La Séance Parfaite

Je vais beaucoup moins au cinéma depuis un peu plus d’un an. Or c’est un cercle vertueux : plus on voit de films, plus on a envie (besoin même) d’en voir. Ma motivation s’est donc étiolée et je passe sans doute à côté de belles œuvres. C’est comme ça. Il m’arrive pourtant encore de sortir très enthousiaste d’une salle de ciné après avoir vécu ce que j’appelle une Séance Parfaite.

Des exemples en vrac et au débotté : Starship Troopers, Machete, X-Men Origins. J’ai bien sûr préféré beaucoup, beaucoup d’autres films à ces trois-là mais ils ne rentraient pas forcément dans la catégorie que j’essaie de définir aujourd’hui. Mulholland Drive, The Royal Tenembaums, Parle avec elle, Steak : de grands moments, bien sûr, mais avant tout des grands films, voire des chefs d’œuvre.

La Séance Parfaite, c’est pas forcément un bon film (un bon film objectif s’entend). Faut que ça soit un peu déviant  quelque part (Starship Troopers), ou un peu sale (Machete) voire un peu honteux (X-Men Origins). Attention, ça peut pas être un nanard pur non plus car le plaisir coupable ne peut pas avoir le dessus : la Séance Parfaite est affaire d’équilibre avant tout. Un film d’action en revanche, ça oui : polar, SF, western, on s’en fout mais faut que ça s’excite un minimum. Du coup, ça passe tout seul : ça peut durer 3h40, tu vois pas le temps filer. D’ailleurs tu regardes pas une seule fois ta montre. En revanche tu souris. Beaucoup. Connement. Tu souris quasiment tout du long. Pas parce que c’est drôle non : parce que t’es bien. D’ailleurs c’est le premier truc que tu te dis quand le film s’’achève : « putain c’était bien…». Avec des points de suspension, un peu vague… Parce que t’es encore un peu dedans : c’était pas un chef d’œuvre, ça n’a pas changé ta vie, juste, pendant 2h, t’étais complètement dedans ; t’étais bien.

C’est ce que j’ai vécu durant ma séance de Skyfall : « le meilleur Bond », « enfin un vrai film, un vrai réalisateur pour la saga ». M’en fous. Je suis pas particulièrement fan de Bond. Encore moins de Sam Mendes. J’aime bien Daniel Craig en revanche et j’avais bien aimé Casino Royale mais j’avais trouvé Quantum of Solace aussi imbitable que son titre donc bon… Là je le sentais bien quand même. Et j’avais raison de bien le sentir parce que tout s’est parfaitement enchaîné : super scène d’action à Istanbul en ouverture ; puis le gros de l’intrigue qui se déroule dans la grisaille londonienne: glamour Vieille Europe, chic pluvieux et surrané, parfait ; comme les costards : ceux de Craig bien sûr mais aussi ceux de Ralph Fiennes dans un style plus cosy (il porte le veston à merveille); le méchant complètement baisé interprété par une guest qui cabotine juste ce qu’il faut ; le propos gentiment réac, « les héros sont fatigués mais attention faut pas se débarrasser des anciens comme ça »… Sourire tout du long. GROS sourire (bouche ouverte quoi) lors de la scène attendue mais super jouissive de l’apparition de l’Aston Martin. Et puis la cerise sur le gâteau, via la révélation for fans only à l’amorce de la dernière séquence : James est écossais. Ce qui me vaudra un plan sur le plus bel endroit de la Terre qu’il m’ait été donné de voir jusqu’ici, la vallée de Glencoe.

Les pauses pipi de James sont plus belles que les tiennes.
Les pauses pipi de James sont plus belles que les tiennes.

Je m’arrête là : Skyfall, un assez bon film, le meilleur Bond peut-être, un peu longuet sans doute, un peu misogyne et un peu réac bien sûr mais surtout, surtout, une Séance Parfaite.

Cogan, Killing Them Softly – critique

Un escroc à la petite semaine flaire le coup parfait: dévaliser un tripot tenu par un mec (Ray Liotta) qui s’était braqué lui-même quelques années auparavant sans se faire gauler. Sauf que, hyper fier de son coup, il l’avait finalement fait savoir sous le coup de l’euphorie et d’un coup dans le nez… Donc si le même coup se reproduit, on pensera forcément que ça vient encore de lui et il paiera en lieu et place des coupables réels.

Ca démarre donc très bien, comme une bonne petite série B jouissive: l’ambiance crandingue/poisseuse, les personnages pathétiques, le pseudo coup parfait qui flaire la catastrophe à plein nez. En gros, l’intrigue marche dans les pas des frères Coen, avec un traitement plus formaliste encore et auteurisant.

Sauf qu’Andrew Dominik (qui avait déjà commis le lourdingue Assassinat de Jesse James, je l’ai su qu’après sinon je me serais davantage méfié) il vise pas la bonne petite série B jouissive. Non lui, son truc, c’est de réaliser un Grand Film. Un truc pour la postérité. Avec un propos derrière et tout. Alors il se sent obligé d’étirer ses scènes de manière signifiante, prenant le risque de flinguer une fois sur deux d’excellents dialogues, se croyant obligé surtout, de parasiter sa classique mais solide intrigue par des inserts de discours de politique intérieure américaine, censés éclairer ou illustrer cette chronique du banditisme ordinaire et minable. C’est très prétentieux et surtout, ça ne sert à rien… Complètement inutile.

Il a pris, le Brad...
Il a pris, le Brad…

Alors tout n’est pas mauvais, on passe même un assez bon moment selon notre seuil d’indulgence. Les dialogues, encore une fois, sont excellents. L’intrigue, bien carrée comme il faut, enchaînement de péripéties certes un peu prévisible mais efficace (comme je dit toujours, « sans suprise » signifie aussi « sans mauvaise surprise »). Les acteurs font leur numéro avec compétence (Ray Liotta, les 2 losers qui font le casse, Brad Pitt, toujours parfait dans les rôles de kéké) voire brio (James Gandolfini, génial, même s’il a il est vrai hérité des meilleures lignes). Les scènes de baston/meurtre, un peu racoleuses peut-être ont néanmoins le mérite de faire passer le message, graphiquement mais aussi via la bande-son (le bruit des coups!).

En revanche utiliser Heroin du Velvet pour illustrer une scène de shoot d’héroïne… Tu te demandes d’abord si c’est pas ironique, si y aurait pas un 2ème niveau de lecture mais non, malheureusement: il utilise bien, au premier degré, Heroin du Velvet pour illustrer une scène de shoot d’héroïne… Purée…
Et surtout, surtout, ces putains de discours de politique intérieure US bon sang! Alors qu’ils nous avaient foutu la paix pendant un moment, qu’on croyait en être débarrassé, il en remet une couche le Dominik, il trouve son idée vraiment géniale et il veut qu’on comprenne bien (qu’on comprenne quoi d’ailleurs? Qu’il est relou? Ca, c’est bon) donc il termine son film là-dessus. Dommage…

Holy Motors – critique

Ayé, on est en Décembre, les bilans de fin d’année commencent donc à émerger et côté cinéma, c’est comme prévu Holy Motors qui va faire l’unanimité.
Mon Dieu…
Ca me fournit en tout cas une occasion de revenir sur la grosse (mauvaise) blague de l’année.

Pourtant j’y croyais un peu parce qu’enfin, les critiques débordaient d’enthousiasme, pour ne pas dire plus. Ah on allait voir ce qu’on allait voir nom d’une pipe ! Le Cinéma mon vieux, LE CINEMA, rien de moins. Un nouveau Mulholland Drive, tcharrément mec.

Bon.

Au moment où le film démarre, stakes is high comme je dis quand je suis à L.A.

Eh bah putain…

OK, OK, j’avoue, j’y croyais certes mais j’avais des a priori: je suspectais la supercherie… Pourtant j’aurais adoré adorer hein, je demandais même que ça. Je voulais avoir tort tu vois (oui, je sais faire preuve d’humilité et reconnaître mes torts… J’y suis pour rien, je suis né comme ça !). Mais alors je ne m’attendais pas DU TOUT à ça. On pourrait presque dire que mes a priori en ont pris un sale coup…

Je ne sais pas ce que j’ai le plus détesté dans Holy Motors ; les points principaux, en vrac :

– prétention globale, érigée en étendard dans le prologue « Moi, Leos Carax, je SUIS le Cinéma ; JE suis le Cinéma ; Je suis LE Cinéma ; Je suis le CINEMA; JE SUIS LE CINEMA»
– incroyable superficialité du propos ; le segment M. Merde par exemple : une mannequin burqatisée ? vraiment ? c’est ça la super dénonce ? VRAIMENT ? Le grand patron buté sur la terrasse du Fouquet’s, sérieusement ? 5 ans après l’élection de Sarkozy, on en est encore là ? On peut lire un peu partout que Leos Carax est un cinéaste adolescent : cinéaste de la passion, de la déraison, du sentiment fugace et enivrant etc. Moi je veux bien mais ce qu’Holy Motors démontre surtout c’est que Carax a la vision (politique) du monde et de la société d’un adolescent. Et ça c’est carrément craignos.
– totale CREVARDISE de l’ensemble nom de Dieu mais c’est pas possible ça ! Déjà Les Amants du Pont-Neuf mais là ça explose tout : édifiante scène du motion capture, hallucinant entracte où je n’aurais pas été surpris de voir débouler Tryo, la Tordue ou les Têtes Raides, voire les punks à chiens squattant le bar en bas de chez moi.
– paresse totale en lieu et place de la prétendue invention formelle; faudra m’expliquer en quoi les citations de Tarantino ou Honoré (je prends ici et à dessein l’exemple d’un cinéaste que je conchie) sont assimilées à des « emprunts » voire à du « pompage éhonté » alors que lorsque Carax colle le masque des Yeux Sans Visage à Edith Scob on assiste à un « hommage bouleversant »… Tout ça est d’un tel conformisme…

J’ai un défaut : je suis perfectionniste. J’ai donc pensé un instant : « non mais en fait, t’as rien compris au film, t’es passé à côté, renseigne toi un peu mon grand, et tu SAURAS ». Atterré, au bout du compte, de lire autant de dithyrambes, chez de belles plumes et des gens respectables, brassant des idées et interprétations pas super super élevées hein, voire primaires (désolé, mon ego sortira encore intact de cet épisode : j’avais bien tout compris, pas de problème).

Un film, enfin, que je qualifierai pour rester poli, de manifeste parfait pour le festival des arts de rue d’Aurillac. Une œuvre totale en tout cas, ça, y a pas tromperie sur la marchandise.

La tuerie

Je vais pas y aller par 4 chemins : à l’époque, A.S Dragon n’est pas seulement le meilleur groupe de rock français, il est avant tout le seul. De tous les temps. Ecoute le live Bertrand Burgalat meets A.S Dragon et essaie de me prouver le contraire : impossib.

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Chéri BB et ses petites frappes

Je n’ai vu le groupe qu’une fois sur scène, en tant que backing band de Michel Houellebecq : je me souviens autant de la transe hallucinée/ante d’un Michou transpirant dans sa parka que de ce groupe super précis, à la dégaine d’enfer, bastonnant ses instruments avec un détachement classieux et délivrant une espèce de heavy soul late sixties souple et puissante tout simplement sans précédent dans l’Hexagone. Le contraste entre les chansons pop de Burgalat ou les textes de Houellebecq et leur interprétation à la fois sensuelle et dangereuse par le groupe fonctionnait à merveille. Ca serait d’ailleurs une très bonne définition du rock (ou de la subversion, c’est pareil) selon moi: des chansons d’angelots interprétées par des mecs un peu chelou. Lorsque le groupe joue ses propres compositions, plus traditionnelles, moins inspirées il faut bien l’avouer, de manière là aussi plus traditionnelle et généralement plus rentre-dedans, le résultat est nettement moins intéressant. Plus prévisible en tout cas.

Le groupe bénéficiait alors de l’apport de Peter Von Poehl à la guitare rythmique et de Fred Jimenez à la basse : le premier s’est lancé dans une honorable carrière solo, la second a revigoré (et pas qu’un peu !) la carrière ronronnante de Jean-Oui Murat. Il a également sorti un charmant album solo. Depuis leur départ en tout cas, c’est plus pareil.

J’ai eu beau chercher les infos, j’ignore exactement qui joue sur leur reprise d’ Easy Tiger de Depeche Mode mais j’aime à croire qu’il s’agit de cette mouture là, celle qui accompagnait Houellebecq sur scène et qui était présentée par Bertrand sur le live dont je parle plus haut :

Batterie : Hervé Bouétard
Basse : Fred Jimenez
Claviers : Mickael Garçon (et Bertrand bien sûr)
Guitares : Peter Von Poehl et Stéphane Salvi

Sauf que problème, j’entends qu’une guitare sur Easy TigerSalvi je pense…
Non mais c’est important, j’aimerais bien savoir moi ! Parce qu’Easy Tiger nom de Dieu… Ce morceau me rend dingue, littéralement : j’y reviens régulièrement depuis que je l’ai découvert il y a quelques années et quand j’y reviens, c’est pas pour rien : plusieurs écoutes par jour, pendant plusieurs jours. Je le connais par cœur évidemment : l’intro sépulcrale, l’arrivée cool et menaçante à la fois, en mode James Bond, de la basse sinueuse et dandy, puis avec la batterie aux breaks as if there was no tomorrow, la mise en place d’une rythmique DE DINGUE, répétitive et groovy; c’est elle qui donne vie à Easy Tiger, qui apporte sa véritable pulsation à un morceau à la base plutôt minimaliste, voire famélique ; suivent les inévitables chœurs éthérés et le petit clavier « spécial Bertrand ».

Tout ça c’est déjà super mais la grande affaire d’Easy Tiger c’est la guitare : monomaniaque, maniaque tout court, acérée, vicieuse, elle est la coupe au bol de Brian Jones, les costards cintrés des Small Faces, la morgue des Yardbirds, en un mot, la classe à l’état pur. C’est sans doute ma partie de guitare préférée… Sachant évidemment qu’en tant que fan de pop, les parties de guitare hein… Mais quand même, mais quand même… Ca fait en tout cas d’Easy Tiger mon number 1 du top des chansons qui me rendent dingue (si t’as un peu suivi, t’en connais 3 autres).

Portlandia

Portlandia est une série un peu à part. Parce qu’elle n’est pas un feuilleton, déjà; plutôt une succession de vignettes, avec quelques personnages récurrents, et une pseudo intrigue qui tient parfois vaguement lieu d’épine dorsale sur un épisode. Aucune continuité en revanche. Carrie Brownstein et Fred Armisen, créateurs et auteurs de la série, interprètent tous les différents personnages. Ils voient en Portland, comme beaucoup de leurs compatriotes, une ville ultra-cool, terre d’accueil de tous les marginaux et rebelles soft de la côte Ouest. Une ville où le bobo adepte de déplacements à vélo (en transports en commun, à la limite) et entremets quinoa-artichaut est roi. Accessoirement, la ville de Gus Van Sant, Elliott Smith, M. Ward: comme il est dit dans le prologue de la série, Portland est la ville dans laquelle le rêve des 90s, décennie de la génération X et du rock indé, peut encore s’épanouir. Au bout du compte, Brownstein et Armisen y voient le terrain idéal pour leurs sarcasmes et mises à l’index.

Portlandia-MEA
Ce qui sauve le show de l’aigreur et de la méchanceté gratuite, c’est que leurs auteurs sont eux-aussi (comme nous, et prend pas cet air offensé, tu sais très bien ce que veux dire) des bobos et des enfants de la contre-culture. Brownstein, dont soit dit en passant la bouche est assez « chelou » pour citer la poétesse Zao, (collagène ou pas? Après 16 épisodes, je me pose encore la question) est d’ailleurs guitariste pour Sleater-Kinney, girl group indé assez cool dans les 90s.
Ainsi, les patrons de librairie féministe post 68ards, le couple trentenaire hyper éco-responsable, le cycliste activiste au bouc over-sized, soit quelques-uns des personnages récurrents de la série sont davantage gentiment croqués que véritablement moqués au cours de mini-sketches absurdes, parfois franchement bizarroïdes, parfois complètement foireux aussi, limite arty mais heureusement souvent potache grâce à un certain esprit SNL de bon aloi (Armisen en est un pilier depuis plusieurs années). Les mecs de Pitchfork doivent sacrément cartonner leur slip devant ça, si ça peut t’aider à situer la chose.
Il faut avouer que c’est souvent très bien vu : un jour, les 2 héros sont plongés dans un pur cauchemar : tout le monde est DJ et mixe en soirée ; un autre, un client négligent a oublié de prendre un sac pour emballer ses courses et doit donc, penaud, demander une poche plastique à la caissière, outragée, de son épicerie bio. Une autre fois on se moque de la manie, qui confine à l’hystérie, des trente-/quarantenaires bien coolos dans leur tête de tout mettre en conserve. L’épisode final est centré autour d’un nouveau diner trendy qui servirait le meilleur brunch de Portland: toute la ville s’y rend, une file d’attente de plusieurs centaines de mètres se met donc en place, avec sa petite vie interne. Excellent épisode pour conclure la saison 2.

You can pickle that!
You can pickle that!

Malheureusement, tout n’est pas aussi réussi. La plupart du temps les sketches démarrent très bien mais rapidement s’étirent et sentent le manque d’inspiration. En gros, Portlandia possède absolument tout pour réussir (la branchitude, la coolitude, la bande-son, une belle photo etc) mais pêche un peu trop souvent sur l’essentiel: l’écriture.
On se concentre dès lors faut de mieux sur le défilé de guests sans faute de goût: Steve Buscemi, Kyle Mac Lachlan (excellent dans le rôle du maire) Joanna Newsom, Aimee Mann qui a pris un sacré coup de vieux (sa terracota ou je ne sais quoi: chelou), Selma Blair, les géniaux Andy Samberg et Jason Sudeikis dans un autre genre, jusqu’à… jusqu’à… jusqu’à…. Gus Van Sant bien sûr, citoyen illustre de Portland et guest prévisible, incontournable et attendue du show.

Conclusion : Portlandia essaie d’être cool en brossant le portrait des gens cool auquel elle s’adresse mais il faut se rendre à l’évidence en dépit de l’énorme potentiel d’identification qu’elle possède, elle ne réussit que partiellement sa mission.

Le chanteur décalé

Putain qu’est-ce que j’ai horreur de cet adjectif ! Dès qu’un film, un disque, un artiste sort un peu des rails, n’entre dans aucune catégorie aisément identifiable (et Dieu sait si en France, on aime mettre les gens dans des cases, avec des étiquettes. Mais où est la liberté de créer, de penser, d’entreprendre dans ce pays? Hein?) , on y a droit : « Ouais j’adore les films de Wes Anderson, son univers un peu décalé… Ouais c’est trop un guedin Katerine, j’adore ce genre de mecs un peu décalés ».
Tu noteras qu’une œuvre/un artiste « décalé » l’est nécessairement « un peu » : on sait tellement pas ce que ça signifie qu’on prend des pincettes, des fois qu’on dise une connerie… Ben oui, tu m’étonnes : « décalé » ça veut dire quoi exactement ? « Décalé » par rapport à quoi, à qui ? Ca me met hors de moi (I mean it). Le seul emploi acceptable du mot « décalé », le voici : « Ronaldo a superbement décalé Özil sur la droite ».

Ca m’énerve d’autant plus que la plupart du temps, l’adjectif est employé pour désigner quelque chose ou quelqu’un dont je ne pourrai précisément pas me sentir plus proche, quelque chose ou quelqu’un qui m’est on ne peut plus cher. Je n’aurais aucun problème à me sentir moi aussi « décalé » mais le mot, s’il est systématiquement employé pour désigner quelque chose qui échappe à son utilisateur, est également toujours paré d’une connotation un peu péjorative. Quelqu’un de « décalé » est quelqu’un d’un peu anormal, du moins en marge… Alors suis-je moi-même à ce point en marge par voie de conséquence ? Je n’en ai pourtant pas l’impression.

Si je parle de ça aujourd’hui c’est que cette semaine au boulot, une collègue a qualifié Sébastien Tellier de «chanteur décalé ». Elle l’a d’abord qualifié de « bizarre », un peu « taré » puis face à mon indignation et à ma révolte (j’ai mis ma non-participation au repas de Noël de la boîte dans la balance)  m’a supplié d’une petite voix de reconnaître « qu’il fait quand même un peu chanteur décalé quoi… ».

Non.

Mille fois non.*

Je me suis senti insulté car j’ai justement senti récemment, et plus que jamais, une grande fraternité d’esprit avec Séb.

J’avais déjà ressenti ça pour Katerine lorsqu’il avait été l’invité de la Méthode Cauet à la sortie de Robots après tout. Les autres invités pouffaient de rire à chacune de ses réponses (et dans la Méthode Cauet, les invités se nommaient souvent Clara Morgane, Philippe Lellouche, Mickael Vendetta et Cachou): il était la curiosité de l’assemblée, le freak, le benêt, l’idiot du village. Chacune de ses réponses aux questions de l’animateur-goret me paraissaient pourtant incroyablement spirituelles, justes, clairvoyantes. J’avais devant mes yeux un type dont je sentais qu’on partageait une même sensibilité, des mêmes références… Un type intrinsèquement, profondément normal, au sens « équilibré » et positif du terme. Ce moment m’avait rendu à la fois très heureux et très triste.

Un mec normal.
Un mec normal.

Concernant Sébastien Tellier, le moment a eu lieu durant son concert il y a quelques semaines. Un concert hallucinant de près de 2h30, durant lequel, il ne s’est pas contenté d’interpréter à la perfection les chansons de My God Is Blue et de Sexuality ( + La Ritournelle, évidemment, quel putain de beau clip nom de Dieu) : il a également livré un spectacle de stand up de haute-volée.
Entre chaque titre, parfois au milieu d’une chanson, il nous livrait ses réflexions, ses fulgurances, incroyablement drôles et pertinentes : Dany Boon, Lance Armstrong, la prononciation du mot « match » (que d’aucuns prononcent « mash »), les Juifs, le sexe, les toulousains, U2, les Roms (il était, de son propre aveu, très branché « ethnies » ce soir là), Michael Jackson, Lionel Jospin en 81, tout y est passé.

C’était merveilleux.

Bien sûr, je savais tout ça : je l’écoute, l’apprécie et l’admire depuis L’Incroyable Vérité, je l’avais déjà vu à 2 reprises sur scène, il fait partie de mes héros. Mais ce soir là, l’osmose était parfaite: j’avais envie de le prendre dans mes bras, de lui faire des bisous et de le remercier de me représenter aussi fidèlement, aussi brillamment surtout. Y avait absolument rien de « décalé » dans sa prestation, au contraire : tout me paraissait faire sens, tout ce qu’il disait me paraissait participer d’une logique imparable, d’autant plus évidente, qu’elle était la mienne.

Un autre mec normal.
Un autre mec normal.

Tu vois l’idée je pense et tu y réfléchiras désormais à 2 fois avant d’employer l’Adjectif Que l’On N’Utilise Pas.

Je reviens un peu sur le concert quand même : y avait trop de passages mémorables pour les relater ici, trop de punchlines et de fulgurances pour les reproduire ou même les retenir, malheureusement. Il y a notamment eu un moment de grâce sur Roche, qui pour moi résumait parfaitement sa prestation et que je tiens à raconter : Tellier s’assied derrière son piano électrique, le morceau démarre, sublime évidemment, c’est l’un de ses meilleurs ; on rêve tous de Biarritz en été, on est tous amoureuses de Sébastien. Et là bim, il stoppe le morceau en plein milieu pour se lancer dans un énième monologue drôlatique. Puis le reprend à l’endroit même où il s’était arrêté, comme si de rien n’était, aussi brutalement qu’il l’avait interrompu quelques minutes auparavant. Il crée un moment magique, prend le risque de le briser, mais en fait non car il est drôle et spirituel, et le recrée sans coup férir, nous y replonge le plus naturellement du monde. Génial, au sens propre du terme.

*(je rassure néanmoins les délégués syndicaux et autres membres de CE de mon lectorat: j’irai quand même au repas de Noël, je ne peux décemment pas les priver de ma présence)

Best Coast – The Only Place

Je n’ai pratiquement aucun souvenir du premier album de Best Coast : je me souviens vaguement d’un disque au son assez brut, voire bruitiste. Un truc encensé par Pitchfork donc forcément un peu suspect pour le vieux con en devenir qui sommeille en moi. Un truc qui m’avait vaguement gonflé, suffisamment en tout cas pour que je n’y revienne plus.

J’ai quand même décidé de jeter une oreille à leur deuxième, The Only Place, sur les bons conseils d’un web-bro (oui j’essaie de lancer de nouveaux termes) qui se reconnaîtra s’il a trouvé le chemin jusqu’ici .

Et j’en suis fort satisfait puisque le disque est bon: un rayon de soleil printanier au milieu de notre grisaille quotidienne. C’est que du bonheur!

Trêve de cynisme: The Only Place est un petit bonbon acidulé taillé pour les amoureux de pop californienne, à ranger pas loin des disques de Coconut Records, Jellyfish ou Linus of Hollywood (pour le fond).
Sur la forme, on penche davantage du côté de la guitar-pop 80s mais quoiqu’il en soit, rien de plus classique: guitare-basse-batterie, couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain. C’est sans surprise mais c’est frais. C’est naïf mais limpide. Ca fait beaucoup penser aux Bangles (et c’est évidemment un compliment). C’est le disque de jeunes hipsters un peu branleurs mais touchants, dont le seul mais immense privilège est de vivre en Californie. Car la best coast, c’est évidemment la west coast. Tout est résumé dans le chanson-titre, elle-même parfaitement illustrée dans un clip 100% teenage, 100% kawai: en Californie, on a la mer, la montagne, on est cool, on aime glander en regardant les oiseaux voler, une douce brise sur le visage, on s’éclate toute l’année, c’est the only place for me.

C’est pas le meilleur disque de l’année, c’est juste un petit plaisir coupable, un disque un peu anecdotique et vite classé sur une étagère mais qu’on sera toujours content de réécouter lorsqu’on tombera dessus, par hasard ou pas.

Damien – Flirt

C’est mon DDM (Disque Du Moment). Celui que j’écoute en boucle pendant 3 jours/une semaine/un mois, tout dépend du niveau d’addiction, et qui finit à un moment ou un autre par défiler dans ma tête en permanence. Il est sorti au printemps et je l’ai tout de suite aimé mais comme de trop nombreuses nouveautés ardemment attendues, compulsivement acquises et hâtivement écoutées, je l’ai classé illico dans les vachement-bien-ça-va-vraiment-falloir-que-je-le-réécoute-un-de-ces-4. Va pas falloir me pousser beaucoup pour que je reconnaisse que c’était mieux avant, quand j’achetais 3 cds par an, je te le dis moi…

Non je déconne, c’est trop cool d’avoir en permanence 8 giga de MP3 à découvrir.

Damien, c’est le Chanteur Français dans toute sa splendeur : fragile, ironique, lettré, bourgeois, touchant. Il sortait il y a 5 ans un premier album au titre impeccable (L’Art du Disque) et au single-manifeste qui aurait fait un magnifique représentant hexagonal pour le concours de l’Eurovision.

On l’a d’ailleurs très vite comparé à Sébastien Tellier, autant en raison d’une certaine parenté pileuse que par paresse : ils sont parisiens tous les 2 et se placent dans une filiation gainsbourgienne mais quel chanteur pop français ne le fait pas ? Ils ont certes été signés sur le même label, Record Makers, celui de Air mais leurs styles sont très différents, quoique complémentaires: Tellier est maximaliste, enregistre des chansons bigger than life, Damien volontiers minimaliste et davantage dans le détail.

Flirt, son 2ème  album, enfonce le clou d’une pop française… différente, un peu à côté de la plaque mais faussement naïve (t’as vu, j’ai pas dit « décalée ». Non mais oh, faut pas déconner quand même) : sous la fragilité, la légèreté et/ou l’émotion, ou plutôt dans le même temps, Damien s’épanouit dans une sorte de poésie un peu triviale, un peu tordue voire un peu malaisante parfois. Les 10 chansons de Flirt parlent de coup de foudre, de séduction, de vie de couple, de rupture. Elles sont drôles, justes, émouvantes.

Sur la forme Damien réinvestit le terrain d’une chanson française élégante et modeste, celui défriché avant lui par des Vassiliu ou Moustaki, puis plus tard Katerine (avant les acides), Mathieu Boogaerts ou même Julien Baer dans un registre nettement plus lisse (« lisse » sur la forme uniquement, et ça n’a rien de péjoratif). Le son est un peu crade, voire lo-fi mais super précis, infiniment détaillé : il faut probablement beaucoup travailler (et avoir beaucoup de talent, ça aide ça aussi quand même) pour que la négligence et le jem’enfoutisme apparents ne soit jamais surjoués. Ses mélodies sont à la fois accrocheuses et surprenantes, jolies et inconfortables.

Surtout, la grande affaire de Flirt, c’est l’utilisation de la pedal-steel, qui confère non seulement une tonalité countrysante mais qui vient surtout souligner les sentiments évoqués : la pedal-steel c’est THE instrument des vraies chansons d’amour véritables qui mentent pas et ça Damien l’a bien compris. Vraiment, la pièce maîtresse de l’album, n’est plus seulement drôle, juste, émouvante mais tout simplement bouleversante. Dans le top 5 des chansons de l’année, easy.

L’album s’achève sur une note douce-amère, infiniment mélancolique, de celles qui nous collent un léger sourire un peu triste, avec le très beau Sympathique : Flirt est beaucoup plus que ça.

Argo – critique

Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Mais au milieu du chaos, six Américains réussissent à s’échapper et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Sachant qu’ils seront inévitablement découverts et probablement tués, un spécialiste de « l’exfiltration » de la CIA du nom de Tony Mendez monte un plan risqué visant à les faire sortir du pays. Un plan si incroyable qu’il ne pourrait exister qu’au cinéma. (Allociné)

Le film démarre plutôt pas mal via une mise en contexte « storyboardée » pour nous rappeler les grandes lignes de la grande Histoire, celle qui servira de décor à la petite.

Quand cette dernière se met en place, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est quand même quelque chose la magie d’Hollywood : on t’explique dans ce fameux prologue que c’est en réalité à cause des Etats-Unis que l’Iran, au début des années 80, est devenu un beau bordel (je résume mais dans le fond, c’est ça) pourtant ils arrivent à susciter ton empathie. Mieux, le film choisit de nous faire prendre fait et cause pour une poignée de ressortissants américains ayant fui leur ambassade au moment ou cette dernière est attaquée par la population de Téhéran. Alors que les mecs, ayant trouvé refuge à l’ambassade du Canada, passent quelques semaines dans un environnement cosy, à boire du pinard au cours des inévitables soirées de l’ambassadeur, quand une cinquantaine de compatriotes resteront otages des iraniens pendant près de 2 ans…

Bon, tout ça pour dire que je suis sorti du film assez rapidement. Et qu’à partir de là, comme toujours en pareil cas, je n’en ai plus vu que les défauts.
Alors oui, l’histoire est relativement forte, digne d’intérêt en tout cas (exfiltrer des ressortissants US en les faisant passer pour des membres d’une production ciné totalement fictive) mais elle n’est jamais magnifiée, encore moins transcendée. Ben Affleck se contente d’aligner les poncifs et les scènes attendues, croyant sans doute pondre un de ces films politiques emblématiques des seventies : les coupes de douille et les fringues sont nickel, les mines sont graves et y a plein de scènes de bureaux avec des téléphones vintage qui sonnent dans tous les coins de la pièce, des employés qui s’affairent de partout et des gars en chemise-cravate-moustache qui courent d’un bout à l’autre avec un papier super important à la main que-s’y-j’arrive-pas-à-temps-c’est-le-sort-d’une-nation-qui-se-joue-putain-de-bordel-à-queue-mais-vous-allez-faire-votre-boulot-et-appeler-le-président-maintenant-oui-ou-merde ?

Argo, un film qui refuse le manichéisme: les barbus ne sont pas que du côté des méchants.

Le tournant du match (la longue séquence de l’aéroport) devient carrément gaguesque. Il leur arrive décidément tout à ses braves gens et ça se joue à un poil de cul un nombre incalculable de fois  : big up à la scène du chauffeur du mini-bus qui n’arrive pas à passer la première. Au moins on ne s’ennuie pas, j’ai bien rigolé.

Le dénouement en revanche est moins drôle puisqu’il ne nous prive pas d’un insupportable moment de camaraderie virile et pudiquement embuée, via la poignée de main entendue entre le sauveur et l’exfiltré d’abord dubitatif qui ne peut que s’incliner. Il aurait quand même pu se douter qu’avec une barbe aussi fournie et bien taillée, Ben Affleck était vraiment l’homme de la situation.

Durant le générique final, on découvre le vrai visage des protagonistes de l’histoire : les exfiltrés, le couple d’ambassadeurs canadzien, les vieux routiers d’Hollywood. Et Tony Mendez, l’agent de la CIA et protagoniste principal de l’aventure. A l’écran c’est donc Ben Affleck, tout en sobriété pileuse. Dans la vraie vie, un chicano avec une vraie tête à s’appeler Tony Mendez, et à tailler des haies dans les banlieues huppées de Los Angeles pour 3 dollars de l’heure.

La magie d’Hollywood.

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates – critique

Il y a quelques temps, faute de mieux et on va pas se mentir, autant par envie de lire un truc pas trop impliquant que par curiosité malsaine, j’ai attaqué ce pilier de la littérature contemporaine que constitue apparemment Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Un best-seller en tout cas.

J’aime bien de temps en temps me plonger dans un ouvrage dont je sais pertinemment que je vais le détester mais dans lequel je vais me vautrer avec une délectation un peu masochiste. C’est pareil pour la musique ou le cinéma bien sûr: s’écouter/se mater de temps à autres du Lady Gaga, un Besson, Justin Bieber, Radiohead ou un Carax, ça fait avancer, quelque part.
C’est ainsi que je me suis déjà fait, avec toujours un petit frisson d’interdit, un Marc Lévy, un Anna Gavalda, un Harlan Coben etc. Tu vois l’idée.

Là, ça s’annonçait quand même costaud. Le titre déjà. Et puis… Non, c’est tout.
En 4ème de couverture, Gavalda confesse avoir trouvé le livre « Absolument délicieux ! »: j’ai eu un renvoi acide à ce moment-là, suivi d’une déglutition pénible à cause du point d’exclamation. Autant dire que j’allais en chier, et sur 400 pages en plus.

Eh bien je n’ai pas été déçu. Dans le genre littérature britonne Laura-Ashley-pique-nique-charmant-et-un-peu-guindé-dans-le-Kent-mais-avec-toujours-cet-humour-british-tu-sais, ça se pose là. C’est pas compliqué : au bout de 3 lettres (c’est un roman épistolaire), j’avais l’impression de manger un scone.
Entendons-nous bien, et je souhaite un maximum de clarté là-dessus : j’adore les scones. C’est pas le problème. Un bon scone, y a rien de mieux: un scone bien beurré avec de la confiture de fraises ou d’oranges mmmmmh, c’est bon ça. Mais un scone c’est une pâtisserie, c’est pas de la littérature. Tu me suis ?

Si tu tombes sur ce livre dans une librairie, une bibliothèque ou chez des amis, fuis. Et change d’amis.

Et puis c’est agaçant parce que c’est le genre de bouquin dont on comprend illico qu’il va un jour ou l’autre être adapté au cinéma. Et on voit tout aussi rapidement trrrrrèèèèès bien ce que ça va donner.
Ferme les yeux : l’écrivain un peu effrontée, subtilement affranchie des codes sociaux de son époque (l’immédiat après 2ème Guerre Mondiale), oui, c’est Keira Knightley. En plus, le contexte fait de privations et rationnements drastiques lui fournira une super excuse pour perdre 27 kilos supplémentaires, elle va kiffer. L’éleveur de porcs bègue, si timide et si touchant, c’est Colin Firth, of course. Le fils à papa cultivé et sûr de lui qui courtise l’héroïne: Jonathan Rhys Meyers, you betcha. Et là, cette femme mûre, si digne malgré le poids des difficultés de la guerre, qui taille les rosiers dans son jardin, un chapeau de paille à large bord sur la tête… mais oui, c’est Judi Dench (ou Helen Mirren… ou Meryl Streep, une américaine, certes, mais elle peut tout jouer). Le gentil ivrogne du village, truculent et un cœur gros comme ça : un rôle pour Brendan Gleeson ça (ou Meryl Streep: elle peut tout jouer).

Je veux bien accorder une chose à ce livre : il nous plonge assez bien dans ce que furent les années de guerre en Grande-Bretagne, toutes ces années « Keep calm and carry on » qui nous fascinent toujours un peu nous continentaux. Mieux, il décrit avec parfois une certaine puissance d’évocation, ce que fut l’occupation de Guernesey et des îles anglo-normandes, seul territoire britannique occupé par les troupes du IIIème Reich.

Pour le reste, c’est un supplice : mièvrerie, apologie du bon sens terrien (ah ces braves paysans qui ont si bien saisi avec leurs moyens limités ce qu’est VRAIMENT la poésie de Wordsworth ou Shakespeare), émotion embuée mais retenue devant  la noblesse de cœur des petites gens… Hypocrisie des auteurs surtout : il s’agit d’un roman épistolaire donc, et choral mais ô miracle, tous les protagonistes, de l’ivrogne au dandy en passant par l’éleveur de porcs, la rebouteuse du village ou l’écrivain londonienne s’expriment dans le même langage châtié. Sérieusement?!?! Et puis cousu de fil blanc bien sûr : toi qui viens d’entamer le bouquin et qui te demande qui Juliet, la charmante écrivain si piquante et si spirituelle, va choisir entre l’esthète richissime, arrogant et condescendant et le modeste éleveur de porcs sensible, généreux et amateur de littérature de l’île de Guernesey, je vais te donner la réponse. Elle choisit de se faire démonter donner son cœur à l’éleveur de porcs, voilà ce qu’elle fait. Wow.

Voilà, je viens de te faire économiser de précieuses heures de lectures. De rien.