#12 Big Star – #1 Record/Radio City

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Alors je triche un peu là encore mais si je possède évidemment désormais la réédition de chaque album, ma découverte de Big Star s’est faite via l’édition regroupant les 2 disques sur le même CD (je préfère néanmoins #1 Record si jamais tu te posais la question).
Qu’est-ce qu’il me faisait envie ce disque ! Mais j’ai attendu plusieurs années avant de pouvoir jeter une oreille dessus. J’ai d’abord dû tomber sur le bon disquaire.

Bon, quoi d’autre ? Rien oeuf corse. Cette musique est l’évidence même. A chaque écoute (A CHAQUE ECOUTE) je suis toujours autant surpris/atterré/scandalisé/peiné (enchaînement dans cet ordre exact) que le groupe ait eu si peu de succès. Incroyab’. Ce son… L’impression d’être à bord d’un jet, ou d’un quelconque bolide élégant, puissant, fuselé, rapide, souple. Un moment de grâce sans cesse renouvelé.

J’ai versé une larme quand j’ai appris la mort d’Alex Chilton, c’est la première fois que ça m’arrivait pour un artiste. J’étais au bureau, j’ai évidemment rien dit. Petit flottement : un mec de 37 ans qui a les yeux humides, on a dû penser qu’il m’arrivait un truc super grave, que je venais d’apprendre la maladie ou la mort d’un proche. J’aurais dû dire que c’était exactement ce dont il s’agissait.

#11 Belle and Sebastian – If You’re Feeling Sinister

belle and sebastian-if you're feeling sinister

Je suis passé à côté de ce disque et de ce groupe pendant un moment. C’est con quand même vu ce qu’il représente pour moi aujourd’hui…

A l’époque de la sortie de cet album, je commençais à m’ « ouvrir » à d’autre univers musicaux (il était temps…). J’écoutais de plus en plus de folk et de country, de pop late 60’s, un peu de soul, un chouïa d’electro (pardon, pas de l’electro: du trip-hop.).
Ce que je lisais sur B&S ne m’attirait pas. Il ressortait des différents articles qui leur étaient consacrés l’image d’un groupe caricatural, de quasi-autistes un peu versés dans les bondieuseries, d’ayatollahs de l’indie-pop touche-pipi etc. Moi je commençais à être à fond dans Beck, Ween et Johnny Cash donc bon…
Un an plus tard peu ou prou j’ai même reçu The Boy with the Arab Strap qu’on m’avait demandé de chroniquer. Et puis finalement non, la chronique n’était apparemment plus d’actualité : je n’avais toujours pas écouté le disque, du coup je l’ai laissé dormir sur une étagère…
Mais c’est une chronique de cet album qui m’a convaincu : l’excellent Stéphane Deschamps des Inrocks y disait en substance qu’on parle toujours des disques qu’on emporterait sur une île déserte mais que les membres de B&S eux, n’en emporteraient aucun puisqu’ils la jouaient cette musique d’île déserte. Ca m’a plu, du coup j’ai écouté et là évidemment, c’est devenu illico un de mes groupes fétiches.

Rétrospectivement, on réalise à quel point cet album est… parfait. De la première à la dernière seconde, de A à Z, il semble pensé, conçu, écrit, interprété en sachant en permanence quel résultat obtenir et comment l’obtenir.
On constate également qu’il marque un tournant dans la carrière du groupe, la fin d’un époque (déjà, après seulement 2 albums.). Après ... Sinister, Stuart Murdoch lâche du lest, permet à ses acolytes d’écrire et/ou interpréter certains titres. Les albums du groupe se diversifient un peu, peu à peu, et ne sont plus exclusivement des ouvrages de folk-pop late 60’s (pour résumer).

Beaucoup regrettent ce qui est généralement et sans doute à raison considéré comme l’âge d’or du groupe mais pas moi.
J’aime la façon dont le groupe a évolué, en s’ouvrant de plus en plus vers l’extérieur (essentiellement la blue eyed soul), tout en restant fidèle à ses manies de vieux garçons/vieille fille.
Tous ses albums consécutifs contiennent au moins une ou deux compositions mémorables et estomaquantes. Sur The Boy with the Arab Strap, le titre éponyme bien sûr ou Seymour Stein, premier sublime enregistrement du guitariste Stevie Jackson auquel Jack Black a rendu un vibrant hommage. Sur Fold Your Hands…, The Model ou The Wrong Girl. Sur Dear Catastrophe Waitress, peut-être celui que je préfère avec …Sinister, I’m a Cuckoo, Wrapped Up in Books. Sur The Life Pursuit, Another Sunny Day, sur le dernier, I Didn’t See It Coming.  Bon, je pourrais en citer une bonne vingtaine.
Je dirai en guise de conclusion que Belle & Sebastian fait partie de ces rares groupes/artistes qui n’ont selon moi jamais publié une seule mauvaise chanson.

#10 Beck – Odelay

Beck - Odelay

A une époque, à la fois pas très lointaine et qui semble appartenir à un monde parallèle, Beck était « l’homme le plus fort du monde » comme l’avait titré Technikart (qu’à ce moment là je lisais aussi passionnément que So Foot ou Uncut aujourd’hui). Et je trouvais qu’ils avaient sacrément raison. Le mec était en train d’enchaîner, comme ça, peinard, Odelay, Mutations et Midnight Vultures en l’espace de 4 ans. Boum, boum et boum.

En ce qui me concerne c’est couasiment une révolution : lorsque sort Mellow Gold, je suis VRAIMENT un connard d’indie-popeux arrogant, méprisant et surtout, très logiquement, assez chiant. T’écoutes de l’indie-pop essentiellement britannique, tu rêves de grisaille mancunienne : t’es chiant, y a pas débat. L’éclectisme était beaucoup moins de mise il y a 20 ans… Le mec qui se justifie, tsé.
Bon, quoiqu’il en soit, là-dessus débarque un petit blondinet californien qui t’explique que le folk c’est super cool, que la country c’est hype et que tiens, tu peux même rajouter un peu de soul et de hip-hop par-dessus, tu vas voir comme c’est bon.
Et en effet, c’est bon. C’est même TRES bon. Je m’en rends pas compte tout de suite, note : j’achète Mellow Gold, j’aime bien mais ça me fait pas sauter au plafond non plus. Même Odelay, j’accroche pas tout de suite. J’attends d’ailleurs un peu avant de l’acheter, je suis méfiant tu vois.

Cet été là je pars bosser en Irlande et on y entend Devil’s Haircut un peu partout : c’est ma porte d’entrée pour un album absolument génial qui pour moi synthétise à merveille la décomplexion (la bonne), l’ironie (avec malgré tout la capacité d’émerveillement), le second degré qui en fait n’en est pas vraiment (je viendrai d’ailleurs à Ween grâce à Beck qui soit-dit en passant, peut leur dire merci), le post-modernisme quoi, caractéristiques de l’époque. J’irai même plus loin : tout ce que je viens de décrire, les 90’s, sont dans le clip de Where It’s At, un des clips les plus cools de tous les temps.

Et puis la joie. La Joie! « Beck » suivi d’un point d’exclamation, ce chien totalement fou qui saute gaiment un obstacle… Si t’as l’occasion de choper ce show dans son intégralité par exemple, ou un show de la tournée Odelay, tu comprendras.

Beck, à ce moment là, c’est l’Amérique éternelle, celle de Steinbeck, John Ford, Dylan, Gram Parsons ou Prince mais à notre époque. Vivant. The Golden Age putain…. Il est logiquement devenu un compagnon, un de mes artistes fétiches jusqu’à la première moitié des années 2000.

Et puis plus rien, ou presque. Ses disques sont toujours intéressants mais je les trouve trop calculés, trop froids. Quand il essaie de réamorcer la pompe Odelay (sur Guero ou The Information), ça sonne faux, ça manque de spontanéité, de joie. Quand il se fait plus grave, ça ne marche pas non plus, il n’atteint pas les accents douloureux de Sea Change ou la mélancolie pop de Mutations. Modern Guilt est un bon album, c’est certain, mais je le trouve mortifère, sur le fond et surtout, sur la forme, ce qui me gêne davantage.

Aujourd’hui Beck est devenu un peu chiant en somme, un peu triste. Il est scientologue, il a les cheveux longs et ressemble à un bobo californien. Il produit (plutôt bien d’ailleurs) et n’a plus l’air très intéressé par sa propre carrière; il a l’air un peu perdu mais ça c’est sans doute mon interprétation…
Quoiqu’il en soit je reviens toujours aussi naturellement à Odelay. Et à ses 3 successeurs donc, qui auraient pu figurer dans ce classement. Mais non.

#9 The Beatles – Abbey Road

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« And in the end, the love you take is equal to the love you make. »

Là on est plus dans seulement dans le top 100 mais dans le top 10 voire 5. « Le crwème de le crwème » comme disent les états-uniens.

Et mon éternelle gratitude à celui ou celle qui pourra m’expliquer ce qui se passe à partir de You never give me your money jusqu’à The End. Parce qu’après plus de 20 ans d’écoutes, j’ai toujours pas compris.

#8 The Beatles – Revolver

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Même en postant une entrée par jour, ce que je ne fais et ne ferai pas, j’en aurais pour plus de 3 mois avant d’arriver au numéro 100… Donc quand c’est superflu, j’en rajoute pas. Là c’est comme pour Rubber Soul ou Pet Sounds, c’est une évidence.

Non parce que je te vois venir : « ouais ça y est, il a lâché l’affaire, ça va finir par du simple postage de pochette cette histoire, de toutes façons j’y ai jamais cru, bla bla bla il nous a mentis bla bla bla il a pas les épaules bla bla bla si ça se trouve c’est même pas vrai qu’il a le 06 de Zooey Deschanel » etc etc j’en passe et des meilleures.

Mais tu verras mon pote. Oooooh oui, tu verras.

Juste, quand c’est superflu, j’en rajoute pas.

#7 The Beatles – Rubber Soul

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Il y a sur ce disque celle qui a été ma première chanson préférée des Beatles (Nowhere Man), celle qui l’est devenue par la suite (You Won’t See Me) et enfin celle qui l’est toujours à l’heure actuelle (In My Life).

« Quelle fut la cause, et quel l’effet ? La musique, ou le malheur ? Est-ce que je me suis mis à écouter de la musique parce que j’étais malheureux ? Ou étais-je malheureux parce que j’écoutais de la musique ? […] Les gens s’inquiètent de voir les gosses jouer avec des pistolets, les ados regarder des films violents ; on a peur qu’une espèce de culture du sang ne les domine. Personne ne s’inquiète  d’entendre les gosses écouter des milliers – vraiment des milliers – de chansons qui parlent de cœurs brisés, de trahison, de douleur, de malheur et de perte. Les gens les plus malheureux que je connaisse, sentimentalement, sont ceux qui aiment la pop music par-dessus tout ; je ne sais pas si la pop music est la cause de leur malheur, mais je sais qu’ils ont passé plus de temps à écouter des chansons tristes qu’à vivre une vie triste. A vous de conclure. » (Nick Hornby, Haute-Fidelité)

#6 Beachwood Sparks

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Eh oui, je passe à autre chose : 3 albums des Beatles (spoiler alert !), un seul des Beach Boys. Pourtant j’ai une nette préférence pour les seconds. Même si avec l’âge… Surtout en ce moment, j’ai un gros, gros retour de Beatles là… J’aurais pu y mettre les coffrets Good Vibrations, les Pet Sounds ou Smile sessions mais ce sont des coffrets…

En ce qui concerne Beachwood Sparks, j’ai tout dit ici.

#4 The Best of Badfinger

best of badfinger

Je ne suis pas snob. Du tout. Et encore moins collectionneur. Alors là mon vieux, si tu cherches un collectionneur puriste, t’es pas au bon endroit. Bien sûr, je connais No Dice, Straight Up, je les ai, mais le disque qui m’a fait découvrir et aimer Badfinger, c’est ce best of roboratif. Je le trouve parfait et pour moi, Badfinger, c’est ça. Donc oui, il y a un best of dans mon top.

Que dire d’autre ? Que Badfinger est le chaînon manquant entre les Beatles et Big Star. Que ce groupe humble et à l’histoire tragique me touche profondément. Et enfin que la pochette de Straight Up témoigne d’une audace capillaire difficilement envisageable de nos jours.

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#3 Alfie – Do You Imagine Things ?

alfie - do you imagine things?
Ah tu l’avais pas vu venir çui-là hein ? Moi non plus à vrai dire. C’est d’ailleurs le cas à chaque fois que je pense à mon top (eh oui, je fais partie de « ces gens » qui pensent régulièrement à leurs tops. Avec un s, absolument): je me dis que je ne peux décemment pas faire passer cet album devant un Tim Buckley,  un Van Morrison, un Robert Wyatt, que, si tu as suivi mon idée, tu ne trouveras donc pas dans ma sélection (Grande remise, le bon goût décomplexé). Et du coup je le réécoute. Et je suis scotché. 10 ans que ce disque me scotche à chaque fois que je le réécoute alors forcément…

Alfie donc. Groupaillon originaire de Manchester et signé à la fin des années 90 sur le label de Badly Drawn Boy. Ils seront d’ailleurs son groupe de scène avant d’enregistrer leurs propres chansons. Premier album gentillet et totalement ignoré, y compris par moi. Deuxième album, Do You Imagine Things ? Boum. Chansons impeccables. Arrangements chiadés mais justes, jamais ostentatoires. Psychédélisme austère et un peu rugueux, lennonien, définitivement lennonien. Et jusqu’auboutiste : My Blood Smells Like Thunderstorms, quel magnifique titre pour une chanson, déjà.  Un genre de sunshine pop mancunienne enfin, donc soleil voilé, pour le moins. Super disque, vraiment. Bon, ok, le chanteur est un peu faible… Un peu quelconque…

C’est précisément ce que j’aime bien également : les mecs ne sont clairement pas taillés pour ces chansons. On les sent un peu désemparés, pris dans une espèce de tourbillon qu’ils ne maîtrisent pas, en pilotage automatique d’un moment de grâce. Comme si tu te retrouvais à emballer sans difficulté et à ta plus grande surprise Charlize Theron dans une soirée : tu ressembles à rien mais on dirait bien que tu lui plais et tout ce que tu peux dire la fascine ou la fait rire. Et en te réveillant à ses côtés le lendemain matin, t’y crois toujours pas. Du coup t’es plus effrayé qu’autre chose et tu donnes aucune suite (Grande remise, le blog où tu chopes Charlize Theron ET TU LA RAPPELLES PAS). Donc la soirée d’après, tu revois tes ambitions à la baisse. C’est très exactement ce a fait qu’Alfie en livrant un 3ème album assez réussi mais beaucoup plus modeste. Puis le groupe jettera l’éponge, découragé par l’indifférence du public (les critiques elles, sont plutôt très bonnes tout du long).

J’aimerais bien savoir ce qu’ils sont devenus tiens… Ils deviennent quoi ces gars qui ont une petite notoriété, sortent parfois un super album mais se voient contraint d’arrêter faute de ventes décentes ? Comme ces joueurs de foot qui malgré une belle carrière n’ont pas acquis un statut suffisant pour se reconvertir en consultants ou panneaux publicitaires et du coup… bah reprennent une vie « normale ». Nicolas Ouédec, typiquement, est aujourd’hui gérant d’un hôtel Première Classe dans la banlieue de Nantes. Merde, Nicolas Ouédec quand même ! Tristesse…