#22 John Cunningham – Homeless House

john cunningham
Dur de trouver la pochette de l’album sur GG (comme disent mes collègues proto-geeks). C’est donc celui de gauche.

John Cunningham fait partie de ces très rares auteurs-compositeurs ayant réussi à reformer les Beatles à lui tout seul. Emmitt Rhodes par exemple, faisait un clone de Macca absolument bluffant. Mais de Macca uniquement. A mon sens, il n’y a guère que Laurent Voulzy Elliott Smith qui ait réussi la même prouesse.

Ca classe un peu le bonhomme et ça suffit à justifier sa présence dans mon top.

Je veux dire, comment ne pas tomber illico amoureux de ce disque à la seule écoute de Imitation Time ?

Happy-Go-Lucky, son album suivant (à droite sur la photo), est du même tonneau.

#21 Creedence Clearwater Revival – Green River

Creedence+Clearwater+Revival+-+Green+River+-+180gm+-+LP+RECORD-168710
Évidemment, Willy and the Poor Boys, évidemment Cosmo’s Factory.
Mais j’avais envie de prendre un petit contrepied.

« Petit » parce que dans le carré d’as aligné par le groupe en 2 ans (4 albums. En 2 ans.), j’aurais en réalité pu choisir n’importe lequel et que je ne prends pas beaucoup de risques en citant finalement celui-ci. Mais il est peut-être un peu moins souvent cité que les 2 suivants donc voilà. En plus j’adore la pochette, pour une raison assez inexplicable puisqu’elle est plutôt moche alors que d’ordinaire j’aime les belles choses tu vois, un peu comme les belles femmes, peut-être même que je les aime un peu trop.

4 albums, 4 chefs d’oeuvre en 2 ans donc, d’une musique joyeuse, juvénile, euphorisante, complètement incongrue à l’époque, presque punk quelque part.
Quelle carrière fulgurante en tout cas… Beaucoup regrettent cette brièveté : je trouve au contraire qu’elle contribue non seulement à la légende du groupe mais également à sa qualité, à son génie et à sa précieuse valeur. Paradoxalement, elle m’a toujours fait penser à celle des Smiths, elle aussi extrêmement brève, intense et dense en enregistrements hors normes. La comparaison entre les 2 groupes s’arrête évidemment là.

#20 The Coral – Magic and Medicine

the coral_magic_and_medicine
Je l’ai déjà dit plusieurs fois je crois : The Coral fait partie de mes groupes contemporains préférés. Par « contemporain » j’entends « toujours en activité ». Quoiqu’en ce qui les concerne, on sait pas trop s’ils sont encore actifs en fait… Et c’est pareil pour un autre de mes groupes fétiches d’ailleurs, les Super Furry Animals.

J’aime absolument tout ce qu’ils ont enregistré. Mieux, je les fait entrer sans aucun doute dans la catégorie des groupes-frères, ceux qui me parlent comme peu le font et qui incarnent une sorte d’idéal, de groupe d’île déserte.

Magic and Medicine est leur album le plus abouti me semble-t-il, d’un point de vue « objectif » s’entend : c’est ce qui a tranché en sa faveur. Parce que si je dois refaire un choix demain, je pourrais choisir n’importe lequel de leurs 5 autres albums, y compris les 2 derniers. OK, le groupe a un peu perdu à la fois de sa délicatesse et de sa folie après le départ du guitariste Bill Ryder-Jones mais leur dernier album en date, The Butterfly House, continue d’écraser la concurrence du créneau retro-pop 60s sans forcer.

#19 Gene Clark – No Other

gene_clark_no_other
J’aurais également pu  mettre The Fantastic Voyage of Dillard & Clark, son disque avec les Gosdin Brothers ou White Light, l’une des plus belles pochettes de tous les temps. Même Roadmaster, je l’adore celui-là.

Gene Clark, grosse affaire bien sûr.

Dans tous les groupes, faut choisir son camp: Lennon ou McCartney (Macca), Mike Love ou Brian Wilson (y en a qui préfèrent Mike Love ? sérieusement?), Morrissey ou Johnny Marr (Morrissey), Jagger ou Richards (Brian Jones. Ou Mick Taylor. M’en fous quoi. Je t’ai déjà dit que j’aimais pas les Stones ?).

Les Byrds c’était plus compliqué puisqu’ils étaient 3. Pour moi ça a été Gene Clark, immédiatement, parce que je trouvais qu’il avait une allure d’enfer et qu’il avait toujours l’air un peu triste et absent. Et puis il écrivait les meilleures chansons et ça faisait chier les 2 autres, j’adorais ça. S’il a évidemment pondu bon nombre de pop-songs canoniques, elles possèdent la plupart du temps une sorte de halo mystérieux, quelque chose de mystique, une grandiloquence un peu fânée aussi qui les rendent évidemment très séduisantes et complètement à part. Et puis lui-même, son personnage et sa figure, son parcours, sont séduisants. C’est sans doute le héros, le mythe pop ultime.

No Other c’est la matérialisation la plus parfaite de ce statut d’icône absolue. C’est un disque lui-même mythique (parce totalement fou, suicidaire commercialement et longtemps disparu) qui arrive à se hisser sans mal au niveau de sa réputation, comme peuvent le faire également Third de Big Star ou à un degré moindre Fed de Plush. C’est un disque qui continue à surprendre et à sidérer même quand on a tout écouté (je parle pas de moi là hein).

#18 Cardinal

Cardinal - premier album
Très fan de cette pochette et du regard caméra d’Eric Matthews.

Ce disque est lié à un réveillon de Noël. Je venais de l’acheter sur la foi de la critique des Inrocks (ie les Saintes Ecritures à l’époque) ou de l’avis de Bernard Lenoir, je sais plus. Je n’avais pas eu le temps de l’écouter avant de me rendre chez mes parents pour les traditionnelles vacances de fin d’année, je l’ai donc passé pendant la soirée. Et il était étonnamment bien passé, ça je m’en souviens bien. « Étonnamment » parce que c’était pas vraiment le genre de la maison que d’écouter de la musique pendant la soirée du réveillon, encore moins de la musique inconnue aux oreilles de tout le monde. On était de toute façon trop nombreux et bruyants pour ça. Voilà pour le contexte personnel.

Le disque a merveilleusement traversé les années : il avait dès sa sortie des allures de classique instantané, à la fois accessible parce qu’évident et un peu intimidant parce que très élégant. Il équilibrait parfaitement une certaine sècheresse rock (Richard Davies) et une préciosité pop (Eric Matthews). A l’époque, alors qu’on était encore bien envahi par le grunge, et pas encore par la britpop, c’était pas commun.

Les 2 compères se sont ensuite épanouis dans des carrières solo parfois himalayesques (oui oui, « himalayesques » ; j’y reviens plus loin), se refusant à donner une suite à leur aventure commune. Jusqu’à l’an dernier (ou l’année d’avant ? J’ai la flemme de vérifier) et un deuxième album intitulé Hymns. Décevant, forcément décevant, surtout après une si longue attente. Largement recommandable quand même. Disons que les 2 sont pour le moins compétents lorsqu’il s’agit d’écrire une chanson donc ça va, ça s’écoute.
M’enfin, si tu ne connais ni Cardinal, ni Richard Davies, ni Eric Matthews, c’est par ici qu’il faut commencer.

#17 The Byrds – Sweetheart of the Rodeo

byrds_sweetheart of the rodeo
Top 5 material, man. Séisme. Révolution. Épiphanie. Ma porte d’entrée pour les Byrds, pour la country, pour les western shirts. Ca n’est peut-être pas le disque fondateur du country-rock (encore que, mais je m’en contrefous de ces débats de music nerds) c’est en tout cas celui qui a déclenché mon goût pour la chose. Et cette pochette… J’échange aucun Botticelli, Rothko ou Picasso contre elle.
En y réfléchissant, je pense même que c’est la musique qui m’a secoué le plus fort, le plus immédiatement, le plus irrémédiablement et le plus durablement avec l’intro de This Charming Man des Smiths une dizaine d’années plus tôt.

#15 David Bowie – Hunky Dory

Bowie-Hunky-Dory
Là y a gros match avec Ziggy Stardust dont je me dis qu’il est quand même incroyablement puissant, efficace et attirant à chaque fois que je l’écoute. Mais Hunky Dory, c’est l’évidence même pour un fan de pop, folk-pop, appelle ça comme tu veux.

C’est aussi la période que je préfère de Bowie physiquement même si là aussi y a gros match avec sa période berlinoise. Mais c’est quand même là que je le préfère.

Le premier qui dit ou pense « beau, oui » recevra l’intégrale de Christophe Maé sous huitaine.

Et puis c’est l’album sur lequel j’ai l’impression qu’il se déguise le moins, qu’il est le plus fidèle à l’idée que je me fais de lui.
« A l »idée que je me fais de lui »: tout est là, évidemment. C’est tout son génie que d’arriver à me faire croire ça.

#14 Bonnie « Prince » Billy – Lie Down in the Light

bonnie-prince-billy-lie-down-in-the-light
Je suis venu à Will Oldham un peu sur le tard. D’abord très parcimonieusement, avant d’augmenter les doses petits à petits, jusqu’à finalement considérer ce type comme une espèce de monstre sacré. Lentement mais sûrement, le meilleur moyen de trouver un compagnon de route durable.

Je le prenais d’abord pour un monstre tout court : ses disques me foutaient purement et simplement la trouille (tout comme ceux de Bill Callahan d’ailleurs, avant qu’il ne devienne lui aussi un de mes héros). Trop rêches, trop malades. Et puis merde, il est flippant ce mec…

Bonnie_Prince_Billy

will_oldham

     

Atel point que c’est le type même de musicien qui me fascine de manière extrêmement triviale et prosaïque (mon côté Voici) : quel est son quotidien ? Il regarde beaucoup la télé ? Il a une femme ? Des enfants ? Il fait quoi quand il fait pas de musique ? Il aime le sport? Ce genre de questions. Que je résumerai par la seule: comment vit-on quand on fait partie des quelques rares personnes sur terre capable de créer une si belle chose ? Ca me fascine… Il écrit des paroles fantastiques, une musique sublime mais il a l’air tellement hors du monde que c’est ce à quoi je finis par penser lorsque je l’écoute : pour moi ce mec est encore plus irréel que Bowie-Ziggy pouvait l’être pour les gens l’ayant connu à l’époque.

Toujours est-il qu’en adoptant son identité de Bonnie « Prince » Billy après des débuts moyennement lolilol avec PalaceWill Oldham s’est peu à peu mis à faire un truc insensé dont on le pensait tout bonnement incapable. Un truc complètement dingue : il s’est mis à chanter. De terrorisante (au bon sens du terme néanmoins), sa musique s’est mise à sonner comme de la musique. Enchaîner ses premiers enregistrements et ce qu’il écrit actuellement ne manque pas de piquant : le grain est toujours là bien sûr mais pour le reste…

C’est donc Lie Down in the Light, sans doute l’album non pas de la maturité (c’te blague) mais celui de la plénitude, comme son titre le suggère. J’adore également les 2 suivants (Beware et Wolfroy Goes to Town) ainsi que son album avec le Cairo Gang (je l’aime vraiment beaucoup celui-là). Et celui avec Trembling Bells. Sans oublier son album de reprises des Everly Brothers sorti cette année. Tout ce qui précède aussi bien sûr même si je trouve que ça manque parfois un peu de recul. M’enfin, TOUT ce que ce mec enregistre est, au minimum, bon.

Et pour revenir au parallèle avec Bill Callahan, j’adore la façon dont tous les 2 ont évolué, incarnant au bout du compte 2 figures totales de l’Americana. Avec le premier qui recherche, et atteint, une forme d’élévation et de grâce… par l’élévation justement, et le second qui semble de plus en plus terrien, lesté par le poids de sa condition.
Mais je reviendrai sur Billou un peu plus loin.

#13 Black Mountain – In the Future

Black-Mountain-2008-In-The-Future
Une incongruité (dans mon top je veux dire) qui n’en est pas vraiment une quand on y regarde de plus près.

Black Mountain c’est en effet le heavy-rock pour les popeux et amateurs de sonorités vintage et/ou psychédélique, ceux qui ne crachent pas non plus sur Led Zeppelin ni sur Deep Purple ou le premier Black Sabbath.
Sur leur premier album, on entendait d’ailleurs tout autant, sinon plus, les influences du Velvet que des chevelus sus-mentionnés. Tout comme chez les Pink Mountaintops, l’autre super projet de Stephen McBeam: c’est drogué, c’est sulfureux, mais c’est aussi mélodique, doux et romantique.

C’est également un groupe post-moderne archétypal qui filtre à merveille les influences ci-dessus et rend leur traitement parfois plus séduisant que l’original pour la génération dont je fais partie, et les plus jeunes, au grand dam de nombreux puristes. Et tu commences à savoir ce que j’en pense des puristes. J’aime beaucoup certains albums de Led Zepp, les 2 premiers Sabbath, Deep Purple in Rock mais bon, voilà quoi…

In the Future est vraiment un coup de maître, sur lequel le heavy rock se mue en un clin d’oeil en psych ou cosmic rock. Lourd mais planant. Flirtant avec le prog mais en finesse. Wucan, chef d’oeuvre absolu!

Une alchimie délicate et beaucoup plus subtile qu’on pourrait l’imaginer, que je groupe n’a pas totalement su recréer sur son 3ème album: un peu trop gras ou, à l’inverse, un peu trop mou, il ne trouve pas toujours le bon équilibre.

Pas grave, In The Future est un frangin de Songs for The Deaf de Queens of the Stone Age : un disque de hardos pour les non-hardos, un album crossover parfait.