#32 The Flying Burrito Bros – The Gilded Palace of Sin

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Mon top, à quelques exceptions près, est très conventionnel : que des classiques ou au moins des groupes/artistes que tout le monde connait un tant soit peu désormais. Tu prends l’Iphone du moindre petit branleur à frange du parvis de Saint-Etienne (To Loose reprazent) et tu y trouveras du Phoenix, du Foals mais aussi du Tyler, du Rhianna, du Big Star, du Jackson C. Frank etc. Tout est désormais accessible, le populaire comme le (jadis) confidentiel… C’est bieng. Ils connaissent pas leur chance ces petits cons.

Je fais partie d’une génération qui a découvert certains disques autrement. Laborieusement parfois. Celui-ci, je l’ai découvert assez tard puisque mes dealers officiels ne le possédaient tout simplement pas. Pas le choix. Ou alors il fallait commander, pffff… C’était compliqué parfois la province. La vraie je veux dire, celle où la grande ville la plus proche de chez toi était à 1h de route et ne comptait de toutes façons que 60 000 habitants.

Le jour où je suis finalement tombé dessus, c’était du pur High-Fidelity : je l’ai trouvé sans l’avoir vraiment cherché et j’ai filé direct à la caisse, tout fébrile, comme si quelqu’un allait me le prendre des mains. Je l’ai tendu au patron des lieux, qui a regardé l’objet, m’a regardé, a baissé les yeux, pris une longue inspiration et prononcé ces quelques mots qui ont suffi à sceller une connivence de music nerd : « Super choix… C’est un très très bel album ». Il avait évidemment raison.

Beachwood Sparks

Ca devait être en 2000 je pense, ou 2001 peut-être, je me souviens plus très bien. J’ai également oublié ce qui m’a poussé à acheter le disque, sans doute une critique dans un magazine bien informé. Quoiqu’il en soit, j’ai tout de suite aimé sa pochette, au psychédélisme doux, naïf et enfantin, et son verso, collage bouillonnant, juvénile et gentiment hippie. Je savais bien sûr à quoi m’attendre, et le premier contact, visuel, a confirmé que j’avais à faire à un disque de cosmic american music, autrement dit de pop-folk-country psychédélique et définitivement californien. Sans compter le nom du groupe bien sûr, hommage à cette merveille .

Tro mignon

Bon, je l’ai finalement écouté ce disque et là… Boum : les grands espaces, les Byrds, Laurel Canyon, Gram Parsons, Big Sur, les plages de Los Angeles, les vagues du Pacifique, les chemises à carreaux, tout ça me submerge illico tant le groupe m’apparait comme une synthèse parfaite de tout ce que je recherchais à ce moment-là et que je recherche d’ailleurs toujours.

Alors les vieux cons sont toujours prompts à casser les enthousiasmes des plus jeunes en leur renvoyant le manque d’originalité et la fadeur supposées des objets de leur engouement : « les Beatles ? C’est nul, ils ont tout piqué aux Everly BrothersT-Rex ? Bah, c’est du Eddie Cochran en version commerciale pour les jeunes générations… ». Notez que ça marche aussi pour le ciné : « Leos Carax ? Pffff, une version bourgeoise de Petit Jo, le cracheur de feu de la place St Aubin » (ça c’est moi qui l’ai dit, et c’est pas des propos de vieux con. J’y reviendrai.).

Tout ça pour dire que Beachwood Sparks s’inspirait indéniablement de la scène folk californienne de la fin des années 60, mais j’en avais absolument rien à carrer : c’était MES Byrds, MON Buffalo Springfield, MES Flying Burrito Brothers. Même si j’écoutais déjà passionnément la musique de ces groupes, ils en livraient une version fraîche, revitalisée et surtout contemporaine, chose évidemment essentielle dans le processus d’adhésion et d’identification. Canyon Ride est tout de suite devenu un hymne intime, un Eden musical, un refuge mélodique, harmonique… philosophique même : si mon idéal de vie devait se matérialiser en une poignée de minutes de musique, elles ressembleraient à ça. J’ai beau l’avoir écouté un nombre incalculable de fois, j’ai toujours des frissons lorsque le solo de pedal-steel emmène le morceau encore plus loin dans la rêverie.

Prends ça collection automne-hiver 2013

Un deuxième album a suivi, un peu décevant à mon goût mais pas grave, le mal était fait. Le disque suivant a enfoncé le clou : plus alanguis, cools et laid-back que jamais, plus longs aussi, plus mélancoliques encore, ses quelques titres ont achevé de faire des Beachwood Sparks un de mes groupes fétiches, au même titre que les High Llamas, les Super Furry Animals ou The Coral.

Évidemment, l’annonce d’un nouvel album après un break de 10 ans, m’a réjoui au plus haut point. D’autant que dans l’intervalle, tout ce que le groupe prônait lorsqu’il a débarqué (le folk mélodique, les harmonies vocales, les chemises à carreaux) et dont PERSONNE n’avait rien à foutre à l’époque est devenu non seulement tendance, mais également rentable commercialement. J’aime bien quand un groupe ou un artiste à l’origine d’un courant, a la possibilité de récolter quelques dividendes, ne serait que « moraux », sur les lauriers et brouzoufs amassés par d’autres. Bref, 10 ans après, ils accumulent effectivement papiers et critiques très positifs, un écho et une exposition en tout cas qu’ils n’ont jamais eu du temps de leur « activité » (puisqu’on ne sait toujours pas aujourd’hui si le groupe va poursuivre l’aventure). En ce qui concerne les chiffres de ventes, faut pas rêver hein.

Et puis l’essentiel : j’avais un peu peur mais le disque est bon, très bon. Merveilleux même. Je retrouve comme si l’interruption de 10 ans n’avait jamais eu lieu ces harmonies vocales d’une infinie modestie et douceur, cette identité mélodique si particulière, capable de vous élever ou de vous arracher le cœur sur un changement d’accord. La musique de Beachwood Sparks c’est tout simplement la matérialisation d’un idéal, celui de la Californie du Pacifique, des routes côtières, des falaises de Big Sur, du bruit des vagues, de sourires doux et accueillants, de l’endless summer. Et des chemises à carreaux.