Dix pour cent – critique

Mathias, Andréa, Gabriel et Arlette sont les quatre piliers d’une prestigieuse agence de comédiens. Ils forment une famille professionnelle talentueuse, sous l’autorité paternelle du fondateur de l’agence ASK, Samuel Kerr. La mort soudaine de Samuel fait vaciller ce fragile équilibre. Vont-ils réussir à sauver l’agence et à relever le défi que leur posent leurs « stars » ? (Allociné)

Je m’y suis lancé à la faveur de la promo pour la diffusion de la 3ème saison sur FR2. Promo efficace donc puisque la série n’était pas vraiment sur mes tablettes : même s’il n’en est pas le créateur (il s’agit de Fanny Herrero), dans la tête d’une majorité de personnes, dont moi, Dix pour cent, c’est Klapisch et Klapisch, je le trouve, au mieux, inutile. Mais je sais pas : le casting, le pitch, les védettes en guests, les retours globalement positifs, il faisait bon et c’était cool, pourquoi pas ?

C’est une déception, et je vais m’arrêter là. En vérité, j’aurais pu m’arrêter après le 3ème épisode mais je me suis dit que 3 épisodes de plus pour terminer la saison, ça va, je descends pas à la mine non plus. Mais ces 3 derniers épisodes ont confirmé, ô combien, les impressions dégagées après les 3 premiers : c’est nul.

« Mais encore ? »

OK : c’est l’utilisation des guests stars, ce qui constitue le cœur même de Dix pour cent, qui me gêne terriblement. Le reste, ça passe : c’est pas cheap, même dans cette 1ère saison (un inconvénient dont souffrent pas mal de séries : la saison 1 est souvent envisagée et donc produite, comme une saison « test », avec des moyens un peu limités qui sont revus à la hausse si la série est reconduite), c’est bien réalisé, bien casté (Nicolas Maury et Laure Calamy parmi les seconds rôles, je dis oui), bien interprété (encore que, Gregory Montel, le mec qui interprète Gabriel, purée…). C’est souvent paresseux (le nombre de fois où l’intrigue avance grâce à un quiproquo, une maladresse, une personnage qui entend ou découvre telle ou telle information par hasard, mon Dieu…) et bourré de clichés (à ce titre, le personnage interprété par Camille Cottin prototype de la connasse parisienne, est gratiné) mais bon, admettons, ça mange pas de pain, indulgence, service public etc. et les guests, LA plus value de Dix pour cent donc, jouent le jeu sans rechigner.

Gregory MONTEL (Gabriel Sarda), Camille COTTIN (Andrea Martel), Thibault DE MONTALEMBERT (Mathias Barneville), Liliane ROVERE (Arlette Azemar), les 4 agents/héros de la série

Mais précisément, le gros problème se situe là à mon sens : les stars (en vrac : Line Renaud, Françoise Fabian, Joey Starr, François Berléand, Audrey Fleurot dans cette saison) sont censées jouer avec l’image que le public à d’elles, montrer un visage peu flatteur peut-être, plein d’auto-dérision en tout cas, mais ça reste trop gentil, beaucoup trop gentil. Tu m’étonnes qu’elles jouent le jeu sans rechigner…

Quand on s’intéresse un minimum aux séries, on ne peut pas s’empêcher de comparer Dix pour cent avec Platane par exemple, la géniale série d’Eric Judor. Ou, évidemment, avec ce dont Platane s’est inspiré : Extras et Life’s Too Short de Ricky Gervais. 3 séries qui elles aussi se déroulent dans le milieu du cinéma et/ou de la télévision, et qui font appel à des vedettes dans leur propre rôle. Et la comparaison fait mal. Très mal.

Attention : il ne s’agit pas obligatoirement, lorsqu’on se lance dans une satire de ce milieu, de faire trash, politiquement incorrect etc. Dix pour cent est vendue comme une « feelgood série », elle n’a pas vocation à adopter le ton globalement acerbe des 3 sus-citées. Mais « feelgood » ne signifie pas « servir la soupe aux guests » il me semble. Parce que c’est de ça dont il s’agit : le niveau d’auto-dérision est bas, très bas, la volonté de jouer avec l’image des guest stars toute relative. Pire : plus « grosse » la star, plus gentillet son traitement. Je veux bien que ça soit compliqué de les faire participer à la série mais merde… J’ai vraiment eu le sentiment qu’on les ménageait exagérément et qu’on leur cirait les pompes.

Nathalie Baye et Laura Smet dans un épisode lénifiant de mièvrerie… Encore un coup de Laetitia !

Un exemple, avec une courte séquence, anecdotique mais très révélatrice à mon sens, qui a particulièrement attiré mon attention : une employée de l’agence ne sait pas quoi faire lorsque quelqu’un appelle pour se plaindre qu’on lui ait ajouté 10 ans sur sa page Wikipedia. Je cite, de mémoire : « J’ai un acteur au bout fil, on lui a ajouté 10 ans sur sa page Wikipedia, qu’est-ce que je lui réponds ? ». Elle dit vraiment ça, « un acteur » ! Pas foutu de citer quelqu’un, même quelqu’un de has been, Gérard Hernandez, Samuel le Bihan, n’importe qui, je sais pas moi mais pas « un acteur » bordel !
Ca m’a vraiment scandalisé (je déconne pas) et c’est à ce moment-là, qui a confirmé mon sentiment que le premier objectif de la série était de ne surtout pas risquer d’égratigner qui que ce soit, que je me suis souvenu que parmi les gens derrière sa création, on trouve donc Fanny Herrero à l’écriture, Cédric Klapisch à la réalisation mais aussi, voire surtout, Dominique Besnehard. Agent des stars et star des agents, grand manitou du cinéma français, c’est lui, pas Fanny Herrero, pas Cédric Klapisch, qui a déclaré il y a quelques jours « on ira pas au-delà d’une saison 5 ». Ah c’est lui qui décide donc, c’est lui le patron ? Ouais bon, ok, tout s’explique…

« Eaux fortes de Jean-Etienne Nasal. Eaux fortes, le parfum de la jeunesse »

C’est dommage, car y avait vraiment matière à faire quelque chose de ce pitch. D’autant que Johnny Depp, Liam Neeson ou Kate Winslet, pour citer des acteurs/actrices mis à contribution par Ricky Gervais, ne sont pas suicidaires, ils/elles n’ont pas torpillé leur carrière en participant à Extras ou Life’s too short : on peut même interpréter leur participation de manière cynique, à savoir que moins ils/elles se montrent sympathiques, plus ils/elles révèlent leur sens de l’auto-dérision et meilleur c’est pour leur image. Même constat et même conclusion quand on voit ce que fait Guillaume Canet dans Platane, voire dans son pourtant calamiteux Rock’n’roll : il est bien plus audacieux que tout ce que met en scène la série… Dix pour cent joue trop la carte du glamour et de la sécurité, sert trop la soupe à ses guest stars de manière frontale. Quand la saison 1 s’est achevée sur les mots prononcés par le personnage d’Arlette (« il nous restera toujours le cinéma »), je ne voyais pas Camille Cottin et Liliane Rovère, seulement le visage de Dominique Besnehard. C’est dommage…
Basta cosi donc, je vais attaquer Baron noir.

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