La session de rattrapage 8

Session « vus à la télé ».

Qui regarde encore des films à la télé d’ailleurs ? Des films qui démarrent à un horaire (plus ou moins) précis, avec une ou plusieurs coupures pubs au miyeu pendant lesquelles on ne peut que prendre son mal en patience.
Je pensais à ça l’autre jour alors que j’avais repéré sur le programme The American, un film que j’aime beaucoup, avec George Clooney et Violante « bonjour Madame » Placido, une ❤ ❤ ❤ que j’adore. Je le connais par ❤ mais j’ai eu envie de le revoir. Comme quand, en bagnole, tu allais mettre un CD dans le lecteur mais que l’animateur annonce une chanson que tu adores à la radio (genre Belle Île en Mer ou Manhattan Kaboul quoi, Nooooooooooos-taaaaaaaal-giiiiiiiiiiiiiie) : c’est un plaisir différent de l’écouter de manière inattendue.
Bref, du coup j’ai dû me fader 20 minutes d’un Touche pas à mon poste qui avait largement dépassé l’horaire prévu initialement. Putain c’est incroyable quand même… Note que je me suis fait la même réflexion à la première apparition de Violante: « putain, c’est incroyable quand même… » quoique pas pour les mêmes raisons. Touche pas à mon poste donc, cette… ce… truc, totalement incompréhensible, dont le succès apparemment pas démenti me désespère tout en ne cessant de m’interroger, puis 10 bonnes minutes de pub.
Qui a encore la patience de faire face à un laps de temps incompressible alors que tout est à portée de clic ?
Je pensais à ça l’autre jour.

Love Is All You Need

Vu un peu par hasard sur Arte  parce que j’avais envie ce soir-là de voir un truc complètement inconséquent.
La majeure partie du film se déroule tout près de Sorrente, dans le Sud de l’Italie. C’est beau. Très beau même. On se croirait dans une pub Santa Lucia de Galbani avec ses paysages méditerranéens sublimes, ses gens beaux et joyeux qui chantent plus qu’ils ne parlent, leurs vêtements colorés, du chianti et de la mozzarella Santa Lucia de Galbani sur la table du jardin.

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Le film vaut quand même un peu plus que ce vernis carte postale : il s’agit d’une comédie romantique middle-aged sur fond de drame médical. Non non, pars pas, c’est mieux que ça en a l’air ! C’est assez direct (c’est danois et ces gens là sont généralement assez directs me suis-je laissé dire) et pas lacrymal pour un sou, ni manichéen même si la romance est cousue de fil blanc, c’est même assez fin en vérité. Et Pierce Brosnan est parfait pour ce type de rôle/film. Je le conseillerais pas pour autant mais c’est pas mal.

The November Man

Vu à la faveur d’un weekend où j’ai bénéficié gratuitement des chaînes Canal Sat. Ca survient généralement lors d’un weekend réservé aux matches internationaux : sont pas cons, ils vont pas nous permettre de mater gratos des machs de Premier League ou de Ligue 1.
C’est vraiment pas terrible: un film d’espionnage pas suffisamment old-school pour se démarquer avec charme des tom cruiseries actuelles et évidemment trop cheap pour les concurrencer. C’est réalisé par le vétéran Roger Donaldson et ça pue à plein nez la co-production americano-européenne avec montage financier laborieux.

Cool guys don't look at explosions.
Cool guys don’t look at explosions.

Ca se passe d’ailleurs en Europe sur fond de crimes de guerre en Tchétchénie. C’est un peu vulgaire (un peu trop, ou pas assez), un peu violent (un peu trop, ou pas assez), un peu manichéen (un peu trop, ou pas assez). Un film très moyen donc, qui bande mou.
En parlant de ça, Pierce Brosnan est lui aussi trop vieux (pour les scènes d’action) ou pas assez (pour arborer la patine du vieux-sage-qui-a tout-vu-tout-connu-et-à-qui-on-la-fait-pas). Il arrive quand même à se taper Olga Kurylenko, de 30 ans sa cadette. Ben voyons. Elle en revanche n’est ni trop, ni pas assez: elle est à tomber, comme toujours.

Magic In the Moonlight

C’est étonnant comme Emma Stone parvient à être aussi charmante alors qu’elle accumule les défauts objectifs : morphologie de crevette, yeux vraiment creepy, bouche suspecte. Mais elle est mignonne. Mais ces yeux putain…
Encore un film dans lequel un cinquantenaire se tape une nana d’à peine 20 ans, normal hein, pourquoi s’emmerder ? Évidemment, ça n’a plus rien de surprenant chez Woody Allen mais bon, c’est pas une raison pour ne pas le relever :  ça m’a paru particulièrement gênant ici… Peut-être aussi parce qu’Emma Stone sera toujours pour moi associée à Superbad, ce film définitif sur l’adolescence que j’aime plus que tout.

Petit chou quand même
Petit chou quand même

A part ça, ça ronronne quand même beaucoup… Où sont les dialogues prétendument brillants ? Les fameux one-liners alleniens ? Les situations drôlatiques ? C’est vraiment un film de vieux. Woody Allen devrait selon moi désormais se consacrer aux drames, ça lui va bien mieux : cf L’Homme irrationnel, pas génial certes mais 100 coudées au dessus de cet objet totalement inconséquent/inoffensif ou cf, plus loin dans le temps, Match Point et Le rêve de Cassandre, ses derniers vrais bons films.

Le doulos

Ce fut un choc lorsque je le découvris à 20 ans et je ne l’avais pas revu depuis. Bah, que dire? C’est tout simplement un classique absolu du film noir, un de ceux qui figureraient à coup sûr dans tout top du genre qui se respecte, qu’elle que soit sa provenance, France, Etats-Unis ou Taïwan, qu’elle que soit la publication, pointue, ou grand public.
On n’y retrouve pas encore tout à fait le Melville supra-minimaliste, contemplatif et révolutionnaire de la fin des années 60 mais plutôt celui qui, malgré l’extrême minutie de la mise en scène, des dialogues et malgré les décors de studio, se rapprochait de la Nouvelle Vague. Des personnages hyper ambigus, tous doubles, meta-physiques, l’atmosphère un peu glauque d’une France encore incertaine et en pleine reconstruction, des pardessus, des cigarettes sans filtres. Et des doulos. Un régal.

Une des rares scènes sans doulos
Une des rares scènes sans doulos justement

Enfin, la scène d’interrogatoire est toujours aussi impressionnante: on a vraiment l’impression que la nana se fait dérouiller pour de vrai…

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Inception

Ah ça fait mal juste après le Melville… Le prototype du film qui voudrait faire passer sa complexité de surface pour de la profondeur, alors qu’il ne dit rien, absolument rrrrrriiiiiiiiiiieeeeen sur le monde, la Vie, la Mort etc. Tout le contraire du Melville donc. Et sur la forme, j’ai trouvé ça insupportable : le rêve dans le rêve dans le rêve dans la tête dans le cul. ON S’EN FOUT NOM DE DIEU ! Qui sont ces personnages ? Qu’est ce qui les anime ? Tout ça c’est Nolan qui s’en fout, et pas qu’un peu. Il veut juste nous en mettre plein la vue avec son scenario d’adolescent fumeur de shit et son esthétique d’album de rock progressif des années 80. Complètement con.

Ouais, trop fort man.
Ouais, trop fort man.

Et comble du truc, il parvient à rendre Di Caprio moche, faut le faire.
J’attendais un seul truc, LA scène avec Michel Sardouille et celle-ci survient au début donc je me suis vraiment, mais vraiment fait chier après ça. Ce mec, Christopher Nolan, est vraiment la pire imposture du cinéma actuel. Tellement que j’ai réussi à dire tout mon mépris pour cette grosse merde prétentieuse sans mentionner une seule fois Marion Cotillard. Costaud, le mec.

Pour la peine et parce que je m’en lasse pas (c’est lui, c’est vraiment lui !!) :

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Rapt

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J’aime ce film. Un capitaine d’industrie un peu tombeur, un peu flambeur (Yvan Attal, très bien), se fait kidnapper. Alors qu’on négocie pour sa libération et la remise de la rançon, sa double vie fait peu à peu surface en même temps que la une de la presse people. Si bien que lorsqu’il est enfin libéré après avoir subi un calvaire, c’est lui qu’on montre du doigt et qui passe pour coupable auprès de ses associés et de sa famille. Le film est simple, direct, limpide, alternant scènes en captivité et scènes de tractations dans les bureaux feutrés et luxueux hôtels particuliers qui font le quotidien de Stanislas (Attal). Je trouve Lucas Belvaux parfois un peu trop didactique, un peu trop transparent dans ses intentions mais ici, ça fonctionne parfaitement. C’est sec et tendu, c’est un excellent polar, inspiré du véritable kidnapping du baron Empain en 1978.

La session de rattrapage 7

Encore quelques films vus récemment sur ma superbe Nokia Nicam Stereo.

Mission Impossible : Protocole Fantôme


Vu avant de me faire l’exceeeeellent 5ème volet. Très bien. Pas grande chose à dire de plus: c’est ce à quoi devraient ressembler tous les blockbusters/films d’actions hollywoodiens dotés de la même puissance de frappe mais qu’on voit évidemment trop peu souvent. Comme quoi c’est pas con de mettre un vrai réalisateur aux manettes… (Brad Bird ici, Christopher Mac Quarrie pour le 5).

Jack Reacher

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Il y a du Cristiano Ronaldo chez Tom Cruise. Ou l’inverse, peu importe. Outre une vague ressemblance physique (ce côté cyborg sans âge, surtout chez Cruise là pour le coup mais il y a fort à parier que CR7 vieillira de la même manière), une obsession de la performance, de la perfection physique là aussi, un ego surdimensionné bien sûr, une nécessité d’être toujours le centre d’attention numéro 1 de leur équipe/film, une part d’ombre (scientologie chez l’un/mais c’est quoi au juste le fin mot de l’histoire avec ce gamin? chez l’autre) un parcours sans faute, quoiqu’on pense d’eux et pourtant une côte d’impopularité assez remarquable chez d’aussi puissantes mega-stars.
Bon, sinon, le film est quand même assez génial. Il est surtout d’une exhaustivité bluffante :  des scènes de dialogue brillantissimes (la scène du bar et ses punchlines débiles à la Last Action Hero), des scènes muettes et de pure mise en scène à couper le souffle (la scène d’ouverture, la poursuite en bagnole; revoir à ce sujet l’excellent premier film de Christopher Mac Quarrie, The Way of the Gun), un scenario malin comme tout (à la Columbo ie on connait l’assassin dès le départ). Si je fais le bilan, on a donc de la comédie, de l’action, du polar, Werner Herzog dans le rôle du bad guy (idée géniale!) et un poil de romance. ET des gros seins. Bilan TRES positif, donc.

 

The Limits of Control

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Un film que j’avais sous le coude depuis pas mal de temps mais que je n’arrivais pas à me motiver à regarder.
Et là j’avais raison: j’ai trouvé que c’était une grosse blague d’une prétention sans nom. J’ai lu quelques critiques : on parle parfois du chef d’oeuvre de Jarmusch. Je pense pour ma part qu’on est à la limite du foutage de gueule. Oui, c’est beau, très beau même, c’est sublimement cadré, photographié, tout ce que tu veux, c’est énigmatique à souhait mais (puisque c’est là que se situe le hic pour moi) j’ai vu cette opacité comme une pose qui m’a constamment laissé en dehors. Chez Lynch (puisqu’il est parfois cité comme une influence ou un référent du film), les éléments les plus opaques, inexplicables nous intriguent, nous fascinent, nous happent même, pour reprendre l’image de la boîte de Mulholland Drive ou de l’oreille de Blue Velvet, dans un tourbillon des sens vertigineux qui fait de la compréhension un enjeu accessoire voire non avenu. Pour dire les choses d’une autre manière, je suis tout à fait prêt à me faire trimballer par une histoire à laquelle je ne comprends rien si en contrepartie tout le reste m’emballe. Ce qui n’a donc pas été le cas ici, et je suis gentil : ce fut en réalité une purge.

Une journée en enfer

Une journée en enfer
Du coup j’ai enchaîné avec ça illico parce que c’était diffusé sur une quelconque chaîne de la TNT et que j’avais besoin de me laver un peu le cerveau. Ca m’a fait bien plaisir de le revoir, ça faisait longtemps. « Eh ducon, une seconde! Tu vois, tu dis « ducon » et il s’arrête » : à voir évidemment et impérativement en VF pour profiter de la voix géniale de Patrick Poivey. J’adore ce film, vraiment, c’est mon préféré dans la trilogie Die Hard.
Sinon, marrant de constater que ce film, sorti en 1995, après le grunge donc, pendant les années Clinton, au moment de l’apparition d’un Beck par exemple, puait encore les années 80.

La session de rattrapage 6

Je continue mon petit récap de quelques « vieux » films (ie non 2015) vus ou revus ces derniers mois.

Papa Was Not a Rolling Stone

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Bon ben c’est pas fameux… Une chronique de la vie en cité dans les années 80, mélange improbable de Tout ce qui brille (duo de filles et désirs d’évasion), Stars 80 (nostalgie des tubes français des années 80, notamment Goldman) et humour early-Jamel Debbouze (j’en peux plus de ce comique langagier nom de Dieu). Starring Aure Atika, Marc Lavoine et Sylvie Testud. Cameo de Monsieur Kamel Ouali. Faut-il que je développe davantage ? J’ai fait la vaisselle pendant la dernière demie-heure.

Mes meilleurs copains

Photo chopée sur le site de la revue Challenges, c'est génial.
Photo chopée sur le site de la revue Challenges, c’est génial.

Revu ce désormais classique de la comédie française. « Désormais » car il me semble que le film n’avait pas très bien marché à sa sortie et qu’il a conquis son public sur le tard, à la faveur des diffusions télé. Il s’agit de la dernière vraie réussite du duo PoiréClavier : après ça ils feront L’Opération Corned-Beef et les Visiteurs et ça sera plus jamais pareil.
Mes meilleurs copains fait figure de solde de tout compte : il se base notoirement sur les souvenirs et la propre expérience de Jean-Marie Poiré en tant que musicien au début des années 70. Nostalgique et vachard à la fois, lucide donc et en tout cas jamais passéiste, il constitue à ce titre un exemple assez unique en France, ce pays où plus qu’ailleurs semble-t-il, « c’était mieux avant ».
Il constitue aussi, pour la troupe du Splendid, une tentative de renouvellement dont on peut regretter qu’elle n’ait pas été prolongée : exit Lhermitte et (quasiment) Marie-Anne Chazel, place à des nouveaux (Gérard Lanvin, Philippe Khorsand, Jean-Pierre Bacri).
C’est enfin une des comédies françaises que je connais le mieux, avec des répliques qui peuvent sortir n’importe quand, n’importe comment : « Libérez Billy the Kid », « Quoi, tu dînes pas avec Nanette?? Putain, ça craint! », « J’vais m’faire un grand jus avec ces super fruits », « Mais pas du tout enfin, le type est roux! ». Inépuisable.

Wet Hot American Summer

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J’ai voulu voir le film original avant d’enchaîner avec la série Netflix sortie cet été (dont je parlerai sans doute pas donc juste dire qu’elle est super).
Complètement inconnu en France, il a acquis aux Etats-Unis et au fil des années une telle aura que certains le considèrent comme précurseur des comédies sorties ces 10 dernières années. Il a en tout cas mis le pied à l’étrier ou sous les feux des projecteurs un grand nombre d’actrices et acteurs devenus célèbres ces dernières années : Christopher Meloni, Paul Rudd, Amy Poehler, Bradley Cooper, Elizabeth Banks pour n’en citer que quelques uns. David Wain, son réalisateur, a quant à lui signé les très plaisants Les grands frères et Peace, Love et plus si affinités.
On voit bien ce qui a tant pu séduire le public américain et certains critiques : totalement en roue libre (à la fois délibérément et faute d’un budget décent), Wet Hot American Summer fait le lien entre l’humour absurde des comédies ZAZ (les Y a-t-il..?) et l’école Apatow qui allait s’affirmer au milieu de la décennie (trash + grande humanité, pour faire court). Un registre humoristique à la fois absurde, burlesque, complètement navrant et très fin à la fois, (très fin parce que complètement navrant), d’une grande tendresse pour tous ses personnages. Très plaisant donc même s’il serait très exagéré de classer le film dans les indispensables du genre.

22 Jump Street

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J’ai déjà eu envie de revoir ce fleuron de ce que j’ai envie de considérer comme de la post-neo-comédie (ça devient compliqué là) tellement ça va vite, loin et fort. Vraiment génial.

Le Loup de Wall Street

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Je vais pas m’appesantir, tout a été dit. Grand film, grand Scorsese, qui prend tout le monde à contre-pied en ne complétant pas le dyptique Les Affranchis / Casino par un 3ème film sur la mafia à proprement parler mais de manière détournée, en désignant sans ambiguïté les vrais gangsters et salopards de l’Amérique et du monde moderne. A la fois extrêmement drôle et effrayant (ce dernier plan, écho à celui de l’arrivée des clients à la fin de Casino), il est évidemment et malheureusement plus que jamais d’actualité. A montrer dans toutes les écoles de commerce à tous les petits cons apprentis gros enculays.

La session de rattrapage 5

Aujourd’hui, une spéciale Jean-Pierre Marielle : j’ai relu le numéro 1 de Schnock qui lui est consacré, du coup, forcément, j’ai eu envie de revoir les films.

Un moment d’égarement

J’ai voulu le revoir car je me suis tapé le remake de Jean-François Richet avec Vincent Cassel et François Cluzet sorti cet été. Eh ouais. Purée… Faut le voir pour le croire.
« Le revoir » car je l’avais déjà vu il y a très longtemps : c’est le prototype du FDQJEP (Film De Quand J’Etais Petit), découvert en famille, probablement sur FR3. Des personnages proches de nous, des moustaches, Jean-Pierre Marielle, Victor Lanoux, des acteurs avec lesquels j’ai grandi, dans des films que le cinéma français ne sait manifestement plus faire i.e. des comédies dramatiques qui offraient un reflet plus ou moins prononcé de la société de leur époque : ici, la France giscardienne, post 68arde mais toujours conservatrice (les gamines se baladent le plus naturellement du monde les seins à l’air, sortent et découchent tous les soirs sans que ça soit jamais remis en question ni même discuté mais dans le même temps, on sent bien à quelques répliques ici où là que c’est pas encore gagné pour les femmes. Ca l’est toujours pas évidemment mais c’est un autre débat).

Des moustaches, un blouson de cuir marron, un paquet de Gitanes, une toile cirée. Parfait.
Des moustaches, un blouson de cuir marron, un paquet de Gitanes, une toile cirée. On est bien.

Quoiqu’il en soit, le contraste est saisissant entre les 2 versions (celle de Richet et celle de Claude Berri donc). D’un côté, une ode décomplexée aux neo-beaufs en 4×4, à la démarche bien faux derche comme il faut : on va dire que coucher avec la fille (mineure) de son meilleur pote, c’est mal mais on va quand même filmer son petit cul sous toutes les coutures, en alternant avec des prises de vues aériennes bien coûteuses sur les paysages corses. De l’autre, un film à la conclusion limite-limite, fruit de son époque ouvertement conservatrice pour le coup, mais qui déroule son propos avec beaucoup de fluidité et de douceur, et qui surtout exhale ce parfum de liberté inimitable et propre au cinéma anarcho-franchouillard des années 70.

La Traque

Je n’avais jamais vu ce film qui a acquis une petite réputation ces dernières années (encore une fois, Schnock n’y est probablement pas pour rien). Je pique le pitch à Wiki, j’ai la flemme : « Helen Wells (Mimsy Farmer), une jeune Anglaise venue en Normandie pour louer une maison isolée en forêt, rencontre un groupe de chasseurs qui s’apprêtent à une battue au sanglier. Ces sept hommes issus de la bonne société locale sont liés par des relations d’intérêts croisées. Lors de la chasse, les grossiers frères Danville, Albert et Paul (Jean-Pierre Marielle et Philippe Léotard), croisent à nouveau par hasard la jeune femme, et subitement la violent, en présence du timide Chamond (Michel Robin). Helen parvient à blesser gravement Paul avant de prendre la fuite dans les bois, poursuivie par Albert qui lui propose un mutuel silence, puis lui tire dessus. Les autres acceptent non sans réticence d’étouffer cette sale affaire, tandis que la jeune femme cherche à s’enfuir à tout prix. Entretemps Paul succombe à sa blessure, et la poursuite se transforme en une traque, qui s’achève dans un marais. » (Wikipedia)

Entre Constantin et Marielle, Michel Robin, aka Alexandre Bens dans La Chèvre
Entre Constantin et Marielle, Michel Robin, aka Alexandre Bens dans La Chèvre

On est donc dans un registre nettement moins tendre, voire carrément déviant. Sans aller jusqu’à dire que c’est surestimé, j’ai quand même du mal à y voir le film culte que certains y voient : la réalisation a du mal à se hisser à la hauteur du scénario, évidemment béton et génial lui, en plus du casting aux petits oignons. On songe à Dupont Lajoie bien sûr, autre chronique glaçante de la lâcheté et de l’ignominie ordinaires, sortie la même année. On peut également songer au Peckinpah des Chiens de Paille. On peut. Mais la mise en scène est beaucoup trop illustrative pour pousser plus avant la comparaison. Super parti pris néanmoins que de faire se dérouler le film quasiment intégralement à l’extérieur, dans des paysages tellement mornes et humides qu’ils t’obligeront à enfiler 3 Damart pour supporter tout ça. Et la scène du marais évidemment, terrible… Bon, je chipote, c’est super et je suis super content de l’avoir enfin vu.

Les Galettes de Pont-Aven

Encore un pur FDQJEP, découvert en famille alors que je devais à peine avoir 10 ans, et encore. Dans un tout autre registre, je me souviens aussi avoir découvert enfant Portier de nuit de Liliana Cavani
Bon, les Galettes. Film importantissime pour moi, film-matrice, à plein de niveaux, parce que découvert enfant évidemment. Petit, j’imitais d’ailleurs Jean-Pierre Marielle, à base de citations du film. Eveil à l’érotisme (Andréa Ferreol…), à un registre de langage totalement sans limites, à la mélancolie aussi, via le magnifique personnage d’Henri Serin, incarnation parfaite de cette France post-68arde encore corsetée et étouffée, éprise de liberté. La France des voyageurs représentants de commerce qui n’étaient pas encore prêts à faire basculer le pays à gauche, ancêtres des cadres houellebecquiens et des salariés en open space d’aujourd’hui.

"Elle sait même pas ce que c'est qu'une bite"
« Elle sait même pas ce que c’est qu’une bite« 

Avec le temps et les multiples visionnages, à des périodes et des âges différents, les Galettes… est devenu une madeleine incomparable, réservoir à nostalgie et à fantasmes d’une France remplie de DS, d’Ami 8 et de types en costumes Renoma (qu’on désigne d’ailleurs en tant que « types ») qui ne peuvent pas concevoir de manger un bout sans boire un petit coup de rouge. La France encore extrêmement rurale de mon enfance, que les gens de Schnock, encore eux, font si bien et si intelligemment revivre. Des images qui m’ont marqué à jamais : Marielle qui allume une clope et déplie l’Equipe en arrivant au restau, qui sort le pâté du frigo pour se faire un encas lorsqu’il rentre chez lui au milieu de la nuit. Entre autres.
Mais Les Galettes… sont également et fort heureusement restées ce qu’elles ont été dès le départ : un film formidable. Si on retient bien souvent, et à juste titre tant les passages sont mémorables, sa grivoiserie, sa paillardise même (la scène du lit avec Andréa Ferreol, son éternel et définitif « tu sens la pisse toi, pas l’eau bénite » et LA citation mariellesque absolue, « ah nom de Dieu de bordel de merde! »), les Galettes… n’en est pas moins un film profondément mélancolique, voire dépressif. C’est un aspect du film (la « descente aux enfers » d’Henri Serin lorsqu’il quitte sa femme et s’installe définitivement à Pont-Aven) que j’avais un peu oublié. Les premières scènes avec Jeanne Goupil, leur chanson pendant la fête du village… C’est très touchant. Et ça explique également ce qui fait de ce film un classique, une œuvre à la fois drôle et émouvante, profondément humaine, contrairement au suivant, qui n’est que drôle.

…Comme la Lune

Celui-ci a semble-t-il été moins bien accueilli que les Galettes de Pont-Aven, à la fois par le public et par la critique. C’est très compréhensible : Jean-Pierre Marielle y joue cette fois un con pur et dur, inexcusable et irrattrapable, qui mérite ce qui lui arrive. Le point de vue du spectateur, et du réalisateur probablement, que Joël Séria exprime d’entrée pour mieux l’évacuer définitivement et laisser place à son personnage, c’est le client du café qui le verbalise en réponse au « elle vaut bien son coup d’chevrotine! » de Marielle: « C’est répugnant! Parler ainsi d’sa femme… C’est honteux ».

...comme la lune
« J’vais t’fourrer… Oh j’vais t’fourrer, j’vais t’fourrer!« 

Après, que dire? Le film, le personnage de Roger Pouplard, son interprétation par Marielle, l’incroyable biatch incarnée par Sophie Daumier (pertinemment qualifiée dans Schnock de « France Gall hardcore ») sont fabuleux. Ces dialogues nom de Dieu… Je pourrais revoir en boucle la séquence d’ouverture (« ah j’ai bien polochonné! »), celle du bar (« Chuis d’venu une bite… J’la cartonne à longueur de journée ») et bien sûr celle de la robe de chambre violette (« T’as eu raison d’la prendre violette… ah ça mitraille sec ! »).
Ah les années 70 nom de Dieu de bordel de merde !

A Deadly Adoption / Grossesse sous surveillance – critique

C’est un téléfilm donc je ne l’inclurai pas dans mon bilan cinéma annuel. Mais ça mérite quelques mots car c’est un « objet » vraiment unique.

Le pitch: Un couple s’attache les services d’une jeune femme, afin qu’elle soit la mère porteuse de leur enfant. Ils l’accueillent chez eux, mais l’innocence de la future maman est trompeuse… (Allociné.fr)

Il s’agit en réalité d’une parodie de ces téléfilms comme on peut encore en voir tous les après-midis sur TF1 ou M6 notamment, à base de familles parfaites et parfaitement heureuses, victimes un jour d’un drame terrible (maladie incurable de la maman ou du petit dernier) ou jouets d’une baby sitter maléfique en quête de vengeance.

Mais c’est une parodie d’un genre très particulier puisqu’on serait bien en peine d’y déceler quelque décalage que ce soit. On se situe donc davantage dans le registre du pastiche, mais là aussi, d’un pastiche qui tiendrait carrément du copié-collé.

Tout répond en effet aux canons du genre : A Deadly Adoption aligne les poncifs du genre avec une science consommée et une application remarquable. Rien, absolument rien ne manque : ouverture plan aérien avec la petite musique qui va bien, maison de rêve, couple idéal (lui, auteur à succès, elle, tient un stand de produits bio dans leur petite ville proprette), drame « fondateur » (enceinte de leur 2ème enfant, elle le perd suite à un accident sur le ponton du lac au bord duquel ils vivent; le 1er, une adorable gamine évidemment blonde comme les blés, souffre de diabète, ET JE TE PRIE DE CROIRE QUE CA AURA SON IMPORTANCE A UN MOMENT), arrivée de la mère porteuse forcement suspecte (elle est brune, jeune et bonne, si ça c’est pas suspect), meilleur ami de la mère forcément gay, twist de la mort, répliques entendues mille fois (« How could you do this to our family? », « I’m your new mommy now ») etc etc jusqu’à l’inévitable happy end et l’indispensable carton final « inspiré d’une histoire vraie ». Vu et revu mille fois, hyper prévisible. Zéro gag, zéro second degré.

Alors quoi ? Pourquoi s’intéresser à ce qui ressemble, de près comme de loin, à une grosse daube ? Et surtout, pourquoi ça serait une parodie ?
Parce que les rôles principaux sont tenus par Kristen Wiig et Will Ferrell bien sûr (et que c’est produit par Adam McKay, le binôme de Ferrell).

a deadly adoption
Alors évidemment, tout ce qu’on voit à l’écran est à recevoir très différemment… Et là où ils sont décidément très forts, c’est qu’ils jouent le jeu à fond, sans jamais montrer de signe qu’ils s’adonnent à un exercice parodique encore une fois : si quelqu’un regarde A Deadly Adoption sans rien savoir d’eux, il ou elle croira à un véritable téléfilm Lifetime (la chaîne qui les diffuse principalement aux Etats-Unis, et qui l’a diffusé il y a quelques mois; un genre de Téva pour faire court). Ferrell est parfait en père de famille vertueux et successful, Wiig impeccable en housewife comblée puis bafouée mais, mère courage, prête à tout pour sauver sa famille. Tout juste peut-on noter que Ferrell arbore une fausse barbe un peu grossière mais ça aussi ça fait souvent partie du cahier des charges du genre. Wiig déploie quant à elle une garde robe absolument irréprochable de soccer mom 2.0.

Le radicalisme de la démarche amuse donc mais impressionne aussi pas mal : si aucun signe, manifeste ou pas, ne dévoile le caractère factice et parodique de l’entreprise, où est-ce qu’on se situe ? On peut légitimement penser aux happenings d’Andy Kaufman, à une video d’art contemporain même, pourquoi pas ?

A Deadly Adoption offre aussi un aperçu de ce qu’aurait pu être la carrière de ces 2 génies comiques s’ils avaient décidé, comme bon nombre de leurs congénères avant eux, de donner à leur carrière un virage dramatique (connu en France comme « syndrôme Tchao Pantin« ).
A défaut, et en optant à l’opposé pour le franchissement d’un nouveau palier via un geste purement gratuit et théorique, il est une nouvelle preuve que ces 2 là peuvent tout se permettre et qu’ils sont décidément très, très au-dessus de la mêlée.

Jamais entre amis – critique

Ah la la, comme le temps a passé depuis mon dernier billet sur Grande remise. Et il s’en est passé, justement, des choses! On a appris à faire la différence entre un “migrant” et un “réfugié” (ah bon?), Michel Gondry a sorti le meilleur film de l’année sans que personne s’en rende compte, Michel tout court, le seul, l’unique, le grand, mon idole footballistique absolue, est devenu entraînor de l’OM.

Et moi dans tout ça ? Ben écoute, ça va, ça va. J’ai trouvé un boulot à la Banque Postale, je me suis marié, j’ai fait 2 gosses et je me suis mis à l’œnologie.

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Jake et Lainey ont perdu ensemble leur virginité sur un coup de tête à l’université. Quand ils se recroisent 12 ans plus tard à New York, ils réalisent tous les deux qu’ils sont devenus des champions de l’infidélité. Prêts à tout pour trouver des solutions à leur problème, ils s’engagent dans une relation platonique sans tabous afin de s’entraider dans leur quête du véritable amour. (Allocine.fr)

Jamais entre amis (Sleeping with other people en version new-yorkaise) est un peu atypique dans la masse de comédies américaines produites depuis la révolution Apatow.
Un peu Apatow donc, c’est désormais devenu la norme outre-atlantique, un peu séries à la pointe (on y retrouve entre autres Alison Brie de Community et Mad Men, Jason Mantzoukas , le légendaire Cuñado de The League, Adam Scott qu’on a vu un peu partout mais notamment dans Parks & Recreation, Amanda Peet en plein retour de flamme depuis son rôle dans l’excellente Togetherness) et beaucoup comédie new-yorkaise précisément (par comédie new-yorkaise, j’entends « à la Woody Allen« ). C’est produit par la doublette magique Adam Mc Kay / Will Ferrell, ça donne le premier rôle à l’excellent-et-trop-sous-estimé Jason Sudekeis (ex-pilier du Saturday Night Live lui) et ça ressemble donc très très fort à un film que j’aime d’amour avant même de l’avoir vu.

Malheureusement, et comme souvent, l’hybridation ne réussit pas totalement et le résultat ne parvient pas à se hisser à la hauteur de ses diverses influences/références. Ca bavarde beaucoup mais ça n’est pas toujours passionnant. Ca trashe énormément mais pas toujours à bon escient. Et le versant « comédie new-yorkaise », avec ses innombrables références de bon goût (de Georgia O’Keeffe à Wes Anderson en passant par Aaron Sorkin) pêche lui aussi par excès de volontarisme.

Je suis sans doute un peu dur car le film est plutôt bien fichu, plutôt plaisant. Même si la marche est un peu trop haute pour elle, Alison Brie se hisse au niveau de l’excellent-et-trop-sous-estimé Jason Sudeikis et leur alchimie, manifeste, fait plaisir à voir, selon l’expression consacrée. Et Alison Brie fait évidemment plaisir à voir tout court. Surtout lorsqu’on multiplie les plans où son anatomie se dévoile de manière totalement gratuite et injustifiée: kudos pour la scène d’essayage dans le magasin de lingerie, fallait l’oser celle-là.

Je suis un peu dur mais ce film vient après tout ce que j’ai cité dans le premier paragraphe, un peu à la remorque, un peu tard sans doute. Il aurait été beaucoup mieux reçu et meilleur en vérité, il y a 5 ans, mais trop dépendant de ses influences, il n’aurait probablement et très certainement pas existé il y a 5 ans… Et puis je les ai toutes vues, ou presque, ces comédies, je suis exigeant…

Mais c’est mignon. Jamais entre amis dit de jolies choses sur l’amitié justement, sur l’importance d’icelle dans une relation amoureuse, ça ne rechigne pas à parler sexualité de manière frontale. Et si le film peut permettre à l’excellent-et-trop-sous-estimé Jason Sudeikis de trouver de nouveaux rôles principaux, ça serait déjà pas mal. Merci pour lui.

#41 The Jayhawks – Tomorrow The Green Grass

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2 choses :

– j’écoute pratiquement plus d’alt-country, folk, rock etc. US depuis de très longs mois. Chais pas. Weird. Pop anglaise, française, sunshine, psych, electro même, ou alors pop US mais j’ai totalement rayé les chemises à carreaux et tout ce qui s’en approche de près ou de loin de mes playlists. Cette semaine par exemple, j’ai volontairement raté le concert de Kevin Morby : je râlais de pas avoir pu le voir à Nîmes, je voulais le voir à Toulouse du coup mais je n’en avais pas du tout envie en fait.
Total, j’ai pas grand chose à dire sur ce très beau disque. C’est dommage mais c’est comme ça.

– je n’ai de toutes façons pas grand chose à dire tout court sur ce blog, en tout cas qui cadrerait avec l’orientation que j’ai choisi de lui donner à l’origine (« culture » pour faire court). Je sais pas là non plus… Je vois des films, des séries, je lis des livres, j’écoute des nouveautés, passionnants parfois, ou édifiants mais j’ai un peu perdu la flamme je crois. Ou alors c’est juste une passade. Ou j’ai envie d’écrire sur d’autres sujets, ici ou ailleurs, je sais pas encore très bien.

Je lance un audit et je te tiens au courant.

Gros bisous.

This Is Not A Love Song festival 2015 – Nîmes – Jour 3

Un incident technique indépendant de ma volonté m’a empêché d’assister à la majeure partie de cette 3ème journée du festival : alors oui, j’ai raté les Allah-Las, oui, ça me fait vraiment chier, et même plus, donc, tout comme mon rendez-vous manqué avec Teenage Fanclub, je veux plus aborder ce sujet jusqu’à ce que je réussisse à les voir sur scène un jour. Capisce ? OK.

J’attaque avec les Sleaford Mods, sensation punk-hop de l’an dernier.
J’entre dans la grande salle alors que ça a déjà commencé : un laptop, un mec en bermuda-casquette derrière, un micro, un mec au look vaguement Mod en effet qui tourne autour. le 1er lance un beat, le second vocifère dans le micro. Et c’est génial. C’est. Génial. Jason Williamson, vieux routier désabusé du music business complètement reinventé/retrouvé avec ce nouveau projet (il a déjà 45 ans quand même), raconte les quotidiens de merde faits de mauvaise dope, de boulots à la con, de bière tiède, de fish and chips avariés. « This song is about your fockin’ manager. And if you’re a fockin’ manager, then this song is about you, you cheeky cunt. » Ce qui est génial c’est que les mecs ne se la racontent pas : quand je dis que le casquetté lance le beat, c’est qu’il lance le beat et c’est tout. Il fait pas semblant de bidouiller quoi que ce soit, il appuie sur une touche et recule d’un pas, se contentant de hocher la tête, une bière dans la main gauche, la droite dans sa poche. Pendant que l’autre fait le spectacle, postillonnant comme un goret en crachant sa bile. Même pas bourré le mec : il tête avec constance et avidité une bouteille de Cristalline. Fockin genius. Je l’ai toujours été évidemment mais en ce moment, je me sens particulièrement anglophile : ce concert, ce groupe, tombent pile poil au bon moment pour moi.

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Du coup c’était pas prévu mais je rate le début du show d’Unknown Mortal Orchestra. Pas grave, je les ai déjà vus il y a 2 ans en 1ère partie des Flaming Lips à Villette Sonique. Cette fois, pour se rapprocher des textures et arrangements plus complexes du nouvel album, le trio habituel est accompagné d’un claviériste. Bon, c’était très bien encore une fois : souple et funky, hyper coolos sous le soleil de fin de journée. Toujours aussi virtuose, Ruban Nielson semble désireux à la fois d’élaguer son jeu tout en densifiant ses compositions et ça fonctionne remarquablement bien. Toujours aussi fan du batteur, toujours aussi convaincu que le bassiste pourrait virer sans qu’on s’en rende compte. Pas grand chose à ajouter :  le nouvel album est top, ce groupe est top, ce concert était top.

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Note le cadrage extrêmement précis, quasi technique, de cette photo.

Je vais ensuite faire un tour à The Soft Moon. Je connais que de nom, et le peu que j’ai lu à leur sujet laissait présager que c’était pas DU TOUT pour moi. Et de fait, j’ai tenu 2 chansons je crois. Cold-shoegaze-noise, je sais pas comment qualifier ça mais ça me gonfle profondément. Si le reggae n’existait pas déjà, ça serait mon reggae. Ce qui me gonfle encore plus de surcroît, c’est qu’on disqualifie avec dédain des mecs comme les Allah-Las parce qu’ils ne seraient que de vulgaires retro-fétichistes, tout en encensant ce genre de groupe. Alors que la seule différence entre les 2 c’est qu’ils font une fixette sur une période différente. Point barre final à la ligne.

Foxygen sur la grande scène ensuite.
Alors… Premier album, pop sixties meets Beck meets MGMT. Classique instantané. Tchuerie. Deuxième album sorti l’an dernier, port meets nawak meets Todd Rundgren. Et je suis très indulgent : il est quasiment inécoutable. Ratage complet ? Foutage de gueule délibéré ? Crise d’adolescence ? Sans doute un peu les 3 à la fois. Tout ça pour dire que je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre ce soir.
Ils déboulent à 5, sans le chanteur Sam France évidemment, dont on se doute qu’il va se faire mousser au maximum. 5 plus 3 danseuses ! Et ça évidemment c’est très cool parce qu’elles sont quand même un peu coquines les coquines. Ca danse donc lascivement et énergiquement à la fois pendant que le groupe balance un We Are The 21st Century Embassadors of Peace and Magic à rallonge. A rallonge car oui, Sam France se fait bien prier. Il déboule donc après plusieurs minutes sous les vivats du public, nombreux et enthousiaste. Très amaigri, les cheveux décolorés, il ressemble énormément à Christopher Owen, le chanteur de Girls. Et on comprend très vite que Foxygen est là pour assurer un spectacle au sens propre du terme : France en fait des caisses dans son rôle de Jagger 2.0, ça joue des petites saynètes entre les morceaux, les danseuses (qui sont également choristes) assurent le show avec une belle abnégation etc etc. A un moment, faisant mine de s’embrouiller (le groupe est notoirement connu pour ses tournées, disons, chaotiques et Pitchfork avait annoncé l’an dernier qu’il avait splitté, information uniquement démentie par l’annonce surprise du nouvel album), tout le monde quitte carrément la scène pendant de longues minutes, pendant que la sono balance un grésillant San Francisco, leur chanson la plus connue. Qu’ils ne joueront donc pas ce soir en live.
Beaucoup dans le public, sans doute lassés par tant d’hystérie et de cabotinage (Sam France en fait VRAIMENT des caisses, il bouge et saute partout, tout le temps), reculent pour peut-être carrément aller voir ailleurs s’ils n’y sont pas : je comprends. Mais moi ça m’a beaucoup plu : déjà le groupe a l’intelligence de se concentrer sur les chansons de son 1er album; il ne garde ensuite du second que les plus abouties, les rendant encore plus classiques dans leur version live, se rapprochant alors d’un mélange entre les Stones de Black and Blue et le Todd Rundgren de Something/Anything; et puis surtout, je trouve ça mignon cette naïveté, ce désir de proposer un spectacle total, de jouer la carte d’un certain glamour décadent, très hollywoodien. C’est peut-être pas toujours réussi, voire c’est souvent maladroit mais c’est fait avec enthousiasme et sincérité, ça me touche. Le dernier morceau, Everyone Needs Love, est sublime pour les mêmes raisons : un peu naïf, très sincère, beaucoup Rundgren, bien interprété / joué, je ne peux qu’adhérer.
« Everyone needs love / we can make it together », vous avez bien raison les jeunes !

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Donc voilà, ça s’est un peu terminé en eau de boudin en ce qui me concerne, plus tôt que prévu en tout cas.

Pas d’interviews finalement, j’ai pas pu avoir ce que je voulais et pour les autres, ça s’est mal goupillé. Ca n’est que partie (Grande) remise. Pouf pouf.

Pas de concerts gratuits non plus ie, les concerts de l’après-midi (le samedi et dimanche, les portes ouvraient à 14h) pour des raisons d’organisation personnelle également. Je jetterai néanmoins une oreille à Johnny Hawaii, Appletop et Only Real qui m’intriguaient pas mal.

Et puis c’est vrai, même si c’est la règle du jeu de toutes les manifestations culturelles de ce type et qu’on le sait pertinemment, on a parfois la sensation de se trouver dans la position du gamin dans la confiserie comme disent les anglo-saxons, ou d’adopter une attitude un peu consumériste pour adopter une tournure nettement plus négative : on veut tout voir, se gaver au maximum de musique, on court d’une scène à l’autre toute la journée de peur de manquer quelque chose d’important (en tout cas, je fonctionne comme ça mais je suis peut-être minoritaire, je ne sais pas).
Et le lieu s’y prête merveilleusement : Tinals, malgré son évolution et sa « progression » (sur le plan quantitatif, fréquentation et nombre de groupes/concerts) reste un festival à taille humaine, artisanal et ses 4 scènes sont réunies dans un périmètre réduit. C’est évidemment très appréciable. Mais je pense que l’année prochaine, je ferai le choix de choisir justement, et de voir moins de concerts peut-être, mais de les voir mieux.

Parce que oui, même si j’ai globalement été moins enthousiasmé par les prestations de cette édition que par celles de l’année dernière, un tel lieu, une telle organisation, une telle programmation, c’est absolument immanquable. Rendez-vous en 2016 donc !

This Is Not A Love Song festival 2015 – Nîmes – Jour 2

Giant Sand, Ariel Pink, Sun Kil Moon et Divine Comedy en têtes d’affiche de la 2ème journée de This Is Not A Love Song à Nîmes : difficile de faire plus éclectique. Une programmation des plus roboratives. Tinals met les bouchées doubles pour cette nouvelle édition.

Merde, j’ai planté, je me crois dans Télérama.

Hipster, nul à chier, dément, n’importe quoi, sans déconner, DTC, Zooey Deschanel, Wes Anderson, Real Madrid.
Voilà, ça va mieux.

Aquaserge dans la grande salle pour débuter la journée.
Aquaserge est un groupe toulousain, je les ai vus en concert à de nombreuses reprises. J’étais très curieux de les revoir pour la 1ère fois depuis un an, après la sortie de leur 1er album (A l’amitié), après, surtout, leur 1ère véritable tournée. Et comme je m’y attendais, ils ont énormément progressé : tout le monde est hyper bien en place, les enchaînements absolument déments, et par conséquent, servie pas l’excellente acoustique d’une véritable salle de concert, leur pop hybride mêlant influences retro, prog et jazz rock (on peut aussi bien songer à Stereolab, pour qui ils avaient d’ailleurs ouvert il y a quelques années, qu’à Gong, pour situer) prend littéralement forme sous nos yeux. Une forme ronde, élastique et mouvante, en constante évolution. Excellent concert donc, l’un de ceux que je retiendrai sur ces 3 jours.

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Je vais faire un saut à l’extérieur pour jeter un oeil à Twerps : c’est mignon, c’est bien fichu mais je m’attarde pas trop, j’en ai un peu marre de ce revival indie pop 90s, guitares graciles et mélodies un peu floues. Et puis Giant Sand à suivre.

La grande salle est bien pleine pour accueillir un des groupes phares et cultes de l’americana, avec un public plus âgé et très masculin. Un mec dans l’assistance gueule « Teuksone ! » lorsque le groupe débarque. Howe Gelb, très charismatique, présente d’emblée chacun de ses musiciens et rappelle ainsi à tout le monde que Tucson se prononce « toussonn ».
Et c’est parti pour une grosse heure de country-folk-rock racé et classieux qui rappelle à chacun que Giant Sand fait bien partie des pionniers et des tous meilleurs représentants de ce genre aujourd’hui fermement établi. A mi-concert, Gelb s’assied au piano, seulement accompagné de sa section rythmique, pour un passage limite piano bar qui me convainc modérément. Le reste du groupe le rejoint pour un final plus rock qui finit de mettre l’assistance à genoux. Ca sera pour beaucoup le meilleur concert du festival. Pas pour moi : c’est excellent, mais surtout dans la 1ère partie en fait, après ça se délite un peu. Et Howe Gelb a beau avoir une présence phénoménale, avec des interventions toujours très drôles, pertinentes, spirituelles, je reste un peu sur ma faim. Disons que ça ne m’a pas totalement bouleversé. Mais ça restera un des moments forts du festival, et c’est une grande chance que d’avoir pu assister à un concert de ce groupe.

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Allez hop, je traîne pas, je veux absolument voir Ariel Pink sur la grande scène extérieure.
Compliqué Ariel Pink évidemment, très compliqué… Insupportable personnage la plupart du temps (gros poseur ? véritable dingo ? Mystère…) mais du talent, c’est indéniable, et des fulgurances créatives qui le rendent, au minimum, intrigant. Ils sont super nombreux sur scène (7 ou 8, je sais plus ezactement) et mettent énormément de temps à se mettre en place :  je crains le pire. D’autant qu’ils jouent fort, TRES fort : les bouchons d’oreille sont de sortie dans une large proportion du public. Mais très vite, ça se met en place : ça passe constamment du coq à l’âne, de la pop déviante au hair metal en passant par le punk rock ou l’electro vicieuse mais ça tient étonnamment bien la route, ça prend du sens au fur et à mesure. Je ne m’y suis à mon grand regret encore jamais rendu mais pour moi, Ariel Pink, c’est la bande son du Los Angeles des années 2010 : une ville hybride, à la fois crade, glamour et complètement tordue. Il en est en tout cas un excellent ambassadeur.

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Je tente ensuite de me rendre au set de Wand dans la petite salle mais c’est peine perdue, la file d’attente pour entrer est à nouveau décourageante. Dommage, j’aurais bien aimé assister au concert de ces protégés de Ty Segall.

Je me rapatrie donc vers la grande salle où le concert de Sun Kil Moon a déjà débuté. Je comptais pas y assister, ça me gonfle Sun Kil Moon… C’est du folk hyper narratif et plombant, c’est pas pour moi. Surprise : Mark Kozelek, l’homme derrière ce nom primesautier (et derrière feu Red House Painters), est accompagné de 2 guitaristes et d’un batteur. Je pensais qu’il se produirait seul, en musicien qui fait jouer ses mains sur un morceau de bois. Il arpente la scène comme un lion en cage, déclamant ses textes décrivant essentiellement, le deuil, le sentiment de perte et autres joyeusetés, de manière hyper agressive. Intrigant… Entre chaque morceau, il invective le public, lui demandant constamment de se taire (« stop whispering »). Il cherche la confrontation, c’est évident, il s’en amuse. On songe par moments à un Springsteen minimaliste et janséniste, aussi austère et « malaimable » que Bruce est généreux et exubérant. Je peux pas dire que ça me plaît mais je suis curieusement comme hypnotisé, je n’arrive pas à m’arracher de mon siège (oui, je suis au balcon, confortablement assis, comme au cinéma, et comme le vieux que je suis). C’est un moment fort finalement, l’un de ceux que je retiendrai…

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Je sors néanmoins un peu avant la fin, je ne veux absolument pas manquer une seconde du concert de Divine Comedy sur la grande scène extérieure.
J’ai déjà expliqué ici l’importance qu’à ce groupe pour moi, l’affection que je porte à Neil Hannon. Divine Comedy, c’est aussi un sublime concert de 1996 au Bikini, à l’époque où le groupe se produisait avec une formation classique complète (une trentaine de musiciens de mémoire) : je ne peux pas nier la dimension nostalgique que revêt la prestation de ce soir même si je continue à suivre, et à trouver excellente, une carrière qui a connu quelques bas, mais qui est à nouveau très intéressante sur les derniers albums.
Ce soir c’est formation réduite : basse, batterie, clavier, Neil Hannon à la guitare (acoustique le plus souvent) et… un accordéoniste pour les parties de corde. J’ai peur mais ça l’effectue parfaitement en réalité, je suis rassuré d’entrée : Absent Friends, cavalcade-ode à l’amitié qui me touche énormément. Sur les titres les plus cabarets, où Neil Hannon nous rejoue son numéro de petit Brel irlandais, je trouve ça un peu too much mais c’est beau.
Et puis c’est con mais y a une très belle ambiance dans le public : essentiellement des fans de la 1ère heure, des trente-quarantenaires donc, tranquilles, un sourire un peu couillon aux lèvres (j’arbore le même air de ravi de la crèche), simplement heureux d’être là (je le suis moi aussi). La setlist s’apparente à un best of (Songs of Love, Becoming More Like Alfie, Your Daddy’s Car, Generation Sex, Bang Goes the Knighthood). Il annonce The Summerhouse, je sens que je vais craquer. Ah non, finalement, il s’est planté, elle arrive un peu plus tard. Mais il finit par la jouer, elle est sublime… Cette chanson me touche énormément, elle me met immanquablement les larmes : c’est dire si j’ai l’air con ce soir.
Entre chaque morceau, Neil Hannon (qui boit évidemment du vin rouge dans, évidemment, un très joli verre à pied) s’adresse au public : il est drôle, fin, spirituel, élégant et proche à la fois. Nous sommes entre gens de bonne tenue mais ça n’est jamais corseté ou trop sage, ça ressemble plutôt à une réunion de vieux amis. Sur Alfie, il rate le solo final, s’en amuse, s’en excuse, et en conclut que ça serait le moment idéal pour crasher sa guitare sur son ampli. « But not me : I was brought up well ». Voilà : de l’humour, de l’auto-dérision, une musique exquise, des refrains à reprendre en choeur, c’est un très beau moment. Qui se conclut pas un Tonight We Fly, chanson d’amour absolue s’il en est dans un répertoire qui en compte un bon paquet, des plus approprié et célébré comme il se doit.

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J’aimerais bien voir Bagarre dans l’absolu, The Juan Mc Lean aussi, mais non, j’ai envie de rester là dessus (et puis je suis un peu fatigué aussi, faut dire ce qui est).
Ca fait beaucoup de groupes, de bons groupes, de très bons groupes même, c’est à la fois très grisant et frustrant, j’ai l’impression de courir, de ne pas en profiter comme il se doit : comme quand on se tape Alison Brie et Charlize Theron 3 ou 4 super films dans la même journée.

Alors ciao, bonne nuit, à demain. Et merci Neil

This Is Not A Love Song festival 2015 – Nîmes – Jour 1

Grande remise  refait donc une incursion au pays des ferias, du total look Desigual  et des 4×4 blancs pour le festival This Is Not A Love Song, Tinals pour les intimes, oasis de précision et de bon goût au pays des ferias, du total look Desigual et des 4×4 blancs.

T’as une impression de déjà vu ? C’est normal, c’est la même intro que l’an dernier : j’aime bien et puis merde, faut dire ce qui est, c’est quand même le festival du mauvais goût dans ce pays nom de Dieu.

C’est aussi le festival du hipster Tinals. A tel point que j’ai pas vu une seule Stan Smith. On se croirait à Londres… Pas vu un seul punk à chien non plus du coup, ça va sans dire.

Cette année, le festival passe à la vitesse supérieure avec encore plus d’animations et d’ateliers, encore plus de scènes (une petite supplémentaire), encore plus de groupes, encore plus de têtes d’affiches. Et, logiquement, encore plus de monde.

Première conséquence : le programme  de cette 1ère journée est chamboulé… la veille au soir : ça n’est plus l’excellent Kevin Morby qui ouvre le weekend nîmois dans la grande salle mais les Swans. Morby (de même que Mikal Cronin) est relégué dans la petite salle, j’y reviendrai.

Les Swans donc, en ouverture du festival. Evidemment, on ne saurait imaginer plus radical et intransigeant comme entrée en matière. On ne saurait non plus imaginer moins Grande remise : j’ai assisté au set, concentré, patient, je connais la réputation cultissime du groupe, son influence énorme… et c’est tout. Cette musique ne me touche pas, tout simplement. Bien sûr, la prestation impressionne : disposés de manière ultra compacte au centre de la scène, les musiciens paraissent comme prêts au combat et de fait, ils envoient du bois comme on ne dit plus depuis des lustres. Sauvage, viscéral, violent même. Oui… Oserai-je le dire néanmoins ? Oh, je vais oser tu le sais bien toi : je m’attendais à bien « pire » ie plus sauvage, plus viscéral, plus violent et surtout, compte  tenu de la réputation du groupe à ce sujet, plus bruyant. Très supportable tout ça finalement.

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Content de sortir prendre l’air quand même.
Dan Deacon attaque son set. Hyper volubile (il le concède lui-même) il fait le show comme personne, demandant aux personnes devant lui de former un large cercle et organisant un dance contest en désignant lui-même les participants (« you, with the Sex Pistols shirt »; « you girl, will you join us please ? »). Gros succès et grosse ambiance, ça va sans dire. « La musique? » dis-tu. Mmmmh « anecdotique » répondrai-je.

Je me rends sans tarder dans la petite salle pour y voir LE concert que je ne veux pas rater aujourd’hui, celui de Mikal Cronin. Vu l’an dernier au même endroit, il accompagnait Ty Segall à la basse. Cette année, il revient défendre son propre répertoire et notamment son 3ème album, sobrement intitulé MCIII. Accompagné de 2 clones de Ty Segall à la batterie et aux claviers, d’un sosie d’Alex Turner (Arctic Monkeys) à la Rickenbacker et d’un bassiste extrêmement barbu-chevelu, il balance 45 minutes de pop 60s survitaminée, surpuissante. Je réalise que son groupe ressemble très exactement à sa musique : un peu garage, un peu heavy, très pop : lui-même, les cheveux courts, avec sa guitare portée haut, prend des faux airs de John Lennon (il ressemble également beaucoup à un Mark Duplass svelte). Quel pied en tout cas ! Sur l’album, moult cordes et arrangements subtils. Sur scène, électricité maximale, solos nerveux, refrains accroche-coeur. Super concert, vraiment, qui aurait mérité la grande salle (merci les Swans 1).

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Retour à l’extérieur : je fais la queue afin de pouvoir me rafraîchir le gosier. Derrière moi, une nana doit expliquer à sa copine la signification de l’acronyme DTC. Mais dans quel monde vit-on je te le demande ? C’est ça la France de 2015 ? On en est encore là ? Et après on s’étonne que le train du progrès nous passe sous le nez… Je leur ai lancé un regard réprobateur bien senti crois moi. Non mais oh.

Là, c’est la foule des grands soirs, ça rigole plus : c’est Thurston Moore, MÔÔÔSSIEUR Sonic Youth en personne. Accompagné de Steve Shelley (qui, c’est drôle, accompagnait Lee Ranaldo au même endroit l’an dernier), de la bassiste de My Bloody Valentine et d’une guitariste, il envoie méchamment lui aussi. Ce rock new-yorkais ne me touche que peu en vérité mais là, bordel, quelle classe. Super concert… Et ce son de guitare incroyable, si caractéristique, qui semble avoir 16 ans pour toujours et balance des « fuck you » goguenards à chaque accord. Pas grand chose à dire de plus : la grande classe.

Je trace à nouveau à l’intérieur (je me rends compte que je ne fais que courir…), je voudrais voir un bout du set de Kevin Morby : peine perdue, il joue donc dans la plus petite salle et une file d’attente impressionnante s’est formée… alors qu’à l’intérieur, c’est déjà plein à craquer ! Lui aussi aurait sans doute mérité la grande salle qui lui était initialement dévolue (merci les Swans 2)

Je me rends donc dans la grande salle où va avoir lieu le concert de Gaz Coombes, ex-leader de Supergrass (tu suis toujours ? Ca va trop vite ? Eh ouais, c’est ça This Is Not A Love Song cette année). Je l’attendais également impatiemment ce concert. Et c’était nul. Enfin… carré, plat. Nul donc. Ah c’est sûr les chansons sont pas du même niveau que celles de son ancien groupe. Il semble vouloir « prouver » lors de chacune d’elles : qu’il a mûri, qu’il s’est amélioré, qu’il est capable d’écrire des chansons plus complexes et plus profondes qu’Alright ou Grace. Il s’assied au piano, la guitare en bandoulière, il jouera des 2 instruments sur le même morceau. Plus tard il passe d’une guitare électrique à une guitare acoustique au milieu de la chanson. Il se donne du mal… Mais rien ne fonctionne malheureusement. Très déçu par ce concert sans relief en tout cas. Sinon il est toujours aussi mignon, pas de problème.


Je ressors, Caribou a déjà commencé (ça va vite. Ca va beaucoup trop vite). Chouette prestation electro-pop, dansante et légère, chouette light-show, chouette groupe. Au milieu de la nuit, dans une atmosphère déjà un peu humide (il tombe quelques gouttes et la fraîcheur se fait sentir puisqu’il est minuit passé), ça l’effectue parfaitement serais-je tenter de dire. D’ailleurs je l’ai dit.

Et puis… rideau. Pas envie de revoir Thee Oh Sees qui m’avaient énormément déçus à l’automne dernier.

Bilan mitigé pour cette 1ère journée et surtout, le sentiment, la certitude même que le festival a bel et bien franchi un palier en termes de notoriété et d’envergure. Sans pour autant perdre de sa convivialité et de son atmosphère gentiment artisanale. Simplement, les concerts du jour m’ont parfois un peu déçu. Mais ça n’est que le début !

A suivre donc.