#2 Air – The Virgin Suicides OST

air the virgin suicides

Air fait partie, tout comme Phoenix, les High Llamas, Super Furry Animals, The Coral, Belle and Sebastian (j’ai fait le tour en ce qui concerne les contemporains je crois), de ces groupes « frères », qui m’accompagnent depuis leur première note et ne m’ont jamais, absolument jamais, déçu. Ces groupes qui me font dire à chaque nouvelle livraison « voilà, c’est exactement ça, c’est MA musique ». J’insiste pas, tu m’as compris.

J’aurais donc pu choisir Moon Safari ou 10000 Hz Legend, que je juge tout aussi, sinon plus remarquables encore. Mais j’essaie autant que faire se peut de ne garder qu’un disque par artiste/groupe dans mon top (sauf exception beatleso-neilyoungo-kinksienne). C’est donc celui-ci parce que je le trouve extrêmement cohérent et puissant tout simplement. Aussi planant que Moon Safari mais beaucoup plus dark bien sûr. Gainsbourg meets John Carpenter meets Pink Floyd.

La musique de Air repose sur des fondations profondément ordonnées, cartésiennes, pragmatiques. Parfois trop, comme sur le très (trop donc) lisse Pocket Symphony, leur point de non retour. Rien de plus normal en fait : Jean-Benoît Dunckel était professeur de mathématiques, Nicolas Godin étudiant et grand amateur d’architecture. Mais sur la grande majorité de leurs albums et de leurs enregistrements, ils parviennent à totalement transcender ce côté un peu programmatique, souvent par la grâce d’une mélodie romantique, d’un simple changement d’accord au sentimentalisme exacerbé, pour atteindre une sorte de béatitude, d’extase electro-acoustique absolument époustouflantes. « Entre le cerveau et la main, le médiateur, c’est le cœur » : je connais peu de groupes illustrant aussi parfaitement et rigoureusement l’adage de Fritz Lang.
C’est par exemple le cas sur l’immense Suicide Underground qui clôt l’album en une lente, sourde, solennelle et funèbre explosion planante et synthétique dont 15 ans d’écoutes intensives n’ont aucunement terni la magie.

La petite minute, entre 2’20 et 3’10,, cette alchimie entre la basse de Godin, la batterie de Reitzell et les synthés in space de Dunckel, puis le cut, sec, et la reprise de la guitare, sèche elle aussi, mon Dieu… CA, cette petite minute là, encapsule définitivement pour moi la magie de Air et suffit à les faire entrer à jamais donc mon panthéon personnel.

Bon après, pour être un peu moins mélo-dramatique, j’aime aussi et plus simplement le fait qu’il ait été réalisé en équipe réduite, juste le duo et Brian Reitzell donc, un de mes batteurs préférés.

Brian, je t’assure, y a plus de poussière dans les coins là.

Je ne pense pas beaucoup m’avancer en écrivant qu’on fonctionne un peu tous de la même manière : il y a souvent un moment bien précis qui nous fait comprendre un disque ou une chanson, un moment M de totale empathie, une sorte de connexion cosmique, émotionnelle et intellectuelle à la fois qui logiquement reste gravée dans notre mémoire et associe tel disque/chanson à tel moment.

Cet album-ci m’a tout de suite plu et relativement impressionné (je me souviens l’avoir acheté dès le jour de sa sortie, il était vendu avec un t-shirt, que j’ai toujours d’ailleurs, oui, je suis soigneux, je possède des vêtements qui ont 10, 15, 20 ans et qui sont encore en très bon état, je suis soigneux mais pas maniaque tu vois, alors là forcément, c’est un t-shirt noir et il a un peu délavé mais c’est quand même « TA GUEUUUUUUUULE !!! ») mais il restera toujours associé à l’épreuve du Capes que j’ai passée, et ratée, la même année, sur l’île du Ramier à Toulouse. Je m’y étais rendu en écoutant le CD sur mon discman… Si ça se trouve tu sais même pas ce que c’est un discman… Quoiqu’il en soit, associer Capes et Virgin Suicides… Je crois que mon inconscient essayait de me faire passer un message ce jour-là.

Je garde aussi en mémoire ces propos de Nicolas Godin lors d’une interview télévisée quelques mois après la sortie du film. Il expliquait que Sofia Coppola avait en fait été relativement (quoique poliment) déçue par la bo qu’ils lui avait livrée : elle s’attendait à quelque chose de beaucoup moins sombre, de beaucoup plus moonsafarien (elle a d’ailleurs utilisé Ce matin-là dans le film). Du coup on n’entend pratiquement pas la musique composée spécialement par Air dans Virgin Suicides. Godin semblait le regretter un peu, forcément.
C’est à nouveau ce qu’ils racontent tous les 2 cette fois, à l’occasion du 15ème anniversaire la sortie du disque, et de sa luxueuse réédition, dans cette belle interview pour les Inrocks.

#1 18 Wheeler – Twin Action

Eh ben ouais, ça m’a pris comme ça ce matin pendant que je faisais semblant d’écouter, hochements de tête concernés à l’appui, mon voisin de bureau m’exposer en détail ses plans pour les vacances d’été.
Mes 100 albums préférés. PREFERES j’ai dit. Pas les meilleurs, pas des indiscutables absolus de l’Histoire du rock. Ou pas que en tout cas.
Pas la peine donc de hurler d’effroi, de m’insulter ou de saisir le tribunal international de La Haye à la lecture de certaines entrées : tu y trouveras, c’est certain, des disques totalement anecdotiques voire que tu jugeras mauvais. Voire que moi-même je juge mauvais, c’est dire. Mais je les aime tous d’amour parce qu’ils ont compté à un moment important, parce que j’y suis attaché et/ou parce qu’ils ont eu une résonance et/ou un pouvoir d’attraction très important à un moment ou un autre de ma vie. Et qu’ils l’ont toujours. Et puis de toutes façons, t’auras beau râler tout ce que tu peux, sur Grande remise comme dirait Nikos, c’est moi le taulier.

Et je commence justement par:

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Voilà très précisément un disque anecdotique.

Il est pourtant à mon sens le disque pop parfait (entre Teenage Fanclub et Velvet Crush pour le situer dans son époque).
Tu trouveras en effet derrière cette immonde pochette digne du plus pompier des groupes de metal : refrains canoniques et ensoleillés, choeurs gouleyants, riffs tranchants, solos (j’aime pas « soli ») mélodiques et limpides,  soit la power pop dans toute sa splendide innocence. Y a même le petit passage beachboysien de bon aloi et le mid-tempo countrysant avec pedal-steel réglementaire. Un genre de best of du genre qui n’aura malheureusement pas de suite (pas de suite digne d’intérêt s’entend). Pas grave, le mal est fait en ce qui me concerne : j’écoute toujours très régulièrement ce disque avec autant de plaisir que lors de sa découverte.