: une maison en bois au bord d’un lac + des confidences nocturnes + un bon mug de café/thé bien chaud dans le petit matin calme + un plaid bien cosy sur les épaules = La parenthèse inattendue de Frédéric Lopez, l’émission la plus horrible/pathétique/ridicule/risible/embarrassante de tout le PAF actuellement. Malgré toute ma bonne volonté, je ne voyais plus que ça au bout d’un moment.

Alerte bonnet péruvien
Alerte bonnet péruvien

Bien sûr, le propos n’est pas inintéressant, audacieux même, voire subversif. Mais que de chichis et de conformisme indé pour en arriver là!

Grosse déception donc, vu que je le sentais plutôt très bien.

Killer Joe – critique

J’ai vu Star Trek Into Darkness mais j’ai trouvé ça tellement insignifiant et raté  (à vrai dire, je l’ai déjà complètement oublié) que je ne vais pas m’y attarder. Mon temps est précieux en ce moment: j’ai 2 épisodes de l’Amour est dans le pré à rattraper.
Je préfère donc revenir sur un des films phares de l’année dernière.

L’un de ceux que j’avais le plus envie de voir parmi ceux ratés en salle. Et puis avec le temps et les critiques lues, mon envie s’est un peu émoussée.

Le premier mouvement confirme le déclin de ma libido. Pour moi ce sont les acteurs qui pêchent ou plutôt leur travail d’acteurs. On est ici censé se vautrer dans la white-trashitude la plus sordide, dans la fange des bas-fonds de l’Amérique des laissés pour compte et je ne vois que des acteurs prenant un malin plaisir à jouer une partition qu’ils savent trop bien sulfureuse. Tu pourras me rétorquer que cela participe du dispositif théâtral mis en place par Friedkin mais il y a autre chose… En un mot : je n’y crois pas.

Et puis arrive le fameux Killer Joe, en la personne de Matthew MacConaughey. Et là j’y crois. Oh que oui. Ah le con… Suave et obséquieux tout autant que crade, dangereux, vicieux et incontrôlable : il est LA pourriture texane telle qu’on se l’imagine. Incarnation prodigieuse de l’acteur, réellement flippant et dérangeant. Et là comme par magie, c’est parti et tout fonctionne à merveille. La théâtralité de la mise en scène (il s’agit de l’adaptation d’une pièce) ne passe plus seulement par les décors ou la direction d’acteurs, elle semble contaminer la lumière, le son.

A suivre: une publicité pour KFC
A suivre: une réclame pour KFC

Dès lors, et comme on le pressentait, pas d’issue possible pour les personnages au cours d’un dernier acte véritablement hallucinant. Là encore, j’avais lu pas mal de choses le concernant et tu sais comment ça fonctionne: 90% du temps, tes attentes atteignent de telles hauteurs que tu es finalement déçu. Eh bien je peux te dire que tu ne sais pas ce qui t’attends. Fucked up shit, man. J’aime toujours beaucoup les actrices et acteurs qui assurent, de préférence sur le plateau du Grand Journal, s’être « mis en danger » avec ce rôle de « caissière délaissée », de « prof en ZEP » ou de « mère courage se battant seule contre les préjugés ». On dit quoi à ce moment là de ce que fait Gina Gershon dans cette fameuse séquence finale ? Hoooooooooooly shiiiiiiiiiiiiiiiit (« sainte merde » pour les non américanophones).

Bien sûr, on n’en garde pas grand chose. On n’atteint aucun vertige métaphysique, on ne voit pas la vie ou même le cinéma d’un œil neuf. On penche clairement du côté de l’exercice de style un peu punk. Mais quel brillant exercice de style!

Killer Joe, réalisé par William Friedkin, 78 ans.

The Bling Ring – critique

Somewhere m’avait laissé sur l’impression d’un parfait film-chewing gum : il aurait pu durer 10 minutes ou 3 heures, il aurait distillé le même confortable ennui.

Je pensais au lu de certaines critiques que The Bling Ring aurait secoué un peu tout ça mais il ‘en est rien. C’est même pire puisque malgré sa relative courte durée (1h25), il parait interminable.

Bien sûr, c’est joli. Très joli même. La photo est sublime. Les ados sont beaux. La précision du brand dropping force le respect. Ce qui nous vaut de bien belles vignettes de Californian chic et de totale coolitude West Coast. Les intérieurs sont toujours très bien filmés, sortes de cocons hors du monde dans lesquels il fait bon se mouvoir. A ce titre, belle scène de cambriolage filmée de l’extérieur, en plan large, avec cette villa ultra-moderne comme posée artificiellement dans le paysage, flottant au-dessus de Los Angeles, protégeant de manière presque mystique les ados qui la pillent.
Pas de quoi se lever la nuit mais c’est joli, pas de problème.

House break forever, bitches
House break forever, bitches

Des intentions de Sofia Coppola en revanche, on ne saura rien : son moralisme bon teint est constamment contrebalancé par une fascination évidente pour ces ados dont on sent, dont on sait, qu’elle les connait si bien qu’elle-même en faisait peut-être partie. Mais là où dans Spring Breakers (dont le film pourrait se rapprocher) Harmony Korine n’apporte aucun jugement évident, on alterne ici constamment entre condamnation (la bêtise de ces petits cons ne semble avoir aucune limite) et fascination donc. Le point de vue n’est plus celui d’une sorte d’entomologiste de la jeunesse dorée 2013 mais celui, tiédasse, de quelqu’un qui ne sait pas se positionner ou qui n’ose pas le faire.

Agaçant donc. Comme Emma Watson : à l’instar de Vanessa Hudgens dans Spring Breakers, elle en fait des caisses pour essayer de faire oublier qu’on se souviendra toujours d’elle pour ça. En même temps, je la comprends.

Bon en tout cas c’est pas bien folichon tout ça. 2 ratages d’affilée pour celle qui fait mieux que Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon puisqu’elle est à la fois fille de, soeur de, cousine de (double cousine de même) et femme de, ça veut dire plus de droit à l’erreur.

Very Bad Trip 3 – critique

Ca va être vite vu : c’est vraiment pas terrible. Et je suis indulgent.

J’y croyais pourtant… Faut dire que la promo avait mis le paquet pour faire miroiter un film aussi fou et drôle que le premier opus. Avec un argument massue : le retour à Vegas ! Very Bad Trip, c’est Vegas, point barre à la ligne.

Ici, rien ou presque ne fonctionne. Le retour à Vegas donc, est accessoire et très bref. Le titre lui-même ne veut plus rien dire puisque dans une tentative foncièrement louable de renouvellement, on a ici à faire à un vague road-movie teinté de polar, pas à un « le jour d’après ». Après tout, pourquoi pas.

L’idée du film part également d’une bonne intention : donner davantage de place et d’importance aux personnages les plus intéressants, ceux interprétés par les géniaux Zach Galifianakis et Ken Jeong. Sauf que la valeur de ces personnages allait de pair avec leur intermittence et leur fulgurance : s’ils sont les héros, leur intérêt disparaît pour ainsi dire de fait. Alors ils sont quand même drôles évidemment mais leur folie (pour Jeong) et leur étrangeté (pour Galifianakis) vire au systématisme. Et ça finit par lasser, forcément.

Effectivement, on frise la catastrophe.
Effectivement, on frise la catastrophe.

Autre point noir : aucune dynamique au sein du trio contrairement aux 2 premiers volets. Là encore, Galifinakis prend trop de place, Bradley Cooper et Ed Helms ne servent plus à rien.
Bien sûr j’ai ri à plusieurs reprises et de bon cœur. Mais pas forcément pour les gags eux-mêmes, davantage dans les interstices, sur des détails. Toujours, quasiment, grâce à Galifianakis.

Le film s’achève sur un post-générique pitoyable, sorte de concession vulgaire et totalement foirée aux supposés fans et au supposé esprit de la franchise. Triste.

Les gamins – critique

Eh bien ma foi, voilà un film fort sympathique. Un film assez paradoxal puisqu’aussi mauvais que sympathique. Mais mauvais pour une très bonne raison : parce que trop généreux, du coup trop plein, mal équilibré etc.

Le pitch est en gros l’exact inverse de celui de Mon beau-père et moi : un jeune mec et son futur beau-père s’entendent à peine les présentations faites, ou presque, comme cul et chemise (j’aime beaucoup cette expression qui n’a aucune raison d’être : au nom de quoi un cul et une chemise devraient-ils bien s’entendre ? Un cul et un zlip, ok, une chemise et un torse, je dis oui. Un cul et une chemise ? Mystère.). D’ailleurs, on a comme dans le film de Jay Roach très rapidement droit à la scène de huis-clos en voiture entre les 2 intéressés. Toujours est-il qu’ici, ils s’entendent comme larrons en foire (voiiiiiiiiilààààààà, lààààààà d’accord) et que le beau-père (Chabat, impecc en quinqua dépressif qui passe ses journées sur son canap’ devant MTV Base), nous fait sa petite crise de la cinquantaine et retourne en adolescence, tandis que son beau-fils (Max Boublil, en mode placement de one man show) remet tout en cause et décide d’annuler le mariage.

les-gamins
Les gamins
se rapproche beaucoup dans l’esprit, de Radiostars : même humour totalement décomplexé, très référentiel et tributaire de la neo-comédie américaine. Ici aussi, on veut en faire beaucoup, montrer comme on a bien tout assimilé, comme on est capable de faire aussi trash que les ricains. Alors on en fait souvent trop, et parce qu’on ne veut absolument rien oublier, on ne bosse pas assez ses scènes/gags ou son scénario (celui-ci est particulièrement cousu de fil blanc, oui ce papier a pour objectif de placer un maximum d’expressions toutes faites).
Donc après un premier gros quart d’heure assez formidable, ça part gentiment en couille et ça n’a pas le talent de ses ambitions. Mais ça distille régulièrement des gags ou des répliques épatantes, jusqu’à la toute fin, et l’ensemble dégage suffisamment d’énergie et d’enthousiasme pour qu’on ne s’ennuie pas et qu’on passe malgré tout un bon moment.

Quoiqu’il en soit, c’est un film qui va dans le bon sens et qui, tout comme Radiostars donc, fera peut-être partie dans quelques années, des précurseurs d’une vague de bonnes comédies françaises. C’est tout le mal que je te souhaite.

Mud – critique

Il y a les films qu’on aime parce qu’ils ressemblent à un possible prolongement de notre propre existence Les coquillettes) et il y a les films qu’on aime parce qu’ils sont l’incarnation de notre vie rêvée, d’une existence fantasmée. Je n’ai plus 14 ans depuis quelques années, je ne vis pas en Arkansas et je suis bien incapable de remettre en état une épave de bateau de mes propres mains : Mud appartient donc à la seconde catégorie. J’ai en tout cas trouvé là un duo de films parfaits qui devraient se retrouver aux premières places de mon top de fin d’année.J’arrête de parler de moi pour une fois.

Le pitch, rapidement: deux jeunes adolescents tombent par hasard sur un île au milieu du Mississippi, non pas sur Joe l’Indien mais sur un homme en cavale qui se fait mystérieusement appeler Mud (McConaughey). Il leur raconte qu’il a assassiné l’amant de la femme qu’il aime depuis toujours (Reese Witherspoon, en mode cagole de l’Arkansas abîmée par la life), et qui est censée le retrouver. Les deux gamins vont l’aider à remettre en étant un bateau abandonné afin qu’il puisse fuir avec sa belle et échapper à la justice. Mud est un film d’une rare générosité. Un film idéal qui embrasse à la fois la mythologie de l’Americana (la countriste, les casquettes de trucker, les pick up, les bars miteux, les motels lambda : tout est là), les rêves et les désillusions de l’enfance, l’apprentissage de la vie d’homme, de l’amour, la vérité d’une amitié, les réalités de la vie de couple, le rêve, le fantastique, la comédie, le polar. Et l’aventure. L’Aventure, mec.

Un film-somme, un genre de best-of de ce que le cinéma peut offrir de plus vrai, de plus irréel, de plus beau, de plus émouvant. On rit, on pleure, de joie, de tristesse, on a peur, on sursaute, on vibre…Jeff Nichols se rachète ici totalement à mes yeux : Take Shelter manquait foncièrement d’épaisseur romanesque, de croyance en une véritable fiction. Cette fin ouverte que les défenseurs du film louent s’apparentait pour moi à une tiédeur, une impossibilité de trancher de la part du cinéaste qui ne jouait pas vraiment en sa faveur : savait-il lui-même ou il voulait en venir ? Et quand bien même il savait très bien ce qu’il faisait, en quoi cette fin valait-elle mieux que celle du premier petit malin venu et des twists épate-la-galerie qu’on ne peut plus souffrir ? Évidemment, tout cela était supérieurement filmé et mis en scène…

La filiation de Mud avec Take Shelter est évidente mais Nichols semble n’avoir gardé de son précédent film que le meilleur : le contexte, les personnages issus de l’ultra-prolétariat des small towns de l’Amérique profonde et le regard profondément humain et plein d’empathie qu’il porte sur eux, mais surtout l’omniprésence de la nature et le goût pour le fantastique, d’autant plus impressionnant et évocateur qu’il est vu à travers les yeux de 2 jeunes adolescents (sublimes scènes de nuit sur l’île ou au fil de l’eau). Nichols y ajoute donc cet ingrédient qui peut, parfois, éventuellement, moi je dis ça je sais pas hein, s’avérer important : la fiction. Mud n’a pas peur de raconter une histoire (tant et si bien qu’il en raconte plusieurs) et de clore chacune d’elles sans ambiguïté, sans qu’absolument aucun personnage ne soit laissé de côté. Et il a la suprême élégance, la générosité ultime de nous laisser sur… Sur un plan que je ne dévoilerai évidemment pas.
Et j’ai même pas parlé des 2 gamins, fantastiques, de MacConaughey, au-delà de tout éloge…

Va le voir, c’est tout ce que j’ai à ajouter. Ca me fera plaisir et plus important, ça te fera du bien.

La session de rattrapage 2

Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes

millenium-les-hommes-qui-n-aimaient-pas-les-femmes-david-fincher
Alors oui, évidemment, c’est très bien réalisé, c’est fluide, c’est prenant bla bla bla. Mais enfin… Il est quand même sacrément largué plastiquement/esthétiquement Fincher non ? A part Zodiac qui l’oblige par la force des choses à se débarrasser de ses tics habituels, tous ses films se déroulant à notre époque sont d’une laideur… Et vas-y que je te colle des filtres jaunasses (ou verdâtres) partout, que j’appelle Trent Reznor à la rescousse pour glauquifier encore tout ça… Pfffff c’est cliché bon sang… Et puis ce penchant pour le cyber-punk… Oui, c’est bon, t’énerve pas, je sais qu’on dit plus « cyber-punk » depuis la fin des années 90 mais justement, il est bien là le problème : Fincher est resté scotché à l’esthétique 90s. Ca me sort du film moi. Enfin, j’imagine que je réagis à ça comme le ferait un fan de Ministry devant Moonrise Kingdom. Un dernier truc : c’est quoi cette connerie d’anglais à l’accent suédois qu’adoptent les acteurs ? Ils peuvent pas parler anglais normalement ? Ou alors à ce moment-là, pourquoi ne pas prendre des acteurs suédois ? Ca évidemment…

Bon, la scène « clé » dans la maison du tueur est magistrale évidemment et la fin est chouette, je dis pas, et du coup j’ai quand même salement envie de voir la suite. Comme quoi, malgré les 2h30 de tension, investigations, poursuites etc précédant, c’est le volet romance qui l’emporte. En vrai, c’est un petit chaton cette Lisbeth.

Young Adult

young-adult
Parfois je me demande si les gens regardent vraiment les films. Ou s’ils sont pas un peu cons (NB : j’ai ma petite idée).

Là par exemple: je crois que j’ai lu UNE critique (sur une grosse quinzaine) qui a selon moi mis le doigt sur ce qu’était réellement ce film. Toutes les autres, qui avaient presque réussi à me dissuader de le voir, parlent soient d’une comédie gentiment vitriolée (non mais je rêve, genre un truc pour lectrice de Fémina qui voudrait s’encanailler avec un peu de mauvais esprit) soit d’un objet détestable de coolitude condescendante (NON MAIS JE RÊVE). Heureusement, j’ai été bien conseillé et j’ai fini par le voir (merci, bro).

Ne pas se fier donc aux avis communément répandus : ça n’est pas dans la veine de Juno ou de In the air, films de petit malin avec sourire en coin. La bo est super cool (un film qui débute par une de mes chansons préférées de tous les temps et qui lui donne une importance capitale dans l’intrigue ne peut pas être mauvais) mais tout le reste : not so cool. Descente aux enfers. Voie sans issue. La vraie, celle qui prend les oripeaux du film grand public et qui te salope bien tout ça de l’intérieur. Qui te renvoie à tes propres référents et leur file une bonne grosse baffe dans la gueule.

J’arrête là, je vais pas en faire des caisses : c’est pas un chef d’œuvre, c’est pas un must absolu. Y a des défauts, quelques raccourcis ou facilités, ça parlera pas à tout le monde, et je suis clairement dans la cible donc pas super objectif, je suis d’accord.
En revanche, c’est réellement le film le plus noir que j’ai vu depuis longtemps. Vachement plus sombre que le Fincher justement, et de loin. Du cynisme au sens où on ne l’entend plus, du désespoir même. Et à ce titre il mérite le coup d’œil.