Wilfred – saison 3 – critique

J’ai regardé quelques sitcoms ces dernières semaines, je m’en vais te raconter tout ça plus ou moins succinctement (plutôt plus que moins).

Je démarre donc avec la saison 3 de la version US de Wilfred (le show est australien à la base)

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Le pitch, rapidos: « Les gens voient Wilfred comme un chien. Ryan voit Wilfred comme un homme déguisé en chien. Wilfred est l’alter-ego de Ryan. Il lui permet de sortir de sa coquille, lui qui est si peu sûr de lui et si introverti… » (Allocine.fr)

« Alter-ego », c’est vite dit… C’est évidemment LA question de la série: qui est vraiment Wilfred? Existe-t-il seulement? N’est-il qu’une projection mentale de Ryan (Elijah « Frodon » Wood)? Blablabli blablablu? Tu vois l’idée.

J’avais beaucoup aimé les 2 premières saisons. Dans Wilfred, on est clairement sur le terrain de la neo-comédie US, transgression et humour trash à tous les étages. C’est très drôle dans un registre de Didier à l’américaine, agrémenté de toilet humour: c’est vraiment pour moi. Le petit plus produit de la série c’est son étrangeté et son atmosphère angoissante savamment dosée: elle débute quand même par la tentative de suicide d’Elijah Wood (qui déploie par ailleurs dans chaque épisode une superbe garde-robe de hipster californien)… Ce chien aux réflexes de chien mais au comportement, à la parole et à l’aspect de slacker trententaire, en soi, ça peut déjà être assez inquiétant. Parallèlement à la question de la nature (ou de l’existence même) de Wilfred, la série aborde de manière certes superficielle mais assez fine les thèmes de la dépression, de l’instabilité mentale et psychologique voire de la folie.

Le problème, qui était déjà en germe au cours de la saison 2 et qui est exposé de manière tellement flagrante qu’elle en devient embarrassante dans cette saison 3, c’est que les auteurs ne savent manifestement pas où ils vont. La réponse à LA question du show, ils ne l’ont très probablement pas. Comment expliquer autrement ces tâtonnements, ces pistes ouvertes puis abandonnées aussitôt, ce cliffhanger artificiel qui donne l’impression que Ryan vient d’arriver sur l’île des naufragés de Lost? N’importe quoi…
On essaie alors de se raccrocher au côté potache de la série mais là aussi, c’est très décevant: ça tourne en rond, c’est prévisible, bon, quand est-ce que ça s’arrête, j’ai 5 autres séries sur le feu, plus celles en cours mais comment je vais faire nom de Dieu, COMMENT JE VAIS FAIRE???

La saison 4 sera la dernière et c’est une bonne nouvelle. Au vu de cette saison 3, on a néanmoins le droit de nourrir certaines inquiétudes quant à sa qualité.

Jeune et jolie – critique

J’ai complètement oublié de parler de ce film que j’ai pourtant vu il y a pas mal de temps. Mauvais signe en général mais là non: j’ai trouvé ça bien voire très bien. Sans comparaison en tout cas avec le précédent Ozon, Dans la maison, totalement foireux/é.

Jeune-et-jolie
Je vais pas faire le pitch, tout le monde sait de quoi ça parle. En revanche je vais spoiler.

Les critiques mentionnent peu le fait que ce qui relève de la prostitution à proprement parler s’achève relativement vite. Le vrai sujet du film, c’est la cellule familiale et ses dysfonctionnements (sujet ozonesque s’il en est). Ne pas croire les critiques offusquées/émoustillées donc: le film n’est pas du tout racoleur. Les scènes de passes sont filmées avec le plus d’objectivité possible, frontalement mais assez froidement (rencontre, transfert d’argent, « prestation », départ). On ne connaitra pas non plus les raisons du passage à l’acte d’Isabelle, l’héroïne et c’est tant mieux. D’ailleurs Ozon choisit d’en faire une gamine issue d’une famille aisée et mineure : ficelles de caractérisation un peu commodes sans doute, mais qui lui permettent d’éviter l’écueil de la chronique socio-judiciaire didactique et caricaturale, du film à thèse.

Tu me diras que c’est déjà pas mal. Mais là ou le film excelle vraiment c’est dans la peinture de la famille de l’héroïne et des rapports de ses différents membres. Jeune et jolie baigne dans une ambiance vaguement délétère de suspicion, d’espionnage domestique soft très bien rendue. Chacun aura droit à son moment de gêne et de turpitude profonde: la mère (excellente Géraldine Pailhas comme d’habitude, par ailleurs toujours plus ❤ ) qui entretient une aventure extra-conjugale avec un ami proche de la famille, et qui se fait gauler par sa fille; le beau-père (Frédéric Pierrot, bonne tête de bobo bonhomme) qui badine voire flirte naïvement avec Isabelle, et qui se fait gauler par sa femme; le petit frère qui observe sa grande soeur en train de se caresser, et qui se fait plus tard gauler à son tour par son beau-père en train de se masturber.

La subversion dont Ozon semble finalement dire qu’elle n’est jamais aussi bien et autant incarnée que par le simple fait d’être adolescent(e), surgit donc là où on l’attendait pas forcément, c’est évidemment une très bonne chose : le réalisateur a parfois fait n’importe quoi mais il n’est pas idiot. Idem pour le rapport à l’argent et cette scène à la fois étonnante et évidente au cours de  laquelle Isabelle insiste pour payer ses séances de psy avec l’argent de ses passes.

J’ignore si le film joue encore mais il est à voir même pour qui en a ras le bol d’Ozon (c’était mon cas avant la séance).

J’ai également vu Tip-Top de Serge Bozon mais je n’en parlerai pas car j’ai trouvé ça terriblement mauvais. Pas envie de perdre du temps à dire pourquoi mais en tout cas c’est une grosse déception, surtout après avoir lu le gros dossier que So Film lui a consacré le mois dernier.

Mes 3 prochaines séances sont des films que j’attends impatiemment depuis longtemps: Machete Kills, La vie d’Adèle et This is the end.

Bonne soirée les déglingos.

Les termes de recherche 2

Je ferai un point un de ces quatre sur les mots clés tapés dans Google qui font que certains d’entre vous ont atterri ici mais je me suis rendu compte que quelqu’un revenait souvent faire un tour après avoir tapé « fred testot mauvais acteur’.

J’adore !

Sinon, petit conseil à ma starlette : la boulette, c’est dans la chaussette et Grande remise, c’est dans les favoris. C’est quand même plus simple.

Breaking Bad – la fin

Je ne comptais rien écrire là-dessus tant les analyses et commentaires se multiplient un peu partout depuis lundi mais justement, certaines récurrences me poussent à réagir quand même brièvement.
Il va sans dire que ça spoile un peu.

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Si j’en crois quelques personnes donc (qui semblent finalement assez nombreuses), le series finale de Breaking Bad serait « un peu décevant ». Déficit de « surprises » ou même de « tension » qu’ils disent. Allons bon… ALLONS BON. Non mais sérieux… Ouate ze phoque?!

Évidemment, niveau « surprises », « tensions », « émotion », difficile de surpasser l’antépénultième épisode, Ozymandias le bien nommé, véritable chef d’œuvre télévisuel taillé pour la postérité (et la postérité en l’occurrence, elle se limite pas à 5 ou 10 ans; va falloir s’accrocher pour qu’un épisode de série se hisse à un tel niveau de perfection). Big balls on Vince Gilligan, tellement sûr de lui et de sa création, qu’il nous balance son climax absolu 2 épisodes avant la conclusion définitive. Chapeau mec.

Alors quoi, la véritable surprise, c’est qu’il n’y a pas de surprise? C’est plus subtil que ça évidemment.

Même si, oui, on pourrait dire que la surprise c’est qu’il n’y en a pas: l’épisode s’évertue à conclure toutes les storylines, ou à dire adieu à tous les personnages, d’une manière assez conventionnelle, propre à satisfaire les fans (Badger! Skinny Pete! Ah les cons, ça faisait plaisir de les revoir!).
Et alors? C’est aussi ça une série, aussi unique et singulière soit-elle : honorer un cahier des charges commun, ce qui souvent inclut céder à un certain sentimentalisme. Rien de plus touchant et noble lorsque c’est fait dignement et avec sincérité. On peut même se permettre un mignon petit suspense à 2 balles, lorsque la précision de la mise en scène fait qu’il fonctionne quand même pleinement (« Mmmm, je me demande vraiment si Walter va réussir à se saisir des clés de voiture qu’on lui as ôtées dis donc… »)

Mais une surprise il y en a une et de taille, même si le final de l’avant-dernier épisode nous y avait en fait préparé: le retour de Walter White. Définitif, sans ambigüité. Exit Heisenberg. Exit le crâne rasé et ce bouc pseudo-méphistophélique. Exit le pork pie hat, qu’il a d’ailleurs voulu revêtir de manière grotesque dans l’avant-dernier épisode. Felina (le titre de ce tout dernier épisode, anagramme de « finale ») nous ramène mais également semble nous révéler tellement il semblait loin, Walter White tel qu’on l’a aimé et tel qu’on a toujours espéré le revoir: génialement intelligent, fier mais terriblement humain et touchant. Ses adieux, à Skyler, à Flynn, à Holly, à Jesse, sont tous déchirants car il a enfin tombé le masque.

Dès lors, cette surprenante séquence de conclusion, à la fois un peu ironique et d’un total premier degré, qui nous dit que Breaking Bad finalement, c’était une histoire d’amour entre un homme et la création de sa vie. Comme toujours dans la série, elle est d’une imparable évidence, a posteriori: durant 5 saisons, Gilligan nous a constamment troué le cul avec des rebondissements qu’on aurait du voir venir tellement ils tombaient sous le sens (LA marque de fabrique de Breaking Bad sur le plan feuilletonesque), la conclusion ne pouvait pas déroger à la règle.

Alors voilà, Breaking Bad c’est l’histoire d’un prof de chimie un peu frustré qui découvre un jour qu’il a un cancer et qui pour subvenir aux besoins de sa petite famille après sa mort programmée, se met à fabriquer et dealer de la méthamphétamine. Et il y prend goût parce qu’il est doué. Il ADORE ça même. Il ne trouvera la paix que lorsqu’il l’assumera enfin.

Je ne parlerai même pas du fait d’utiliser une chanson d’un de mes groupes fétiches pour illustrer cette grande scène d’épiphanie et d’auto-réconciliation quasi mystique.
En tout cas c’est ça une grande série, et un grand final: plusieurs saisons de rebondissements, d’empathie patiemment cristallisée autour d’un ou plusieurs personnages qui semblent trouver leur justification dans quelques minutes parfaites, quelques instants de grâce.

Un dernier mot: souvent après les moments forts de la série (et il y en a eu! ooooooooooooooh ouiiiiiiiiiiiiiiiiiii), j’ai pensé à Vince Gilligan. Ce gentil geekounet toujours souriant, l’air vraiment abordable et sympathique. A-t-il parfois conscience de la valeur de ce qu’il a accompli? Arrive-t-il parfois à se poser et à se dire « ah ben ouais, là dis donc c’est pas mal, j’ai bien bossé »? Évidemment on est loin de se l’imaginer en Heisenberg des showrunners, melonneux et bourré d’orgueil. Mais quand même, il a le droit d’être un peu fier merde! J’espère qu’il l’est en tout cas parce ce qu’il a accompli est d’une intégrité, d’une intelligence, d’une humanité absolument incroyables.

Allez, c’est dur mais il va falloir tourner la page. Comme le dit le gros serveur hawaïen dans Sans Sarah, rien ne va, « It’s like the Sopranos: it’s over. Find another show. »

#15 David Bowie – Hunky Dory

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Là y a gros match avec Ziggy Stardust dont je me dis qu’il est quand même incroyablement puissant, efficace et attirant à chaque fois que je l’écoute. Mais Hunky Dory, c’est l’évidence même pour un fan de pop, folk-pop, appelle ça comme tu veux.

C’est aussi la période que je préfère de Bowie physiquement même si là aussi y a gros match avec sa période berlinoise. Mais c’est quand même là que je le préfère.

Le premier qui dit ou pense « beau, oui » recevra l’intégrale de Christophe Maé sous huitaine.

Et puis c’est l’album sur lequel j’ai l’impression qu’il se déguise le moins, qu’il est le plus fidèle à l’idée que je me fais de lui.
« A l »idée que je me fais de lui »: tout est là, évidemment. C’est tout son génie que d’arriver à me faire croire ça.

Ma vie avec Liberace – critique

Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. « Ma Vie avec Liberace » narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique. (Allocine.fr)

Le précédent Soderbergh m’avait laissé pas mal indifférent: ni foncièrement mauvais, ni réussi, un film moyen typique. Plutôt sympathique néanmoins.
Mais depuis le temps, on sait le gars capable du meilleur quand il veut bien se sortir les doigts (désolé mais j’adore cette expression et j’attendais avec impatience de pouvoir la placer.). C’est le cas pour Ma vie avec Liberace (Behind the candelabra en vo), récit des dernières années de la vie du pianiste camp et de son idylle avec le dénommé Scott.

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Très vite, on réalise que Soderbergh n’effectue que les bons choix : Liberace était absolument over the top (« excentrique », « folle », « kitsch » sont des adjectifs qu’une seule et unique image de lui suffit à rendre totalement caduques), sa demeure ressemblait à une miniature du plus over the top des casinos de Las Vegas, il aimait le sexe et les jeunes mecs. En un mot, tout pourrait justifier de multiples effets de manche, un traitement clinquant, tout semble crier La cage aux folles de toutes ses forces mais Soderbergh fait le choix de la sobriété.  La dope, le sexe, les liftings (incroyable Rob Lowe, dont le visage trop parfait est merveilleusement utilisé pour le transformer en total freak), il montre tout, absolument tout, mais sans jamais en rajouter. Pas la peine : le personnage, sa démesure, ses excès, suffisent à remplir l’écran, constituent des effets puissants à eux seuls.

Pas, ou très peu de musique non plus : on risquerait la surcharge là encore. En lieu et place du biopic flamboyant avec effets virevoltants, du biopic « vegasien » en somme auquel on serait en droit de s’attendre, la chronique tantôt drôle, tantôt cruelle, d’une histoire d’amour qui finit mal. Son film démarre avec la rencontre des 2 amants, s’achève avec leur rupture. Ligne droite. Pas de flashbacks explicatifs et signifiants (le seul flashback est une scène racontée en direct par Douglas à Damon, une illustration de ses propos donc).

Ne pas croire pour autant que s’il ne joue pas la carte de la surenchère, Soderbergh pêche du coup par jansénisme. Il garde simplement la bonne distance, au plus près de ce couple finalement très classique, privilégiant sur la forme les longues scènes de dialogues entre les 2 (souvent dans la chambre, au lit ou dans la jacuzzi).
Il ne se permet quelques « fantaisies » que lors de la dernière séquence, absolument sublime, lors de laquelle il lâche les chevaux côté émotion, chose rare chez lui. Sa puissance en est d’autant plus forte, c’est logique.

Tu as sans doute pu lire partout si tu t’intéresses au film que les 2 acteurs sont au top: c’est très vrai. Et là encore, tout se fait naturellement, de manière évidente: pas de performance ostentatoire, juste 2 mecs, Michael Douglas et Matt Damon, qui connaissent leur boulot et qui visiblement avaient à cœur de bien le faire à ce moment-là.

Très beau film donc.

Bill Callahan – Dream River – critique

Que dire, sincèrement?

Bill Callahan a depuis quelques années intégré la caste des auteurs-compositeurs qui évoluent dans une autre dimension et défient par conséquent le concept même de critique/chronique. Ses albums sont à la fois toujours les mêmes et apportent néanmoins toujours un ingrédient nouveau. On sait qu’on va les aimer, plus ou moins que le précédent, on s’en fout en fait, on n’en est plus là. A mesure que sa voix s’est faite plus grave et plus profonde, il est devenu un roc et fait désormais partie du paysage. Il est ailleurs je te dis. Comme peuvent l’être Leonard Cohen, Johnny Cash, Neil Young, Will Oldham ou Nick Cave.

bill callahan dream river
Ceci étant dit, Dream River me plaît a priori moins que ses disques précédents. « A priori » parce que ça peut changer: c’est un disque qu’on pourra toujours écouter dans 2, 5, 10, 15 ans, ça va, on est pas pressé.
Il me plaît moins parce que je le trouve une peu trop « joli », ou plutôt « joli » d’une manière qui ne me convainc pas totalement. Sais pas…

Je suis peut-être également influencé par cette interview que j’ai lue un peu avant ma première écoute: Callahan y raconte qu’il ne se considère plus vraiment comme un artiste à part entière depuis quelques années (au sens de quelqu’un qui ne vit que pour son art), qu’il a désormais envie de lâcher un peu prise, de vivre son métier un peu moins intensément. Pour mieux vivre à côté car il a réalisé qu’il ne voulait pas mourir seul (de fait, il va se marier l’an prochain avec la videaste Hanly Banks). J’ai trouvé ça à la fois terriblement touchant évidemment, surtout venant de sa part, mais aussi un peu triste pour son « art » justement.

Maintenant…

Maintenant, évidemment, on parle de Bill Callahan pas de ……………… (insère ici le nom d’un tâcheron surestimé), autrement dit d’un type un peu au dessus de la moyenne. Malgré mes quelques réserves, toutes relatives en plus, ça s’écoute assez bien quoi.

Et puis histoire de clarifier un peu plus choses si besoin était quant au statut du bonhomme, il y a Small Plane, qui se hisse illico dans le top 5 de ses chansons les plus bouleversantes. Il y raconte que la plénitude d’une relation est comparable à ce qui se passe dans le cockpit qu’un petit avion, où chacun peut à un moment ou un autre laisser les commandes à son partenaire en toute confiance.

Sometimes you sleep when I take us home
That’s when I know
We really have a home

MGMT – critique

La grosse affaire de la rentrée. Enfin, en ce qui me concerne, l’une des 2 grosses affaires de la rentrée avec le nouveau Bill Callahan. Pour schématiser, c’est, à un degré moindre, l’équivalent automnal du Daft Punk.

Eh bien je ne suis pas déçu. Et tu ne devrais pas l’être non plus. MGMT apporte tout ce qu’on attend désormais d’un album de MGMT, y compris, surtout même, ce à quoi on ne s’attendait pas (et qu’on va finir par attendre à chaque fois désormais. OK j’arrête).

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Ca démarre gentiment. Enfin, pour eux: les mecs déroulent sans forcer leur savoir-faire de maîtres de la pop psychédélique, dans la lignée de Congratulations. Pop song psyche-glam parfaite, Alien Days donne à entendre ce qu’on attend a priori désormais de la part de MGMT. Un morceau qui pourrait être programmatique, premier d’une série de pépites virutoses mais on constate très vite qu’il n’en est rien. Pas grave: rien que là dessus, on a la confirmation que les Flaming Lips ont décidément trouvé des mecs qui pourraient leur tenir tête, c’est super (j’utilise le conditionnel car entre 3 albums d’un côté et quasiment 30 ans d’existence de l’autre, faut encore garder son calme…).

Cerise sur le gâteau en ce qui me concerne, on retrouve toujours cette influence sunshine pop dans les mélodies et le traitement des voix (entre ici Curt Boettcher), j’adore. Mais cette impression de facilité surtout ! On sent qu’ils pourraient nous sortir le meilleur album psyché pop de l’année à chaque fois. Seulement, comme je le laisse entendre plus haut, ça ne les intéresse pas (Cool Song No. 2 et son tribalisme au sale teint nous le signale juste après Alien Days). Mais bon, ça reste « du MGMT » comme on a coutume de dire (rhaaaaaa Introspection :smileyquibavedeplaisir: ).

Arrive donc Your life is a lie au beau milieu de l’album. Une irrésistible fantaisie glam-carrolienne, le morceau le plus « bankable » de l’album sans doute et un titre qu’il faut prendre au pied de la lettre : ta vie est un mensonge, donc cet album est un mensonge aussi. Ce que tu as entendu jusqu’ici est peut-être très brillant mais ça n’est pas le véritable nouvel album de MGMT.

Celui-ci arrive juste après en fait, avec 5 derniers titres un peu fous, à la fois logiques dans la progression du groupe et totalement inattendus.

On ne savait pas trop comment prendre les déclarations préalables qui prétendaient le disque influencé par Aphex Twin. Eh bien il fallait les prendre au pied de la lettre: beats vicieux et vrillés, superpositions de textures malaisantes, c’est pas vraiment racoleur tout ça. Mais ça cherche, tout le temps, et ça trouve, souvent. « Je ne cherche pas, je trouve » disait Picasso: on n’en est peut-être pas encore là mais enfin… La production évoque un univers interne grouillant, proliférant et synthétique, inquiétant, toujours. Sur le sublime I love you too, death, on croirait entendre le croisement des Flamings Lips de Embryonic et The Terror. Le morceau enfle, et enfle encore, porté par une mélodie d’une grande mélancolie, c’est vraiment troublant. A ce moment de l’album, la fantaisie Plenty of Girls in the Sea quoique gentiment baisée elle aussi, apporte une bouffée d’air frais. On respire un peu, avant un final en grandes pompes mais d’une grande mélancolie lui aussi. On finit un peu épuisé il faut bien le dire, avec l’impression d’avoir accompli quelque voyage intérieur des plus périlleux.

Grand, très grand groupe, et si Daft Punk n’avait pas annihilé toute la concurrence depuis plusieurs mois, on avait là, de loin, le meilleur album de 2013 pour l’instant.

Arctic Monkeys – AM

Je vais parler d’une sortie récente pour une fois. Faudra que je reprenne mon top 100 ceci dit, j’ai lâché l’affaire, ça va pas du tout.

Bon Arctic Monkeys, AM donc. Ce disque, je l’ai immédiatement aimé. Puissant, fuselé, précis, tubesque : il cartonne. Après déjà de nombreuses écoutes, c’est pourtant l’album des Arctic Monkeys que j’aime le moins et il me rend un peu triste.

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L’album en lui-même n’est absolument pas en cause : il est excellent. Bonne chansons, bonnes paroles, (très) bonne production, il va probablement casser la baraque et ça sera amplement mérité.

Seulement, j’ai l’impression de dire adieu aux Arctic Monkeys tels qu’on les a connus et tels que je les ai aimés jusqu’ici : une bande de petits branleurs anglais typiques, plus malins, doués et lettrés que la moyenne certes mais foncièrement, une bande de petits branleurs anglais. Evidemment, ils sont aujourd’hui des rock stars (Alex Turner assume d’ailleurs très bien le rôle), je ne leur demande pas de toujours raconter ces histoires de plans cul ou dope foireux à base de personnages en survet-mocassins. Des histoires anglaises quoi. Ca j’en ai fait mon deuil. D’ailleurs mon album favori du groupe est sans doute le 3ème, Humbug, celui produit par Josh Homme. Mais justement, dans cet album très américain, on sent toute l’admiration, la fascination et l’émerveillement ressentis par 4 lad’s de Sheffield qui découvrent pour la première fois Los Angeles, le désert de Joshua Tree ou le stoner rock. C’est ce que j’aime sur cet album : le classique certes mais maladroit et touchant va-et-vient entre Vieux et Nouveau Monde/rock, cette sempiternelle histoire des petits britons qui débarquent chez les cousins américains.

Ici j’ai vraiment l’impression d’entendre un groupe 100% américain. Je viens d’ailleurs de lire que le groupe s’était installé à Los Angeles, ça ne me surprend pas le moins du monde. J’ai carrément parfois l’impression d’entendre les Black Keys… C’est très bien, pas de problème mais s’il y a bien un groupe que je n’aurais jamais rapproché d’eux, c’est Arctic Monkeys. Et pourtant, lorsque Turner se lance dans ses falsettos, quand la rythmique se fait funky-élastique (Fireside) j’ai vraiment l’impression d’entendre Auerbach and co. Je suis d’autant plus déçu que Suck it and see leur précédent album était lui très anglais : j’aurais bien entendu ses chansons sur un album de Morrissey par exemple. Morrissey avant qu’il ne s’installe à Los Angeles je veux dire. Lui aussi. Ah ça les anglais, une fois qu’ils découvrent qu’à certains endroits de la planète on peut voir le soleil pendant une journée entière…

Je réalise bien que tout ça n’est que subjectif. Encore une fois, le disque est bourré de très bons moments, certains titres m’euphorisent bien : la doublette d’ouverture, Arabella et son riff à la War Pigs de Black Sabbath, Why d’you only call me when you’re high ?. La paire de balades centrales est sublime et j’y retrouve cette anglicité à laquelle je suis attaché. AM sera peut-être même dans mon top 20 de fin d’année. Mais voilà, je l’écoute en y résistant, je n’arrive pas à me laisser totalement emporter car j’ai en permanence cette petite frustration… Il me manque l’odeur de graillon des fish & chips en somme. Et puis AM nous éloigne encore un peu plus d’un 2ème album des Last Shadow Puppets et ça ça m’emmerde vraiment…

Donc, je résume : super album, je te le conseille mon ami mais je suis déçu.