Expo 58 – critique

Londres, 1958. Thomas Foley dispose d’une certaine ancienneté au ministère de l’Information quand on vient lui proposer de participer à un événement historique, l’Exposition universelle, qui doit se tenir cette année-là à Bruxelles. Il devra y superviser la construction du Pavillon britannique et veiller à la bonne tenue d’un pub, Le Britannia, censé incarner la culture de son pays. Le jeune Foley, alors qu’il vient de devenir père, est séduit par cette proposition exotique, et Sylvia, son épouse, ne voit pas son départ d’un très bon œil. Elle fera toutefois bonne figure, et la correspondance qu’ils échangeront viendra entrecouper le récit des nombreuses péripéties qui attendent notre héros au pays du roi Baudouin, où il est très vite rejoint par de savoureux personnages : Chersky, un journaliste russe qui pose des questions à la manière du KGB, Tony, le scientifique anglais responsable d’une machine, la ZETA, qui pourrait faire avancer la technologie du nucléaire, Anneke, enfin, l’hôtesse belge qui va devenir sa garde rapprochée… (Babelio)

2019, année de la lecture: trop de magazines, trop d’articles en ligne, aussi intéressants soient-ils, m’ont détourné des romans et essais. Ma grande résolution de l’année, c’est donc de m’y remettre sérieusement (une résolution à laquelle je pourrais me tenir s’entend parce que j’avais aussi décidé que cette année, ça y est, c’est sûr, j’allais m’attaquer à la faim dans le monde et puis en fait non).

Si je devais répondre à la question « quel est ton écrivain contemporain préféré? », je répondrais sans hésiter Jonathan Coe. Écrivain britannique né à Birmingham au début des années 60, il incarne un prolongement de mes obsessions anglophiles, soit un type qui pose sur son pays un regard à la fois tendre et acéré, tout ce que j’aime. Un peu à l’instar de Ray Davies, il traduit à son égard un sentiment que j’ai décidé, bim, ça m’est venu comme ça, de nommer « affersion » : un mélange d’affection et d’aversion, pour l’Angleterre et ses traditions, son goût de l’immobilisme, son conservatisme etc. Pour l’Angleterre quoi.
Un de ses romans récents, La vie très privée de Mr. Sim (pas son meilleur mais plaisant), a été joliment adapté par Michel Leclerc avec Jean-Pierre Bacri dans le rôle titre. Pour finir de situer.

Expo 58 est sans doute un roman relativement mineur lui aussi dans une oeuvre qui compte (si tu veux lire du Coe, il te faut Testament à l’anglaise ainsi que le diptyque Bienvenue au club / Le cercle fermé, sans hésitation là non plus). Mais quand on commence à maîtriser un peu un auteur, ou en tout cas qu’on a lu un bon paquet de ses ouvrages, on prend souvent beaucoup de plaisir dans des œuvres plus anecdotiques, dans lesquelles on va s’amuser à chercher sa patte, ses tics, son essence.

Il n’est pas bien difficile pour un amateur de l’oeuvre de Jonathan Coe de s’y retrouver dans Expo 58 : un héros tiède, voire morne, tendance indifférent à la vie, des hasards, des coïncidences, un humour pince-sans-rire, l’affersion, donc, pour cette Angleterre des années 50 qui sent bien qu’elle doit se tourner vers cette seconde moitié du XXème siècle aux immenses promesses de progrès et d’innovation, mais ne peut se résoudre à laisser derrière elle les piliers de sa grandeur passée. Le tout enrobé dans un pastiche de roman d’espionnage (tendance Ian Fleming, l’auteur de James Bond) avec un soupçon d’hommage à Hergé, Belgique oblige (l’action se déroule pendant, et sur le lieu de l’Exposition Universelle de 1958 qui s’est tenue à Bruxelles). Tout ça dans une langue comme toujours simple en apparence, précise, élégante. En gros, je me suis régalé, et si les 3 ouvrages cités au-dessus (Testament à l’anglaise / Bienvenue au clubLe cercle fermé) sont probablement les chefs d’oeuvre de Jonathan Coe, Expo 58 fait une belle porte d’entrée, plus « légère » et donc plus aisée.

Mais il faut par ailleurs savoir que Jonathan Coe n’a pas non plus son pareil pour tisser des récits dramatiques au sens propre, à la tristesse insondable, dont La pluie avant qu’elle tombe serait le chef d’oeuvre. Ainsi, les dernières pages d’Expo 58 font opérer au récit un virage à 180°: le hasard devient destin, les coïncidences se font tragiques. Le temps qui passe, aussi lentement qu’inexorablement, l’indécision, l’indifférence, les occasions manquées… C’est déchirant. Peut-être pas si « mineur » que ça finalement…

Le dernier roman de Jonathan Coe, Numéro 11, a été publié en 2016. Je vais le lire dans les prochaines semaines, j’essaierai d’en toucher quelques mots.

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