Top 2013 – cinéma – les losers

J’ai vu encore moins de films en salles cette année qu’en 2012. Peut-être je vais arrêter le cinéma. On sait pas.

Voici en tout cas la 1ère moitié de mon top : les films que je n’ai pas aimés /que j’ai trouvés mauvais. Y en a nettement moins que dans la seconde à venir demain, ce qui prouve bien que je ne suis pas un mauvais bougre et que je dis « oui » à la vie.

Avec des liens vers les critiques de films publiées pendant l’année, quelques lignes sur les autres. Il est peut-être encore temps de poser une RTT si tu veux tout lire.

# 47 Tip Top

Plus qu’un mauvais film, un film profondément agaçant. Il avait pourtant tout pour me plaire (humour pas drôle/à froid, comique de situation, aplats de couleurs et ambiance blafarde à la Kaurismaki, mélange des genres). Problème : tout sent la pose, le volontarisme forcené. Et ça n’est pas le casting de stars venues s’encanailler (Kiberlain, Huppert) et de guests forcément inattendues (Sami Nacery chez Bozon !  Ouais mais c’est trop cool tu vois !) qui arrangent l’affaire. L’exact opposé de La fille du 14 juillet, au hasard, qui lui respire vraiment la liberté et le geste gratuit.

En fait, il est assez surestimé François Damiens.
En fait, il est assez surestimé François Damiens.

# 46 Albator

Ca ne m’a jamais intéressé et j’ai trouvé ça  visuellement moche et cacophonique. J’ai même eu un gros trou d’un bon quart d’heure au milieu, sans même avoir dormi. Costaud dans le genre.

# 45 Very Bad Trip 3

Aussi mauvais que le 1er est inépuisable.

# 44 Star Trek Into Darkness

J’ai de la sympathie pour JJ Abrams (j’adore Lost, j’ai beaucoup aimé Super 8, j’avais bien aimé le 1er volet) mais là c’est le prototype du blockbuster qui révulse les lecteurs de Télérama : une débauche indécente de moyens, un étalage hallucinant de pognon, au service de rien.

# 43 Machete Kills

Dans le premier volet, Rodriguez réalisait un vrai film de série Z, jubilatoire, violent, drôle, politique même, sous la grosse farce. Avec en argument Sopalin une starlette déchue et trash, Lindsay Lohan. Ici, il bénéficie d’un budget nettement plus conséquent et le montre à chaque plan. Résultat : moins de punchlines débiles, plus d’effets spéciaux inutiles. Avec cette fois Amber Heard, starlette montante et aseptisée. CQFD.

# 42 Quai d’Orsay

La bd a une telle réputation que je me suis laissé tenter. Au final, un film de vieux, pour les vieux : des gags d’un autre temps et d’un autre monde, un rythme arthritique, un propos dépassé. Les gens dans la salle, âgés en grande majorité, avaient l’air satisfaits. CQFD.

# 41 Happiness Therapy

Je sauverai la dernière séquence et la mignoncité de Jennifer Lawrence (davantage IRL que grimée façon middle class biatch) mais qu’est ce que c’est lourdingue nom de Dieu… La bipolarité pour les nuls. C’est toujours l’horreur absolue lorsqu’Hollywood essaie de digérer le cinéma d’auteur (ici Cassavetes, oui oui, sans charres) pour le recracher, pardon, le gerber, via un casting oscarisable et un scénario bien balisé. Et, ça va sans dire, une belle morale en guise de cerise sur le gâteau: c’est OK d’être fragile voire déséquilibré et tout et tout du moment que les billets verts sont au rendez-vous. God Bless America.

Cette photo n'a absolument pas été choisie au hasard.
Cette photo n’a absolument pas été choisie au hasard.

# 40 Lincoln

Über chiant.

# 39 Oblivion

Nuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuul.

# 38 Ma meilleure amie, ma soeur et moi

Frédéric Lopez likes this.

# 37 The Immigrant

Certes, j’ai vu peu de films et peut-être pas les meilleurs mais ça n’aurait pas changé la donne : je suis pas loin de trouver ça à chier. Un peu pub Shalimar, un peu saga télévisée type L’Amour en héritage (l’émotion en moins) et un peu trop Marion Cotillard. Non mais sans déconner… C’est pas possible cette fille. No can do. No es posible. Er det ikke muligt*. Je ne comprends pas. I don’t understand. Etc.

"T'es une belle personne, t'es vraiment une belle personne Ludo". Marion Cotillard in Les petits mouchoirs. Never forget.
« T’es une belle personne, t’es vraiment une belle personne Ludo ». Marion Cotillard in Les petits mouchoirs. Never forget.

# 36 Frances Ha

La version longue, moins tête à claques mais également moins intrigante, d’un épisode de Girls.

# 35 Passion

J’ai lu des choses passionnantes sur ce film mais je crois sincèrement qu’elles ne relèvent que de l’auto-persuasion. Alors oui, évidemment ce dernier quart d’heure remet un peu les pendules à l’heure avec du vrai, du grand cinéma. Mais jusque là, pfiou… Pas compliqué : jusqu’à ce qu’il décide de reprendre un peu les choses en main et dévier du scenario originel, Passion suit à la trace le Crime d’amour d’Alain Corneau (dont il est le remake). Et c’est d’une fadeur assez décourageante. Brian, je t’aime d’amour, bon nombre de tes films figurent dans mon panthéon personnel mais il faut bien s’y résoudre : désormais tu bandes mou.

# 34 Les stagiaires

Je pensais aimer, j’aurais aimé aimer, d’autant que le film m’a été puissamment vendu à plusieurs reprises mais non. Je ne dis pas que je n’ai pas trouvé ça parfois mignon (notamment dans le rapport entretenu par 2 générations contraintes de se comprendre pour réussir). Je ne dis pas que je n’ai pas aimé les constantes références de Vince Vaughn à Flashdance. Je ne dis pas qu’Owen Wilson n’a pas des cheveux super soyeux. Je ne dis pas que je ne suis pas amoureux de Rose Byrne. Mais je ne n’ai pas ri ou même souri à une seule reprise (bon, si, ok, durant la scène de Will Ferrell évidemment) ce qui est quand même un petit peu problématique. Shawn Levy, réalisateur notamment des 2 fadasses volets de La nuit au musée, est décidément un cinéaste horriblement… fadasse. Pas étonnant finalement de le voir diriger ce long et parfois édifiant spot de pub pour Google.

Lol ?
Lol ?


# 33 La vie d’Adèle

Trop de morve (manifestement une tendance Actor’s Studio en 2013, cf The Immigrant), de bolognese, d’huîtres, de préjugés débiles sur l’art et son univers. Je m’attendais à un tremblement de terre, j’ai eu droit à un pétard mouillé. Après, évidemment, c’est bien fichu, je dis pas.

# 32 The Bling Ring

Jeune et joli. Et un peu nul aussi, malheureusement.

# 31 Gravity

Aurait effectivement pu être mémorable si Cuaron avait un peu moins le melon.

# 30 Le Temps de l’Aventure

Moui… mais non.

# 29 40 ans, mode d’emploi

Grosse, très grosse, énorme déception puisque je suis un incommensurable fan de Judd Apatow. 2 gros problèmes ici selon moi: les dialogues manquent terriblement de ce mordant auquel le maître nous avait habitué. Encéphalogramme plat. Et surtout, terrible problème de réalisme/vraisemblance, appelle ça comme tu veux. C’est pourtant l’un des points forts d’Apatow. Ici, on marche sur la tête : la famille est endettée mais vit dans une maison-château avec immense jardin et piscine (il est quand même question de la vendre, ouf…), se vautre dans les I-pads, I-phones et autres gadgets technologiques, roule dans un énorme 4×4, organise une fête d’anniversaire à 50 000$, se tape un weekend dans un resort hyper luxueux (et commande TOUT ce qu’il y a de disponible sur la carte en room service, véridique !). Ca peut paraitre superficiel de s’arrêter à ce type de détails mais ils sont ici trop nombreux pour qu’ils soient laissés de côté. Après, évidemment, de belles scènes, très étirées comme toujours chez Apatow, de beaux seconds rôles (les 2 pères) et une scène de comédie géniale (celle ou Melissa McCarthy pète les plombs) mais c’est trop peu.

Apatow, Paul Rudd, un t-shirt Ween :  c'était pourtant gagné d'avance
Judd Apatow, Paul Rudd, un t-shirt Ween : c’était pourtant gagné d’avance
*C’est pas possible.

Inside Llewyn Davis – critique

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Les frères Coen, du folk, des chats, un anti-héros qui n’a pas de chance et/ou fait les mauvais choix :  je ne pouvais qu’adorer et j’ai adoré.

C’est rigolo sinon : tout le monde a l’air de découvrir que les Coen sont encore capables de réaliser un grand film… Eh oh, réveillez-vous : ça fait bientôt 30 ans qu’ils ne savent faire que ça.

Gravity – critique

Pour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers. Le silence assourdissant autour d’eux leur indique qu’ils ont perdu tout contact avec la Terre – et la moindre chance d’être sauvés. Mais c’est peut-être en s’enfonçant plus loin encore dans l’immensité terrifiante de l’espace qu’ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre… (Allocine.fr)

Il y a 2 films dans Gravity : un space survival et un « voyage intérieur ».

Le premier est excellent. Pas non plus de quoi se taper le cul par terre mais c’est très bon. Les critiques ont raison d’évoquer des prouesses techniques et un rendu visuel, sensoriel, inédits ou presque : on n’a effectivement peut-être jamais vu ça. Une caméra légère et caressante (oui : en apesanteur) qui donne l’impression que le film a été réellement tourné dans l’espace puisqu’elle ne connait aucune entrave, aucune limite. A ce titre, la première moitié de Gravity est une franche réussite.

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D’autant qu’elle se double d’un pur film d’action extrêmement prenant : une grosse couille survient sans crier gare alors que les 2 héros, interprétés par Clooney et Bullock, effectuent une réparation à l’extérieur de leur navette, et ça craint du boudin. In space. Et l’espace, c’est beau, certes, mais c’est aussi extrêmement flippant. Ca, Cuaron l’a bien saisi et il le retranscrit à merveille. On peut simplement regretter qu’un film qui souhaite évoquer à la fois frontalement et métaphoriquement la peur du silence n’aille pas jusqu’au bout de sa démarche: trop de musique, encore trop hollywoodien tout ça alors que le silence total aurait été encore plus réaliste, immersif et flippant.

Mais en l’état, et malgré des dialogues assez médiocres, c’est très bien encore une fois.

Le problème c’est que Cuaron n’est pas homme à se contenter de réaliser un simple « film d’action », aussi virtuose soit-il. Non, lui ce qu’il veut c’est embrasser la condition humaine, le pourquoi de son existence, le ying, le yang, le cosmos, le miracle de la vie, le miracle de l’amour, les mystères de l’amour, l’amour du miracle, le miracle du mystère. Et c’est là que Gravity ne fonctionne pas. Car son « message », son ambition, se matérialisent à l’écran avec une lourdeur pachydermique (vous reprendrez bien un peu de cordons ombilicaux dans le cadre ?). Tu me diras qu’il va jusqu’au bout de sa démonstration m’enfin… C’est lourd putain… Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler.

Ca m’agace parce que ça ternit un film qui aurait effectivement pu faire date (le nouveau 2001 ? Non mais sérieusement, ils l’ont vu 2001 les gens qui disent ça ?). Sans compter que ça dénote un certain mépris pour un cinéma plus viscéral et prosaïque mais pas moins intéressant et ça ça m’énerve. Le mec a un gros melon, c’est patent. C’était déjà le cas dans Les Fils de l’homme son précédent film : mise en scène irréprochable, sous texte pataud (d’autant plus que le sous texte n’était pas vraiment « sous » puisque tout était bien surligné comme ici) aux prétentions bigger-than-ses-capacités-intellectuelles.

Un petit mot sur la 3D puisque c’était seulement la 2ème fois que je m’y confrontais : ça fait toujours mal au crâne et c’est toujours aussi inutile. Attention, un boulon qui vient vers toi ! La 1ère fois c’est rigolo, la 5ème c’est lourd. Même quand c’est un stylo et pas un boulon. En plus on perd les couleurs et y a toujours une espèce de sensation de flou assez frustrante. Voire agaçante.

Dommage donc même si je dirais que c’est à voir.

C’est la fin – This is the end – critique

Une fois n’est pas coutume je ne parlerai pas de 2 films que je n’ai pas aimés et pourtant vus ce weekend (Machete Kills et La vie d’Adèle), pour m’attarder sur celui qui m’a réellement enthousiasmé.

Bon allez, quelques mots puisque t’insistes: dans le 1er, Rodriguez s’est « vendu » en quelque sorte, gonflant artificiellement son budget et son intrigue mais retombant irrémédiablement à plat alors que le premier volet charmait parce qu’il collait justement avec candeur et sincérité à une esthétique série Z absolument réjouissante. Un film grindhouse, ça marche quand c’est un vrai film grindhouse : le gonfler aux hormones n’a pas de sens.
Et le 2ème, quoique « bon », m’a déçu car pour la 1ère fois, j’ai trouvé Kechiche caricatural, maîtrisant mal son sujet (les discussions sur et la description du monde de l’art: au secours) et surtout ne faisant reposer son film que sur des ressorts empathiques forcément subjectifs (pas que j’en ai rien à foutre d’Adèle au final mais pas loin…).

Allez, C’est la finThis is the end.

This-Is-The-EndInvités à une fête chez James Franco, Seth Rogen, Jonah Hill et leurs amis sont témoins de l’Apocalypse. (Allociné.fr)

Si tu me connais un peu et/ou si tu suis un peu Grande remise, tu sais que ce film là fait nécessairement partie de mes 2 films les plus attendus cette année (le second étant bien sûr Anchorman 2).

J’ai adoré et trouvé que c’était un film non seulement extrêmement drôle (c’est ce qu’on lui demande avant tout) mais également très intéressant d’un point de vue « théorique ».

Sa seule limite à mon avis: difficile d’en profiter pleinement si on n’est pas vraiment familier du travail des 6 principaux protagonistes. C’est pas du domaine de la private joke (même s’il y en a certainement énormément mais, par définition, impossible de les repérer) mais qui n’a pas vu Pineapple Express, Eastbound and Down, Votre majesté, Trop belle! etc etc (vais pas tous les citer) aura du mal, sinon à adhérer, en tout cas à profiter pleinement des nombreuses auto-références.

1ère bonne idée: laisser autant de place à Jay Baruchel (le petit maigrichon) et Craig Robinson (le gros black). Moins connus que leurs désormais illustres collègues de rigoulade, ils ne sont pas moins talentueux et ça fait très plaisir qu’il leur soit enfin octroyé des rôles aussi conséquents dans un film de ce type.

2ème bonne idée: c’est VRAIMENT l’Apocalypse. La fin du monde quoi. La toute première partie est absolument hilarante: c’est la mégateuf chez James Franco et tout le monde joue de son image avec un plaisir non dissimulé. Rhianna fait la gueule et fout une baffe à un Michael Cera le nez dans la poudreuse, Emma Watson et Craig Robinson traitent Jay Baruchel de hipster (« You do seem to hate a lot of things and the bottom of your pants are awfully tight »), James Franco s’enlise dans son amour pour l’art contemporain (et pour Seth Rogen…) etc. Tout ça est extrêmement drôle mais ça ne dure qu’un gros quart d’heure : Rogen et son compère d’écriture/réalisation Evan Goldberg sont trop malins pour ignorer qu’ils ne peuvent pas faire reposer leur film uniquement là-dessus. Donc, Apocalypse. Qui fournit dès lors des ressorts comiques extérieurs à l’auto-dérision et à l’auto-référence et devient source de tensions dramatiques, de rebondissements  intéressants. Ca crée un scénario, tout simplement.

Pour le reste: on peut souvent lire que le film est complaisant, prétentieux, qu’il se limite à un « délire de potes » auto-satisfaits et égocentriques (déjà l’emploi du mot « délire » est passible de poursuites graves sur Grande remise, il faut le savoir). C’est tout le contraire justement : comme indiqué un peu plus haut, 2 des 3 rôles principaux sont tenus par les moins connus de la bande. Suis peut-être un peu de parti pris mais je trouve que c’est généreux.
Ensuite, et surtout, parce que les acteurs, jouant donc leur propre rôle ou plutôt leur caricature, une vision distordue d’eux-mêmes (distordue par leur propre regard amusé sans doute, par celui que nous avons sur eux très certainement aussi), ne se contentent pas de jouer la carte de l’auto-dérision: à mi-parcours, lorsque la « situation » se révèle vraiment critique (c’est VRAIMENT l’Apocalypse je te dis), les vannes et dialogues se font de plus en plus trash et les masques tombent, révélant des types d’une lâcheté, d’une bassesse, d’une méchanceté, assez effrayantes. Le malaise n’est pas loin : il ne s’agit plus seulement de « jouer avec son image » comme on a coutume de dire, on frise carrément le masochisme. James Franco est l’artiste de la bande mais il est superficiel et surtout, totalement débile; Jonah Hill fait preuve d’une obséquiosité exacerbée plus que suspecte, Danny McBride est 1000 fois plus veule, vicieux et crade que son doppelganger Kenny Powers etc.

C’est la fin, c’est aussi la fin d’une époque probablement. La suite nous le dira. Mais il serait étonnant qu’après un tel acte à la fois célébratoire et, quasiment, suicidaire, la petite bande continue ensemble et dans ce même registre. Là encore, Rogen et Goldberg poussent le « film de potes » dans ses derniers retranchements, littéralement à son point de non-retour. Et ils le font, attention, signe fort, pour la première fois sans leur mentor Judd Apatow. C’est la fin (ou This is the end, qui sonne comme une réponse au This is 40 d’Apatow) a vraiment des allures de solde de tout compte et adopte la politique de la terre brûle: c’est l’Apocalypse dehors et dedans. Après ça, il va falloir reconstruire. D’ailleurs dans la toute première scène du film, Rogen se fait interpeler par un passant sur le mode « Hey Seth Rogen! Alors tu vas encore jouer le même rôle ou tu vas enfin devenir acteur? ». Difficile de faire plus explicite. Il serait en tout cas extrêmement étonnant que tout ce petit monde continue sur le même mode, comme si ce film n’avait pas existé.

C’est enfin, comme toujours dans la neo-comédie US, un film d’une extrême générosité, totalement dénué de cynisme: oui c’est très cruel, non le malaise n’est jamais très loin mais C’est la fin, quasiment un remake de Supergrave finalement, est avant tout une célébration de la camaraderie et de l’amitié. Et quand ils s’agit de célébrer, les mecs savent y faire. Donc: final en apothéose, super premier degré, super mignon.

Je suis sorti de là galvanisé, me remémorant les répliques et situations les plus drôles, avec aussitôt l’envie de les revoir; l’envie aussi d’être avec les gens que j’aime, de rire et d’être bon avec eux. La neo-comédie US a fait de la générosité une véritable profession de foi et This is the end, film-testament du genre peut-être, ne déroge pas à la règle.
Merci les gars, du fond du cœur et à très vite j’espère, où que ce soit.

Jeune et jolie – critique

J’ai complètement oublié de parler de ce film que j’ai pourtant vu il y a pas mal de temps. Mauvais signe en général mais là non: j’ai trouvé ça bien voire très bien. Sans comparaison en tout cas avec le précédent Ozon, Dans la maison, totalement foireux/é.

Jeune-et-jolie
Je vais pas faire le pitch, tout le monde sait de quoi ça parle. En revanche je vais spoiler.

Les critiques mentionnent peu le fait que ce qui relève de la prostitution à proprement parler s’achève relativement vite. Le vrai sujet du film, c’est la cellule familiale et ses dysfonctionnements (sujet ozonesque s’il en est). Ne pas croire les critiques offusquées/émoustillées donc: le film n’est pas du tout racoleur. Les scènes de passes sont filmées avec le plus d’objectivité possible, frontalement mais assez froidement (rencontre, transfert d’argent, « prestation », départ). On ne connaitra pas non plus les raisons du passage à l’acte d’Isabelle, l’héroïne et c’est tant mieux. D’ailleurs Ozon choisit d’en faire une gamine issue d’une famille aisée et mineure : ficelles de caractérisation un peu commodes sans doute, mais qui lui permettent d’éviter l’écueil de la chronique socio-judiciaire didactique et caricaturale, du film à thèse.

Tu me diras que c’est déjà pas mal. Mais là ou le film excelle vraiment c’est dans la peinture de la famille de l’héroïne et des rapports de ses différents membres. Jeune et jolie baigne dans une ambiance vaguement délétère de suspicion, d’espionnage domestique soft très bien rendue. Chacun aura droit à son moment de gêne et de turpitude profonde: la mère (excellente Géraldine Pailhas comme d’habitude, par ailleurs toujours plus ❤ ) qui entretient une aventure extra-conjugale avec un ami proche de la famille, et qui se fait gauler par sa fille; le beau-père (Frédéric Pierrot, bonne tête de bobo bonhomme) qui badine voire flirte naïvement avec Isabelle, et qui se fait gauler par sa femme; le petit frère qui observe sa grande soeur en train de se caresser, et qui se fait plus tard gauler à son tour par son beau-père en train de se masturber.

La subversion dont Ozon semble finalement dire qu’elle n’est jamais aussi bien et autant incarnée que par le simple fait d’être adolescent(e), surgit donc là où on l’attendait pas forcément, c’est évidemment une très bonne chose : le réalisateur a parfois fait n’importe quoi mais il n’est pas idiot. Idem pour le rapport à l’argent et cette scène à la fois étonnante et évidente au cours de  laquelle Isabelle insiste pour payer ses séances de psy avec l’argent de ses passes.

J’ignore si le film joue encore mais il est à voir même pour qui en a ras le bol d’Ozon (c’était mon cas avant la séance).

J’ai également vu Tip-Top de Serge Bozon mais je n’en parlerai pas car j’ai trouvé ça terriblement mauvais. Pas envie de perdre du temps à dire pourquoi mais en tout cas c’est une grosse déception, surtout après avoir lu le gros dossier que So Film lui a consacré le mois dernier.

Mes 3 prochaines séances sont des films que j’attends impatiemment depuis longtemps: Machete Kills, La vie d’Adèle et This is the end.

Bonne soirée les déglingos.

Ma vie avec Liberace – critique

Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. « Ma Vie avec Liberace » narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique. (Allocine.fr)

Le précédent Soderbergh m’avait laissé pas mal indifférent: ni foncièrement mauvais, ni réussi, un film moyen typique. Plutôt sympathique néanmoins.
Mais depuis le temps, on sait le gars capable du meilleur quand il veut bien se sortir les doigts (désolé mais j’adore cette expression et j’attendais avec impatience de pouvoir la placer.). C’est le cas pour Ma vie avec Liberace (Behind the candelabra en vo), récit des dernières années de la vie du pianiste camp et de son idylle avec le dénommé Scott.

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Très vite, on réalise que Soderbergh n’effectue que les bons choix : Liberace était absolument over the top (« excentrique », « folle », « kitsch » sont des adjectifs qu’une seule et unique image de lui suffit à rendre totalement caduques), sa demeure ressemblait à une miniature du plus over the top des casinos de Las Vegas, il aimait le sexe et les jeunes mecs. En un mot, tout pourrait justifier de multiples effets de manche, un traitement clinquant, tout semble crier La cage aux folles de toutes ses forces mais Soderbergh fait le choix de la sobriété.  La dope, le sexe, les liftings (incroyable Rob Lowe, dont le visage trop parfait est merveilleusement utilisé pour le transformer en total freak), il montre tout, absolument tout, mais sans jamais en rajouter. Pas la peine : le personnage, sa démesure, ses excès, suffisent à remplir l’écran, constituent des effets puissants à eux seuls.

Pas, ou très peu de musique non plus : on risquerait la surcharge là encore. En lieu et place du biopic flamboyant avec effets virevoltants, du biopic « vegasien » en somme auquel on serait en droit de s’attendre, la chronique tantôt drôle, tantôt cruelle, d’une histoire d’amour qui finit mal. Son film démarre avec la rencontre des 2 amants, s’achève avec leur rupture. Ligne droite. Pas de flashbacks explicatifs et signifiants (le seul flashback est une scène racontée en direct par Douglas à Damon, une illustration de ses propos donc).

Ne pas croire pour autant que s’il ne joue pas la carte de la surenchère, Soderbergh pêche du coup par jansénisme. Il garde simplement la bonne distance, au plus près de ce couple finalement très classique, privilégiant sur la forme les longues scènes de dialogues entre les 2 (souvent dans la chambre, au lit ou dans la jacuzzi).
Il ne se permet quelques « fantaisies » que lors de la dernière séquence, absolument sublime, lors de laquelle il lâche les chevaux côté émotion, chose rare chez lui. Sa puissance en est d’autant plus forte, c’est logique.

Tu as sans doute pu lire partout si tu t’intéresses au film que les 2 acteurs sont au top: c’est très vrai. Et là encore, tout se fait naturellement, de manière évidente: pas de performance ostentatoire, juste 2 mecs, Michael Douglas et Matt Damon, qui connaissent leur boulot et qui visiblement avaient à cœur de bien le faire à ce moment-là.

Très beau film donc.

Le dernier pub avant la fin du monde – critique

L’histoire débute le 22 juin 1990 dans la petite ville anglaise de Newton Haven : cinq adolescents au comble de l’âge ingrat fêtent la fin des cours en se lançant dans une tournée épique des pubs de la ville. Malgré leur enthousiasme, et avec l’absorption d’un nombre impressionnant de pintes de bière, ils ne parviennent pas à leur but, le dernier pub sur leur liste : The World’s End (La Fin du Monde). Une vingtaine d’années plus tard, nos cinq mousquetaires ont tous quitté leur ville natale et sont devenus des hommes avec femme, enfants et responsabilités, à l’alarmante exception de celui qui fut un temps leur meneur, Gary King, un quarantenaire tirant exagérément sur la corde de son adolescence attardée. L’incorrigible Gary, tristement conscient du décalage qui le sépare aujourd’hui de son meilleur ami d’antan Andy, souhaite coûte que coûte réitérer l’épreuve de leur marathon alcoolisé. Il convainc Andy, Steven, Oliver et Peter de se réunir un vendredi après-midi. Gary est comme un poisson dans l’eau. Le défi : une nuit, cinq potes, douze pubs, avec un minimum d’une pinte chacun par pub. À leur arrivée à Newton Haven, le club des cinq retrouve Sam, la soeur d’Oliver pour qui Gary et Steven en pincent toujours. Alors que la fine équipe tente, tant bien que mal, d’accorder le passé avec le présent, une série de retrouvailles avec de vieilles connaissances et des lieux familiers les font soudain prendre conscience que le véritable enjeu, c’est l’avenir, non seulement le leur, mais celui de l’humanité entière, et arriver à «La Fin du Monde» devient le dernier de leurs soucis… (Allocine.fr)

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Trop long ce pitch mais j’avais la flemme de le faire moi-même.

Je savais évidemment après avoir vu Spaced leur série, ainsi que Shaun of the Dead et Hot Fuzz leurs 2 premiers films, qu’on partageait la même (contre) culture et qu’on devait être de la même génération mais j’ai vérifié juste après la séance : Edgar Wright est né en 1974, Simon Pegg en 1970, Nick Frost en 1972.

Je suis né en 1973.

Alors forcément, la première partie du film… Comment dire? Me parle beaucoup. Loaded de Primal Scream, les Soupdragons, les Stone Roses, Suede, There’s no other way de Blur, The only one I know des Charlatans, Do You Remeber the First Time? de Pulp: comme Wright, Pegg et Frost, comme leurs 5 héros lorsque débute l’action, j’avais entre 17 et 20 ans lorsque ces chansons ont été créées. Les entendre enchaînées comme ça, dans ce qui démarre qui plus est comme une comédie sur la crise de la quarantaine, c’était à la fois troublant, réconfortant, émouvant et déprimant. Lorsqu’a retenti What you do to me de Teenage Fan Club, j’ai cru que j’allais pleurer.

Tout ça pour dire qu’il m’est très difficile d’être objectif tant la première partie déroule absolument tous les ingrédients susceptibles de susciter mon enthousiasme et emporter mon adhésion : je suis la cible parfaite des effets et affects avec laquelle elle joue.
Donc, ça marche: je trouve ça drôle, très drôle, nostalgique mais également très lucide. Avec entoile de fond l’Angleterre que le trio sait décidément très bien évoquer: grise, verte et pop, à la fois déprimante et excitante, telle qu’on la découvre lorsqu’on s’y rend la première fois à l’adolescence et telle qu’on la chérit depuis. Même mondialisée, uniformisée, « Starbucked » comme le disent très justement les héros, il subsiste toujours en elle quelque chose du Village Green des Kinks : là aussi, c’est très réconfortant (cette dernière chanson était d’ailleurs utilisée dans Hot Fuzz, dans le versant « chronique d’une bourgade paisible de l’Angleterre éternelle » du film).

J’ai l’impression d’avoir un peu plombé l’ambiance: c’est surtout très drôle évidemment.

Bon, le film est lancé, comme les 5 les gars toujours en course pour le « Golden Mile », leur Grand Chelem des 12 pubs de Newton Haven (« golden mile » a été traduit par « barathon », c’est bien vu je trouve… D’ailleurs tous les sous-titres étaient vraiment bons): ils enchaînent les pubs et les pintes, partagent pour les uns leurs frustrations, leur agacement et leur rancœur, pour l’autre (Gary King aka Simon Pegg) son enthousiasme aveugle et sa nostalgie maladive.

Arrive donc la scène pivot du film (la rencontre avec l’ado dans les toilettes du pub) qui marque également sa limite selon moi.
Jusque là, une comédie sur la crise de la quarantaine donc. Après cette scène, une pochade de geek. Plaisante certes, toujours drôle, mais plus émouvante du tout. Wright échoue à mélanger les 2 genres (comédie générationnelle mélancolique et SF potache), contrairement au très sous-estimé Voisins du 3ème type par exemple.
Peut-être parce que Wright est anglais, donc européen et que subsiste toujours en lui un fond d’ironie, un second degré qui l’empêchent de laisser libre cours à des sentiments un peu couillons mais nobles, des sentiments qui ne font pas peur à ses alter-ego américains. C’est dommage. D’ailleurs, Paul, film mettant en scène Pegg et Frost également, réussissait lui aussi ce mélange des genres, parvenait à émouvoir sincèrement derrière les blagues de geek: comme par hasard, le film était réalisé par un américain (Greg Mottola).

Ce qui explique selon moi, qu’il foire par exemple complètement la scène de « retrouvailles » entre Gary et Andy (celle où Gary tombe enfin le masque) et qu’il se mélange également un peu les pinceaux dans la scène de résolution (dans le sous-sol du pub). Alors que les vannes de cette même scène fonctionnent parfaitement: ce sont vraiment des paroles de mecs bourrés, c’est très drôle et très réaliste. Mais le versant « sérieux » de la scène est vraiment maladroit: on sent bien que les mecs n’arrivent pas à s’en dépatouiller, qu’ils se sentent un peu cons et désemparés, qu’ils ne savent pas comment justifier la valeur de l’espèce humaine, puisque c’est ce dont il s’agit. Ils essaient mais ils n’y parviennent pas. Limite embarrassant… Ils sont sauvés par un jem’enfoutisme des plus sympathiques mais c’est dommage.

Idem pour la toute fin: un gag génial (le Cornetto) mais le reste est traité par dessus la jambe. Qu’est devenu Gary au bout du compte? Que fait-il exactement avec cette « escouade »? C’est quoi cet accoutrement de chasseur de primes? On n’en saura rien… Autant dire que LA question posée par le film (comment rester fidèle à ses jeunes années sans pour autant vivre dans le passé? comment vieillir tout en restant cool tout en n’etant pas pathétique? comment grandir?) restera sans réponse. Et ça m’emmerde parce que c’est LA question de ma génération, celle que les comédies américaines traitent de si belle et de si juste manière depuis une dizaine d’années.

Au bout du compte, le Dernier pub avant la fin du monde me fait donc le même effet que les autres films du trio Wright/Pegg/Frost, alors qu’il avait tout pour devenir leur premier film « adulte »: trop geek (même pour moi…), trop mal foutu mais foncièrement agréable et réjouissant, drôle et porté par un enthousiasme communicatif. Vraiment dommage que tout ne soit pas au niveau de son premier tiers mais j’ai envie de n’en garder que le positif: en l’état, c’est déjà très bien.

Michael Kohlaas – critique

Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l’injustice d’un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit. (Allocine.fr)

Alors déjà c’est « Michel » Kohlaas, pas « Mickael » ni « Mike ». Parce que l’action se déroule sur la terre de France. D’une. Et de deux, don’t fuck with Michael’s horses. L’injustice s’exerce en effet d’abord contre 2 chevaux laissés en gage au dit seigneur, puis envers sa propre femme.

Marrant comme avec un tel pitch, on pourrait tout aussi bien se retrouver devant une horreur absolue. Là tout de suite, je pense par exemple aux horreurs costumées réalisées par Ridley Scott et je me sens pas très bien.
Michael Kohlaas emprunte un chemin exactement inverse. J’ai bien quelques réserves mais c’est globalement assez sublime.

Des Pallières, dont c’est le premier film que je voyais, choisit l’épure et surtout l’ellipse pour mener son récit: beaucoup de scènes sont coupées avant leur terme supposé, beaucoup de faits sont laissés dans l’ombre, ou plutôt à l’interprétation du spectateur. En lieu et place, la puissance d’évocation des paysages et des hommes qui s’y inscrivent. D’un surtout, Mads Mikkelsen, superbe. Genre de Viggo Mortensen pour films d’auteurs, il bouffe l’écran à chacune de ses apparitions. Et il apparait beaucoup.

La gamine est bluffante également
La gamine est bluffante également

En fait je crois que j’aurais aimé que le film soit encore plus animal et existentiel. Qu’il y ait encore moins de dialogues et de psychologie. Même si, à ma grande surprise, la longue scène de joute verbale confrontant Kohlaas et le personnage de pasteur interprété par Denis Lavant, fonctionne remarquablement bien.
En revanche, toutes les scènes réunissant Michael et sa femme m’ont paru totalement factices, maladroitement lyriques, hors de propos. On comprend bien qu’elles servent à expliquer ce qui va suivre mais elles me semblent en contradiction totale avec la sècheresse de l’ensemble du film.

Détail sans importance au bout du compte: Michael Kohlaas est une œuvre forte qui laisse une empreinte durable notamment en raison de sa conclusion en crescendo, genre d’opera austère et protestant (l’action se déroule en terre réformée). Bel acteur, belle histoire (qui m’a également un peu rappelé Josey Wales, hors la loi), belle mise en scène: beau film.

Elysium – critique

En 2150, la terre est devenue un immense bidonville à ciel ouvert (parce que multiplication des conflits armés, pollution, surpopulation, films de Leos Carax). Les nantis se sont exilés sur un genre de station orbitale, Elysium: tout y est propre, vert, cossu, WASP. Évidemment, les terriens (dans leur très grande majorité: pas vraiment WASP) n’ont qu’un seul et même rêve/objectif: pouvoir rejoindre un jour Elysium et y construire une vie meilleure. C’est le cas notamment de l’un deux, dont j’ai oublié le prénom, mais qui est évidemment interprété par Matt Damon.

A gauche, la fusion du Che et de Patrick Hernandez (sa canne est hors-champ)
A gauche, la fusion du Che et de Patrick Hernandez (sa canne est hors-champ)

Voilà pour le pitch: classique, efficace, sans chichis. Ce type de SF « sociale » dont Paul Verhoeven ou John Carpenter se sont faits de brillants représentants à quelques reprises, je marche toujours. J’aime ces univers faussement irréels : description d’un futur absolument cauchemardesque et inimaginable dont on se rend très vite compte qu’il est déjà une réalité à bien des niveaux et pour bien des personnes. Je résume donc à nouveau: la Terre = le Mexique ou n’importe quel pays du Tiers-Monde / Elysium = les Etats-Unis ou n’importe quel pays prospère et protectionniste.

District 9, le premier film de Neil Blomkamp fonctionnait déjà selon le même principe et fonctionnait d’ailleurs très bien : il déroulait un propos politique certes un peu superficiel et manichéen mais dans le bon sens du terme, dans le genre indispensable piqûre de rappel, illustration de réalités édifiantes.

Elysium suit le même chemin: les Terriens sont de vrais crève-la-dalle se débattant au jour le jour pour survivre tant bien que mal, les « élyséens » sont de vrais nantis bien têtes à claques comme il faut. Et le réalisateur a bien évidemment choisi son camp.
Je citais Paul Verhoeven et John Carpenter plus haut et c’est sans doute faire beaucoup trop d’honneur à Neil Blomkamp mais il tente très clairement de marcher dans leurs pas : la subversion, la violence un peu kitsch du premier, l’approche politique un peu manichéenne et désuète du second. Sans compter la tournure un peu New-York 1997 que prend l’intrigue à la fin de son premier quart (difficile d’en dire plus sans spoiler).

Le problème c’est que bien évidemment, Blomkamp n’est ni Verhoeven, ni Carpenter, loin s’en faut. Il n’a ni le sens de la provocation dérangeante du premier, ni le sens visuel du second. Son film manque donc singulièrement… de cinéma. Le manichéisme presque bienvenu que j’évoquais plus haut montre vite ses limites et si le côté vraiment bourrin des scènes d’actions et des saillies de violence gore amuse/réjouit une fois sur 2, il lasse également et logiquement une fois sur 2, d’autant que la lisibilité n’est pas toujours au rendez-vous.

Le final est une caricature de final de blockbuster genre t’es-bien-gentil-avec-ton-film-de-gaucho-mais-faut-finir-maintenant-et-si-possible-de-manière-à-ce-qu’on-te-laisse-faire-un-autre-film-après-celui-là-si-je-me-fais-bien-comprendre.

Mais j’ai bien aimé quand même. Un côté film de geek à 300 millions de dollars que je trouve toujours assez jubilatoire et sympathique (un peu comme Pacific Rim en somme). Malgré les nombreux défauts et les concessions de la dernière partie, j’en garde donc un sentiment positif.

Imogène – Girl Most Likely – critique

Déjouant toutes les attentes placées en elle, la géniale Kristen Wiig revient donc après le carton critique et public du non moins génial Mes meilleures amies avec ce petit film simple, modeste et un peu anecdotique. Un genre de comédie indé (sans le côté caricatural), bien loin des grosses productions à la tête desquelles beaucoup la voyaient déjà: elle a refusé Mes meilleures amies 2, j’espère qu’elle tiendra bon.

On pourrait même paresseusement et grossièrement dire qu’Imogène est un genre de remake de Mes Meilleures amies: une trentenaire à qui tout semblait réussir se voit contrainte de retourner vivre chez sa mère, soit selon les standards US, de toucher le fond, avant bien évidemment de se reconstruire et d’enfin trouver une forme d’accomplissement et d’épanouissement personnel.

Le ton est encore plus mélancolique, la galerie de personnages moins typée tout en étant sans doute plus grossière, les gags moins marqués (et moins nombreux): les différences abondent, pas forcément à l’avantage d’Imogène. Je passe évidemment pas mal de détails qui ont leur importance mais dans le fond, oui, il s’agit peu ou prou du même film. Avec les mêmes effets: c’est drôle, c’est tendre, c’est sans doute prévisible, certes mais comme je dis toujours, « sans surprise » signifie également « sans mauvaise surprise ». C’est le prototype du joli film: ça pourrait être péjoratif mais ici je suis sincère. Et puis Kristen, évidemment ❤

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C’est curieux: j’ai passé un moment très agréable et je pense qu’il s’agit foncièrement d’un bon film mais je n’ai vraiment pas grand chose à en dire. Et je n’aime pas vraiment le peu que j’en dis en plus… Mais c’est vachement bien hein! S’il passe encore dans un ciné près de chez toi, va le voir, ça te remontera le moral (je sais que t’es un peu down en cette période de rentrée. T’as pensé à faire une cure de magnésium?)

C’est souvent le cas: je suis plus prolixe pour parler des choses que je n’ai pas aimées. Surtout les films, c’est moins le cas pour les disques.  Peut-être parce que j’ai moins d' »outils » de lecture cinématographiques (encore que), ou plus certainement parce que le cinéma m’intéresse moins qu’il y a quelques années. Peut-être aussi parce que j’ai toujours pensé qu’il était aussi important de bien savoir ce qui nous déplaît que ce qui nous attire, de se construire contre et pas seulement pour.
Peut-être surtout parce que c’est plus drôle et que Grande remise c’est le blog qui aime l’humour et la rigolade.