#6 Beachwood Sparks

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Eh oui, je passe à autre chose : 3 albums des Beatles (spoiler alert !), un seul des Beach Boys. Pourtant j’ai une nette préférence pour les seconds. Même si avec l’âge… Surtout en ce moment, j’ai un gros, gros retour de Beatles là… J’aurais pu y mettre les coffrets Good Vibrations, les Pet Sounds ou Smile sessions mais ce sont des coffrets…

En ce qui concerne Beachwood Sparks, j’ai tout dit ici.

Top albums 2012

1. Tame Impala – Lonerism

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La pop d’hier, d’aujourd’hui et de demain en 50 minutes tubesques, rêveuses, lysergiques. Un grand trip psyché qui s’achève au son des vagues du Pacifique, parfait. Le disque produit par Kevin Parker pour sa nana, Melody’s Echo Chamber est très bien également.

2. Beachwood Sparks – The Tarnished Gold

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Retour inespéré de l’un de mes groupes fétiches. J’ai déjà tout dit ici.

3. Neville Skelly – Poet & the Dreamer

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Richard Hawley s’est à moitié manqué cette année mais c’est pas grave : Neville Skelly a pris le relais d’un crooning anglais sombre et classieux mais versant folk/sixties. Il est accompagné par The Coral, y a pas de hasard. Sans doute ma pochette préférée de l’année.

4. Sébastien Tellier – My God Is Blue

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Un album qui m’a d’abord déçu (je n’aimais pas du tout la seconde moitié). Mais mais mais… Il propose des choses très fortes formellement: ces rythmiques hénaurmes, ce côté pop moscovite grandiloquent. C’est pas un disque tiède du tout quoi. Et puis c’est un grand disque d’amour… Je pense que Tellier essaie avant tout de manière un peu naïve peut-être, par la simple puissance d’une mélodie, d’un changement d’accord ou de tonalité, de toucher à des sentiments très purs. Disons qu’il y a là une croyance très touchante en la puissance universelle de la musique. Ca par exemple, c’est très très fort je trouve. Bon et puis y a eu ce concert incroyable qui biaise totalement mon avis sur ce disque.

5. Ty Segall – Twins

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L’homme de l’année (sauf en France évidemment où il bénéficie de zéro exposition): 3 albums, une compil de singles et à chaque fois que du bon, ou presque. Ici en tout cas c’est un sans faute: du garage-psych-rock qui lévite autant qu’il tabasse. C’est super pêchu, c’est mélodique, c’est malin, c’est joyeux, c’est malsain, c’est Nuggets à mort donc évidemment ça me parle beaucoup!

6. Father John Misty – Fear Fun

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Le grand disque Californien de l’année (il brasse plus large celui des Beachwood Sparks), succédant à celui de Jonathan Wilson l’an dernier . Le mec était batteur pour les Fleet Foxes… Tu m’étonnes qu’il s’y sentait un peu à l’étroit… Super, super album. Très varié, avec des chansons douces, mélancoliques et d’autres carrément enlevées, très basiques.

7. Jim Noir – Jimmy’s Show

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Un de mes pitits chouchous, un des invités potentiels de mes soirées idéales: Jim Noir c’est l’Angleterre pleine de fantaisie, excentrique, élégante et insulaire dont la lignée débuterait avec Lewis Carroll et se poursuivrait avec les Kinks, le Magical Mystery Tour, les Small Faces, Le Prisonnier ou plus récemment Gruff Rhys. Un mec qui écrit des chansons sur le thé, sa maman ou sa vieille Ford Escort. Un mec bien.

8. Spiritualized – Sweet Heart, Sweet Light

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Longtemps le number one mais je m’en suis un peu lassé… Je pense en réalité que l’album n’est pas complètement à la hauteur de son ouverture, LA chanson de l’année (je n’aime pas du tout ce clip ceci dit). Ces 3 dernières minutes ascensionnelles nom de Dieu… M’enfin, je pinaille, ça reste du très très haut niveau tout du long. La pochette WTF de l’année.

9. Neil Young & Crazy Horse – Psychedelic Pill

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Comment fait-il pour rester aussi pertinent et enflammé après tous ces albums, tous ces chefs d’œuvre, toutes ces années, toutes ces vies? Ce mec est un dieu…

10. Damien – Flirt

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Ici

11. Matthew E. White – Big Inner

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Modeste en apparence, assez dingue quand on creuse, le prototype du disque qui se bonifie avec les écoutes et les années. Entre Randy Newman, Allen Toussaint et Dr John, une soul sophistiquée et orchestrale absolument sublime.

12. Air – Le Voyage dans la Lune

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Depuis Love 2, Air semble complètement revigoré, osant à nouveau jouer des morceaux enlevés et rythmés, ne se contentant plus de faire (très bien mais un peu en pilotage automatique) du Air. Très impatient d’entendre la suite de leurs aventures.

13. Rufus Wainwright – Out of the Game

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Après un premier album parfait, Rufus a toujours un peu déçu malgré un talent hors-norme. Il y a encore ici des titres un peu faiblards mais le reste est délicieux: il a eu la bonne idée de lâcher un peu la bride à son producteur, Mark Ronson, qui lui a concocté un son 100% moelleux, 100% esprit Calif’. Ca lui va à merveille alors qu’on l’imaginait pas forcément sur ce créneau.

14. Bonnie Prince Billy & Trembling Bells – The Marble Downs

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Depuis bientôt 20 ans, Will Oldham sort un disque par an (à peu près). Et chacun d’eux, ou presque, mériterait de figurer dans les tops de fin d’année. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Et remet les choses à leur place: une bonne chanson country, c’est souvent un mec et une nana qui se chamaillent amoureusement dedans. La nana vient du Vieux Continent et fait partie des jeunots écossais de Trembling Bells (dont les albums sont d’ailleurs plus que recommandables), le mec c’est donc Will Oldham, Nouveau Continent. Et ça fonctionne à merveille.

15. The Fresh and Onlys – Long Slow Dance

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Groupe garage originaire de San Francisco. Plus pop que Ty Segall ou Thee Oh Sees. Pas leur meilleur, un peu trop produit à mon goût: ils perdent un peu leur mystère, leur côté « spectral » et mortifère (qui leur valaient des comparaisons avec The Coral). Mais ce sont de très bonnes chansons et le disque est très agréable.

16. Thee Oh Sees – Putrifiers II

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Again, from San Francisco, du garage rock mélodique, malin, vicieux. Du garage rock donc. Pochette immonde.

17. Euros Childs – Summer Special

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Non content de porter l’un des plus beaux noms qui soient, Euros Childs écrit depuis désormais plus de 20 ans (il était co-leader de Gorky’s Zygotic Mynci) quelques unes des meilleures chansons pop contemporaines. Cet album est dans la lignée de celui de Jonny l’an dernier (son projet avec Norman Blake de Teenage Fanclub): naïf, enjoué, primitif, mélancolique.

18. The Explorers Club – Grand Hotel

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Encenser Real Estate, Tristesse Contemporaine ou Lescop et balayer d’un revers de la main ce groupe parce qu’il serait passéiste, c’est quand même du gros foutage de gueule : il y aurait donc une hiérarchie dans le revivalisme? Allons allons… Explorers Club écrit de superbes chansons et les interprète impeccablement: c’est tout ce qui devrait compter. Magnifique pochette ceci dit.

19. Rumer – Boys Don’t Cry

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Alors là attention, c’est très précis. On est évidemment pas dans le rock, on est même quasiment plus dans la pop : on est dans la variété. La variété au sens Bacharach et Jimmy Webb du terme mais la variété quand même. Et ici plus qu’ailleurs, faut pas se rater : un milligramme de sucre, une lichette de crème fouettée en trop et c’est l’indigestion. Rumer reste toujours du bon côté de la barrière parce qu’elle a un goût à toute épreuve (reprises de Paul Williams, Todd Rundgren, Townes Van Zandt, ça calme), qu’elle sait s’entourer et qu’elle a une voix à faire passer Karen Carpenter pour Hélène Ségara. Évidemment, pour un fan de Minor Threat, Passion Pit ou Autechre, c’est juste de la soupe : il faut avoir les bons outils pour apprécier ce type de mixtures, c’est pas donné à tout le monde. En revanche, le premier qui dit que le sucre et la crème fouettée sont peut-être pas passé dans sa musique mais directement sur ses fesses a totalement raison.

20. Alabama Shakes – Boys & Girls

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Un des albums plébiscités dans tous les tops qui comptent et c’est mérité. Alabama Shakes c’est un peu le groupe que Kings of Leon aurait pu devenir s’ils avaient pas préféré être U2 à la place de Coldplay et s’ils avaient eu une chanteuse. De la country-soul sudiste comme on l’aime, qui donne envie de tailler la route dans son pick up, une casquette de trucker sur la tête, une serveuse un peu fatiguée ramassée après son service sur le siège passager, une glacière pleine de bières fraîches à l’arrière.

Beachwood Sparks

Ca devait être en 2000 je pense, ou 2001 peut-être, je me souviens plus très bien. J’ai également oublié ce qui m’a poussé à acheter le disque, sans doute une critique dans un magazine bien informé. Quoiqu’il en soit, j’ai tout de suite aimé sa pochette, au psychédélisme doux, naïf et enfantin, et son verso, collage bouillonnant, juvénile et gentiment hippie. Je savais bien sûr à quoi m’attendre, et le premier contact, visuel, a confirmé que j’avais à faire à un disque de cosmic american music, autrement dit de pop-folk-country psychédélique et définitivement californien. Sans compter le nom du groupe bien sûr, hommage à cette merveille .

Tro mignon

Bon, je l’ai finalement écouté ce disque et là… Boum : les grands espaces, les Byrds, Laurel Canyon, Gram Parsons, Big Sur, les plages de Los Angeles, les vagues du Pacifique, les chemises à carreaux, tout ça me submerge illico tant le groupe m’apparait comme une synthèse parfaite de tout ce que je recherchais à ce moment-là et que je recherche d’ailleurs toujours.

Alors les vieux cons sont toujours prompts à casser les enthousiasmes des plus jeunes en leur renvoyant le manque d’originalité et la fadeur supposées des objets de leur engouement : « les Beatles ? C’est nul, ils ont tout piqué aux Everly BrothersT-Rex ? Bah, c’est du Eddie Cochran en version commerciale pour les jeunes générations… ». Notez que ça marche aussi pour le ciné : « Leos Carax ? Pffff, une version bourgeoise de Petit Jo, le cracheur de feu de la place St Aubin » (ça c’est moi qui l’ai dit, et c’est pas des propos de vieux con. J’y reviendrai.).

Tout ça pour dire que Beachwood Sparks s’inspirait indéniablement de la scène folk californienne de la fin des années 60, mais j’en avais absolument rien à carrer : c’était MES Byrds, MON Buffalo Springfield, MES Flying Burrito Brothers. Même si j’écoutais déjà passionnément la musique de ces groupes, ils en livraient une version fraîche, revitalisée et surtout contemporaine, chose évidemment essentielle dans le processus d’adhésion et d’identification. Canyon Ride est tout de suite devenu un hymne intime, un Eden musical, un refuge mélodique, harmonique… philosophique même : si mon idéal de vie devait se matérialiser en une poignée de minutes de musique, elles ressembleraient à ça. J’ai beau l’avoir écouté un nombre incalculable de fois, j’ai toujours des frissons lorsque le solo de pedal-steel emmène le morceau encore plus loin dans la rêverie.

Prends ça collection automne-hiver 2013

Un deuxième album a suivi, un peu décevant à mon goût mais pas grave, le mal était fait. Le disque suivant a enfoncé le clou : plus alanguis, cools et laid-back que jamais, plus longs aussi, plus mélancoliques encore, ses quelques titres ont achevé de faire des Beachwood Sparks un de mes groupes fétiches, au même titre que les High Llamas, les Super Furry Animals ou The Coral.

Évidemment, l’annonce d’un nouvel album après un break de 10 ans, m’a réjoui au plus haut point. D’autant que dans l’intervalle, tout ce que le groupe prônait lorsqu’il a débarqué (le folk mélodique, les harmonies vocales, les chemises à carreaux) et dont PERSONNE n’avait rien à foutre à l’époque est devenu non seulement tendance, mais également rentable commercialement. J’aime bien quand un groupe ou un artiste à l’origine d’un courant, a la possibilité de récolter quelques dividendes, ne serait que « moraux », sur les lauriers et brouzoufs amassés par d’autres. Bref, 10 ans après, ils accumulent effectivement papiers et critiques très positifs, un écho et une exposition en tout cas qu’ils n’ont jamais eu du temps de leur « activité » (puisqu’on ne sait toujours pas aujourd’hui si le groupe va poursuivre l’aventure). En ce qui concerne les chiffres de ventes, faut pas rêver hein.

Et puis l’essentiel : j’avais un peu peur mais le disque est bon, très bon. Merveilleux même. Je retrouve comme si l’interruption de 10 ans n’avait jamais eu lieu ces harmonies vocales d’une infinie modestie et douceur, cette identité mélodique si particulière, capable de vous élever ou de vous arracher le cœur sur un changement d’accord. La musique de Beachwood Sparks c’est tout simplement la matérialisation d’un idéal, celui de la Californie du Pacifique, des routes côtières, des falaises de Big Sur, du bruit des vagues, de sourires doux et accueillants, de l’endless summer. Et des chemises à carreaux.