Beachwood Sparks

Ca devait être en 2000 je pense, ou 2001 peut-être, je me souviens plus très bien. J’ai également oublié ce qui m’a poussé à acheter le disque, sans doute une critique dans un magazine bien informé. Quoiqu’il en soit, j’ai tout de suite aimé sa pochette, au psychédélisme doux, naïf et enfantin, et son verso, collage bouillonnant, juvénile et gentiment hippie. Je savais bien sûr à quoi m’attendre, et le premier contact, visuel, a confirmé que j’avais à faire à un disque de cosmic american music, autrement dit de pop-folk-country psychédélique et définitivement californien. Sans compter le nom du groupe bien sûr, hommage à cette merveille .

Tro mignon

Bon, je l’ai finalement écouté ce disque et là… Boum : les grands espaces, les Byrds, Laurel Canyon, Gram Parsons, Big Sur, les plages de Los Angeles, les vagues du Pacifique, les chemises à carreaux, tout ça me submerge illico tant le groupe m’apparait comme une synthèse parfaite de tout ce que je recherchais à ce moment-là et que je recherche d’ailleurs toujours.

Alors les vieux cons sont toujours prompts à casser les enthousiasmes des plus jeunes en leur renvoyant le manque d’originalité et la fadeur supposées des objets de leur engouement : « les Beatles ? C’est nul, ils ont tout piqué aux Everly BrothersT-Rex ? Bah, c’est du Eddie Cochran en version commerciale pour les jeunes générations… ». Notez que ça marche aussi pour le ciné : « Leos Carax ? Pffff, une version bourgeoise de Petit Jo, le cracheur de feu de la place St Aubin » (ça c’est moi qui l’ai dit, et c’est pas des propos de vieux con. J’y reviendrai.).

Tout ça pour dire que Beachwood Sparks s’inspirait indéniablement de la scène folk californienne de la fin des années 60, mais j’en avais absolument rien à carrer : c’était MES Byrds, MON Buffalo Springfield, MES Flying Burrito Brothers. Même si j’écoutais déjà passionnément la musique de ces groupes, ils en livraient une version fraîche, revitalisée et surtout contemporaine, chose évidemment essentielle dans le processus d’adhésion et d’identification. Canyon Ride est tout de suite devenu un hymne intime, un Eden musical, un refuge mélodique, harmonique… philosophique même : si mon idéal de vie devait se matérialiser en une poignée de minutes de musique, elles ressembleraient à ça. J’ai beau l’avoir écouté un nombre incalculable de fois, j’ai toujours des frissons lorsque le solo de pedal-steel emmène le morceau encore plus loin dans la rêverie.

Prends ça collection automne-hiver 2013

Un deuxième album a suivi, un peu décevant à mon goût mais pas grave, le mal était fait. Le disque suivant a enfoncé le clou : plus alanguis, cools et laid-back que jamais, plus longs aussi, plus mélancoliques encore, ses quelques titres ont achevé de faire des Beachwood Sparks un de mes groupes fétiches, au même titre que les High Llamas, les Super Furry Animals ou The Coral.

Évidemment, l’annonce d’un nouvel album après un break de 10 ans, m’a réjoui au plus haut point. D’autant que dans l’intervalle, tout ce que le groupe prônait lorsqu’il a débarqué (le folk mélodique, les harmonies vocales, les chemises à carreaux) et dont PERSONNE n’avait rien à foutre à l’époque est devenu non seulement tendance, mais également rentable commercialement. J’aime bien quand un groupe ou un artiste à l’origine d’un courant, a la possibilité de récolter quelques dividendes, ne serait que « moraux », sur les lauriers et brouzoufs amassés par d’autres. Bref, 10 ans après, ils accumulent effectivement papiers et critiques très positifs, un écho et une exposition en tout cas qu’ils n’ont jamais eu du temps de leur « activité » (puisqu’on ne sait toujours pas aujourd’hui si le groupe va poursuivre l’aventure). En ce qui concerne les chiffres de ventes, faut pas rêver hein.

Et puis l’essentiel : j’avais un peu peur mais le disque est bon, très bon. Merveilleux même. Je retrouve comme si l’interruption de 10 ans n’avait jamais eu lieu ces harmonies vocales d’une infinie modestie et douceur, cette identité mélodique si particulière, capable de vous élever ou de vous arracher le cœur sur un changement d’accord. La musique de Beachwood Sparks c’est tout simplement la matérialisation d’un idéal, celui de la Californie du Pacifique, des routes côtières, des falaises de Big Sur, du bruit des vagues, de sourires doux et accueillants, de l’endless summer. Et des chemises à carreaux.

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