Death Wish – critique

Quand il ne sauve pas des vies, Paul Kersey, chirurgien urgentiste, mène une vie de rêve, en famille, dans les beaux quartiers de Chicago… Jusqu’au jour où tout bascule. Sa femme est sauvagement tuée lors d’un cambriolage qui tourne mal… Sa fille de 18 ans est plongée dans le coma. Face à la lenteur de l’enquête, il se lance dans une chasse à l’homme sans merci. (Allociné)

Passée la question, non avenue pour cause de réponse trop évidente, du pourquoi un remake de Death Wish en 2018 (parce qu’Hollywood ne sais plus faire que 3 choses, sequeler, prequeler et remaker, voilà pourquoi), la question qu’on est en droit de se poser est « comment ? » : le débat sur les armes à feu et sur le travail de la police, concomitant de celui de l’auto-justice qui préside le film, n’a sans doute jamais été aussi vif aux Etats-Unis, notamment après que les survivants lycéens de la tuerie de Parkland en Floride s’en sont saisi de manière aussi courageuse qu’énergique. Et cette question, traitée, même en creux, par un réalisateur tel qu’Eli Roth, on est en droit d’avoir un peu peur, ou du moins de se méfier. J’ai rien contre lui, même si j’aurais plutôt tendance à le trouver assez puéril, m’enfin, c’est pas le type le plus responsable ni subtil qui soit a priori pour s’emparer d’un tel film et d’un tel sujet.

Quant au pourquoi je suis allé voir ça en pleine période de sorties cannoises : tu veux quand même pas que j’aille voir le dernier Christophe Honoré ? Soyons sérieux.

« Go ahead Christophe, make my day »

Death Wish 2018 donc : passée une ouverture brillante, bien tendue comme il faut (un flic fonce dans le trafic dense de Chicago pour emmener son coéquipier gravement blessé aux urgences) qui pose d’emblée une intéressante question morale (pas de spoiler), le film garde cette même ligne et ce même niveau: à la fois prenant et stimulant, il se révèle étrangement… subtil, je sais pas, mais en tout cas loin d’être con.

Attention: on n’est pas dans un film à thèse (et heureusement) et la position d’Eli Roth quant à la question centrale du film (a-t-on raison, lorsque la police se montre impuissante, de prendre les choses en main et de se faire justice soi-même?) reste en suspens sinon plutôt ambiguë. On peut toutefois accorder à Death Wish une résolution maligne qui lui permet de botter en touche sans avoir pour autant l’air de refuser de répondre à la question.

Quoiqu’il en soit, et même si le film reste un divertissement, Eli Roth (et son scénariste Joe Carnahan) disent et montrent des choses pertinentes sur notre époque, sur l’atmosphère actuelle aux USA et plus particulièrement sur la façon dont les media et les réseaux sociaux s’emparent de ce type d’histoires et de débat. Bien senti.
Voir aussi comment est traitée la, cruciale donc, question des armes à feu, de leur possession et de leur acquisition, à travers le personnage interprété par Bruce Willis, sa position et son évolution à ce sujet dans le film (même si là encore, Eli Roth préserve une certaine ambiguïté, pour ne pas dire plus, mais c’est pour ainsi dire indispensable dans un bon vigilante movie).

Dans le pur aspect « divertissement », Death Wish donne également le change, même si le scénario a du mal à s’écarter d’un sentier forcément et doublement balisé : par l’appartenance à un sous-genre bien précis, le vigilante movie donc, et par sa nature de remake. Il faut donc chercher la subversion dans des petites annotations de sale gosse (la publicité pour le magasin d’armes à feu, l’écran télé lorsque Willis pénètre chez le receleur, etc.) mais aussi dans les dialogues, le montage et le style braillards, impurs d’Eli Roth, dont on sent à chaque instant qu’il est issu du cinéma bis (même, voire surtout dans les scènes classiques et convenues du bonheur familial de la toute première partie).

Un mot enfin sur le beau personnage du frère de Bruce Willis, interprété par le toujours excellent Vincent d’Onofrio (private Whale dans Full Metal Jacket), qui apporte une petite touche émouvante et naturaliste à la fois. Et un mot bien sûr sur Bruce lui-même, toujours minimaliste, impeccable, dont le corps lourd et vieillissant est parfaitement approprié et utilisé.

Je comprends pas que Death Wish se fasse démonter de partout : j’ai vraiment passé un bon moment devant un film à la fois divertissant et loin d’être con, alors que je n’en attendais pas grand chose. Bonne surprise donc.

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