L’injustice

Aussi incroyable que ça puisse paraître, je ne suis pas toujours ce jeune homme élégant et mesuré, ce gentilhomme humaniste et généreux. Ou plutôt, si… Peut-être ne le suis-je que trop… C’est un lourd fardeau à porter que celui de la perfection et face à ce monde cruel et brinquebalant, je suis parfois colère, je suis parfois révolte. Car vois-tu, je n’aime rien moins que l’injustice. A ne plus pouvoir en dormir la nuit, à me réveiller en sursaut : « Non, il ne se peut, non, non, NON ! ». Les enfants soldats, le réchauffement climatique, le conflit syrien : c’est tellement dur. C’est ainsi que ce matin, j’ai abrégé de dégoût mon petit-déjeuner : il me fallait rendre justice et réparer l’inacceptable.

Il me fallait rendre grâce à Supergrass pour services rendus à la nation Pop.

Supergrass fait partie de ces rares groupes qui ne m’ont jamais déçus. Mieux, ils n’ont selon moi jamais enregistré de mauvais disques. OK, le tout dernier est un peu fade, un peu anecdotique mais mauvais ou médiocre, certainement pas. Et le reste figure carrément dans le haut du panier de ce que l’Angleterre a produit depuis le début des années 90. Et ça m’énerve parce que déjà que de son vivant le groupe n’a jamais eu le succès qu’il méritait, aujourd’hui qu’il a splitté, plus personne n’en a rien à foutre. Alors qu’il fait partie de ses groupes, comme Phoenix ou The Coral, qui ne savent littéralement composer que des tubes.

Supergrass version trio, à la grande époque

Surtout, et c’est là que le groupe devient vraiment très précieux, Supergrass est un groupe fondamentalement joyeux. Sa musique rend joyeux, euphorique même. Un peu à l’instar de Creedence Clearwater Revival, c’est un groupe de rock, ou de pop, peu importe, traditionnel (au sens guitare-basse-batterie) qui donne envie de danser et sauter partout comme un con. Je ne parle pas uniquement de ça, effectivement un hymne absolue à l’insouciance et à l’adolescence, je parle d’absolument tous leurs disques. En ce moment par exemple, je réécoute beaucoup leur 2ème album, In it for the money. C’est un disque que je n’ai non seulement pas acheté à sa sortie: je l’ai acheté lorsqu’ils avaient déjà splitté. Pour une raison que j’ignore totalement, je pensais à l’époque que je ne l’aimerai pas. C’est idiot car j’aime absolument tout ce qu’ils ont fait mais c’est comme ça. D’un autre côté, ça m’a permis d’en avoir un sous le coude en quelque sorte: j’adore ne pas avoir la disco complète d’un artiste et découvrir sur le tard un album que je ne ne connaissais pas, en sachant pertinemment que je vais l’adorer. Et j’ADORE In it for the money, c’est même peut-être carrément devenu mon favori. C’est leur album psyché, très influencé par les Small Faces, tubesque, toujours: la première partie, jusqu’à Going Out incluse est absolument parfaite et me procure un immense plaisir.  Ca par exemple, ça me tue… Si je devais faire un top des chansons qui me rendent hystérique, elle y serait très certainement (avec par exemple Dreaming of You de The Coral ou All the day (and all of the night) des Kinks pour rester dans les britonneries). J’aime aussi beaucoup le 4ème album, Life On Other Planets, très souple et puissant, hyper bien produit par Tony Hoffer, un gars derrière des albums de Beck, Phoenix ou Belle and Sebastian : ça , c’est pas mal pour me donner le sourire par exemple. Ah c’est pas Tristesse Contemporaine qui pourrait en dire autant mon vieux !

Le groupe a paradoxalement sans doute souffert de cette image de feelgood band: moins pointu que Blur, moins fédérateur qu’Oasis, moins génial que Pulp. Pourtant Supergrass excellait aussi dans les moments plus calmes, plus mélancoliques, comme sur son 3ème album éponyme ou le très acoustique Road to Rouen. Sans ostentation, toujours avec une certaine humilité. Et au final, cette modestie, cette générosité les rend non seulement particulièrement attachants mais également extrêmement élégants (oui, comme Creedence encore).

Version quatuor, sur la fin, avec le frère de Gaz aux claviers.

Supergrass était originaire d’Oxford, comme Radiohead. Les 2 ont émergé à peu près à la même époque. Le groupe n’existe plus depuis 3-4 ans. Gaz tente une carrière solo (le mec a un nom de star, Gaz Coombes et il ressemble à ça : il vous fallait quoi de plus les filles?!). Le batteur et le bassiste, tout le monde s’en fout. Radiohead lui existe toujours. Ses membres se font des couilles en or en remplissant des stades et salles immenses au son de leur bouillie prétentieuse et triste comme la mort.

Putain d’injustice.

L’homme moderne

Il y a dans la formidable série The League un formidable épisode au cours duquel le formidable Taco – personnage « lunaire et décalé » comme on dirait sur Le Monde des Séries ou Télérama, ce qui équivaut à peu près à la même chose, en fait un sympathique abruti au QI d’autant plus atrophié qu’il passe ses journées à fumer de l’herbe – pense avoir trouvé le filon ultime avec sa dernière invention : des petites serviettes en papier qu’on pourrait placer dans son caleçon afin d’essuyer en toute discrétion la petite goutelette indésirable post-pipi qui nous a tous tracassé à un moment ou un autre.
NE ROUGIS PAS, NE ME MENS PAS, ne te mens pas à toi-même, regarde-toi en face, tout ça est on ne peut plus normal.

Bref, Taco a trouvé la solution. A un moment, l’immmmonde Ruxin va pisser, se retrouve avec une tache sur son fute, commence à s’essuyer, la baby-sitter débarque, elle pense qu’il est en train de se branler et lui fait du chantage, super super épisode, avec une prestation superlative du génial El Cuñado, bref, c’est super The League, je t’en toucherai peut-être un mot 1 2 C 4 comme on dit plus depuis 2008.

Eh bien Taco avait vu juste.
Taco avait vu Le Futur.
Taco, mon pote, this one’s for you:


Less insecurity, more confidence.

Merci Drysec: je n’ai pas encore utilisé le urinal wipe-dispenser mais je me sens déjà mieux.

L’Angleterre

Sur Grande remise, on aime les States. On kiffe l’esprit Calif’. On porte fièrement ses chemises de cowboys. On slamme sur le canapé du salon lorsque retentit l’intro de Cinnamon Girl ou de Fortunate Son. N’en déplaise aux ronds de cuir et à la bien-pensance: vous ne bâillonnerez pas la libre parole.

Mais on aime aussi l’Union Jack, les fish & chips et la Strongbow nom de Dieu ! C’est même là que tout a commencé.

Aujourd’hui je vais donc te parler de 2 artistes britons qui me tiennent particulièrement à cœur.

Richard Hawley a publié cette année un album qui comme à chacune de ses nouvelles sorties, m’a donné l’occasion de me replonger avec délice dans sa discographie. Une discographie qui sent bon le graillon du Brighton pier ou des pubs à 2 balles de Blackpool. Richard Hawley y a pratiquement grandi dans ses pubs là : son père, et même son grand-père il me semble, étaient déjà des musiciens pro ou semi-pro, aguerris au difficile public familial, prolo et volontiers imbibé des gargottes de Sheffield.

Fockin’ nice cover mate

Il a repris le flambeau et ses références sont pour la grande majorité à aller chercher du côté d’Elvis, de Johnny Cash, de Ricky Nelson. Mais le résultat a ce je-ne-sais-quoi de profondément britannique : peut-être est-ce dû à son accent, à cette indécrottable mélancolie, à cette esthétique de loser magnifique… A ce superbe look de Teddy Boy aussi certainement.

Son dernier album est assez moyennasse, il faut dire ce qui est. Il sonne très britpop 90s, un peu daté donc si on est gentil mais je suis pas ici pour être gentil, vas-y tu crois quoi toi? Alors je préfère dire largué. Disons que si jusqu’ici il excellait à enregistrer des chansons de vieux qu’il parait d’une fraîcheur et d’une intensité incroyables, il a ici commis un disque de jeune qui sonne un peu passé… Pas catastrophique non plus, voire pas désagréable selon son humeur mais en tout cas le plus faible de sa discographie.

– Il est comment le dernier Richard Hawley?
– Moyen.

Parce que le reste mon vieux… Je me suis notamment replongé dans ses 2 premiers: de parfaits compagnons de fin de soirée (il doit être techniquement impossible d’écouter ses chansons en plein jour, je veux dire, faudrait que j’essaie mais je suis sûr et certain que le lecteur bugguerait), de solitude et de cœur qui saigne, d’une simplicité et d’une pureté désarmantes. Bon, Richard Hawley, je l’adore, pas la peine d’en faire des tartines: t’écoutes ça, tu chiales, tu réécoutes, tu rechiales, et toutes ces sortes de choses, l’affaire est pliée.

Quand on entend pour la première fois Neville Skelly, on pense immédiatement à lui: même timbre du mec-qui-a-bu-un-peu-trop-de-single-malt, même classe désuète du mec qui-a-un-portable-mais-depuis-2-mois-à-peine-de-toutes-façons-je-m’en-sers-jamais, même mine fatiguée du mec-qui-s’est-fait-larguer-un-peu-trop-souvent-d’ailleurs-c’est-toujours-lui-qui-se-fait-larguer.

Les tartines de Neville Skelly tombent toujours côté confiture.

Avant ce disque miraculeux, il était même chanteur de doo-wop je crois, ou un truc du genre, c’est dire s’il s’en cogne du prochain Autechre. Mais là où Hawley regarde les fifties dans les yeux, lui se réfère à la décennie suivante (oui, les sixties, c’est bon, la ramène pas, c’était pas bien compliqué). Il est logiquement davantage marqué par le folk et la pop que par le rock’n’roll. Pour pas qu’il y ait de doutes, il reprend Phil Ochs, Jackson C. Frank et les Beatles, 2 fois pour ces derniers.

Surtout, surtout, ô miracle, ô grâce céleste, il a eu le bon goût, le génie même, de se faire accompagner, et de se faire écrire quelques chansons par les membres de The Coral (dont le leader se nomme d’ailleurs James Skelly, oh putain c’est dingue mais ils sont de la même famille en fait nom de Dieu ! C’est fou ça hein, y a des ces hasards dans la vie quand même, moi tu vois j’adore ces moments de pure coïncidence ou tout fait sens, ou le monde semble prendre une tournure logique, ou tout s’arrange. Sauf que non, aucun rapport en fait ils ont juste le même nom): le contraste entre son timbre de voix grave et légèrement plaintif et ces arrangements d’une finesse, d’une délicatesse infinies donne un résultat d’une beauté… Ce sont les plus belles chansons que j’ai entendues cette année et ça n’est pas peu dire car je m’y connais en beauté, et pas qu’un peu, je te prie de croire.

Le look, la voix, les chansons, les musiciens qui l’accompagnent, la pochette: Neville Skelly a tout bon.

Et là  je me suis dit:  mais c’est dingue, voilà, Neville Skelly, j’adore son disque, c’est sublime, oh purée, mais c’est The Coral qui l’accompagne, rhalala c’est bien foutu quand même, y a pas de secret, moi tu vois j’adore ces moments de pure coïncidence ou tout fait sens, ou le monde semble prendre une tournure logique, ou tout s’arrange. C’est très réconfortant.

Comme les chansons de Richard Hawley et Neville Skelly.

Jack White – Blunderbuss


Si j’ai bien eu mon petit frisson White Stripes, un peu comme tout le monde en somme, je ne me considère pas comme un fan de Jack White. Certes, j’ai été bluffé par White Blood Cells et Elephant et je me souviens encore avec une boule au ventre de ce vendredi soir où, exténué par une semaine de dur labeur, je renonçai à la dernière seconde à me rendre au concert du groupe dans un bar. Oui oui, un bar. Où je me serais retrouvé à, grand maximum, 10m du duo. C’était juste après la sortie de White Blood Cells, avant Elephant, Seven Nation Army et le succès planétaire donc. Bon sang… Si j’y étais allé, je pourrais faire comme les 50 millions de connards qui, c’est toujours le cas avec les petits groupes devenus gigantesques, se la racontent et prétendent les avoir vu avant-qu’ils-aient-du-succès-tu-vois-parce-que-dès-Elephant-si-tu-veux-mon-avis-c’est-déjà-plus-pareil. Sauf que moi j’aurais VRAIMENT pu les voir avant tout le tintouin. « Tu te rends compte, si j’étais allé les voir, j’aurais vu leur concert » dirait Johnny. Je me console en me disant que ça n’aurait fait que me rendre encore plus cool et désirable que je ne le suis déjà : je ne sais pas si le monde pourrait le supporter et ma propre capacité à supporter sur mes frêles épaules une telle responsabilité a ses limites.

Tout ça pour dire que mon intérêt pour Jack White est allé en s’amenuisant au fil des années et des projets. Elephant, puis Get Behind Me Satan, puis Icky Thump, OK. Le premier Raconteurs, ouais, bien. Le second, ouais pas mal, mais un peu rien à foutre en fait (je l’ai réécouté du coup : il est génial). The Dead Weather ? Même pas écouté une seule fois.

J’ai quand même jeté une oreille à Blunderbuss, son premier album solo et… ben c’est vachement bien. Du rock whitesque pur jus, savamment mâtiné de country et de soul, c’est propre, c’est inspiré, il est quand même super doué. Et côté comm et marketing, son concept de 2 groupes (l’un composé de mecs, l’autre de nanas) pour assurer les concerts (il joue alternativement avec l’un ou l’autre, parfois les 2 dans la même soirée, au gré de ses envies) est une putain de bonne idée, presque aussi bonne que celle de la charte graphique de son premier projet. Donc, pour résumer, Blunderbuss, c’est bieng, il faut l’écouter.

A bientôt.

Avertissement

Il y a dans la population française, et donc parmi les lecteurs potentiels de Grande remise, des utilisateurs des mots/expressions suivants :

 Sympa

Ca marche

Au jour d’aujourd’hui

Que du bonheur !

Smoothie

Plancha

Portefeuille de compétences

Je vais être très clair : si tel est ton cas, je n’aurai de cesse de te traquer et de te débusquer pour mettre fin à ce carnage.

Bonne journée. Mais je t’ai à l’œil.

Ween

Les années 80 ont été les années fric et fun. Je dis ça mais j’en sais rien au fond, je répète juste ce qu’on dit/lit partout : pour moi c’était plutôt les années Panini, chocolat Poulain et Croque Vacances.

Les années 90, celles de la génération X, d’un certain désenchantement ou au moins d’un recul ironique, du second degré. Les noughties comme on dit quand on veut se la donner, auront en un certain sens orchestré la rencontre de ses 2 philosophies en apparence contradictoires : on s’amuse, oui, mais en en ayant une conscience aiguë.

Côté musique, c’est la décennie ou l’on redécouvre et apprécie à nouveau des styles ou groupes longtemps honnis : Daft Punk s’inspire du Rondo Veneziano sur Discovery, Phoenix place un solo de sax dégoulinant sur son premier album, Beck donne dans le funk le plus putassier. Et ça marche. Mieux : on adore ça. Dans un incessant mouvement de balancier : « rhaaa c’est nul mais c’est trop bon… wow c’est génial (même si je sais que c’est naze)… ouais je sais que c’est pas cool d’aimer ça mais on s’éclate non ? ». Le post-modernisme quoi.

Les années passant, le phénomène s’est accentué : l’un des genres les moins nobles et en tout cas les plus méprisés par la critique et le Bon Goût, le rock californien de la fin des années 70 (ou soft rock ou rock FM) est devenu depuis quelques années l’ingrédient nec plus ultra de la pop la plus efficace, subtile et élégante : Phoenix, encore eux, Midlake, Destroyer ou encore Metronomy, carton critique et commercial de l’année 2011. Un artiste aussi confirmé et affirmé que Rufus Wainwright y a même puisé une inspiration nouvelle et un second souffle sur son excellent dernier album (Out of the Game). Et je parle même pas de la country…

Bonjour, on est Ween et on aime bien faire les couillons sur nos photos.

Ween n’a pas attendu l’an 2000 pour rendre à nouveau cool ce qui était uncool : les premiers enregistrements du groupe datent de la fin des années 80. A l’époque, et pendant longtemps, beaucoup se sont contentés de voir dans le groupe (les faux frangins Gene et Dean Ween aka Aaron Freeman et Mickey Melchiondo) des kamikazes de l’humour über-trash et scato, pastichant avec savoir-faire les styles les plus variés et si possible les plus ringards : muzak, rock progressif, country nashvillienne, funk commercial, rock FM californien, tout y passe, avec des paroles encore aujourd’hui hilarantes de subversion et de potacherie réellement punk. Je parle là d’un groupe qui intitulait ses chansons Des mouches sur ma bite ou encore Hey gros lard (trou du cul).

Attention: pas de gags ou de chansons sketches non, plutôt une atmosphère subversive et un gros penchant pour l’absurde. Comme si la magnifique débilité des Farrelly de Dumb and Dumber se teintait d’humour juif oblique et d’humour noir à la Desproges. C’est ce qui les distingue d’emblée et définitivement du novelty rock comme disent de manière un peu péjorative les anglo-saxons, à savoir du rock « comique ». Ween n’est pas Tenacious D quoi (même si c’est super Tenacious D, mais c’est pas le débat).

Sous couvert de grossièretés et de scatologie bon enfant, leur humour est véritablement dérangeant et inconfortable : on ne sait bien souvent pas sur quel pied danser, voire même si certaines paroles sont censées être drôles ou pas… Ween, des Randy Newman trash ? Pourquoi pas : ils partagent avec le génial binoclard le goût pour les histoires à la 1ère personne, entretenant ainsi la confusion entre ce qu’ils chantent et ce que leurs personnages chantent.

Stylistiquement, c’est un peu la même chose : on croit avoir à faire à un pastiche mais rien n’est moins sûr… Et inversement : on imagine la chanson « sérieuse » mais elle se révèle être une grosse blague.

le logo du groupe

Tout ça est très stimulant, et c’est déjà beaucoup : les fans parleront d’ailleurs volontiers à leur sujet de groupe expérimental, ça me paraît leur rendre justice. Ce qui rend le groupe encore plus indispensable et si moderne dans son post-modernisme exacerbé (le post-post-modernisme, du coup, ça redevient du modernisme non ?) et qu’on a également mis du temps à comprendre, c’est que la plupart du temps, les genres que le groupe a plagiés ou pastichés, il ne les a jamais ô grand jamais parodiés car il les aimait vraiment : son disque de country « traditionaliste » est un gros doigt d’honneur balancé à la face de Nashville et de ses réacs mais uniquement en raison de paroles super crades et politiquement incorrectes car musicalement, il est hyper chiadé, absolument irréprochable, normé au possible. Idem quand Ween fait du Prince, du Steely Dan, du Mac Cartney, du Fleetwood Mac : il ne se moque pas de ces groupes ou artistes, ne les prend jamais de haut, pour la simple et bonne raison qu’il en est fan.

Avec les années, en fait au moment où il aurait pu tirer profit de son approche si originale de l’histoire du rock, Ween est devenu plus respectable : moins de dérapages punk-hardcore, plus de pop ouvragée, de vraies chansons : White Pepper, le chef d’oeuvre de l’âge mûr, comporte ainsi quelques moments de vraie débilité jouissive mais surtout des grands moments de pop classique et américaine : Stay Forever, énorme tube évidemment inconnu, est ainsi l’une des plus belles chansons d’amour entendues ces dernières années, d’une pureté confondante et bouleversante.

Après  un dernier album où le groupe est revenu à ses miniatures d’humour à caractère très private (vous savez quand vous prenez une voix à la con pour chanter une chanson et faire marrer vos potes ?  Ween les enregistre ces voix à la con et en fait même des albums entiers), le groupe est aujourd’hui en stand-by pour une durée indéterminée. En tout cas ses 2 membres semblent évoluer séparément : Aaron Freeman a annoncé la fin du groupe et a sorti cette année un album sous son propre nom ; Mickey Melchiondo a lui statué que le groupe ne splitterait jamais tant que ses 2 membres fondateurs seraient en vie. Pour l’instant il loue ses services de guide de pêche, true story.

Élégance. Sophistication. Ween.

Il y a beaucoup de choses à retirer de l’écoute de la discographie de Ween mais il faut absolument en retenir ce qu’il a le plus longtemps incarné, et illustré de la plus belle des manières sur son album le plus connu, Chocolate and Cheese, ci-dessus (du chocolat et du fromage, c’était justement mon goûter favori durant les années 80, comme quoi…) : un groupe fun et idiot certes mais aussi très moderne, quasiment avant-gardiste. Une musique qui a conscience de ne pas être toujours forcément cool, mais qui n’est jamais cynique. La bande-son des années 2000-2010, qui brasse tous les genres sans complexes ni hiérarchie aucune, avec 10 bonnes années d’avance. Un groupe qui comprend que trop de second degré tue tout et qu’il ne faut donc pas avoir peur de revenir à un premier degré sincère et pur, fut-il d’une débilité/naïveté à toute épreuve. Un groupe finalement génial au sens propre du terme, précurseur et influent : sans lui, pas de Beck, pas de Daft Punk. C’est ce qui fait de Ween un groupe mille fois plus important que Radiohead, au hasard. Et, accessoirement, mille fois moins chiant.

Beachwood Sparks

Ca devait être en 2000 je pense, ou 2001 peut-être, je me souviens plus très bien. J’ai également oublié ce qui m’a poussé à acheter le disque, sans doute une critique dans un magazine bien informé. Quoiqu’il en soit, j’ai tout de suite aimé sa pochette, au psychédélisme doux, naïf et enfantin, et son verso, collage bouillonnant, juvénile et gentiment hippie. Je savais bien sûr à quoi m’attendre, et le premier contact, visuel, a confirmé que j’avais à faire à un disque de cosmic american music, autrement dit de pop-folk-country psychédélique et définitivement californien. Sans compter le nom du groupe bien sûr, hommage à cette merveille .

Tro mignon

Bon, je l’ai finalement écouté ce disque et là… Boum : les grands espaces, les Byrds, Laurel Canyon, Gram Parsons, Big Sur, les plages de Los Angeles, les vagues du Pacifique, les chemises à carreaux, tout ça me submerge illico tant le groupe m’apparait comme une synthèse parfaite de tout ce que je recherchais à ce moment-là et que je recherche d’ailleurs toujours.

Alors les vieux cons sont toujours prompts à casser les enthousiasmes des plus jeunes en leur renvoyant le manque d’originalité et la fadeur supposées des objets de leur engouement : « les Beatles ? C’est nul, ils ont tout piqué aux Everly BrothersT-Rex ? Bah, c’est du Eddie Cochran en version commerciale pour les jeunes générations… ». Notez que ça marche aussi pour le ciné : « Leos Carax ? Pffff, une version bourgeoise de Petit Jo, le cracheur de feu de la place St Aubin » (ça c’est moi qui l’ai dit, et c’est pas des propos de vieux con. J’y reviendrai.).

Tout ça pour dire que Beachwood Sparks s’inspirait indéniablement de la scène folk californienne de la fin des années 60, mais j’en avais absolument rien à carrer : c’était MES Byrds, MON Buffalo Springfield, MES Flying Burrito Brothers. Même si j’écoutais déjà passionnément la musique de ces groupes, ils en livraient une version fraîche, revitalisée et surtout contemporaine, chose évidemment essentielle dans le processus d’adhésion et d’identification. Canyon Ride est tout de suite devenu un hymne intime, un Eden musical, un refuge mélodique, harmonique… philosophique même : si mon idéal de vie devait se matérialiser en une poignée de minutes de musique, elles ressembleraient à ça. J’ai beau l’avoir écouté un nombre incalculable de fois, j’ai toujours des frissons lorsque le solo de pedal-steel emmène le morceau encore plus loin dans la rêverie.

Prends ça collection automne-hiver 2013

Un deuxième album a suivi, un peu décevant à mon goût mais pas grave, le mal était fait. Le disque suivant a enfoncé le clou : plus alanguis, cools et laid-back que jamais, plus longs aussi, plus mélancoliques encore, ses quelques titres ont achevé de faire des Beachwood Sparks un de mes groupes fétiches, au même titre que les High Llamas, les Super Furry Animals ou The Coral.

Évidemment, l’annonce d’un nouvel album après un break de 10 ans, m’a réjoui au plus haut point. D’autant que dans l’intervalle, tout ce que le groupe prônait lorsqu’il a débarqué (le folk mélodique, les harmonies vocales, les chemises à carreaux) et dont PERSONNE n’avait rien à foutre à l’époque est devenu non seulement tendance, mais également rentable commercialement. J’aime bien quand un groupe ou un artiste à l’origine d’un courant, a la possibilité de récolter quelques dividendes, ne serait que « moraux », sur les lauriers et brouzoufs amassés par d’autres. Bref, 10 ans après, ils accumulent effectivement papiers et critiques très positifs, un écho et une exposition en tout cas qu’ils n’ont jamais eu du temps de leur « activité » (puisqu’on ne sait toujours pas aujourd’hui si le groupe va poursuivre l’aventure). En ce qui concerne les chiffres de ventes, faut pas rêver hein.

Et puis l’essentiel : j’avais un peu peur mais le disque est bon, très bon. Merveilleux même. Je retrouve comme si l’interruption de 10 ans n’avait jamais eu lieu ces harmonies vocales d’une infinie modestie et douceur, cette identité mélodique si particulière, capable de vous élever ou de vous arracher le cœur sur un changement d’accord. La musique de Beachwood Sparks c’est tout simplement la matérialisation d’un idéal, celui de la Californie du Pacifique, des routes côtières, des falaises de Big Sur, du bruit des vagues, de sourires doux et accueillants, de l’endless summer. Et des chemises à carreaux.

Bienvenue

Tu sais que Big Star tire son nom d’une chaîne de supermarchés de Memphis. Et tu as beau l’avoir entendue 600 fois, l’intro de Feel te colle toujours des frissons quand elle retentit.

Tu penses que Village Green Preservation Society des Kinks ou Ogdens’ Nut Gone Flake des Small Faces mettent la pâtée à Sergeant Pepper’s Lonely Heart’s Club Band des Beatles.

LA grande question pour toi c’est pas « Stones ou Beatles ? » mais « Beatles ou Beach Boys ? ». Voire même « Beach Boys ou sunshine pop ? »

Ton âge d’or : la Californie fin 60’s-début 70’s. La bande son : You Know I’ve Found a Way de Sagittarius ou Everybody Knows This Is Nowhere de Neil Young.

Le rock français ? Non : la POP française : Phoenix, Air, Burgalat, Tellier, Rob, Katerine.

Tu milites pour que Fous d’Irène, 40 ans toujours puceau et Supergrave figurent au programme des études de cinéma.

Tu connais ces noms-là : Laure Guibert, Aurélien Wiik, Monia, Martine Sarcey.

Les invités de ton dîner idéal : Will Ferrell, Wes Anderson, Jerry Seinfeld, Sébastien Tellier, Zooey Deschanel et non Gandhi, Jésus Christ, Karl Marx, Marie Curie.

Tu continues à aller voir des films mais à quelques exceptions près, ce qui t’as le plus enthousiasmé ces dernières années, tu l’as vu sur l’écran de ton PC : Mad Men, Breaking Bad, Eastbound & Down.

Tu condamnerais volontiers à la peine de mort les gens qui disent Real DE Madrid et non Real Madrid. Par ailleurs, tu as envoyé un courrier au Vatican pour que Casillas soit canonisé et OFFICIELLEMENT renommé San Iker.

Si tu te retrouves dans au moins une des affirmations ci-dessus, tu es ici chez toi. Si tu as tout coché, tu es mon clone et c’est un tout petit peu flippant.

Si en revanche tu n’as rien compris à tout ce qui précède : pas de problème, je recherche un maximum de visiteurs.

Quoiqu’il en soit, et qui que tu sois, bienvenue, je t’envoie

Personne n’est parfait.