Top films 2012 – 1ère partie, les losers.

Ca commence à 36 parce que j’ai vu 36 films sortis en 2012. C’est peu, j’ai vu beaucoup trop de merdes et raté beaucoup trop de supposés bons films mais c’est comme ça.

Je démarre donc avec les films que je n’ai pas/peu aimés ou que je n’estime pas bons.

36 – Bachelorettes
Sale, vulgaire, prétentieux: un film vendu comme un complément à Mes meilleures amies alors qu’il en est l’antithèse la plus parfaite. Vraiment dégueulasse.

35 – Dépression et des potes
Je sais pas trop pourquoi je suis allé voir ça, le titre peut-être. En tout cas c’est vraiment, mais vraiment à chier. Une catastrophe de tous les instants, assez exemplaire à ce titre. Le genre de médiocrité qui devient embarrassante et qui te fait penser que c’est vraiment dur de réaliser un bon film ou même un film correct. Fred Testot est décidément un très mauvais acteur. Et le pire c’est que maintenant on dit, et moi le premier, « Fred Testot » et pas « Fred, d’Omar et Fred », comme on dit « Omar Sy » d’ailleurs; c’est flippant putain, genre ça y est, les mecs sont arrivés…

34 – Holy Motors
J’ai dit tout le mal que j’en pensais ici .

Pause détente en musique pour l'équipe de tournage d'Holy Motors
Pause détente en musique pour l’équipe de tournage d’Holy Motors

33 – Associés contre le crime
Paresseux et pantouflard, un vrai film de vieux. Et une vraie déception car j’avais adoré les 2 premiers opi. Un opus, des opi… Non? OK.

32 – Dans la maison
A chaque fois je me dis qu’il faut que j’arrête d’aller voir les films d’Ozon. Celui-ci est presque correct, en tout cas se regarde pendant une bonne moitié mais ce qui suit est tellement mauvais que je pense que cette fois-ci je me ferai plus avoir.

31 – Prometheus
Complètement con ce film. La scène de l’accouchement m’a fait bien rire mais qu’est ce que c’est con et mal foutu nom de Dieu… Saleté de marketing qui a réussi à me le vendre  sur la foi d’images splendides de l’île de Skye alors que j’exècre Ridley Scott.

30 – Chronicle
Ah oui tiens, j’ai vu ça aussi… Je viens tout juste de m’en souvenir. T’as raison, c’est pas bon signe.

29 – Le Hobbit
Ici

28 – Projet X
J’en ai rien à foutre que le film soit « un bouillant témoignage du régime d’images youtubesques nourrissant la génération post-MTV » (LE argument théorique des défenseurs du film): je trouve ça très désagréable, pas attachant du tout, pas assez drôle (quelques très bons gags mais trop isolés), très misogyne, voire réactionnaire. L’anti-Supergrave en somme.

27 – Rebelle
Bluffant et magnifique visuellement (les cheveux!) mais sans intérêt passé 8 ans.

26 – L’Odyssée de Pi
Me suis encore fait avoir par la critique. C’est pas aussi horrible que la bande-annonce le laissait craindre mais c’est quand même bien moche (sauf le début à Pondichéry) et ça pisse pas très loin. Réalité/légende, foi/croyance… Pffff, c’est convenu… Merde, je vais le dire: L’Homme qui tua Liberty Valance, c’était quand même un peu plus subtil et classieux!

25 – Argo
Ici

24 – Camille Redouble
L’incompréhension critique de l’année (avec Holy Motors évidemment): c’est plutôt un bon film évidemment mais c’est complètement surestimé non? Surtout, j’en reviens pas que si peu de critiques aient relevé qu’il s’agissait d’un remake pur et simple de Peggy Sue s’est mariée et pire encore, que Lvovsky elle-même ne l’ait jamais mentionné. C’est dingue…

Ah tu peux baisser les yeux ouais, y a pas de quoi être fière
Ah tu peux baisser les yeux ouais, y a pas de quoi être fière

23 – The Dictator
Quelques gags fantastiques mais trop peu nombreux. Sacha Baron Cohen semble de plus ne pas savoir sur quel pied danser: faux docu ou vraie fiction? Ca rend le film complètement bancal. Dommage.

22 – 38 témoins
Chiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaant. Objectivement un bon film mais putain que c’est chiant…

21 – Adieu Berthe
Moui… Mais non. L’horrible Bancs Publics a fait beaucoup de mal aux Podalydès puisque même s’il est incomparablement meilleur, Adieu Berthe n’est pas exempt de certains défauts rédhibitoires à mes yeux et qui rendaient donc Bancs Publics insupportable: caricature forcée, tentation du réalisme poétique voire de la poésie de la vie façon salle des profs-Télérama… Oui, je suis extrêmement strict sur ces choses-là, je n’admets aucun écart. Dommage là encore, ça aurait pu être tellement mieux…

20 – Cogan, killing them softly
Ici

19 – Cloclo
C’est nul bien sûr mais je sais pas, j’ai pas envie de l’enfoncer. Il y a parfois de belles choses, une bel allant dans la mise en scène. LE problème des biopics: comment éviter la simple imitation avec interprétation de singe savant césarisée/oscarisée? Cloclo aurait lui pu répondre  à une autre question, plus troublante: que faire quand l’interprète principal est le quasi-sosie du personnage, sans prothèse ni maquillage? On en est quand même loin, faut dire ce qui est. Benoît Magimel, avec prothèses et maquillage, en imitation de Paul Lederman, c’est grandiose de portnawak en revanche.

Les winners demain ou après-demain si j’ai le temps.

Le Hobbit, un voyage inattendu – critique

Le prototype du FQTAAMCEVPP: le Film Que Tu Aimerais Aimer Mais C’Est Vraiment Pas Possible.
Tes a priori te font craindre le pire mais tu ne veux pas y croire: tu VEUX avoir tort. Et tu y crois parfois, oh, pas beaucoup, mais suffisamment pour te dire que tu avais bien fait de ne pas perdre espoir. Mais c’est trop peu, trop peu souvent et malgré toute ta bonne volonté, le résultat est sans appel: c’est moyen/sans intérêt/naze/nul à chier (rayer la mention inutile).

Le Hobbit n’est pas nul mais c’est peut-être pire: il est inutile.

Le savoir-faire de Peter Jackson (on le sent d’ailleurs peut-être un peu trop le savoir-faire, c’est justement le problème) empêche le film de sombrer dans l’ignominie mais à peine le générique de fin lancé, tu as oublié ce que tu viens de voir. Tu as oublié cette looooooooooooooooooongue séquence d’introduction à Cul-de-sac (rétrospectivement, tu te dis que c’était peut-être pas ça le pire), cette multiplication de panoramiques à la grue, de plongées numérisées dans les tréfonds de la Terre du Milieu, de filtres de couleur, ce bestiaire inconséquent à force de de virtuosité et de systématisme, voire de systématisme virtuose (on peut pas s’empêcher de se demander ce que Guillermo Del Toro en aurait fait…).

Martin Freeman... The Office... Eh ouais...
Martin Freeman… The Office… Eh ouais… (soupir)

Ca aurait pu fonctionner, ça frémit même parfois un peu. Bilbo le Hobbit est un récit foncièrement enfantin et ludique, moins sombre que le Seigneur des Anneaux: la forme se met au diapason, plus colorée, plus kitsch, plus fantasy en somme, moui, pourquoi pas… Le budget semble colossal et bien utilisé (= il se voit à l’écran), les progrès dans le domaine des effets spéciaux, stupéfiants… Mais les enjeux, déjà bien minces, s’effacent très rapidement devant une succession de morceaux de bravoure qui frise l’absurde et plonge en tout cas allègrement dans l’inconséquence. Quant à la psychologie des personnages alors là mon vieux…

J’ai revu les 2 premiers épisodes de la trilogie du Seigneur des Anneaux avant la séance. Je suis un grand fan du bouquin de Tolkien, j’avais adoré la trilogie à l’époque de sa sortie ciné mais je craignais de la revoir: j’ai été très agréablement surpris… Peut-être les (relatives) contraintes budgétaires, la nécessité absolue de tailler le récit dans le vif, l’enthousiasme manifeste et transpirant de chaque image des auteurs face au défi titanesque que constituait l’adaptation cinématographique d’une œuvre jugée inadaptable ont-elles suffi à assurer sa réussite?

Je voulais y croire. Il a très vite fallu se rendre à l’évidence: cette nouvelle trilogie part sur de très mauvaises bases. Quand les seuls points positifs sont des réminiscences de la trilogie précédente (le charisme de Gandalf, les décors de Fondcombe, la touchante monstruosité de Gollum) ça pue quand même un petit peu… Le Hobbit, un film qui joue sur la connivence/la nostalgie d’une oeuvre achevée il y a à peine 9 ans… Purée…

On en vient à suspecter l’appât du gain, le mercantilisme le plus vil d’avoir présidé aux motivations des auteurs de ce film: pourquoi 3 fois 3 heures pour un récit aussi « mince »? C’est moche. Et un peu triste.

La Séance Parfaite

Je vais beaucoup moins au cinéma depuis un peu plus d’un an. Or c’est un cercle vertueux : plus on voit de films, plus on a envie (besoin même) d’en voir. Ma motivation s’est donc étiolée et je passe sans doute à côté de belles œuvres. C’est comme ça. Il m’arrive pourtant encore de sortir très enthousiaste d’une salle de ciné après avoir vécu ce que j’appelle une Séance Parfaite.

Des exemples en vrac et au débotté : Starship Troopers, Machete, X-Men Origins. J’ai bien sûr préféré beaucoup, beaucoup d’autres films à ces trois-là mais ils ne rentraient pas forcément dans la catégorie que j’essaie de définir aujourd’hui. Mulholland Drive, The Royal Tenembaums, Parle avec elle, Steak : de grands moments, bien sûr, mais avant tout des grands films, voire des chefs d’œuvre.

La Séance Parfaite, c’est pas forcément un bon film (un bon film objectif s’entend). Faut que ça soit un peu déviant  quelque part (Starship Troopers), ou un peu sale (Machete) voire un peu honteux (X-Men Origins). Attention, ça peut pas être un nanard pur non plus car le plaisir coupable ne peut pas avoir le dessus : la Séance Parfaite est affaire d’équilibre avant tout. Un film d’action en revanche, ça oui : polar, SF, western, on s’en fout mais faut que ça s’excite un minimum. Du coup, ça passe tout seul : ça peut durer 3h40, tu vois pas le temps filer. D’ailleurs tu regardes pas une seule fois ta montre. En revanche tu souris. Beaucoup. Connement. Tu souris quasiment tout du long. Pas parce que c’est drôle non : parce que t’es bien. D’ailleurs c’est le premier truc que tu te dis quand le film s’’achève : « putain c’était bien…». Avec des points de suspension, un peu vague… Parce que t’es encore un peu dedans : c’était pas un chef d’œuvre, ça n’a pas changé ta vie, juste, pendant 2h, t’étais complètement dedans ; t’étais bien.

C’est ce que j’ai vécu durant ma séance de Skyfall : « le meilleur Bond », « enfin un vrai film, un vrai réalisateur pour la saga ». M’en fous. Je suis pas particulièrement fan de Bond. Encore moins de Sam Mendes. J’aime bien Daniel Craig en revanche et j’avais bien aimé Casino Royale mais j’avais trouvé Quantum of Solace aussi imbitable que son titre donc bon… Là je le sentais bien quand même. Et j’avais raison de bien le sentir parce que tout s’est parfaitement enchaîné : super scène d’action à Istanbul en ouverture ; puis le gros de l’intrigue qui se déroule dans la grisaille londonienne: glamour Vieille Europe, chic pluvieux et surrané, parfait ; comme les costards : ceux de Craig bien sûr mais aussi ceux de Ralph Fiennes dans un style plus cosy (il porte le veston à merveille); le méchant complètement baisé interprété par une guest qui cabotine juste ce qu’il faut ; le propos gentiment réac, « les héros sont fatigués mais attention faut pas se débarrasser des anciens comme ça »… Sourire tout du long. GROS sourire (bouche ouverte quoi) lors de la scène attendue mais super jouissive de l’apparition de l’Aston Martin. Et puis la cerise sur le gâteau, via la révélation for fans only à l’amorce de la dernière séquence : James est écossais. Ce qui me vaudra un plan sur le plus bel endroit de la Terre qu’il m’ait été donné de voir jusqu’ici, la vallée de Glencoe.

Les pauses pipi de James sont plus belles que les tiennes.
Les pauses pipi de James sont plus belles que les tiennes.

Je m’arrête là : Skyfall, un assez bon film, le meilleur Bond peut-être, un peu longuet sans doute, un peu misogyne et un peu réac bien sûr mais surtout, surtout, une Séance Parfaite.

Cogan, Killing Them Softly – critique

Un escroc à la petite semaine flaire le coup parfait: dévaliser un tripot tenu par un mec (Ray Liotta) qui s’était braqué lui-même quelques années auparavant sans se faire gauler. Sauf que, hyper fier de son coup, il l’avait finalement fait savoir sous le coup de l’euphorie et d’un coup dans le nez… Donc si le même coup se reproduit, on pensera forcément que ça vient encore de lui et il paiera en lieu et place des coupables réels.

Ca démarre donc très bien, comme une bonne petite série B jouissive: l’ambiance crandingue/poisseuse, les personnages pathétiques, le pseudo coup parfait qui flaire la catastrophe à plein nez. En gros, l’intrigue marche dans les pas des frères Coen, avec un traitement plus formaliste encore et auteurisant.

Sauf qu’Andrew Dominik (qui avait déjà commis le lourdingue Assassinat de Jesse James, je l’ai su qu’après sinon je me serais davantage méfié) il vise pas la bonne petite série B jouissive. Non lui, son truc, c’est de réaliser un Grand Film. Un truc pour la postérité. Avec un propos derrière et tout. Alors il se sent obligé d’étirer ses scènes de manière signifiante, prenant le risque de flinguer une fois sur deux d’excellents dialogues, se croyant obligé surtout, de parasiter sa classique mais solide intrigue par des inserts de discours de politique intérieure américaine, censés éclairer ou illustrer cette chronique du banditisme ordinaire et minable. C’est très prétentieux et surtout, ça ne sert à rien… Complètement inutile.

Il a pris, le Brad...
Il a pris, le Brad…

Alors tout n’est pas mauvais, on passe même un assez bon moment selon notre seuil d’indulgence. Les dialogues, encore une fois, sont excellents. L’intrigue, bien carrée comme il faut, enchaînement de péripéties certes un peu prévisible mais efficace (comme je dit toujours, « sans suprise » signifie aussi « sans mauvaise surprise »). Les acteurs font leur numéro avec compétence (Ray Liotta, les 2 losers qui font le casse, Brad Pitt, toujours parfait dans les rôles de kéké) voire brio (James Gandolfini, génial, même s’il a il est vrai hérité des meilleures lignes). Les scènes de baston/meurtre, un peu racoleuses peut-être ont néanmoins le mérite de faire passer le message, graphiquement mais aussi via la bande-son (le bruit des coups!).

En revanche utiliser Heroin du Velvet pour illustrer une scène de shoot d’héroïne… Tu te demandes d’abord si c’est pas ironique, si y aurait pas un 2ème niveau de lecture mais non, malheureusement: il utilise bien, au premier degré, Heroin du Velvet pour illustrer une scène de shoot d’héroïne… Purée…
Et surtout, surtout, ces putains de discours de politique intérieure US bon sang! Alors qu’ils nous avaient foutu la paix pendant un moment, qu’on croyait en être débarrassé, il en remet une couche le Dominik, il trouve son idée vraiment géniale et il veut qu’on comprenne bien (qu’on comprenne quoi d’ailleurs? Qu’il est relou? Ca, c’est bon) donc il termine son film là-dessus. Dommage…

Holy Motors – critique

Ayé, on est en Décembre, les bilans de fin d’année commencent donc à émerger et côté cinéma, c’est comme prévu Holy Motors qui va faire l’unanimité.
Mon Dieu…
Ca me fournit en tout cas une occasion de revenir sur la grosse (mauvaise) blague de l’année.

Pourtant j’y croyais un peu parce qu’enfin, les critiques débordaient d’enthousiasme, pour ne pas dire plus. Ah on allait voir ce qu’on allait voir nom d’une pipe ! Le Cinéma mon vieux, LE CINEMA, rien de moins. Un nouveau Mulholland Drive, tcharrément mec.

Bon.

Au moment où le film démarre, stakes is high comme je dis quand je suis à L.A.

Eh bah putain…

OK, OK, j’avoue, j’y croyais certes mais j’avais des a priori: je suspectais la supercherie… Pourtant j’aurais adoré adorer hein, je demandais même que ça. Je voulais avoir tort tu vois (oui, je sais faire preuve d’humilité et reconnaître mes torts… J’y suis pour rien, je suis né comme ça !). Mais alors je ne m’attendais pas DU TOUT à ça. On pourrait presque dire que mes a priori en ont pris un sale coup…

Je ne sais pas ce que j’ai le plus détesté dans Holy Motors ; les points principaux, en vrac :

– prétention globale, érigée en étendard dans le prologue « Moi, Leos Carax, je SUIS le Cinéma ; JE suis le Cinéma ; Je suis LE Cinéma ; Je suis le CINEMA; JE SUIS LE CINEMA»
– incroyable superficialité du propos ; le segment M. Merde par exemple : une mannequin burqatisée ? vraiment ? c’est ça la super dénonce ? VRAIMENT ? Le grand patron buté sur la terrasse du Fouquet’s, sérieusement ? 5 ans après l’élection de Sarkozy, on en est encore là ? On peut lire un peu partout que Leos Carax est un cinéaste adolescent : cinéaste de la passion, de la déraison, du sentiment fugace et enivrant etc. Moi je veux bien mais ce qu’Holy Motors démontre surtout c’est que Carax a la vision (politique) du monde et de la société d’un adolescent. Et ça c’est carrément craignos.
– totale CREVARDISE de l’ensemble nom de Dieu mais c’est pas possible ça ! Déjà Les Amants du Pont-Neuf mais là ça explose tout : édifiante scène du motion capture, hallucinant entracte où je n’aurais pas été surpris de voir débouler Tryo, la Tordue ou les Têtes Raides, voire les punks à chiens squattant le bar en bas de chez moi.
– paresse totale en lieu et place de la prétendue invention formelle; faudra m’expliquer en quoi les citations de Tarantino ou Honoré (je prends ici et à dessein l’exemple d’un cinéaste que je conchie) sont assimilées à des « emprunts » voire à du « pompage éhonté » alors que lorsque Carax colle le masque des Yeux Sans Visage à Edith Scob on assiste à un « hommage bouleversant »… Tout ça est d’un tel conformisme…

J’ai un défaut : je suis perfectionniste. J’ai donc pensé un instant : « non mais en fait, t’as rien compris au film, t’es passé à côté, renseigne toi un peu mon grand, et tu SAURAS ». Atterré, au bout du compte, de lire autant de dithyrambes, chez de belles plumes et des gens respectables, brassant des idées et interprétations pas super super élevées hein, voire primaires (désolé, mon ego sortira encore intact de cet épisode : j’avais bien tout compris, pas de problème).

Un film, enfin, que je qualifierai pour rester poli, de manifeste parfait pour le festival des arts de rue d’Aurillac. Une œuvre totale en tout cas, ça, y a pas tromperie sur la marchandise.

Argo – critique

Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Mais au milieu du chaos, six Américains réussissent à s’échapper et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Sachant qu’ils seront inévitablement découverts et probablement tués, un spécialiste de « l’exfiltration » de la CIA du nom de Tony Mendez monte un plan risqué visant à les faire sortir du pays. Un plan si incroyable qu’il ne pourrait exister qu’au cinéma. (Allociné)

Le film démarre plutôt pas mal via une mise en contexte « storyboardée » pour nous rappeler les grandes lignes de la grande Histoire, celle qui servira de décor à la petite.

Quand cette dernière se met en place, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est quand même quelque chose la magie d’Hollywood : on t’explique dans ce fameux prologue que c’est en réalité à cause des Etats-Unis que l’Iran, au début des années 80, est devenu un beau bordel (je résume mais dans le fond, c’est ça) pourtant ils arrivent à susciter ton empathie. Mieux, le film choisit de nous faire prendre fait et cause pour une poignée de ressortissants américains ayant fui leur ambassade au moment ou cette dernière est attaquée par la population de Téhéran. Alors que les mecs, ayant trouvé refuge à l’ambassade du Canada, passent quelques semaines dans un environnement cosy, à boire du pinard au cours des inévitables soirées de l’ambassadeur, quand une cinquantaine de compatriotes resteront otages des iraniens pendant près de 2 ans…

Bon, tout ça pour dire que je suis sorti du film assez rapidement. Et qu’à partir de là, comme toujours en pareil cas, je n’en ai plus vu que les défauts.
Alors oui, l’histoire est relativement forte, digne d’intérêt en tout cas (exfiltrer des ressortissants US en les faisant passer pour des membres d’une production ciné totalement fictive) mais elle n’est jamais magnifiée, encore moins transcendée. Ben Affleck se contente d’aligner les poncifs et les scènes attendues, croyant sans doute pondre un de ces films politiques emblématiques des seventies : les coupes de douille et les fringues sont nickel, les mines sont graves et y a plein de scènes de bureaux avec des téléphones vintage qui sonnent dans tous les coins de la pièce, des employés qui s’affairent de partout et des gars en chemise-cravate-moustache qui courent d’un bout à l’autre avec un papier super important à la main que-s’y-j’arrive-pas-à-temps-c’est-le-sort-d’une-nation-qui-se-joue-putain-de-bordel-à-queue-mais-vous-allez-faire-votre-boulot-et-appeler-le-président-maintenant-oui-ou-merde ?

Argo, un film qui refuse le manichéisme: les barbus ne sont pas que du côté des méchants.

Le tournant du match (la longue séquence de l’aéroport) devient carrément gaguesque. Il leur arrive décidément tout à ses braves gens et ça se joue à un poil de cul un nombre incalculable de fois  : big up à la scène du chauffeur du mini-bus qui n’arrive pas à passer la première. Au moins on ne s’ennuie pas, j’ai bien rigolé.

Le dénouement en revanche est moins drôle puisqu’il ne nous prive pas d’un insupportable moment de camaraderie virile et pudiquement embuée, via la poignée de main entendue entre le sauveur et l’exfiltré d’abord dubitatif qui ne peut que s’incliner. Il aurait quand même pu se douter qu’avec une barbe aussi fournie et bien taillée, Ben Affleck était vraiment l’homme de la situation.

Durant le générique final, on découvre le vrai visage des protagonistes de l’histoire : les exfiltrés, le couple d’ambassadeurs canadzien, les vieux routiers d’Hollywood. Et Tony Mendez, l’agent de la CIA et protagoniste principal de l’aventure. A l’écran c’est donc Ben Affleck, tout en sobriété pileuse. Dans la vraie vie, un chicano avec une vraie tête à s’appeler Tony Mendez, et à tailler des haies dans les banlieues huppées de Los Angeles pour 3 dollars de l’heure.

La magie d’Hollywood.