Je suis venu à Will Oldham un peu sur le tard. D’abord très parcimonieusement, avant d’augmenter les doses petits à petits, jusqu’à finalement considérer ce type comme une espèce de monstre sacré. Lentement mais sûrement, le meilleur moyen de trouver un compagnon de route durable.
Je le prenais d’abord pour un monstre tout court : ses disques me foutaient purement et simplement la trouille (tout comme ceux de Bill Callahan d’ailleurs, avant qu’il ne devienne lui aussi un de mes héros). Trop rêches, trop malades. Et puis merde, il est flippant ce mec…
Atel point que c’est le type même de musicien qui me fascine de manière extrêmement triviale et prosaïque (mon côté Voici) : quel est son quotidien ? Il regarde beaucoup la télé ? Il a une femme ? Des enfants ? Il fait quoi quand il fait pas de musique ? Il aime le sport? Ce genre de questions. Que je résumerai par la seule: comment vit-on quand on fait partie des quelques rares personnes sur terre capable de créer une si belle chose ? Ca me fascine… Il écrit des paroles fantastiques, une musique sublime mais il a l’air tellement hors du monde que c’est ce à quoi je finis par penser lorsque je l’écoute : pour moi ce mec est encore plus irréel que Bowie-Ziggy pouvait l’être pour les gens l’ayant connu à l’époque.
Toujours est-il qu’en adoptant son identité de Bonnie « Prince » Billy après des débuts moyennement lolilol avec Palace, Will Oldham s’est peu à peu mis à faire un truc insensé dont on le pensait tout bonnement incapable. Un truc complètement dingue : il s’est mis à chanter. De terrorisante (au bon sens du terme néanmoins), sa musique s’est mise à sonner comme de la musique. Enchaîner ses premiers enregistrements et ce qu’il écrit actuellement ne manque pas de piquant : le grain est toujours là bien sûr mais pour le reste…
C’est donc Lie Down in the Light, sans doute l’album non pas de la maturité (c’te blague) mais celui de la plénitude, comme son titre le suggère. J’adore également les 2 suivants (Beware et Wolfroy Goes to Town) ainsi que son album avec le Cairo Gang (je l’aime vraiment beaucoup celui-là). Et celui avec Trembling Bells. Sans oublier son album de reprises des Everly Brothers sorti cette année. Tout ce qui précède aussi bien sûr même si je trouve que ça manque parfois un peu de recul. M’enfin, TOUT ce que ce mec enregistre est, au minimum, bon.
Et pour revenir au parallèle avec Bill Callahan, j’adore la façon dont tous les 2 ont évolué, incarnant au bout du compte 2 figures totales de l’Americana. Avec le premier qui recherche, et atteint, une forme d’élévation et de grâce… par l’élévation justement, et le second qui semble de plus en plus terrien, lesté par le poids de sa condition.
Mais je reviendrai sur Billou un peu plus loin.
quand c’est aussi bien vu, attachant et drôle, qu’importe le filmage purement fonctionnel : on en redemande (TéléCinéObs)
Voilà un film qui tombe à pic. Sans provocation aucune. Au contraire : son audace est intelligente et cool. (Télérama)
Lynn Shelton en dit ici bien plus sur les relations hommes-femmes que des centaines de comédies romantiques réunies. Et en plus, son film est extrêmement drôle et permet d’admirer la sublime Emily Blunt. (La Croix)
Lapin qu’on prie là… Bon OK, c’est pas les Cahiers, SoFilm, Les Inrocks ou je ne sais quoi, si tant est que leur opinion compte un tant soit peu mais c’est pas Télé 7 Jours non plus quand même.
Dès le début, tout sonne faux pour moi. Dialogues, photo, musique… J’étais surpris de pas entendre Bon Iver (c’est ma nouvelle tête de turc) par exemple mais on nous épargne au moins ça.
Le plus insupportable: les acteurs persuadés de tourner dans un truc hyper audacieux, hyper borderline. Décoiffés savants, absence de maquillage, » Y’ know… I mean… I mean y’know… » tous les 3 mots. Et du « fucking » en veux-tu en voilà bien sûr. Pourtant je les aime bien ces acteurs, surtout Mark Duplass de la grandiose série The League, et Rosemarie Dewitt même si elle s’est fait greffer le nez d’Owen Wilson. Mais là c’est pas possible.
Et puis merde, il faut regarder les choses en face: une maison en bois au bord d’un lac + des confidences nocturnes + un bon mug de café/thé bien chaud dans le petit matin calme + un plaid bien cosy sur les épaules = La parenthèse inattendue de Frédéric Lopez, l’émission la plus horrible/pathétique/ridicule/risible/embarrassante de tout le PAF actuellement. Malgré toute ma bonne volonté, je ne voyais plus que ça au bout d’un moment.
Alerte bonnet péruvien
Bien sûr, le propos n’est pas inintéressant, audacieux même, voire subversif. Mais que de chichis et de conformisme indé pour en arriver là!
Grosse déception donc, vu que je le sentais plutôt très bien.
Jonathan Wilson + Neil Young à l’affiche de cette nouvelle édition du Big Festival sur la côte basque, chez moi, dans l’endroit que j’aime le plus au monde! Et dire qu’il y a encore un mois, j’ignorais complètement qu’ils seraient à l’affiche de ce festival… C’est grâce à mon boulot que je suis tombé par hasard sur l’info. Il aura au moins servi à ça…
Surprise : je me gare très facilement non loin du stade Aguilera où a lieu le concert : j’ai beau connaitre le coin et savoir où trouver une place, ça me parait un peu suspect. J’aurai la confirmation le lendemain que mon impression visuelle n’était pas erronée et qu’il n’y avait pas tant de monde que ça : 8000 personnes pour un tel concert, ça me parait assez moyen.
J’arrive alors que John Berkhout a déjà commencé : ce sont les traditionnels « régionaux de l’étape » du festival, des basques donc (basques espagnols pour être plus précis), qui jouent une espèce d’indie-folk délicate et sans grande originalité. Le leader s’adressait au public en basque entre les morceaux.
Le public justement : pour la 1ère fois depuis très longtemps, je ne fais pas partie des plus âgés. Même si, comme me l’a si bien dit une de mes collègues récemment, je ne suis pas vieux car je suis « jeune dans ma tête ». Je l’ai évidemment giflée et dénoncée aux autorités compétentes sur le champ.
Le public donc, est plutôt varié comme je m’y attendais. Deuxième surprise néanmoins : enooooooooooooooooooooormément d’espagnols (basques espagnols là encore). Ils sont toujours très nombreux dans la région mais là ils sont très clairement majoritaires. J’apprends en discutant avec une nana que la tournée de Young ne passe pas par l’Espagne cette fois, ceci expliquant cela. Pour le reste : des jeunes nappy biarrots (bermuda rose, pull sur les épaules et grosse mèche), leurs parents endimanchés, des vieux babs qui roulent des joints et des fans de Johnny.
Jolie casquette
Je m’approche des premiers rangs pour ne rien manquer de la prestation de Jonathan Wilson, dont le 1er album, Gentle Spirit m’a conquis il y a 2 ans. Proclamé « new king of Laurel Canyon » par la presse anglo-saxonne, il est l’un des plus dignes héritiers actuels de Neil Young et sa présence à l’affiche relève de la plus parfaite évidence.
Son quintet déboule nonchalamment sur scène, super cool, en total look Laurel Canyon 1971. A côté de moi, celui qui semble être le chef d’une bande d’ados excités (i.e. celui a déjà roulé une pelle à une fille) s’écrit « ouais John Lennon ! » : je l’ai évidemment giflé et dénoncé aux autorités compétentes sur le champ.
Wilson a une dégaine d’enfer : grand, mince, cheveux longs, Ray-Bans, boots en daim, chemise à motif navajo, il cartonne.
More cowbell!!
Évidemment, sa musique sur scène est plus musclée que sur son album même si elle ne perd rien ou pas grand chose de son caractère atmosphérique: elle évoque un croisement improbable entre les Black Crowes actuels et Pink Floyd. Il a joué peu de morceaux de son dernier album au bout du compte, privilégiant les nouvelles compositions. Il a joué peu de morceaux tout court d’ailleurs : il a tendance à les étirer au maximum, un peu trop parfois ; c’est d’ailleurs également le seul reproche que je formulerais au sujet de son disque. Jonathan, si tu me lis, et je sais que tu me lis, sois plus concis. Gotta make it shorter dude ! Je pinaille, c’était vraiment excellent. Esprit Calif’ à mort, cruisin’ music classieuse, avec ce qu’il faut de mystère et de mélancolie pour se singulariser. J’avais un peu peur que sa douce voix ne supporte pas l’épreuve de la scène mais pas du tout: là aussi, il parvient à « épaissir » un peu le trait sans rien perdre de sa subtilité ni de sa douceur.
Très pro, le groupe fait abstraction apparente de son passage prématuré (ils ne sont que 3ème sur l’affiche) et de l’indifférence hallucinante du public à son arrivée. Ils sont pro mais sans doute sûrs de leur force aussi : ils assurent comme des brutes, avec classe et compétence et conquièrent logiquement l’audience peu à peu. Tant et si bien qu’ils finiront sous une belle ovation qui m’a fait bien plaisir, avec le sublime Valley of the Silver Moon. Super concert, vraiment, qui laisse présager un excellent nouvel album.
Place à Gary Clark Jr, qui a donc les honneurs de la véritable première partie. Jamais entendu parler de ce mec pourtant (genre, je connais absolument tout tu vois)… Bon, c’était pas désagréable m’enfin… Blues électrique dont on pense de prime abord qu’il pourrait pencher du côté des Black Keys sauf qu’on déchante très rapidement, c’est beaucoup plus gras et démonstratif. Un côté Ben Harper finalement. Vite fatigant. Ca m’a d’autant plus fait regretter que Jonathan Wilson n’ouvre pas pour Neil Young : il aurait été parfait dans le soleil couchant… Au lieu de ça, le gars Clark se touche méchamment la nouille et enchaîne les solos à rallonge. Gros succès auprès du public.
Entracte. Au moment où je veux me rapprocher de la scène (j’avais reculé pour Gary Clark), je constate que le public est déjà en place et les premiers rangs serrés. Du coup je suis bien placé mais un peu trop loin à mon goût. Quel couillon…
Ca s’affaire désormais méchamment sur scène où une armée de roadies installe le matos de Crazy Horse (et non « le matos duCrazy Horse » : ça serait pas tout à fait le même matos). Là ça commence à sérieusement monter en moi quand même…
Bon parce qu’enfin… Neil Young… Autant j’admire certains artistes, autant certains d’entre eux sont même des « héros », des types que j’admire énormément, autant là… On bascule dans une autre catégorie : McCartney, Eastwood, Sean O’Hagan. Et lui.
Je ne vais pas m’étendre, je ne veux pas verser dans le sentimentalisme et je n’ai de toutes façons pas envie d’expliquer ce que cet homme représente pour moi ni de raconter à quel point il a pu m’aider et m’aide encore. Je dirais donc juste que j’étais extrêmement ému à l’idée de pouvoir enfin le voir sur scène. Et, voir le logo du groupe être hissé à l’arrière de la scène une fois le gros du matos installé, n’a pas arrangé les choses.
22h40, les lumières s’éteignent enfin.
C’est ridicule mais à ce moment-là je suis un peu ailleurs: je ne sais plus sur quelle musique ni comment ça s’est passé exactement (ni même s’ils sont arrivés en musique d’ailleurs) mais je vois tout d’un coup 4 vieux types arpenter la scène : l’un d’eux, qui s’installe derrière la batterie, porte une casquette à l’envers. Un autre, un peu fort, porte un t-shirt sans manches à l’effigie de Jimi Hendrix. Pathétiques les vioques… Un 3ème, arborant un chapeau à large bord, s’empare d’une Les Paul noire.
Et là je sais pas ce qui se passe mais au premier accord de guitare, les 4 vieux se transforment comme par enchantement en Neil Young & Crazy Horse. Ils jouent l’intro de Love and Only Love et c’est parti pour 2h15 de masterclass.
Setlist :
Love and Only Love donc : ouverture impeccable, très électrique, qui donne le ton d’emblée. Le groupe se fige dès l’intro dans sa configuration fétiche, devenue sa marque de fabrique sur scène : Sampedro, Talbot et Young regroupés devant la batterie de Molina. Ils sont parfois si proches les uns des autres qu’on jurerait qu’ils se touchent…Un gang. Dont on comprend très vite qu’il se serre les coudes, qu’il s’isole pour mieux s’immerger dans sa musique certes mais aussi qu’il agit ainsi pour décupler sa puissance et bien tabasser son public. Dans ces moments-là, qui se reproduisent très régulièrement et dont on se fout de savoir s’ils sont calculés ou s’ils sont toujours vécus aussi intensément par le groupe après toutes ces années, ces mecs sont beaux. Ils sont vieux, ridés, flapis, ne ressemblent à rien (enfin, si : Billy Talbot et Ralph Molina, à 2 pizzaiolo à la retraite de Little Italy), mais ils sont Crazy Horse, et ils sont beaux. Neil est un peu voûté, grimaçant, il bouge un peu maladroitement et fait la gueule, comme toujours mais il se donne déjà sans compter sur Old Black, sa guitare fétiche. Il a évidemment un charisme de dingue. Et cette voix… « Poncho » Sampedro est déjà souriant, il communique avec le public au premier rang. Talbot est toujours très concentré et il est toujours aussi cocasse de voir un batteur aussi « basique » que Molina derrière une batterie aussi imposante.
Je ne dirais pas qu’ils sont immédiatement en place, ça serait leur faire injure : ces mecs-là sont nés en place. En tout cas ça démarre très, très fort.
Powderfinger : je me doutais qu’ils la joueraient mais malgré une interprétation un peu en-dedans à mon sens, j’ai été complètement cueilli. Ca frise l’irrationnel de manière un peu ridicule là (encore), je me dis que merde, j’y suis… Les « ooooooooouh » de Crazy Horse, putain…
Psychedelic Pill: simple, efficace, un parfait morceau de transition. Parce que juste après, ça déconne pas.
Walk Like a Giant : premier grand moment de la soirée. Epique, dantesque, déchirant. « I used to walk like a giant on the land, now I feel like a leaf floating in a stream ». La fin s’étire de manière totalement improbable, aux frontières de l’expérimental : on se croirait sur Arc, son album uniquement composé de larsens de fins de morceaux. Certaines personnes autour de moi commencent à se dire qu’elles n’auront peut-être pas droit à un concert-best of.
Hole in the Sky : après l’orage, le début de l’éclaircie.
Heart of Gold : début de l’intermède acoustique. Le public est ravi (sans doute un peu rassuré aussi) et reprend toutes les paroles en chœur. Je n’aime pas beaucoup cette chanson (pas par snobisme : j’adore la plupart de ses « tubes ») mais gros frisson lorsqu’il souffle dans son harmonica : c’est encore une image de la mythologie youngienne qui s’anime devant nous…
Human Highway : très chouette interprétation de ce chouette morceau tiré du chouette et sous-estimé Comes a Time
Blowin’ in the Wind : alors là… LE grand moment œcuménique du concert. Grosse émotion chez les vieux de la vieille. Pour moi on est à la limite de la faute de goût. Je veux dire, il a quand même quelques albums derrière lui le mec, c’est pas comme s’il manquait de matière… Et il nous reprend ce… truc… OK OK, je connais son importance m’enfin. J’étais à 2 doigts de le gifler et de le dénoncer aux autorités compétentes.
Singer Without a Song : joli moment avec Neil au piano et Crazy Horse au complet sur scène (et non « leCrazy Horse au complet sur scène »: ça ferait beaucoup plus de monde. Et de nichons, oui, je sais que tu l’as pensé.)
Ramada Inn : LE grand moment du concert pour moi. Neil Young & Crazy Horse mon vieux. Dingue de se dire que ce morceau date de l’an dernier, qu’il n’est pas un classique datant de 30 ou 40 ans. Les solos de Neil sont tous d’une inventivité et d’une violence folles, le beat de Crazy Horse absolument dément. Du psychédélisme électrique à l’état pur. A partir de là le groupe communique beaucoup, sourit, semble bien. Il finira donc le concert totalement furibard, bien décidé à nous laminer avec une triplette d’enfer.
Surfer Joe and Moe the Sleaze, de l’album Re-a-ctor !!
Sedan Delivery, complètement hystérique
Rockin in a Free World : public totalement déchainé, Neil est hilare ( !)
Ils quittent la scène. Tellement de basques espagnols dans le public qu’on ne crie pas « une autre, une autre ! » mais « beste bat ! beste bat ! » son équivalent basque.
Rappel donc :
Mr Soul : puuuuuuuuuuuuuuuuuuutain ! Alors celle-là je m’y attendais pas ! Revisitée par Crazy Horse, c’est presque du punk rock. C’est encore un peu plus la folie chez les purs et durs à ce moment-là.
Hey Hey My My (Into the Black) : l’épaisseur, la lourdeur du riff putain, je peux presque le toucher. Là c’est comme pour Powderfinger, t’as beau te douter que tu vas y avoir droit, t’es cueilli et tu fonds.
Et c’est fini.
Ils s’attardent sur la scène pour saluer le public, très chaleureusement, tout sourires. 2h15 de pur rock électrique, psychédélique et mélodique, interprété de façon MA-GIS-TRA-LE. Je regarde autour de moi: nous sommes plusieurs à être un peu sonnés.
Ils n’ont pas joué Cinnamon Girl ni Everybody Knows This Is Nowhere comme je l’espérais mais si je commence à lister celles que j’aurais aimé entendre, t’en as encore pour 4000 signes à me supporter.
Non, la setlist était parfaite, faisant la part belle à Psychedelic Pill, un disque sorti l’an dernier. Après 44 ans de carrière (avec Crazy Horse). A 68 ans. Neil Young putain…
Le groupe qui a eu les honneurs de la 1ère place du top 2012 de Grande remise (ils en étaient très fiers m’a-t-on dit) allait-il se hisser sur scène à la hauteur de ses performances en studio ? Julien Barbagallo, le batteur du groupe et cassoulet pur jus allait il faire honneur à son statut d’enfant prodigue ? Kevin Parker allait-il arpenter la scène pieds nus ou en tongs ?
Autant de questions auxquelles je vais tout de suite apporter une réponse. Comme Jeff Copé: sans langue de bois.
1ère partie assurée par les locaux de Dunst ! Pratiquement rien vu d’eux car la chaleur est déjà intenable dans un Bikini pourtant à moitié vide : c’est pas que l’affluence soit faible, c’est que l’autre moitié préfère prendre le peu d’air frais qui circule à l’extérieur, autour de la piscine. Je suis pas contrariant, je suis le mouvement donc Dunst !, désolé les mecs mais ça sera pas pour ce soir.
J’essaie durant l’entracte de me faire violence pour trouver un coin potable me permettant de bien profiter de ce concert que j’attends impatiemment depuis longtemps. La chaleur est VRAIMENT intenable : une fois la salle (très) remplie, je vais littéralement me liquéfier durant 1h30 (Kevin Parker dira d’ailleurs qu’il n’avait pas eu aussi chaud depuis son départ d’Australie).
Le groupe semble avoir pitié de nous et prend la scène assez rapidement. Ouverture (très) progressive sur Why won’t you make up your mind ?: une boucherie. Bah, c’est pas la peine de tourner autour du pot hein: le groupe fait illico honneur à sa réputation grandissante en live et forcément, dans une salle-studio comme le Bikini, c’est une tuerie immédiate. Les nappes de synthés et les textures si particulières de la Rickenbacker de Parker et de son-comparse-qu-on-s-en-fout-comment-il-s-appelle sont restituées à merveille et le son du groupe bénéficie clairement de la dynamique d’un vrai batteur. Seul petit bémol : ça manquait un poil de basse parfois (sur Feels like we only go backwards notamment, mais sur Elephant par exemple, c’était énorme).
Si le concert est d’emblée excellent, il décolle véritablement pour moi à partir de Solitude Is Bliss, que le public accueille avec tout l’enthousiasme qu’il mérite. « There’s a party in my head and no one is invited ». Décuplée par la puissance de projections video hautement lysergiques, la musique de Tame Impala est plus immersive et psychédélique que jamais. Très attendu lui aussi en ce qui me concerne, Half Full Glass of Wine est joué au milieu du set et non en rappel comme je l’imaginais : dantesque. La preuve right here, right now.
Il ne faut pas écarter l’hypothèse que ces jeunes aient pris de la drogue au moins une fois dans leur vie
La setlist déroule sans fausse note les meilleurs titres du groupe qui fait preuve d’une maîtrise assez hallucinante (seul manquera à l’appel Desire Be Desire Go, petit regret perso), plus 2 jams absolument délicieuses : l’une plutôt funky, l’autre très planante. Tame Impala construit ses morceaux et varie les tempos à merveille : gros frisson de plaisir sur Mind Mischief où le riff est constamment et imperceptiblement accéléré ou ralenti. Ils quittent la scène sur un Apocalypse Dreams absolument sublime, aussi épique et grandiose que son titre le suggère.
Alors pour répondre aux questions (Grande remise, le blog qui ne prend pas ses lecteurs pour des jambons)
– oui, mille fois oui.
– Trop mignon, Kevin Parker nous explique que cette date est très spéciale pour eux pour cette raison bien précise ; que Barbagallo les tanne avec Toulouse depuis des mois et qu’ils sont super contents d’être là. Au-delà du discours démago de circonstance, le groupe a l’air effectivement très content ce soir. Pour marquer définitivement le coup, le fils prodigue revient sur scène revêtu du maillot du Téfécé période Gignac pour le rappel. Il avait d’ailleurs enregistré un hymne à la gloire du club du temps où il sévissait sous le pseudo Le Cube (ce clip détient énormément d’informations…). Et dire que ce petit branleur, je le croisais encore dans le public de tous les concerts auxquels j’assistais il n’y a pas très longtemps… Aujourd’hui il compte Burgalat, Mehdi Zannad, Tahiti 80 et une tournée mondiale avec Tame Impala à son palmarès. Bravo à lui, il le mérite, c’est un fantastique batteur.
J’ai vu Star Trek Into Darkness mais j’ai trouvé ça tellement insignifiant et raté (à vrai dire, je l’ai déjà complètement oublié) que je ne vais pas m’y attarder. Mon temps est précieux en ce moment: j’ai 2 épisodes de l’Amour est dans le pré à rattraper.
Je préfère donc revenir sur un des films phares de l’année dernière.
L’un de ceux que j’avais le plus envie de voir parmi ceux ratés en salle. Et puis avec le temps et les critiques lues, mon envie s’est un peu émoussée.
Le premier mouvement confirme le déclin de ma libido. Pour moi ce sont les acteurs qui pêchent ou plutôt leur travail d’acteurs. On est ici censé se vautrer dans la white-trashitude la plus sordide, dans la fange des bas-fonds de l’Amérique des laissés pour compte et je ne vois que des acteurs prenant un malin plaisir à jouer une partition qu’ils savent trop bien sulfureuse. Tu pourras me rétorquer que cela participe du dispositif théâtral mis en place par Friedkin mais il y a autre chose… En un mot : je n’y crois pas.
Et puis arrive le fameux Killer Joe, en la personne de Matthew MacConaughey. Et là j’y crois. Oh que oui. Ah le con… Suave et obséquieux tout autant que crade, dangereux, vicieux et incontrôlable : il est LA pourriture texane telle qu’on se l’imagine. Incarnation prodigieuse de l’acteur, réellement flippant et dérangeant. Et là comme par magie, c’est parti et tout fonctionne à merveille. La théâtralité de la mise en scène (il s’agit de l’adaptation d’une pièce) ne passe plus seulement par les décors ou la direction d’acteurs, elle semble contaminer la lumière, le son.
A suivre: une réclame pour KFC
Dès lors, et comme on le pressentait, pas d’issue possible pour les personnages au cours d’un dernier acte véritablement hallucinant. Là encore, j’avais lu pas mal de choses le concernant et tu sais comment ça fonctionne: 90% du temps, tes attentes atteignent de telles hauteurs que tu es finalement déçu. Eh bien je peux te dire que tu ne sais pas ce qui t’attends. Fucked up shit, man. J’aime toujours beaucoup les actrices et acteurs qui assurent, de préférence sur le plateau du Grand Journal, s’être « mis en danger » avec ce rôle de « caissière délaissée », de « prof en ZEP » ou de « mère courage se battant seule contre les préjugés ». On dit quoi à ce moment là de ce que fait Gina Gershon dans cette fameuse séquence finale ? Hoooooooooooly shiiiiiiiiiiiiiiiit (« sainte merde » pour les non américanophones).
Bien sûr, on n’en garde pas grand chose. On n’atteint aucun vertige métaphysique, on ne voit pas la vie ou même le cinéma d’un œil neuf. On penche clairement du côté de l’exercice de style un peu punk. Mais quel brillant exercice de style!
Somewhere m’avait laissé sur l’impression d’un parfait film-chewing gum : il aurait pu durer 10 minutes ou 3 heures, il aurait distillé le même confortable ennui.
Je pensais au lu de certaines critiques que The Bling Ring aurait secoué un peu tout ça mais il ‘en est rien. C’est même pire puisque malgré sa relative courte durée (1h25), il parait interminable.
Bien sûr, c’est joli. Très joli même. La photo est sublime. Les ados sont beaux. La précision du brand dropping force le respect. Ce qui nous vaut de bien belles vignettes de Californian chic et de totale coolitude West Coast. Les intérieurs sont toujours très bien filmés, sortes de cocons hors du monde dans lesquels il fait bon se mouvoir. A ce titre, belle scène de cambriolage filmée de l’extérieur, en plan large, avec cette villa ultra-moderne comme posée artificiellement dans le paysage, flottant au-dessus de Los Angeles, protégeant de manière presque mystique les ados qui la pillent.
Pas de quoi se lever la nuit mais c’est joli, pas de problème.
House break forever, bitches
Des intentions de Sofia Coppola en revanche, on ne saura rien : son moralisme bon teint est constamment contrebalancé par une fascination évidente pour ces ados dont on sent, dont on sait, qu’elle les connait si bien qu’elle-même en faisait peut-être partie. Mais là où dans Spring Breakers (dont le film pourrait se rapprocher) Harmony Korine n’apporte aucun jugement évident, on alterne ici constamment entre condamnation (la bêtise de ces petits cons ne semble avoir aucune limite) et fascination donc. Le point de vue n’est plus celui d’une sorte d’entomologiste de la jeunesse dorée 2013 mais celui, tiédasse, de quelqu’un qui ne sait pas se positionner ou qui n’ose pas le faire.
Agaçant donc. Comme Emma Watson : à l’instar de Vanessa Hudgens dans Spring Breakers, elle en fait des caisses pour essayer de faire oublier qu’on se souviendra toujours d’elle pour ça. En même temps, je la comprends.
Bon en tout cas c’est pas bien folichon tout ça. 2 ratages d’affilée pour celle qui fait mieux que Charlotte Gainsbourg et Lou Doillon puisqu’elle est à la fois fille de, soeur de, cousine de (double cousine de même) et femme de, ça veut dire plus de droit à l’erreur.
Ca va être vite vu : c’est vraiment pas terrible. Et je suis indulgent.
J’y croyais pourtant… Faut dire que la promo avait mis le paquet pour faire miroiter un film aussi fou et drôle que le premier opus. Avec un argument massue : le retour à Vegas ! Very Bad Trip, c’est Vegas, point barre à la ligne.
Ici, rien ou presque ne fonctionne. Le retour à Vegas donc, est accessoire et très bref. Le titre lui-même ne veut plus rien dire puisque dans une tentative foncièrement louable de renouvellement, on a ici à faire à un vague road-movie teinté de polar, pas à un « le jour d’après ». Après tout, pourquoi pas.
L’idée du film part également d’une bonne intention : donner davantage de place et d’importance aux personnages les plus intéressants, ceux interprétés par les géniaux Zach Galifianakis et Ken Jeong. Sauf que la valeur de ces personnages allait de pair avec leur intermittence et leur fulgurance : s’ils sont les héros, leur intérêt disparaît pour ainsi dire de fait. Alors ils sont quand même drôles évidemment mais leur folie (pour Jeong) et leur étrangeté (pour Galifianakis) vire au systématisme. Et ça finit par lasser, forcément.
Effectivement, on frise la catastrophe.
Autre point noir : aucune dynamique au sein du trio contrairement aux 2 premiers volets. Là encore, Galifinakis prend trop de place, Bradley Cooper et Ed Helms ne servent plus à rien.
Bien sûr j’ai ri à plusieurs reprises et de bon cœur. Mais pas forcément pour les gags eux-mêmes, davantage dans les interstices, sur des détails. Toujours, quasiment, grâce à Galifianakis.
Le film s’achève sur un post-générique pitoyable, sorte de concession vulgaire et totalement foirée aux supposés fans et au supposé esprit de la franchise. Triste.
Une incongruité (dans mon top je veux dire) qui n’en est pas vraiment une quand on y regarde de plus près.
Black Mountain c’est en effet le heavy-rock pour les popeux et amateurs de sonorités vintage et/ou psychédélique, ceux qui ne crachent pas non plus sur Led Zeppelin ni sur Deep Purple ou le premier Black Sabbath.
Sur leur premier album, on entendait d’ailleurs tout autant, sinon plus, les influences du Velvet que des chevelus sus-mentionnés. Tout comme chez les Pink Mountaintops, l’autre super projet de Stephen McBeam: c’est drogué, c’est sulfureux, mais c’est aussi mélodique, doux et romantique.
C’est également un groupe post-moderne archétypal qui filtre à merveille les influences ci-dessus et rend leur traitement parfois plus séduisant que l’original pour la génération dont je fais partie, et les plus jeunes, au grand dam de nombreux puristes. Et tu commences à savoir ce que j’en pense des puristes. J’aime beaucoup certains albums de Led Zepp, les 2 premiers Sabbath, Deep Purple in Rock mais bon, voilà quoi…
In the Future est vraiment un coup de maître, sur lequel le heavy rock se mue en un clin d’oeil en psych ou cosmic rock. Lourd mais planant. Flirtant avec le prog mais en finesse. Wucan, chef d’oeuvre absolu!
Une alchimie délicate et beaucoup plus subtile qu’on pourrait l’imaginer, que je groupe n’a pas totalement su recréer sur son 3ème album: un peu trop gras ou, à l’inverse, un peu trop mou, il ne trouve pas toujours le bon équilibre.
Pas grave, In The Future est un frangin de Songs for The Deaf de Queens of the Stone Age : un disque de hardos pour les non-hardos, un album crossover parfait.
J’ai commencé à regarder cette série lorsqu’elle a été lancée il y a un peu plus d’un an parce que… Parce que… Euh… Bah… Parce que.
Le pitch « officiel »: « Jess Day, une jeune femme naïve et étrange, est malheureuse en amour depuis que son petit ami l’a trompée puis quittée. Elle s’installe alors en colocation avec trois garçons un peu attardés. Parviendront-ils à lui redonner le sourire ? » (ça a l’air vraiment tarte présenté comme ça)
Malgré toute ma dévotion bonne volonté, j’ai lâché l’affaire au bout de quelques épisodes seulement (5 je crois) : trop conventionnel, trop plan-plan, trop déjà-vu. Mes amis m’ont encouragé à m’y remettre : « tu verras, ça bascule à un moment, c’est vraiment drôle/mignon, ça va te plaire ». Mes amis étant des gens d’un goût exquis, je m’y remets, avec un soupçon de réticence mais confiant malgré tout.
Et ils avaient raison: c’est vraiment drôle/mignon. Et puis après le gros dossier Curb Your Enthusiasm, il me fallait quelque chose de léger dans les 2 sens du terme (drôle ET anecdotique).
New Girl est diffusée sur la chaîne Fox, c’est donc une série effectivement conventionnelle, une sitcom très classique, sorte de croisement entre Friends (le groupe d’amis inséparables, l’arc principal à la Ross/Rachel) et How I Met Your Mother (une certaine décomplexion dans la forme, un humour très générationnel, un Barney-like parmi les personnages masculins). Ca n’est d’ailleurs pas le moindre de ses mérites que de parvenir à se démarquer de ses 2 références principales pourtant elle y parvient très naturellement, à la fois consciente de venir après mais ne s’excusant jamais d’investir le même terrain de la chronique sentimentalo-tranche de vie de trentenaires adulescents. New Girl trouve ainsi petit à petit, en douceur, une petite musique bien à elle, faite de finesse d’observation à la Apatow, d’humour générationnel donc et de premier degré un peu couillon mais touchant parce que sincère. Et d’assez nombreux décors « naturels », c’est quand même aussi sa particularité, notable pour une sitcom grand public (pas cette atmosphère à la fois cosy et oppressante de décors de studio, pas de rires en boîte non plus).
Sa plus grande réussite réside néanmoins dans l’écriture et la caractérisation de son personnage masculin principal. Un exercice périlleux: le gars doit être suffisamment moyen pour s’adapter à toutes les situations et laisser graviter autour de lui des personnages plus typés mais il doit avoir suffisamment de personnalité pour ne pas risquer de devenir terne (coucou Ted Mosby).
Ici, le personnage de Nick est parfait: trentenaire adulescent classique, un peu geek, un peu loser mais bien sûr terriblement généreux, drôle et touchant, il se démarque de ses différents modèles par une patine working-class des plus subtiles (serveur dans un pub un peu moyenasse, il frise d’ailleurs l’alcoolisme. Et là je me viens de me rendre compte que j’ai fait l’amalgame prolétaire=alcoolique. Bon.). Si New Girl est une réussite, c’est aussi en grande partie grâce à ce personnage.
Elle intègre en tout cas le cercle des séries en activité que je vais désormais suivre, au même titre que Mad Men, Breaking Bad, The League ou Community.
C’est pas un must, c’est mainstream certes mais dans le bon sens du terme, ça se regarde tout seul et ça se révèle assez vite addictif car ça ménage toujours hyper bien ses effets. Il faut en effet noter que le show gère super bien LE moment que tout le monde attend depuis le tout premier épisode, ce qui n’est pas donné à toutes les séries. Ca tease comme il faut la plupart du temps (c’est la base) mais ça avance aussi quand il le faut, c’est vraiment très bien fichu.
Et puis merde quoi comme si j’avais besoin de me justifier. Non parce que là quand même… A un moment, il faut dire les choses : c’est une grosse boucherie. Un carnage. Omagad. Elle joue bien en plus. Si si, j’te jure ! Autant jusque-là… J’adore Phénomènes par exemple mais bon, je dois bien avouer que malgré toute mon indulgence, c’est pas tout à fait ça… Dans ce registre comique de ce que les ricains désignent comme « manic pixie dream girl » soit une fille un peu fantasque et extravertie, elle est très à l’aise en revanche.
Donc, de façon générale, en définitive et très globalement:
Melody’s Echo Chamber aka Melody Prochet a sorti l’an dernier un bon album de dream-psych-pop produit par Kevin Parker de Tame Impala (son boyfriend; enfin, à l’époque en tout cas, j’ignore ce qu’il en est actuellement. Je maîtrise mal le dossier, désolé).
On pouvait croire que pour ce concert, le public ne serait pas le même que pour celui de King Tuff au même endroit la veille. Eh bien non, il n’était pas le même, pas du tout. Pour King Tuff c’était t-shirts à slogans, facial hair en bataille et casquettes de truckers, pour Melody c’est plutôt moustache de hipster, veste cintrée pour monsieur et pimpante robe à fleurs pour mademoiselle (beaucoup plus de filles dans l’assistance évidemment).
Sur scène ils sont 5 et si le public, assez nombreux, est évidemment là pour Melody (entre la blogueuse de mode et une Lou Douillon qui se laverait un peu plus souvent), une partie vibre également pour le bassiste, Benjamin Gilbert, le régional de l’étape. Il est habituellement guitariste des toulousains d’Aquaserge, auteurs récemment d’un album avec April March et groupe de scène de Bertrand Burgalat il y a quelques années. Le batteur d’Aquaserge, l’excellent Julien Barbagallo aka Le Cube, accompagne d’ailleurs Tame Impala sur sa tournée mondiale. Tu suis toujours ?
Cette photo a été prise il y a bientôt 3 mois or avant-hier soir elle portait exactement les mêmes fringues. C’est tout ce que j’ai à dire.
Concert de 45 minutes à peine mais qui paraissait en durer beaucoup plus. Bien en place, excellents musiciens, bonnes chansons mais beaucoup trop uniforme. Ca manquait singulièrement de relief. L’impression d’avoir sous les yeux et entre les oreilles une version plus pop de Beach House (que je tiens pour une grosse supercherie), donc forcément, ça m’a pas transcendé.
Pour être franc, j’ai déjà oublié ce concert… Et j’ai bien peur que c’était déjà le cas à peine sorti de la salle. Je continuerai néanmoins d’écouter l’album à l’occasion. C’est mignon ça.