#51 April March – Triggers

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J’ai déjà pas mal parlé des disques Tricatel et de Bertrand Burgalat sur ce blog (ici, ici, ici et même ).

Je considère cet album comme son meilleur en tant que producteur : l’apport d’AS Dragon a parfaitement été digéré et intégré (le groupe est devenu pour ainsi dire le groupe du studio dans son ensemble) et les influences soul de plus en plus prégnantes se fondent merveilleusement dans l’univers plus précieux d’April March. Certains textes sont d’une poésie et/ou d’une intelligence rares, parmi les meilleurs de toute la pop française (Le Code Rural, Le Cœur Hypothéqué). La pochette est sublime, et il y a à l’intérieur du disque une non moins sublime photo qui selon moi résume parfaitement tout l’esprit du disque, et du label : élégant et sophistiqué sur la forme, subversif sur le fond :

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#47 The Kinks – Are the Village Green Preservation Society

The Kinks - Are the Village Green Preservation Society

Les Kinks ont ceci de particulièrement génial (entre autres) qu’ils nous accompagnent à différentes étapes de notre amour de la musique, à différentes étapes de la vie tout court. C’est évidemment le cas de nombreux artistes, lorsqu’ils ont suffisamment de talent pour parvenir à se développer sur des périodes et de manières distinctes s’entend mais je trouve que c’est particulièrement vrai pour eux.

Lorsqu’on est jeune et plein de sève, il est impossible de ne pas succomber à la véritable sauvagerie de leurs premiers morceaux et notamment bien sûr de ces 2 classiques absolus du rock proto-garage que sont You Really Got Me et All Day and All of the Night.

Après on grandit, notre appréhension de la musique (et de la vie donc) s’affine. On commence à prendre du recul, on encaisse ou observe certains événements d’un œil amusé. A ce stade là, les chefs d’oeuvre d’ironie de la doublette royale Face to Face / Something Else deviennent précieux.

Enfin, on en arrive au stade où il faut lutter pour ne pas céder aux sirènes du « c’était mieux avant ». Ou alors, quand on y cède, on s’en veut, on culpabilise… Et du coup on écoute le dernier James Blake. Et on se fait chier, mais on le dit pas car on voudrait pas passer pour un vieux con.
C’est là, normalement, que l’amour et l’admiration pour Ray Davies sont à leur apogée car il a évoqué, personnifié même ce sentiment mieux que personne: c’est à ce titre que Village Green Preservation Society est un chef d’oeuvre et SON chef d’oeuvre en particulier.

On a là un type, Ray Davies donc, d’extraction populaire, qui a quitté dès qu’il en a eu la possibilité un univers étouffant de conformisme voire de passéisme et qui dans le même temps, ne peut s’empêcher de ressentir une immense affection, une immense tendresse pour ce monde auquel il a tourné le dos. Et qui le raconte de la plus merveilleuse manière qui soit, avec distance mais avec également des bouffées de sincérité (et de tendresse donc) véritablement bouleversantes. Ca, au-delà d’une quelconque identification un peu superficielle voire puérile, ça me touche plus que tout.

Pour le reste, (les Kinks en général, leur carrière, leur musique), je te renverrai aux merveilleuses pages écrites par le grand Philippe Auclair aka Louis Philippe dans le Dictionnaire du Rock de Michka Assayas : personne n’a écrit et n’écrira jamais de manière aussi brillante et sensible sur ce groupe.

#43 Antonio Carlos Jobim – The Composer of Desafinado, Plays

Antonio Carlos Jobim - The Composer of Desafinado Plays
La musique brésilienne, la bossa nova en particulier, et l’oeuvre de Jobim encore plus précisément, est mon genre de prédilection en dehors du « rock ». Plus que la soul, le classique ou le jazz. Et le disque de la révolution en ce qui me concerne et en ce qui concerne un grand nombre de ceux qui ont un jour vu la lumière auriverde, le meilleur, le plus accessible, celui qu’on doit passer à quelqu’un qui n’a jamais entendu cette musique, c’est celui-ci, y a pas débat.

The Composer of Desafinado, Plays me fait encore aujourd’hui, après un nombre incalculable d’écoutes, le même effet que le premier album de Big Star : je suis fasciné par la pureté de ce son, par son raffinement. S’il fallait trouver une description audio au terme « élégance », ce disque figurerait à coup sûr parmi les candidats les plus crédibles. Ce piano aristocratique, ces percussions délicates et nimbées d’écho… Ces nuages de corde, des alizées…
Dans son versant « joyeux », la musique de Jobim convoque des images de party raffinée et stylée au bord de la piscine d’une villa conçue par Oscar Nimeyer. Dans sa version la plus mélancolique, on songe à une histoire d’amour tragique, à la séparation irrémédiable de deux amants… Le génie de Jobim est à mon sens d’être parvenu à composer une musique dont l’élégance confine au détachement sans que paradoxalement, l’émotion créée, et ressentie, en pâtisse. Quelle merveille nom de Dieu… Et que des tubes ! The Composer of Desafinado, Plays est tout simplement selon moi l’un des plus grands disques jamais enregistrés.

#20 The Coral – Magic and Medicine

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Je l’ai déjà dit plusieurs fois je crois : The Coral fait partie de mes groupes contemporains préférés. Par « contemporain » j’entends « toujours en activité ». Quoiqu’en ce qui les concerne, on sait pas trop s’ils sont encore actifs en fait… Et c’est pareil pour un autre de mes groupes fétiches d’ailleurs, les Super Furry Animals.

J’aime absolument tout ce qu’ils ont enregistré. Mieux, je les fait entrer sans aucun doute dans la catégorie des groupes-frères, ceux qui me parlent comme peu le font et qui incarnent une sorte d’idéal, de groupe d’île déserte.

Magic and Medicine est leur album le plus abouti me semble-t-il, d’un point de vue « objectif » s’entend : c’est ce qui a tranché en sa faveur. Parce que si je dois refaire un choix demain, je pourrais choisir n’importe lequel de leurs 5 autres albums, y compris les 2 derniers. OK, le groupe a un peu perdu à la fois de sa délicatesse et de sa folie après le départ du guitariste Bill Ryder-Jones mais leur dernier album en date, The Butterfly House, continue d’écraser la concurrence du créneau retro-pop 60s sans forcer.