#4 The Best of Badfinger

best of badfinger

Je ne suis pas snob. Du tout. Et encore moins collectionneur. Alors là mon vieux, si tu cherches un collectionneur puriste, t’es pas au bon endroit. Bien sûr, je connais No Dice, Straight Up, je les ai, mais le disque qui m’a fait découvrir et aimer Badfinger, c’est ce best of roboratif. Je le trouve parfait et pour moi, Badfinger, c’est ça. Donc oui, il y a un best of dans mon top.

Que dire d’autre ? Que Badfinger est le chaînon manquant entre les Beatles et Big Star. Que ce groupe humble et à l’histoire tragique me touche profondément. Et enfin que la pochette de Straight Up témoigne d’une audace capillaire difficilement envisageable de nos jours.

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Curb Your Enthusiasm – Larry et son nombril

curb your enthusiasm

J’ai acheté il y a quelques mois ce coffret DVD des 6 premières saisons d’une série que je souhaitais ardemment visionner depuis longtemps. J’ai terminé et j’enchaîne avec les 2 saisons manquantes (edit : mon compte-rendu ici) mais je peux d’ores et déjà livrer mes impressions : il y aura peut-être une baisse de régime ou une amélioration mais ça ne me fera pas changer d’avis puisque je sais très exactement ce que je vais y trouver : ce que j’y trouve depuis 60 épisodes (10 par saison).

C’est l’un des premiers points qui forcent le respect  dans cette série: elle ne varie pas d’un iota, elle suit son cahier des charges à la virgule prêt. On pourrait presque synthétiser en affirmant que le dernier épisode vu est identique au premier, et que si tu aimes le premier épisode, tu aimeras la série. Inversement bien sûr, si t’accroches pas tout de suite, inutile d’insister.

Ce systématisme forcené peut parfois se montrer un peu lassant (la saison 3 m’a ainsi paru un peu trop routinière) mais il est indispensable, inéluctable même : Curb Your Enthusiasm est une série névrotique mettant en scène un grand névrosé, partant de là… Le procédé se révèle au final profondément immersif, voire, pourquoi pas, quasiment expérimental, surtout si on enquille les épisodes en peu de temps.

Pas de grandes intrigues donc et quasiment que des stand-alone (j’exagère un peu). Curb your enthusiasm raconte juste la vie quotidienne de Larry David, dans son propre rôle de créateur de Seinfeld et membre éminent de la communauté hollywoodienne. Il est le seul personnage principal de la série : dans Seinfeld, ils étaient 4, ce qui garantissait, outre l’intrigue tournant autour de Jerry, une, deux ou trois subplots supplémentaires selon les épisodes. Ici, tout tourne autour de Larry David et si il y a bien évidemment des personnages récurrents (sa femme, son agent et son épouse, ses amis), toute intrigue est centrée sur son personnage ou sur les répercussions de ses actions sur son entourage.

Égoïste, roi des pinailleurs, ronchon, bourré de préjugés et de principes, Larry est en quelque sorte une version totalement décomplexée du Georges Costanza de Seinfeld (personnage lui-même très largement basé sur le vrai Larry David. Tu suis ?). Il est souvent décrit comme un anti-héros absolu, un type foncièrement antipathique, une verrue du savoir-vivre, de la bienséance et des conventions sociales. Or c’est selon moi tout le contraire : ce mec est LE héros absolu.

Héros du quotidien qui plus est puisque plus encore que Seinfeld, Curb Your Enthusiasm est un « show about nothing » pour reprendre la célèbre formule, où l’ont peut batailler pendant plusieurs minutes sur la possibilité, ou non, de se servir librement dans un frigo qui n’est pas le sien.
S’il vit et agit selon des codes et des principes qui n’appartiennent qu’à lui, Larry est prêt à aller très, très loin pour qu’ils soient reconnus. Et il impose par là même le respect, forcément, car il est l’incarnation de nos pulsions les plus honteuses, la voix de nos comportements refrénés, l’apparition la plus parfaite du refoulé le plus profond : le type qui va refuser de serrer la main à celui qui vient d’éternuer, qui va faire un scandale parce que la personne qui le précède dans une file d’attente abuse de la générosité d’une vendeuse, qui va se plaindre à la secrétaire de son toubib parce que les magazines de la salle d’attente lui paraissent totalement inintéressants.

Qui va également se comporter de manière inacceptable ou se fourrer dans des situations extrêmement embarrassantes. Et c’est là que la série devient géniale et incroyablement subversive : lorsqu’elle parvient à nous faire prendre fait et cause pour un type dont le comportement en société n’est objectivement pas correct.
Un exemple : je revoyais l’autre jour cette bouse intergalactique de Petits Mouchoirs, qui soit dit en passant mériterait bien un article si j’avais du temps à perdre. Je veux dire VRAIMENT du temps à perdre. Pas comme là quoi… Quoiqu’il en soit, à un moment dans le film, le personnage interprété par François Cluzet pète les plombs et passe ses nerfs sur un gamin qui a selon lui triché lors d’un jeu. Or la scène est grotesque et totalement invraisemblable : Cluzet en fait des caisses, la caméra le condamne complètement, il n’y a aucune ambiguïté, c’est un psychopathe. J’imaginais la même scène dans Curb Your Enthusiasm : elle serait non seulement très drôle mais elle nous ferait en plus insidieusement prendre fait et cause pour Larry. Parce qu’il humilierait le gamin froidement, calmement et que de manière argumentée et avec une sincérité confondante, il démontrerait, que oui, ce petit con a triché et que c’est mal, très mal.

Alors malgré quelques baisses de régime, malgré des rebondissements parfois un peu trop vaudevillesques (quiproquos et incompréhensions à gogo, mais qui participent pleinement de l’aspect rocambolesque du show), c’est absolument génial. Tout et tout le monde y passe : religion, (énormément, notamment le judaïsme bien sûr), racisme, antisémitisme, drogue, handicaps physiques (et mentaux), sexe, toilet humor (l’obsession de Larry pour les toilettes publiques notamment) ça va loin, parfois très loin, mais jamais trop parce que c’est à mourir de rire. Et qu’on entre en empathie avec Larry: « Deep inside, you know you’re him » dit très justement une des tag lines de la série.

Alors oui, l’obsession névrotique, la sur-interprétation des détails du quotidien, la dissection des conventions sociales sont aujourd’hui servis et resservis, souvent galvaudés par tout comique qui se respecte mais le procédé n’a jamais semblé aussi bien mené, aussi pertinent, pour un résultat aussi drôle et incommodant que dans Curb Your Enthusiasm, la série qui ravive les cendres de Seinfeld et te console de la déchéance de Woody Allen.

#3 Alfie – Do You Imagine Things ?

alfie - do you imagine things?
Ah tu l’avais pas vu venir çui-là hein ? Moi non plus à vrai dire. C’est d’ailleurs le cas à chaque fois que je pense à mon top (eh oui, je fais partie de « ces gens » qui pensent régulièrement à leurs tops. Avec un s, absolument): je me dis que je ne peux décemment pas faire passer cet album devant un Tim Buckley,  un Van Morrison, un Robert Wyatt, que, si tu as suivi mon idée, tu ne trouveras donc pas dans ma sélection (Grande remise, le bon goût décomplexé). Et du coup je le réécoute. Et je suis scotché. 10 ans que ce disque me scotche à chaque fois que je le réécoute alors forcément…

Alfie donc. Groupaillon originaire de Manchester et signé à la fin des années 90 sur le label de Badly Drawn Boy. Ils seront d’ailleurs son groupe de scène avant d’enregistrer leurs propres chansons. Premier album gentillet et totalement ignoré, y compris par moi. Deuxième album, Do You Imagine Things ? Boum. Chansons impeccables. Arrangements chiadés mais justes, jamais ostentatoires. Psychédélisme austère et un peu rugueux, lennonien, définitivement lennonien. Et jusqu’auboutiste : My Blood Smells Like Thunderstorms, quel magnifique titre pour une chanson, déjà.  Un genre de sunshine pop mancunienne enfin, donc soleil voilé, pour le moins. Super disque, vraiment. Bon, ok, le chanteur est un peu faible… Un peu quelconque…

C’est précisément ce que j’aime bien également : les mecs ne sont clairement pas taillés pour ces chansons. On les sent un peu désemparés, pris dans une espèce de tourbillon qu’ils ne maîtrisent pas, en pilotage automatique d’un moment de grâce. Comme si tu te retrouvais à emballer sans difficulté et à ta plus grande surprise Charlize Theron dans une soirée : tu ressembles à rien mais on dirait bien que tu lui plais et tout ce que tu peux dire la fascine ou la fait rire. Et en te réveillant à ses côtés le lendemain matin, t’y crois toujours pas. Du coup t’es plus effrayé qu’autre chose et tu donnes aucune suite (Grande remise, le blog où tu chopes Charlize Theron ET TU LA RAPPELLES PAS). Donc la soirée d’après, tu revois tes ambitions à la baisse. C’est très exactement ce a fait qu’Alfie en livrant un 3ème album assez réussi mais beaucoup plus modeste. Puis le groupe jettera l’éponge, découragé par l’indifférence du public (les critiques elles, sont plutôt très bonnes tout du long).

J’aimerais bien savoir ce qu’ils sont devenus tiens… Ils deviennent quoi ces gars qui ont une petite notoriété, sortent parfois un super album mais se voient contraint d’arrêter faute de ventes décentes ? Comme ces joueurs de foot qui malgré une belle carrière n’ont pas acquis un statut suffisant pour se reconvertir en consultants ou panneaux publicitaires et du coup… bah reprennent une vie « normale ». Nicolas Ouédec, typiquement, est aujourd’hui gérant d’un hôtel Première Classe dans la banlieue de Nantes. Merde, Nicolas Ouédec quand même ! Tristesse…

Les films du weekend

Spring Breakers

Je me suis légèrement emmerdé devant le premier tiers, pas franchement aidé par un quatuor d’adolescentes aussi bruyantes que promptes à utiliser leurs téléphones dans la rangée devant moi ni par le montage étrangement malickien. Je me suis finalement pris au jeu et maintenant je me surprends à y repenser en bien : ça ressemble donc à un film que j’ai aimé.
En fait, Spring Breakers, c’est une sorte de Projet X réussi : moins drôle certes mais aussi moins faux-cul, moins réac, plus naïf, plus sincère. On pense d’abord que Korine marche dans les pas moralistes de Larry Clark mais il est plus malin et plus subversif que ça. Plus jeune quoi. La conclusion se révèle ainsi à la fois joliment ironique et profondément morale (ce qui n’est évidemment pas du tout la même chose que chez Clark). Pas mal, voire pas mal du tout donc. Sinon, belle prestation de James Franco mais je manque d’objectivité, je l’aime beaucoup. Les filles sont impec elles aussi, mise à part Vanessa Hudgens qui n’a rien compris et nous montre tout du long comment c’est trop cool de casser son image, t’as vu.

20 ans d’écart

20 ans d'écart
Super !
Ah ça fait plaisir, après L’Arnacoeur, Radiostars et Populaire de voir une comédie hexagonale qui réussit à calquer son programme sur les réussites US du genre tout en gardant une spécificité très française. Qui tient à quoi finalement ? Des détails sans doute : le chauffeur de taxi invisible, le carton pourri dans lequel Efira va fourguer ses affaires de bureau, le look vaguement nappy (en plus casual quand même) de Pierre Niney...
Virginie Efira, en mode « belgian Katherine Heigl« , est taillée pour le rôle mais c’est bien l’épatant jeune homme qui crève l’écran. Tro mignon ❤ Charles Berling est surprenant dans un rôle dans lequel on ne l’attend pas forcément (mais à bien y réfléchir je crois qu’on ne l’attend plus nulle part lui… Si tant est qu’on l’ait jamais attendu quelque part d’ailleurs). C’est drôle (parfois très), c’est émouvant et le fond, très casse-gueule puisqu’encore tabou, ne pâtit pas de l’apparente superficialité de son traitement. On en oublie même les 2-3 défauts ou facilités, que je ne mentionnerai donc pas. Et la bo est chouette.
Vraiment super.

#2 Air – The Virgin Suicides OST

air the virgin suicides

Air fait partie, tout comme Phoenix, les High Llamas, Super Furry Animals, The Coral, Belle and Sebastian (j’ai fait le tour en ce qui concerne les contemporains je crois), de ces groupes « frères », qui m’accompagnent depuis leur première note et ne m’ont jamais, absolument jamais, déçu. Ces groupes qui me font dire à chaque nouvelle livraison « voilà, c’est exactement ça, c’est MA musique ». J’insiste pas, tu m’as compris.

J’aurais donc pu choisir Moon Safari ou 10000 Hz Legend, que je juge tout aussi, sinon plus remarquables encore. Mais j’essaie autant que faire se peut de ne garder qu’un disque par artiste/groupe dans mon top (sauf exception beatleso-neilyoungo-kinksienne). C’est donc celui-ci parce que je le trouve extrêmement cohérent et puissant tout simplement. Aussi planant que Moon Safari mais beaucoup plus dark bien sûr. Gainsbourg meets John Carpenter meets Pink Floyd.

La musique de Air repose sur des fondations profondément ordonnées, cartésiennes, pragmatiques. Parfois trop, comme sur le très (trop donc) lisse Pocket Symphony, leur point de non retour. Rien de plus normal en fait : Jean-Benoît Dunckel était professeur de mathématiques, Nicolas Godin étudiant et grand amateur d’architecture. Mais sur la grande majorité de leurs albums et de leurs enregistrements, ils parviennent à totalement transcender ce côté un peu programmatique, souvent par la grâce d’une mélodie romantique, d’un simple changement d’accord au sentimentalisme exacerbé, pour atteindre une sorte de béatitude, d’extase electro-acoustique absolument époustouflantes. « Entre le cerveau et la main, le médiateur, c’est le cœur » : je connais peu de groupes illustrant aussi parfaitement et rigoureusement l’adage de Fritz Lang.
C’est par exemple le cas sur l’immense Suicide Underground qui clôt l’album en une lente, sourde, solennelle et funèbre explosion planante et synthétique dont 15 ans d’écoutes intensives n’ont aucunement terni la magie.

La petite minute, entre 2’20 et 3’10,, cette alchimie entre la basse de Godin, la batterie de Reitzell et les synthés in space de Dunckel, puis le cut, sec, et la reprise de la guitare, sèche elle aussi, mon Dieu… CA, cette petite minute là, encapsule définitivement pour moi la magie de Air et suffit à les faire entrer à jamais donc mon panthéon personnel.

Bon après, pour être un peu moins mélo-dramatique, j’aime aussi et plus simplement le fait qu’il ait été réalisé en équipe réduite, juste le duo et Brian Reitzell donc, un de mes batteurs préférés.

Brian, je t’assure, y a plus de poussière dans les coins là.

Je ne pense pas beaucoup m’avancer en écrivant qu’on fonctionne un peu tous de la même manière : il y a souvent un moment bien précis qui nous fait comprendre un disque ou une chanson, un moment M de totale empathie, une sorte de connexion cosmique, émotionnelle et intellectuelle à la fois qui logiquement reste gravée dans notre mémoire et associe tel disque/chanson à tel moment.

Cet album-ci m’a tout de suite plu et relativement impressionné (je me souviens l’avoir acheté dès le jour de sa sortie, il était vendu avec un t-shirt, que j’ai toujours d’ailleurs, oui, je suis soigneux, je possède des vêtements qui ont 10, 15, 20 ans et qui sont encore en très bon état, je suis soigneux mais pas maniaque tu vois, alors là forcément, c’est un t-shirt noir et il a un peu délavé mais c’est quand même « TA GUEUUUUUUUULE !!! ») mais il restera toujours associé à l’épreuve du Capes que j’ai passée, et ratée, la même année, sur l’île du Ramier à Toulouse. Je m’y étais rendu en écoutant le CD sur mon discman… Si ça se trouve tu sais même pas ce que c’est un discman… Quoiqu’il en soit, associer Capes et Virgin Suicides… Je crois que mon inconscient essayait de me faire passer un message ce jour-là.

Je garde aussi en mémoire ces propos de Nicolas Godin lors d’une interview télévisée quelques mois après la sortie du film. Il expliquait que Sofia Coppola avait en fait été relativement (quoique poliment) déçue par la bo qu’ils lui avait livrée : elle s’attendait à quelque chose de beaucoup moins sombre, de beaucoup plus moonsafarien (elle a d’ailleurs utilisé Ce matin-là dans le film). Du coup on n’entend pratiquement pas la musique composée spécialement par Air dans Virgin Suicides. Godin semblait le regretter un peu, forcément.
C’est à nouveau ce qu’ils racontent tous les 2 cette fois, à l’occasion du 15ème anniversaire la sortie du disque, et de sa luxueuse réédition, dans cette belle interview pour les Inrocks.

#1 18 Wheeler – Twin Action

Eh ben ouais, ça m’a pris comme ça ce matin pendant que je faisais semblant d’écouter, hochements de tête concernés à l’appui, mon voisin de bureau m’exposer en détail ses plans pour les vacances d’été.
Mes 100 albums préférés. PREFERES j’ai dit. Pas les meilleurs, pas des indiscutables absolus de l’Histoire du rock. Ou pas que en tout cas.
Pas la peine donc de hurler d’effroi, de m’insulter ou de saisir le tribunal international de La Haye à la lecture de certaines entrées : tu y trouveras, c’est certain, des disques totalement anecdotiques voire que tu jugeras mauvais. Voire que moi-même je juge mauvais, c’est dire. Mais je les aime tous d’amour parce qu’ils ont compté à un moment important, parce que j’y suis attaché et/ou parce qu’ils ont eu une résonance et/ou un pouvoir d’attraction très important à un moment ou un autre de ma vie. Et qu’ils l’ont toujours. Et puis de toutes façons, t’auras beau râler tout ce que tu peux, sur Grande remise comme dirait Nikos, c’est moi le taulier.

Et je commence justement par:

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Voilà très précisément un disque anecdotique.

Il est pourtant à mon sens le disque pop parfait (entre Teenage Fanclub et Velvet Crush pour le situer dans son époque).
Tu trouveras en effet derrière cette immonde pochette digne du plus pompier des groupes de metal : refrains canoniques et ensoleillés, choeurs gouleyants, riffs tranchants, solos (j’aime pas « soli ») mélodiques et limpides,  soit la power pop dans toute sa splendide innocence. Y a même le petit passage beachboysien de bon aloi et le mid-tempo countrysant avec pedal-steel réglementaire. Un genre de best of du genre qui n’aura malheureusement pas de suite (pas de suite digne d’intérêt s’entend). Pas grave, le mal est fait en ce qui me concerne : j’écoute toujours très régulièrement ce disque avec autant de plaisir que lors de sa découverte.

Fever Pitch

Mon histoire avec le Real a débuté le 04 novembre 1987.

Je ne dis pas « mon histoire d’amour » car tu sais aussi bien que Nick Hornby et moi qu’il y a tout autant, sinon davantage de douleur et de souffrance là-dedans que de l’amour à proprement parler. En tout cas je m’en sors plutôt bien, je pourrai être supporter de l’Atletico ou du Stade Rennais (encore que, supporter de l’Atletico c’est pas si mal depuis 3-4 ans). Je pourrais même, qui sait, supporter Barcelone… Non mais t’imagines? J’en ai des frissons d’effroi…

Sauf que non, c’est le Real Madrid, et c’est donc très précisément le 04 novembre 1987 que tout s’est joué.

Jusque-là, je DETESTAIS ce club. Par pur esprit de contradiction : ma famille supportait le Real Madrid, il fallait donc que je me trouve d’autres favoris. Aussi simple que ça. Je me souviens pourtant avoir vibré dans mon lit en écoutant en douce à la radio les exploits de Camacho, Santillana ou encore Juanito, auteurs d’exploits incroyables en défunte coupe de l’UEFA notamment (l’ancêtre de la Ligue Europa), inversant plusieurs éliminatoires très mal engagées : victoire 6-1 contre Anderlecht après avoir perdu 4-1 à l’aller par exemple. Dingue ! C’est ainsi au cours de ces années là qu’est né le mythe madrilène de la remontada ainsi que celui d’el espiritu de Juanito, d’après l’état d’esprit bagarreur du premier numero 7 légendaire du Real (avant Butragueño et Raul). Mais je me forçais à contenir mon enthousiasme, je ne voulais pas le montrer. Petit con.
J’adorais sans restriction les allemands en revanche (au début des années 80, c’est les allemands qui étaient au top, et quand on est petit, on supporte les vainqueurs), et je te le dis sans détour : Séville, 1982, France-RFA, j’ai sauté de joie quand les blancs (déjà…) sont revenus au score. Un vrai petit con, vraiment.

Pour en revenir à Nick Hornby, et contrairement à ce qu’il explique si finement dans Fever Pitch, le Real ne s’est donc pas imposé à moi sans raison, comme un fait établi (auquel cas je les aurai supporté dès que j’avais l’âge de m’intéresser à ces choses là, par pur atavisme familial) : il s’est imposé à moi par la puissance de son expression footballistique.

Ce jour-là donc, le 04 novembre 1987, les merengues affrontent le FC Porto en 1/8ème de finale retour de la Coupe des Champions. Le match aller s’est soldé par un 2-1 ric-rac, les guesh sont champions d’Europe en titre, autant dire que le Real n’est pas vraiment en ballotage favorable. Mais ça je m’en fous : je m’installe pour regarder un « gros » match, pas pour vibrer pour l’une ou l’autre des 2 équipes.
Sauf que là c’est le choc. C’est Pet Sounds, Walden, Vertigo. Sous mes yeux, le football. Le Football mon vieux.

Les 11 coupables
Je l’ai encore ce maillot!

Porto marque dès la 22ème minute. A la mi-temps, les guesh sont donc qualifiés. Tout se joue en 2ème période, à l’entrée de Paco Llorente, joueur à l’allure un peu pataude, totalement inconstant, éternel espoir, déception permanente mais capable de fulgurances terrassantes sur son aile gauche. Ce soir-là, il fait l’amour à l’arrière-droit portugais pendant 45 minutes et nous gratifie d’un festival de crochets, de passements de jambes (putain, celui qu’il accomplit sur le but qui amène le 1-1 m’a hanté pendant des années), de débordements en tout genre.
Pour la faire courte, en 2ème mi-temps donc, c’est la leçon : 11 footballeurs atteignent une sorte d’extase collective qui décuple, centuple leur pourtant immense talent individuel. Le doublé du Real est inscrit par celui qui deviendra pour toujours mon héros footballistique absolu, Jose Miguel Gonzalez Martin del Campo, dit « Michel » (oui, LE Michel entraîneur de l’OM et tu vas me faire le plaisir de prononcer son nom « Mitchell ». Tout comme on dit Real Madrid et pas Real de Madrid). Cette 2ème mi-temps, c’est un choc esthétique pur et simple : les arabesques dessinées par les trajectoires de ces petites figures blanches sur fond vert s’impriment à jamais sur ma rétine. J’en suis ému aux larmes. Et je bascule, irrémédiablement.
Cette année là, le Real accomplit un superbe parcours mais se fait sortir salement par un très sale PSV Eindhoven en demi-finale (le même PSV qui avait sorti Bordeaux en quarts, avec notamment l’agression préméditée du poète Ronald Koeman sur Gentil Gana). Cette génération dorée, celle de la quinta del Buitre, ne sera jamais championne d’Europe. Mon plus gros chagrin de supporter, ex-aequo avec la finale de Roland-Garros perdue par McEnroe face à Lendl en 1984.

29 ans que ça dure cette histoire…
C’est complètement con, totalement absurde. Je sais tout ça, tu penses bien… Mais ce soir, je serai encore comme un couillon devant mon écran, à me lever toutes les 3 minutes comme si j’étais sur le banc de touche, et à gueuler comme un connard pour que 11 types en blancs viennent à bout de 11 types en bleu (tu sais bien toi, qu’il FAUT gueuler pour que ça passe). Pour assister, peut-être, comme en 2000, à un geste de ce genre (l’un de mes plus beaux moments de supporter ce match-là). Pour espérer qu’encore une fois, le très gâté et aristocrate public du Bernabeu entre en fusion comme il sait le faire lors des grands rendez-vous, lors de ces remontadas impossibles qui ont émaillé les épopées européennes des blancs. Pour que le Real Madrid élimine Manchester City en 1/2 finale retour de la Ligue des Champions.

Le vide

2 semaines se sont écoulées depuis le dernier article de Grande remise.
Le blog hiberne gentiment en ma compagnie. J’ignore si c’est pareil pour toi mais j’ai des périodes d’hibernation culturelle en quelque sorte : je ne regarde pas grand-chose, je n’écoute pas grand-chose (ou pas grand-chose de nouveau en tout cas), je ne vais pas au cinéma (et je n’en ai pas forcément très envie) pendant 2 ou 3 semaines, 2 ou 3 fois dans l’année. J’hiberne et j’attends que ça se passe.
Bon, là il se trouve que j’ai du boulot. Mais j’éprouve parfois le besoin de faire une cure de silence ou d’écran noir pour mieux repartir à l’assaut. Car je sais pertinemment que très vite je vais redevenir hystérique : je vais avoir 34 nouveaux disques à écouter en 3 jours (et je DOIS les écouter frénétiquement en un minimum de temps, c’est comme ça), toutes les sorties ciné vont m’exciter et je vais stocker 6 nouvelles séries de 12 saisons chacune sur mon DD. Sans compter qu’on arrive dans le money time de la Champion’s League (un article foot te pend au nez, j’aime autant te le dire franchement). En somme, le grand n’importe quoi boulimique et permanent de l’amateur professionnel.

J’ai quand même regardé un truc assez sidérant le weekend dernier. Zahia de Z à A, le documentaire sur la… sur euh… sur Zahia quoi (je ne sais sincèrement pas quel est le métier de cette personne).

Bon, la nana a l’air débile, elle a 4 mots de vocabulaire, c’est le néant le plus total, ok, c’est entendu.

Mais l’intérêt du docu, c’est qu’il s’agit justement d’un docu : on est pas dans Tellement vrai ou Enquête exclusive : c’est un vrai documentaire, chiadé, avec un générique et tout. Et donc un point de vue, logiquement. Tu parles…C’est là que ça devient effarant: on est plus proche du publi-reportage à ce niveau de docilité.

Non pas que je tienne absolument à la charger cette pauvre fille à qui je ne souhaite évidemment que du bien mais enfin, pas une seule seconde on ne s’attarde sur les zones d’ombres, les « mystères » comme dit… mystérieusement la voix off. Ca en devient fascinant.

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A n’en pas douter, LE moment fort du docu

Zahia fait des shootings en Espagne avec 78 assistants, elle loue des locaux immenses et entièrement refaits à neuf en plein Paris, elle emploie 56 couturiers, stylistes, etc, le défilé de sa collection se fait dans un hôtel particulier luxueux et visiblement sublime, avec des dizaines de mannequin et tout ça est tout à fait normal. Zahia, 19 ans, est passée de cadeau d’anniversaire de Ribéry à néo Chantal Thomas en 3 ans et tout le monde trouve ça absolument normal.
Toi tu trouves ça quand même un petit peu n’importe quoi à un moment faut arrêter de prendre les gens pour des cons? Il faudra te contenter d’un « son mécène est un investisseur venu de Honk-Kong ». Mais putain c’est qui ce mec ? D’où vient sa fortune? Pourquoi Zahia? Hallucinant. Il était pourtant là le docu : qui peut financer un publi-reportage arty (le mec se la joue Loïc Prigent du pauvre, c’est dire : décadrages étudiés, instants volés et tremblements signifiants à l’appui) aussi décomplexé ? C’est fascinant. Et je parle même pas du moment ou The Artist redessine la robe de mariée…
Non parce que tout ça, c’est Zahia hein : pendant une heure on te bourre le crâne à coups de « la collection dessinée par Zahia », « le bureau où elle travaille », « j’ai toujours eu envie de dessiner » (pas « j’ai toujours dessiné » tu noteras… On touche peut-être quelque chose du doigt là non? Bah non apparemment, on va plutôt continuer à filmer son cul tiens). Alors que, in fine, on la voit pas tant dessiner que ça la Zahia… Ce qu’on voit en revanche c’est plein de monde qui bosse, ça oui, ils/elles se démènent, pas de problème, et au milieu de toute cette activité une adolescente maladroite (qui, soit dit en passant, se paie une putain de scoliose, sans déconner, c’est pas humain à ce niveau là…) qui se contente de donner son aval à des décisions déjà prises pour elles ou, summum de sa créativité et de son emprise sur ce qui l’entoure, à qui on demande de choisir entre 2 couleurs (spoiler : elle choisit toujours le rose).

J’ai l’air de tirer sur une ambulance mais pas du tout : c’est l’auteur du docu, la chaîne (Paris Première) qui diffuse ce monument d’inanité et de vacuité que je vise (Grande remise, le blog qui sortira le prochain Watergate). Il faut le voir pour le croire. Et on peut le voir ici.

Vas-y, fais pas le malin, je sais pertinemment que je t’ai donné envie maintenant.

Les termes de recherche

Grande remise ne casse pas encore des briques mais son audience croît gentiment semaine après semaine. Et je t’en remercie. Oui, toi aussi : même si je t’énerve, je sais que tu reviens régulièrement te délecter de ma modeste prose.
Certains visiteurs me connaissent, d’autres ont appris à le faire, une troisième catégorie débarque ici après avoir saisi quelques termes bien précis dans Google.

C’est là que ça devient drôle. Petit best of:

Ugo Koh Lanta beauf (pourquoi pas)
Vanessa Koh Lanta voile (là j’ai quand même envie de dire: WTF?)
Fred Testot mauvais acteur (total respect)
Camille redouble surestimé (idem)
Hippies avec bâton du diable (joli! Et celui ou celle qui a tapé ça est arrivé sur mon papier sur Holy Motors, autant te dire que je suis pas peu fier)
Le Hobbit c’est nul (une évidence)

Sur je sais plus quel article j’ai mis des tags un peu cons et ça a marché : quelqu’un a atterri ici en ayant saisi « Depardieu groland russie ».

Ce qui va se passer c’est que je vais désormais coller des « soccer moms », « dirty secretaries », « blowjob » dans mes tags et Grande remise va tout péter.

Lincoln

Je n’ai pas vu les 2 derniers Spielberg. Tintin je voulais le voir mais je l’ai raté. Cheval de guerre n’était pas prévu mais j’en ai eu de bons échos qui m’ont donné envie (malgré ma crainte des images de souffrance animale). Finalement, le temps que je me décide, il ne jouait plus. Je les ai toujours pas vus évidemment. Tout ça pour dire que j’étais assez motivé pour Lincoln.

Eh bah putain…

J’avais pourtant lu des choses très encourageantes. Des critiques ou avis pertinents, qui soulevaient des choses intéressantes, notamment sur la mise en scène de Spielberg, sur sa vision de l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui… Je savais ce que j’y trouverai en somme, j’étais prêt à recevoir ces informations là et je les ai même trouvées, si je prends un peu de recul.
Le problème (car problème il y a, t’avais bien compris va) c’est que je me suis fait chier comme un rat mort. Tout simplement. Ca va pas plus loin hein mais je me suis fait chier d’une telle force… Je savais que ça mettait un peu de temps à se mettre en place, que Spielberg nous assénerait comme souvent son didactisme et ses gros sabots mais là c’était tout simplement trop. Quel ennui putain… Et puis c’est vraiment TRES didactique. Et puis ce côté l’Histoire En Marche, pfffffffff… A tel point qu’assez vite, j’avais l’impression de voir une espèce de bande annonce parodique (2h30 la bande-annonce quand même) du type de celles que Ben Stiller a concoctées en prélude à Tonnerre sous les tropiques. « There was a time… And a man… » avec la grosse voix priapique et la petite musique de chambre qui annonce immanquablement la phrase ou le moment qui va passer à la postérité…

LE gimmick du film :  une salle de la Maison Blanche, des politiciens, amis ou ennemis de Lincoln qui débattent. M. President se tient au milieu. Silence. Il prend la parole, la plupart du temps pour relater une histoire qui fait écho à la situation qu’ils sont en train de vivre. Ca se produit un nombre incalculable de fois au cours du film, TOUJOURS de la même manière.

Putain de merde il va parler!
Et merde il va se mettre à parler…

Et puis Daniel Day-Lewis… Ah Daniel… THE actor! The artist… Quel couillon nom de Dieu. Dire que ce mec incarnait le nec plus ultra de sa corporation à une époque. Sans que personne trouve à y redire s’entend. Comme Adjani d’ailleurs, l’Actrice Ultime à une époque, à l’unanimité. Pas étonnant qu’ils aient eu un gosse ensemble tiens… Mais qu’est-ce qu’il s’est passé? Ils sont devenus caricaturaux? Ils l’étaient déjà? Ce sont nos critères de jugement qui ont évolué? Ils étaient (trop) ancrés dans une époque? Je n’ai pas la réponse.

Bon en tout cas, Danichou, il nous fait un festival là . Démarche, posture, fantastique… Accent (genre Sudiste mais déraciné tu vois), intonation de la voix, quel génie… Les critiques te l’ont dit: il EST Abraham Lincoln. OK mais enfin… Je veux dire: on a des documents qui attestent de tout ça? De ce timbre voilé, de cette démarche de grand échalas un peu dégingandé, de ce dos vouté? Ouais… Peut-être… Peut-être pas… Le Daniel, je le vois bien imposer sa performance, coûte que coûte, en dépit du bon sens, du réalisme, de la vraisemblance… Du film lui-même.

– Ouais super Daniel mais là tu vois, ce qui serait bien c’est que tu te lève et que tu prenne le tisonn…
– Non.
– Comment ça « non »?
– Comme ça: non.
– …
– Abe n’aurait jamais fait ça. Ca n’est pas ce qu’il me commande de faire.
– Oui mais là c’est moi qui te demande de..
– C’est lui Steven. LUI. Lui qui demande. Lui qui commande. C’est lui qui est venu à moi. Je ne crée rien Steven, je SUIS.

Enfin tu vois le genre: insupportable.