King Tuff – Connexion café, Toulouse

KingTuff
Une quarantaine de personnes seulement pour assister à ce concert dans un bar habituellement dévolu à de l’electro merdique.
Après une première partie locale que je suis bien content d’avoir évité (je suis arrivé sur leur dernier morceau) le King Tuff trio installe son matos tranquilou dans la bonne humeur et en se faisant des hugs tro kawaii.
Ils  annoncent arriver du Primavera et racontent y avoir passé un bon moment. Ils prolongent le plaisir en sirotant du vin rouge sur scène.

Set très court de 45 minutes mais il en fallait pas plus : passé cette durée, ça peut lasser. Là c’était parfait : une douzaine de bombinettes power-pop enchaînées à tombeau ouvert et interprétées de manière un poil hasardeuse (le nombre de breaks ratés par le batteur: lolilol).
King Tuff (aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est un pseudonyme: il s’appelle Kyle Thomas) apparait fidèle à ses chansons: débonnaire, souriant, sans doute un peu pété en permanence. C’est un mec qui introduit une chanson par « you guys make the best wine this song is called I’ll still be a freak when I’m dead » et qui colle parfaitement à la chanson et à cette image de slacker éternel : look de roadie-redneck avec blouson sans manches bourré de badges et clouté « King Tuff » dans le dos. Et une casquette de trucker, forcèment. Très bon look du bassiste moustachu également dans un registre surfer calif’ sur le retour davantage porté sur la bibine que les rouleaux.

Sur Keep on Movin, merveilleux tube évidemment ignoré, King Tuff chante « I let my guitar drool/ That’s how I stay so cool ». Bref, on sent bien le mec qui a davantage potassé les oeuvres complètes de Joey Ramone que celles de Fitzgerald ou Faulkner. Et c’est ça qui est bon ! Thomas possède un vrai talent pour la catch phrase un peu débile mais réjouissante, de préférence parée d’un enrobage hyper mélodique et accrocheur. Car sous ses allures de branleur, le gars écrit des compos inattaquables, toutes des classiques et tubes en puissance. Il faut vraiment écouter son album sorti l’an dernier, c’est une source ininterrompue de joie et de plaisir.

Pas grand chose à dire de plus: c’était court, intense, jouissif et un peu couillon comme un bon single punk-pop. Une chouette soirée « sixteen again » en somme.

Et là, le coup de théâtre, le twist de la mort, digne d’une apparition d’Ole-Gunnar Solskjaer dans les arrêts de jeu: je vois en sortant de la salle que Melody’s Echo Chamber joue au même endroit le lendemain. Non mais c’te folie! Dingue! 3 concerts en 4 jours! Wouuuuuuuuuuuuuuuuh! Spring break forever bitches!

Donc, demain, compte-rendu du concert toulousain de Melody’s Echo Chamber.

Melody's Echo Chamber

Crane Angels / Unknown Mortal Orchestra / Flaming Lips – Festival La Villette Sonique, Paris

Je découvrais le Parc de la Villette, le lieu m’a paru fort agréable et sympathique, quoiqu’un peu frisquet en ce qui concerne la Grande Halle. La température est graduellement montée, de même que l’ambiance même si, encore une fois, j’ai envie de pointer du doigt la relative froideur du public parisien (tu me vois pas mais j’ai le doigt pointé et le sourcil contrarié là).

Ouverture de la soirée par les bordelais de Crane Angels.

crane angels
Je ne les connaissais pas. Je n’ai appris que la veille qu’ils seraient de la partie, je n’ai pas eu le temps d’écouter. Juste lu la chronique de Magic qui parle d’une sorte de Polyphonic Spree en plus âpre. Visiblement le mec ne s’était pas donné la peine d’écouter l’album avant d’en parler parce que rien à voir. Ou alors, s’il suffit d’être plus de 4 sur scène pour évoquer Polyphonic Spree, ok (ils étaient 9). Bon, on s’en fout, je vais pas pinailler là-dessus, c’était mauvais, c’est tout ce qu’il y a à savoir.  Pas en place, bordélique, compositions moyenasses… Mauvais. Hé les mecs, faut bosser un peu hein. Surtout quand on veut jouer les branlotins entre les morceaux. C’est quand même la base ça, merde.

Les choses sérieuses commencent avec Unknown Mortal Orchestra.

Unknown Mortal Orchestra
II (quelle magnifique pochette n’est-ce pas ?) fait partie de mes favoris de l’année en cours, un prétendant sérieux au top 10, voire plus, et leur présence en 1ère partie des Lips a fini de me motiver pour assister à ce concert. Pour situer, si tu ne les connais pas, ils sont un peu à Jimi Hendrix ce que Tame Impala est aux Beatles : une sorte d’émanation à la fois ultra-référentielle et douée de vie propre. C’est déjà relativement évident sur disque, où leur psychédélisme rock affleure même sur les morceaux les plus écrits. UMO crée une musique incroyablement funky au sens « je vais te faire bouger ton p’tit cul » et « je vais te faire le cul » à la fois. Dansant ET sexy donc. Exemple type avec l’un des tubes de l’année, featuring le grand Christopher « Mac Lovin » Mintz-Plasse.

Le parallèle avec Tame Impala devient carrément flagrant sur scène, où les morceaux d’UMO, même les plus calmes, s’étirent en longues jams acides au cours desquelles la guitare de Ruban Nielson s’en donne à cœur joie. Ca peut paraitre chiant comme ça mais c’est tout le contraire : Nielson est un guitariste extrêmement inventif, au style unique (actuellement en tout cas) qui ne se laisse jamais emporter par ses capacités techniques très au-dessus de la moyenne (euphémisme). Pareil pour le batteur, parfait de A à Z. Le bassiste on s’en fout (look vaguement skateur pas très raccord avec les 2 autres d’ailleurs), à tel point qu’on se dit parfois que le groupe fonctionnerait parfaitement en duo guitare-batterie. Bon, c’était bieng, très bieng même. Un peu frustré qu’au final ils aient joué à peine plus longtemps que les branleurs qui les précédaient mais c’était super.

Place aux Flaming Lips donc.

flaming lips
Comment ne pas aimer ce groupe ? Comment ne pas aimer Wayne Coyne surtout, sa dinguerie totale, son enthousiasme débordant, sa voix ? On parle quand même là d’un type qui vit dans cette baraque et qui poste régulièrement sur son compte Twitter des photos de lui et/ou de sa femme à poil. J’aime bien cet épisode là aussi. Et je ne parle même pas des projets les plus fous du groupe, la liste serait trop longue. Je ne placerais pas les Lips dans mon panthéon des groupes contemporains (encore que…) mais c’est un groupe que j’aime beaucoup et que j’admire surtout pour son parcours, son exigence, sa créativité. L’exemple-type du groupe dont tu es ravi qu’il récolte un jour une reconnaissance populaire.

Gros point d’interrogation avant le concert : que vont-ils jouer ? Un best of euphorisant avec ballons, confettis et déguisements ? Une jam inaudible de 3h ? Leur dernier album en intégralité (je penchais un peu pour cette éventualité) ?
En tout cas, la mise en place d’éléments scéniques relativement complexes et élaborés laissent peu de doute quant à la création d’un gros dispositif et d’un show au sens propre du terme. J’ai un sens visuel horrible et des capacités descriptives proches du néant, je me contenterai donc de dire qu’il s’agissait là, en termes purement plastiques et sensoriels, du concert le plus impressionnant et stimulant auquel j’ai pu assister (et c’est un gars qui a vu le Roi Soleil de Monsieur Kamel Ouali qui le dit, autant que tu saches que je plaisante pas). Un déluge de projections visuelles hautement lysergiques, de spots clignotants, de néons et lasers qui collait parfaitement, et ne nuisait jamais, à la musique. Une petite photo pour donner une vague idée de ce que à quoi ça ressemblait (avec notamment les grosses boules métalliques qui m’ont fait penser à Kusama)

flaming lips live
La setlist a savamment mélangé des titres de tous leurs derniers albums (à l’exception d’Embryonic), avec, c’est logique, une majorité de titres du dernier, le si bien nommé The Terror (sublime pochette pinkfloydienne là encore). Surprenant a priori mais très logique là aussi au bout du compte.

Quelle est la grande trouvaille du groupe depuis The Soft Bulletin, l’album qui l’a fait accéder au rang de ceux qui comptent ? C’est selon moi d’avoir réussi à s’approprier des concepts aussi lourds que l’Amour, la Vie, la Mort dans ce qu’ils ont de plus essentiels et viscéraux (la beauté du visage de l’être aimé, la peur de le perdre, le miracle permanent de la Vie) et de l’avoir fait de la manière la plus pure, innocente et belle, qui soit. C’est ce qui fait de Do You Realize ?? leur hymne absolu, la quintessence de leur art pour cette période et une des plus belles chansons jamais écrites (Do you realize / That everyone/ You know/ Someday/ Will Die ?/ And instead of saying all of your goodbyes/ Let them know you realize that life goes fast/ It’s hard to make the good things last/ You realize the sun doesn’t go down / It’s just an illusion caused/ By the world/ Spinning round/ Dooooooooooooooo Youuuuuuuuuuuuu realiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiize ooooooooooooooh oooooooooooh ooooooooooh, ça y est je suis parti).
Parvenir à jongler avec ces concepts sans jamais être niais, pompeux, prétentieux mais au contraire frais, juste et profondément émouvant est absolument miraculeux. Dernière parenthèse, ma préférée dans ce registre est My Cosmic Autumn Rebellion, dans le top 3 des chansons-qui-me-laissent-la-gorge-serrée-à-tous-les-coups.

Or sur le dernier album, The Terror donc, ce sont les mêmes thématiques que le groupe aborde mais en allant cette fois à fond dans le côté obscur de l’angoisse (celui qui crée une peur panique, une terror) et non sur son versant lumineux (celui qui insuffle la pulsion de vie). Tout n’est donc qu’affaire d’ajustement pour faire se rejoindre 2 univers apparemment éloignés qui ne sont en fait que les 2 faces de la même pièce. Je m’arrête là je crois que t’as compris.

Setlist surprenante mais parfaite donc et lightshow époustouflant, qui convoquait plus que jamais les qualificatifs de « psychédélique », « psychotrope », « lysergique » souvent appliqués au groupe. En guise de cerise sur le gâteau, une reprise inattendue, WTF et émouvante, totalement Flaming Lips donc, du Heroes de Bowie (« that song makes you feel good, right ? » dira Wayne Coyne à son issue).

Ajoute à ça quelques interventions attendues mais toujours croustillantes du beau grisonnant aux frisettes (évidemment ravi d’avoir appris qu’il jouait ce soir-là dans d’anciens abattoirs) et tu comprendras que j’ai passé une bien belle soirée.

Demain, compte-rendu du concert toulousain de King Tuff !

king tuff

#12 Big Star – #1 Record/Radio City

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Alors je triche un peu là encore mais si je possède évidemment désormais la réédition de chaque album, ma découverte de Big Star s’est faite via l’édition regroupant les 2 disques sur le même CD (je préfère néanmoins #1 Record si jamais tu te posais la question).
Qu’est-ce qu’il me faisait envie ce disque ! Mais j’ai attendu plusieurs années avant de pouvoir jeter une oreille dessus. J’ai d’abord dû tomber sur le bon disquaire.

Bon, quoi d’autre ? Rien oeuf corse. Cette musique est l’évidence même. A chaque écoute (A CHAQUE ECOUTE) je suis toujours autant surpris/atterré/scandalisé/peiné (enchaînement dans cet ordre exact) que le groupe ait eu si peu de succès. Incroyab’. Ce son… L’impression d’être à bord d’un jet, ou d’un quelconque bolide élégant, puissant, fuselé, rapide, souple. Un moment de grâce sans cesse renouvelé.

J’ai versé une larme quand j’ai appris la mort d’Alex Chilton, c’est la première fois que ça m’arrivait pour un artiste. J’étais au bureau, j’ai évidemment rien dit. Petit flottement : un mec de 37 ans qui a les yeux humides, on a dû penser qu’il m’arrivait un truc super grave, que je venais d’apprendre la maladie ou la mort d’un proche. J’aurais dû dire que c’était exactement ce dont il s’agissait.

Les gamins – critique

Eh bien ma foi, voilà un film fort sympathique. Un film assez paradoxal puisqu’aussi mauvais que sympathique. Mais mauvais pour une très bonne raison : parce que trop généreux, du coup trop plein, mal équilibré etc.

Le pitch est en gros l’exact inverse de celui de Mon beau-père et moi : un jeune mec et son futur beau-père s’entendent à peine les présentations faites, ou presque, comme cul et chemise (j’aime beaucoup cette expression qui n’a aucune raison d’être : au nom de quoi un cul et une chemise devraient-ils bien s’entendre ? Un cul et un zlip, ok, une chemise et un torse, je dis oui. Un cul et une chemise ? Mystère.). D’ailleurs, on a comme dans le film de Jay Roach très rapidement droit à la scène de huis-clos en voiture entre les 2 intéressés. Toujours est-il qu’ici, ils s’entendent comme larrons en foire (voiiiiiiiiilààààààà, lààààààà d’accord) et que le beau-père (Chabat, impecc en quinqua dépressif qui passe ses journées sur son canap’ devant MTV Base), nous fait sa petite crise de la cinquantaine et retourne en adolescence, tandis que son beau-fils (Max Boublil, en mode placement de one man show) remet tout en cause et décide d’annuler le mariage.

les-gamins
Les gamins
se rapproche beaucoup dans l’esprit, de Radiostars : même humour totalement décomplexé, très référentiel et tributaire de la neo-comédie américaine. Ici aussi, on veut en faire beaucoup, montrer comme on a bien tout assimilé, comme on est capable de faire aussi trash que les ricains. Alors on en fait souvent trop, et parce qu’on ne veut absolument rien oublier, on ne bosse pas assez ses scènes/gags ou son scénario (celui-ci est particulièrement cousu de fil blanc, oui ce papier a pour objectif de placer un maximum d’expressions toutes faites).
Donc après un premier gros quart d’heure assez formidable, ça part gentiment en couille et ça n’a pas le talent de ses ambitions. Mais ça distille régulièrement des gags ou des répliques épatantes, jusqu’à la toute fin, et l’ensemble dégage suffisamment d’énergie et d’enthousiasme pour qu’on ne s’ennuie pas et qu’on passe malgré tout un bon moment.

Quoiqu’il en soit, c’est un film qui va dans le bon sens et qui, tout comme Radiostars donc, fera peut-être partie dans quelques années, des précurseurs d’une vague de bonnes comédies françaises. C’est tout le mal que je te souhaite.

#11 Belle and Sebastian – If You’re Feeling Sinister

belle and sebastian-if you're feeling sinister

Je suis passé à côté de ce disque et de ce groupe pendant un moment. C’est con quand même vu ce qu’il représente pour moi aujourd’hui…

A l’époque de la sortie de cet album, je commençais à m’ « ouvrir » à d’autre univers musicaux (il était temps…). J’écoutais de plus en plus de folk et de country, de pop late 60’s, un peu de soul, un chouïa d’electro (pardon, pas de l’electro: du trip-hop.).
Ce que je lisais sur B&S ne m’attirait pas. Il ressortait des différents articles qui leur étaient consacrés l’image d’un groupe caricatural, de quasi-autistes un peu versés dans les bondieuseries, d’ayatollahs de l’indie-pop touche-pipi etc. Moi je commençais à être à fond dans Beck, Ween et Johnny Cash donc bon…
Un an plus tard peu ou prou j’ai même reçu The Boy with the Arab Strap qu’on m’avait demandé de chroniquer. Et puis finalement non, la chronique n’était apparemment plus d’actualité : je n’avais toujours pas écouté le disque, du coup je l’ai laissé dormir sur une étagère…
Mais c’est une chronique de cet album qui m’a convaincu : l’excellent Stéphane Deschamps des Inrocks y disait en substance qu’on parle toujours des disques qu’on emporterait sur une île déserte mais que les membres de B&S eux, n’en emporteraient aucun puisqu’ils la jouaient cette musique d’île déserte. Ca m’a plu, du coup j’ai écouté et là évidemment, c’est devenu illico un de mes groupes fétiches.

Rétrospectivement, on réalise à quel point cet album est… parfait. De la première à la dernière seconde, de A à Z, il semble pensé, conçu, écrit, interprété en sachant en permanence quel résultat obtenir et comment l’obtenir.
On constate également qu’il marque un tournant dans la carrière du groupe, la fin d’un époque (déjà, après seulement 2 albums.). Après ... Sinister, Stuart Murdoch lâche du lest, permet à ses acolytes d’écrire et/ou interpréter certains titres. Les albums du groupe se diversifient un peu, peu à peu, et ne sont plus exclusivement des ouvrages de folk-pop late 60’s (pour résumer).

Beaucoup regrettent ce qui est généralement et sans doute à raison considéré comme l’âge d’or du groupe mais pas moi.
J’aime la façon dont le groupe a évolué, en s’ouvrant de plus en plus vers l’extérieur (essentiellement la blue eyed soul), tout en restant fidèle à ses manies de vieux garçons/vieille fille.
Tous ses albums consécutifs contiennent au moins une ou deux compositions mémorables et estomaquantes. Sur The Boy with the Arab Strap, le titre éponyme bien sûr ou Seymour Stein, premier sublime enregistrement du guitariste Stevie Jackson auquel Jack Black a rendu un vibrant hommage. Sur Fold Your Hands…, The Model ou The Wrong Girl. Sur Dear Catastrophe Waitress, peut-être celui que je préfère avec …Sinister, I’m a Cuckoo, Wrapped Up in Books. Sur The Life Pursuit, Another Sunny Day, sur le dernier, I Didn’t See It Coming.  Bon, je pourrais en citer une bonne vingtaine.
Je dirai en guise de conclusion que Belle & Sebastian fait partie de ces rares groupes/artistes qui n’ont selon moi jamais publié une seule mauvaise chanson.

Mud – critique

Il y a les films qu’on aime parce qu’ils ressemblent à un possible prolongement de notre propre existence Les coquillettes) et il y a les films qu’on aime parce qu’ils sont l’incarnation de notre vie rêvée, d’une existence fantasmée. Je n’ai plus 14 ans depuis quelques années, je ne vis pas en Arkansas et je suis bien incapable de remettre en état une épave de bateau de mes propres mains : Mud appartient donc à la seconde catégorie. J’ai en tout cas trouvé là un duo de films parfaits qui devraient se retrouver aux premières places de mon top de fin d’année.J’arrête de parler de moi pour une fois.

Le pitch, rapidement: deux jeunes adolescents tombent par hasard sur un île au milieu du Mississippi, non pas sur Joe l’Indien mais sur un homme en cavale qui se fait mystérieusement appeler Mud (McConaughey). Il leur raconte qu’il a assassiné l’amant de la femme qu’il aime depuis toujours (Reese Witherspoon, en mode cagole de l’Arkansas abîmée par la life), et qui est censée le retrouver. Les deux gamins vont l’aider à remettre en étant un bateau abandonné afin qu’il puisse fuir avec sa belle et échapper à la justice. Mud est un film d’une rare générosité. Un film idéal qui embrasse à la fois la mythologie de l’Americana (la countriste, les casquettes de trucker, les pick up, les bars miteux, les motels lambda : tout est là), les rêves et les désillusions de l’enfance, l’apprentissage de la vie d’homme, de l’amour, la vérité d’une amitié, les réalités de la vie de couple, le rêve, le fantastique, la comédie, le polar. Et l’aventure. L’Aventure, mec.

Un film-somme, un genre de best-of de ce que le cinéma peut offrir de plus vrai, de plus irréel, de plus beau, de plus émouvant. On rit, on pleure, de joie, de tristesse, on a peur, on sursaute, on vibre…Jeff Nichols se rachète ici totalement à mes yeux : Take Shelter manquait foncièrement d’épaisseur romanesque, de croyance en une véritable fiction. Cette fin ouverte que les défenseurs du film louent s’apparentait pour moi à une tiédeur, une impossibilité de trancher de la part du cinéaste qui ne jouait pas vraiment en sa faveur : savait-il lui-même ou il voulait en venir ? Et quand bien même il savait très bien ce qu’il faisait, en quoi cette fin valait-elle mieux que celle du premier petit malin venu et des twists épate-la-galerie qu’on ne peut plus souffrir ? Évidemment, tout cela était supérieurement filmé et mis en scène…

La filiation de Mud avec Take Shelter est évidente mais Nichols semble n’avoir gardé de son précédent film que le meilleur : le contexte, les personnages issus de l’ultra-prolétariat des small towns de l’Amérique profonde et le regard profondément humain et plein d’empathie qu’il porte sur eux, mais surtout l’omniprésence de la nature et le goût pour le fantastique, d’autant plus impressionnant et évocateur qu’il est vu à travers les yeux de 2 jeunes adolescents (sublimes scènes de nuit sur l’île ou au fil de l’eau). Nichols y ajoute donc cet ingrédient qui peut, parfois, éventuellement, moi je dis ça je sais pas hein, s’avérer important : la fiction. Mud n’a pas peur de raconter une histoire (tant et si bien qu’il en raconte plusieurs) et de clore chacune d’elles sans ambiguïté, sans qu’absolument aucun personnage ne soit laissé de côté. Et il a la suprême élégance, la générosité ultime de nous laisser sur… Sur un plan que je ne dévoilerai évidemment pas.
Et j’ai même pas parlé des 2 gamins, fantastiques, de MacConaughey, au-delà de tout éloge…

Va le voir, c’est tout ce que j’ai à ajouter. Ca me fera plaisir et plus important, ça te fera du bien.

La session de rattrapage 2

Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes

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Alors oui, évidemment, c’est très bien réalisé, c’est fluide, c’est prenant bla bla bla. Mais enfin… Il est quand même sacrément largué plastiquement/esthétiquement Fincher non ? A part Zodiac qui l’oblige par la force des choses à se débarrasser de ses tics habituels, tous ses films se déroulant à notre époque sont d’une laideur… Et vas-y que je te colle des filtres jaunasses (ou verdâtres) partout, que j’appelle Trent Reznor à la rescousse pour glauquifier encore tout ça… Pfffff c’est cliché bon sang… Et puis ce penchant pour le cyber-punk… Oui, c’est bon, t’énerve pas, je sais qu’on dit plus « cyber-punk » depuis la fin des années 90 mais justement, il est bien là le problème : Fincher est resté scotché à l’esthétique 90s. Ca me sort du film moi. Enfin, j’imagine que je réagis à ça comme le ferait un fan de Ministry devant Moonrise Kingdom. Un dernier truc : c’est quoi cette connerie d’anglais à l’accent suédois qu’adoptent les acteurs ? Ils peuvent pas parler anglais normalement ? Ou alors à ce moment-là, pourquoi ne pas prendre des acteurs suédois ? Ca évidemment…

Bon, la scène « clé » dans la maison du tueur est magistrale évidemment et la fin est chouette, je dis pas, et du coup j’ai quand même salement envie de voir la suite. Comme quoi, malgré les 2h30 de tension, investigations, poursuites etc précédant, c’est le volet romance qui l’emporte. En vrai, c’est un petit chaton cette Lisbeth.

Young Adult

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Parfois je me demande si les gens regardent vraiment les films. Ou s’ils sont pas un peu cons (NB : j’ai ma petite idée).

Là par exemple: je crois que j’ai lu UNE critique (sur une grosse quinzaine) qui a selon moi mis le doigt sur ce qu’était réellement ce film. Toutes les autres, qui avaient presque réussi à me dissuader de le voir, parlent soient d’une comédie gentiment vitriolée (non mais je rêve, genre un truc pour lectrice de Fémina qui voudrait s’encanailler avec un peu de mauvais esprit) soit d’un objet détestable de coolitude condescendante (NON MAIS JE RÊVE). Heureusement, j’ai été bien conseillé et j’ai fini par le voir (merci, bro).

Ne pas se fier donc aux avis communément répandus : ça n’est pas dans la veine de Juno ou de In the air, films de petit malin avec sourire en coin. La bo est super cool (un film qui débute par une de mes chansons préférées de tous les temps et qui lui donne une importance capitale dans l’intrigue ne peut pas être mauvais) mais tout le reste : not so cool. Descente aux enfers. Voie sans issue. La vraie, celle qui prend les oripeaux du film grand public et qui te salope bien tout ça de l’intérieur. Qui te renvoie à tes propres référents et leur file une bonne grosse baffe dans la gueule.

J’arrête là, je vais pas en faire des caisses : c’est pas un chef d’œuvre, c’est pas un must absolu. Y a des défauts, quelques raccourcis ou facilités, ça parlera pas à tout le monde, et je suis clairement dans la cible donc pas super objectif, je suis d’accord.
En revanche, c’est réellement le film le plus noir que j’ai vu depuis longtemps. Vachement plus sombre que le Fincher justement, et de loin. Du cynisme au sens où on ne l’entend plus, du désespoir même. Et à ce titre il mérite le coup d’œil.

Les films du week end

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Complètement naze. Long, chiant, nébuleux… Nébuleux-naze en plus, nébuleux-« j’ai pas  tout bien compris mais en fait je veux pas savoir tellement je m’en fous », pas nébuleux-« mmmm je n’ai pas tout compris mais bons sang de bois, je vais chercher à savoir parce que je suis diablement intrigué! ». Parfois ridicule (le « havre de paix », franchement…). Sans intérêt en somme.

letempsdelaventure
Un beau film, indéniablement. Belle histoire, belles interprétations, belle mise en scène (très belle gestion des « temps morts » notamment, de l’attente, de l’hésitation). Avec de salutaires petites bouffées d’air frais comiques qui évitent au film de se prendre trop au sérieux.
Je n’ai pas été plus emporté que ça néanmoins pour 2 raisons purement subjectives.
Tout d’abord, ce postulat de départ (le coup de foudre, pour résumer) ne fonctionne jamais sur moi. 3 regards et demi échangés dans le train et c’est parti… Je n’y crois pas, c’est plus fort que moi.
Je n’adhère pas non plus à ce filmage « sensible et sensuel », gros plans, frémissement des corps, grain de la peau bla bla bla. Ca me gonfle tout simplement.
Bon et beau film donc, mais dont il ne me reste déjà pas grand chose, pour ne pas dire plus (ou moins… Enfin tu m’as compris). J’ai vu des choses autrement plus stimulantes en dévédé, j’en parle très bientôt.

Curb Your Enthusiasm – Larry et son nombril, saisons 7 et 8

J’ai un peu fait le foufou dans mon précédent papier consacré à la série de Larry David en avançant que je pouvais bien en parler dès la fin de la saison 6 puisque tous les épisodes étaient absolument identiques.

J’ai fait le foufou parce que les saisons 7 et 8 du show révèlent non pas une évolution mais une rupture nette avec ce qui précède.
Il me sera difficile d’en parler plus en détails tellement cette rupture est liée à UN évènement bien précis dans la série. Je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher ton plaisir.

La saison 7, quoique sensiblement différente de celles qui précèdent donc, est la plus meta de toutes : elle est celle qui pousse le plus loin la mise en abyme du personnage de Larry, à un niveau proprement étourdissant et, toujours, génial (attention : mot clé). Rétrospectivement, et vu ce qui suit, elle aurait pu fournir une belle conclusion à la série.

Car la saison 8 m’a un peu laissé sur ma faim. Il serait sévère de parler de déception mais enfin…
L’action se déplace à New-York, ce qui est en soi on ne peut plus logique quand on connait le bonhomme, sa vie, son œuvre. Le problème c’est surtout qu’elle se ramifie trop, qu’elle multiplie trop les possibles, tout en n’ayant pas véritablement d’arc bien défini, perdant ainsi de son caractère monomaniaque et névrosé. Ce sont de menues réserves car la série balance toujours très régulièrement des fulgurances géniales, et le tout dernier épisode (qui pourrait être le series finale, le show n’ayant pour l’instant pas été officiellement renouvelée), mettant en scène un gamin neo-gay et Michael J Fox (ou plutôt la maladie de Parkinson de Michael J. Fox) est lui, intégralement, génial. Curb à son meilleur : inattendu, culotté et super drôle.

Bilan plus que positif donc sur l’intégrale. C’est un must see pour tout amateur de comédies qui se respecte.

Larry David le dit dans les bonus du DVD : on lui demande constamment s’il est dans la vraie vie comme dans la série et lui répond que dans la série, il est celui qu’il rêverait d’être. Comme je le disais dans mon précèdent papier, le Larry fictionnel est un super-héros du quotidien et de la vie en société. Il est le « social assassin » qu’on rêve tous d’être à un moment ou à un autre. Tout le contraire de Louis CK soit dit en passant, dont le show est sans doute celui qui se rapproche le plus de Curb : lui est un véritable inadapté social et il se met en scène dans sa version la plus looseuse, la plus cauchemardesque. Personne n’a envie d’être Louie tel qu’il se représente. Si c’est ton cas, c’est pas une bonne nouvelle pour toi mon vieux.

Je sais plus pourquoi je parle de ça… Ah oui : ce que je voulais dire, c’est que j’ai une admiration sans borne pour les gens qui me font rire. Will Ferrell, Ricky Gervais, Ben Stiller, Kristen WiigAndy Samberg même, il me tue ce mec, pour n’en citer que quelques uns… Ils sont de véritables héros pour moi. Pareil dans la vraie vie d’ailleurs, avec les personnes de mon entourage: j’admire les gens drôles.

Et il y a donc désormais un nouveau pensionnaire dans mon panthéon personnel : entre ici, Larry David.

larry-david

Effets secondaires – critique

tout est sur l'affiche en fait
tout est dans l’affiche en fait

Il y a une vingtaine d’année, le samedi, les 2èmes parties de soirée de TF1 étaient dévolues au désormais mythiques (?) téléfilms de la série Hollywood Night : des pseudo-polars pseudo-érotiques et pas pseudo-nanardesques du tout puisque c’était des vrais gros navets irregardables à jeun.

Leur version prude était quant à elle diffusée le jeudi soir, en 2ème ou 3ème partie de soirée : des thrillers ou polars pseudo-hitchcockiens, avec maris adultères, femmes manipulatrices (ou l’inverse), baby-sitters instables et meurtrières etc. Avec au générique de préférence d’anciennes gloires des meilleures séries de l’époque (entrez ici Shannen Doherty, Rob Estes et Lorenzo Lamas). Petite parenthèse pour finir cette longue introduction mais tu vas voir je sais très bien où je vais en te remémorant tout ça : au même moment, M6 était nettement plus pointu avec ses Jeudis de l’angoisse qui diffusaient régulièrement des De Palma, Argento ou Cronenberg (pas mal de bouses aussi, c’est vrai). Suivi de Rock Express ou Metal Express avec Laurence Romance. Puis les clips. Ah, veiller jusqu’à 4h du mat pour avoir l’extrême privilège de s’enquiller un clip de Blur, de Pulp, de Lush et de Beck… Là oui, je m’’égare.

Eh bien Effets secondaires c’est un peu l’ancien téléfilm ricain du jeudi soir sur TF1 mais version gros budget hollywoodien, c’est à dire avec acteurs prestigieux/glamours, réalisation classieuse, sous-texte pseudo-engagé : ici une grOOOOsse machination machiavélique à base de biatchs sans scrupules, une grOOOOsse histoire d’injustice avec innocent accusé à tort comme les ricains les aiment, un mic-mac industrialo-financier très 2013.

Je caricature. Un peu… Si peu… Ca aurait pu être un thriller prenant et édifiant mais le scénario ne sait pas s’arrêter : un vrai mille-feuille au final qui devient un peu trop rocambolesque pour rester convaincant jusqu’au bout. C’est dommage. Mais on passe quand même un bon moment car le côté Bosch de Soderbergh (« du travail de pro ») n’est plus à démontrer. A part ça, Jude Law est très bien mais perd de plus en plus ses cheveux, Rooney Mara a des jambes immondes et Catherine Zeta-Jones est officiellement devenue une MILF.

Voilà, j’ai fait le tour je crois.