Jogo bonito

J’ai poussé mon petit coup de gueule mais ça y est, c’est bon, comme prévu je suis à fond et la compétition me le rend bien : elle est superbe. Des surprises, du suspense, des stades pleins, du beau jeu, de grossières erreurs d’arbitrage, des salopards invraisemblables, des buts, des buts, des buuuuuuuuuuuuuuuuuts!!!!

J’ai raté pas mal de matchs mais je suis pas mécontent de moi (quand t’as suivi de bout en bout Iran-Nigeria, on peut dire de toi que tu as fait le job).

Je te propose donc un petit bilan granderemisesque de fin de premier tour. Parce qu’on ne reverra plus certaines équipes, ni certains joueurs. Parce que la fin du premier tour de la coupe du monde de foot, c’est un peu le retour à la vraie vie, cette belle saloperie. Parce que dès demain, c’est les 8èmes de finale et que ça rigole plus.

Le plus beau maillot
Sans surprise, les anglais sont encore au top.

hayward10_1_2947138bSans fioritures, près du corps sans être moulant, col en V tout sobre (important le col dans un maillot de foot, TRÈS important), marqué par la poids de l’Histoire, probablement approuvé par Saint George, la Reine, Churchill et James Bond réunis. Et puis ces Three Lions sur l’écusson, y a pas à chier, ça l’effectue.

La coupe de cheveux la plus pourrie
On va pas se mentir, c’est, après les maillots, l’un des sujets les plus discutés dans la confrérie des footeux. Y a gros match évidemment tant le footballeur professionnel parvient à se surpasser de manière exponentielle dans le mauvais goût. Je serais tenté de décerner une palme collective à une équipe de France qui atteint des sommets cette année avec une variété assez remarquable dans les looks improbables : la coupe dite « du raton laveur » tient encore la corde, celle, très « Leni Riefenstahl likes this » arborée par Giroud, Griezmann et Debuchy ne cesse de me fasciner, Sagna est encore là et Cabella, l’appelé de la dernière heure, abat de nouvelles barrières. Ils sont au-dessus des portugais, c’est dire. Ils ont même influencé les portugais puisque Cristiano Ronaldo, une sommité dans l’univers footballistico-capillaire (on parle quand même là d’un type qui lors du dernier Euro a changé de coiffure A LA MI-TEMPS d’un match), a lui aussi adopté la coupe « rasé sur les côtés, long et gominé sur le dessus ».
Mais cette année, j’attribue ma palme à l’argentin Palacio

43375_rodrigo_palacio_jpg239bedf0996fdeb06edd1955c5cf72e3Cet hommage aux punks à chiens de Rennes, Aurillac et Buenos Aires est absolument irrecevable sur Grande remise.

La plus belle coupe de cheveux
Ca c’est difficile aussi mais parce que cette fois, il n’y a pas énormément de candidats. Au mieux, la coupe de cheveux de footballeur est sobre donc pas folichonne. En bon vieux con, ma palme va donc aux touffasses vintage, celles de Marcelo, Willian ou David Luiz (Willian a vraiment une bonne tête) et donc logiquement au maître incontesté de l’afro, Marouane Fellaini

Marouane-Fellaini-of-Belgium-looks-onJ’adore ce joueur en plus : je n’ai toujours pas compris quel était son véritable poste mais bien que lent et lourd, il se trouve toujours au bon endroit, au bon moment, tant en position offensive que défensive.

Le plus beau but
Très subjectif encore évidemment. Il y a eu plein de très beaux buts mais pour moi, un beau but c’est avant tout une belle action ou au minimum une belle passe, plutôt qu’un exploit individuel. Du coup j’ai un gros faible pour le premier but de Suarez contre l’Angleterre : Cavani qui temporise juste ce qu’il faut pour envoyer ce petit centre piqué, Suarez qui frappe en reculant, juste ce qu’il faut pour lober Joe Hart, je m’en lasse pas.

Le public le plus chaud
Difficile à dire en n’étant pas sur place évidemment mais j’ai été très impressionné par la ferveur du public chilien dans le match contre l’Espagne. Bon il me semble qu’ils ont sans doute montré un peu trop de ferveur car un bon nombre a « forcé » les portes du stade à cette occasion mais enfin, dans les gradins c’était assez hallucinant.
En dehors du stade, toujours impressionnant aussi de voir les marées orange devant les écrans géants des Pays-Bas ou rouges devant ceux de Belgique. Des publics qui n’attendent pas que leur équipe enchaine 2 bons résultats pour la pousser à fond, SI TU VOIS CE QUE JE VEUX DIRE.

Le plan le plus WTF
Au cours d’Argentine-Iran, sur le ralenti d’un coup franc de Messi, un spectateur se retourne lentement vers la caméra et sourit. Evidemment, c’est devenu un meme. En live j’ai totalement halluciné devant ma télé, croyant à une mise en scène, d’autant que la caméra suit lentement le mec. Génial.

Le pire consultant
Youri Djorkaeff (TF1)

Youri-Djorkaeff-dans-la-team-de-TF1_max1024x768Qu’il ne sache pas aligner 3 mots n’est pas très grave, je pense qu’on peut pas en vouloir à un mec qui laisse tomber les études (ou presque) à l’adolescence, de ne pas parfaitement maîtriser le français. En revanche, qu’il n’ait absolument aucun recul sur le jeu, les joueurs, aucune capacité d’analyse technique ou tactique est plus ennuyeux. Il est pas méchant, plutôt sympathique même mais il est très pénible à écouter le Youri

Le meilleur consultant
Omar Da Fonseca (Bein sports)

80649-largeLe mec qui enfonce Thierry Roland question chauvinisme :  il faut l’entendre au moins une fois commenter un match de l’Argentine, son pays d’origine et de coeur. Le journaliste qui l’accompagne (j’ai oublié son nom) est plié de rire la moitié du temps, et on le comprend. En plus j’adore son accent et son français approximatif mais toujours très imagé et juste, au final.

L’emballement inattendu
Costa Rica

7DEDB4C3-C707-440B-9BAB-37FD981D8871_mw1024_s_nIls m’avaient déjà bien plu lors d’une précédente édition (2006 il me semble). Rapides, techniques, joueurs, intelligents, ils sont vraiment très agréables à suivre. Et en plus ils ont tapé l’Italie. Que demander de plus ?

Le plus beau moment
J’ai adoré la joie et l’émotion sincères et spontanées de Luis Suarez sur le banc après sa sortie du terrain face à l’Angleterre. Le mec est peut-être le meilleur avant-centre du monde, il plante des buts comme il respire, il fait peur à tous les défenseurs de la planète, il est l’une plus grosses pourritures actuelles sur un terrain de foot mais à cet instant là, il a 9 ans.

Luis-Suarez_2942603bCohérent en plus le gars : comme un gamin de 9 ans, il mord ses adversaires et joue hyper bien la comédie. Benzema est bien chaud, Messi au rendez-vous, Neymar supersonique mais le héros de cette coupe du monde pour l’instant, c’est lui.

La plus grosse lose
La palme revient ex-aequo aux Pays-Bas et au Chili, incapables de battre décemment l’Australie. Bande de losers. 3-0 c’est un minimum, merde.

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Tristesse Club – critique

Si vous aimez les jeux de pistes, les vieilles Porsche, les soeurs qui n’en sont pas, les pères pas vraiment morts, les lacs et leurs secrets: bienvenue au club. (Allocine.fr)

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L’histoire c’est plus précisément celle de Léon (Laurent Lafitte) et Bruno (Vincent Macaigne) 2 frères qui ont la surprise de faire la connaissance de Chloé, celle qui prétend être leur demie-soeur (Ludivine Sagnier), aux funérailles de leur père.

Il ne t’aura pas échappé que je n’ai pas parlé cinéma depuis un moment. J’ai bien vu quelques flims mais je n’avais aucune envie d’en dire quoi que ce soit : parce qu’ils n’étaient pas très bons (Godzilla, The Homesman) ou parce qu’ils ne m’inspirent pas grand chose malgré leurs nombreuses qualités (La Chambre Bleue, Pas Son Genre).
Tristesse club est sans doute celui qui m’a le plus enthousiasmé. C’est aussi le plus granderemisesque, il fallait que j’en dise quelques mots.

L’intrigue/le décor du film puise de manière assez transparente dans 2 films qui me sont chers, 2 films qui eux aussi traitent de la quête d’un père absent ou défaillant : La Famille Tenembaum de Wes Anderson d’un côté, Tout feu, tout flamme de Jean-Paul Rappeneau de l’autre.
Dans les 2, un père flamboyant, plein de panache, coureur de jupons, magouilleur, menteur, absent, défaillant donc. Le film de Wes Anderson semble être l’influence la plus évidente: Tristesse Club parle ainsi d’une fratrie aux liens distendus par la faute d’un géniteur avec lequel il va falloir renouer d’une manière ou d’une autre. Par ailleurs, Laurent Lafitte interprète un ex-champion de tennis à la carrière stoppée en plein vol, exactement comme Ritchie Tenembaum.
L’influence de Tout feu tout flamme semble peut-être un peu moins évidente mais Vincent Mariette, le réalisateur, situe le coeur de son intrigue (et la grande majorité de ses scènes) dans un hôtel abandonné en bord de lac, comme dans le final du film de Rappeneau.

Bon, c’est juste pour donner une idée et si ça se trouve ces similitudes ont été relevées par tout le monde mais je ne lis plus les critiques de films depuis un bail.
Quoi qu’il en soit Tristesse Club se démarque très bien de ces 2 films et trouve rapidement son ton : celui, en train de s’affirmer, d’une néo-comédie française ambitieuse, lettrée sans être élitiste, populaire sans pour autant faire de concessions. Normal dès lors d’y retrouver un Vincent Macaigne toujours aussi impeccable ou un Laurent Lafitte vraiment tout terrain, aussi bon dans des comédies plus grand publics (le mignon De l’autre côté du périph’) qu’ici donc. L’alchimie entre les 2 acteurs, indispensable puisqu’ils interprètent 2 frères aux relations qu’on devine très vite compliquées, saute aux yeux. Ludivine Sagnier, un peu en retrait, est très bien elle aussi.

Le film n’est pas exempt de quelques petites longueurs ou maladresses (notamment l’histoire de la machine fabriquée par le père, dont on sent bien que Mariette hésite à en faire quelque chose de symbolique mais sans trop l’appuyer par peur d’être trop lourd, et qui donc au final n’en fait rien) mais l’ensemble est très drôle, touchant et malin (les potentielles et évidentes péripéties de l’intrigue rapidement désamorcées).

Encore une bonne comédie française donc et ça fait bien plaisir ma foi.

Le vieux con

En ce moment j’écoute au moins une fois par jour le merveilleux nouvel album de Sébastien Tellier, L’Aventura. C’est un disque sur lequel il dit avoir voulu réinventer son enfance, qui se serait déroulée au Brésil. « Enfance, Brésil« : je pense que c’est ça qui m’a donné envie de taper ces quelques lignes même si le sujet me taraude depuis longtemps.

Le foot aussi, c’est le Brésil mais surtout l’enfance. Je ne connais personne qui aime réellement, viscéralement le foot en y venant à l’âge adulte ou même à l’adolescence : ça se joue entre 5 et 10 ans selon moi.

Après, ça va très vite. Ca arrive très vite. On a beau lutter, culpabiliser, se flageller, on y arrive plus tôt que tard. Même si on ne met pas forcément de mots dessus et qu’on n’en est pas conscient, on finit rapidement par se dire que « le foot, c’était mieux avant ».
C’était pas mieux parce qu’on était enfant ou plus jeune, qu’on avait la vie devant soi et toutes ces erreurs non encore commises à éviter ou à commettre à nouveau, c’était mieux avant parce que… c’était mieux, tout simplement. Parce que les joueurs ressemblaient à des mecs normaux et pas à des candidats des Anges de la télé-réalité ou à des décathloniens, parce qu’on pouvait avoir droit à un Real Madrid-Naples en 16ème de finale de la Coupe des Champions, parce que les ballons ressemblaient à des ballons de foot, en cuir, noir et blanc, pas à des sphères hyper technologiques peinturlurées à la va-vite par un graphiste surpayé.

Il faut lutter pour continuer à aimer le foot, c’est pas facile tous les jours. Il reste heureusement des bribes de jeu ou d’humanité qu’on chérit et qu’on cajole amoureusement. On s’accroche aux Iniesta, Özil, Pirlo, à la folle saison de l’Atletico Madrid cette année, à celle du Borussia Dortmund l’an dernier, aux Balotelli ou Barton dans un autre registre, pour ne pas définitivement sombrer dans l’aigreur ou pire, dans le rugby (plutôt crever nom de Dieu. PLUTÔT CREVER).

A 3 jours de ce que tous les media nous vendent comme « la plus belle des coupes du monde », c’est particulièrement pas évident. Blatter, la FIFA, le Qatar, la bêtise, très décevante, des déclarations de Platini sur les revendications sociales de nombreux brésiliens et j’en passe… C’est triste.

Mais ce qui me file vraiment le bourdon, c’est un évènement qui a finalement été peu commenté il me semble, preuve qu’il est dans la logique des choses : personne ou presque ne s’en est véritablement ému. Or, pour la première fois depuis… toujours? tous les matches de la coupe du monde ne seront pas diffusés sur une chaîne gratuite : 34 matches sur TF1, le reste (34 matches également) sur Bein sports.

Alors CA, ça me fait vraiment mais vraiment chier putain. J’ai l’impression que c’est le coup fatal porté au foot qu’on aime, au foot de quand on était petits.
Finies ces journées de dingue durant le premier tour où tu t’enquillais 3 matches dans la journée, près de 5 heures de foot. Où tu avais l’impression au bout de quelques jours que c’était ça la vie, du foot et rien d’autre ou presque. Où tu avais le sentiment que ta vie précisément, n’avait plus de sens lorsqu’à l’amorce des 8èmes de finale tu n’avais plus droit, horreur absolue, qu’à 2 matches par jour. Je parle même pas de l’issue des 8èmes ou… pardon j’ai un peu de mal à l’écrire… à l’issue des 8èmes, pour la première fois depuis 2 semaines, tu te retrouvais à vivre des journées sans aucun match… La déprime totale…
En somme, la coupe du monde la plus discutée (on ne compte plus les émissions de débrief, de commentaire sur les matches, à la télé ou à la radio) sera également la moins vue.

Alors bien sûr, les Espagne-Pays Bas, Angleterre-Italie, les matchs du Brésil, de l’équipe de France, seront diffusés et tout le monde pourra les voir gratuitement.
Mais merde, une coupe du monde s’est aussi le droit et le bonheur rentrer un peu plus tôt du boulot pour s’exciter de manière disproportionnée devant un Iran-Nigéria ou, en pleine léthargie d’un weekend du mois de juin, de se faire chier comme un rat mort devant un Japon-Grèce

Oh je serai devant mon poste pour les matches diffusés (ou devant mon pc), pas de problèmes, et je vais encore me mettre dans des états pas possibles pour les matches de la Roja, je vais avoir des frissons de plaisir devant une passe de Götze, un raté de Robben ou un dribble de Neymar, ce petit con mais merde… La part de ce à quoi on peut encore s’accrocher quand on aime le foot se réduit chaque année un peu plus et ça me fout les boules.

Alors oui, on en arrive là, à notre corps défendant : « le foot, c’était mieux avant », quand on pouvait voir tous les matches de la coupe du monde à la télé. C’est Jean-Louis Murat qui comme souvent a parfaitement résumé la chose dans une interview à So Foot :  « Dites bien que j’ai un discours de vieux con mais qu’on est obligé d’en arriver là. Et que ça me fait chier. »

Mais je serai là, évidemment. La coupe du monde, au BrésilLa Roja, la Belgique, la Bosnie, l’Allemagne, la Colombie, l’Argentine, le Ghana, une équipe de France potentiellement séduisante : ça va être bien, j’en suis sûr. Jeudi soir, Brésil-Croatie en ouverture, vendredi soir Espagne-Pays Bas, « mon » ouverture. Ca va être bien !

#30 The Flaming Lips – Yoshimi Battles the Pink Robots

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J’ai tenté d’expliquer ici ce qu’aura été l’immense apport des Flaming Lips à la musique de ces 20 dernières années.
Concernant le choix de cet album, y a eu gros match avec The Soft Bulletin qui est LE séisme Lipsien, y a pas débat. Disque majeur, l’un des meilleurs des années 90, par un groupe majeur, l’un des meilleurs des 20 dernières années. Et vu ce qu’ils ont encore réussi à pondre l’an dernier, c’est sans doute pas fini.

Mais je préfère celui-ci parce que plus pop sans doute, parce que l’enchaînement In the Morning of the Magicians / Ego Tripping at the Gates of Hell / Are You a Hypnotist?? (cette dernière me rend dingue). Et parce que Do You Realize?? évidemment.

This Is Not A Love Song festival – Nîmes – jour 2

Suite donc de l’édition 2014 du festival indie-pop nîmois This Is Not A Love Song avec une reprise à 17h seulement (le compte-rendu du jour 1 c’est ici).

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Wooden Shjips jouait à 14h, suivis de Courtney Barnett, je voulais vraiment les voir tous les 2 (surtout Wooden Shjips) mais tu comprends, y a un truc qui s’appelle la life et des fois la life elle a pas d’heure, elle a son propre emploi du temps tu vois et elle te bouscule et ça fait mal et c’est beau en même temps.

Donc démarrage avec les vétérans de Superchunk.
Superchunk c’est le quartet power pop US dans toute sa splendeur : guitare solo-chant, guitare rythmique, basse, batterie, pas plus, pas moins. Riffs au cordeau, solos saignants, refrains catchy, sauts grand écart à la Pete Townsend, tout ce qu’on aime quand on aime la power pop US dans toute sa splendeur. Superchunk, un groupe qui ne sera jamais génial (quoique) ni mauvais, idéal dans le cadre d’un festival, parfait pour se mettre en jambes.

Suite de cette grosse journée dans la grande salle avec Midlake.
Je me demande si Antiphon ne serait pas leur meilleur album finalement. J’aime beaucoup les autres (sauf The Courage of Others, une vraie purge) mais, même sur Trials of Van Occupanther, ils n’arrivent pas selon moi à se défaire d’une attitude d’élèves appliqués, de talentueux copistes (un coup Grandaddy, un coup soft-rock, un coup folk anglais). Sur Antiphon donc, et suite au départ en plein enregistrement de leur chanteur-leader, ils semblent enfin avoir trouvé leur voie.
Sur scène, ils sont encore un peu trop studieux à mon goût mais il faut bien admettre qu’ils reproduisent les compositions de leur dernier album, leurs subtiles textures, avec une maîtrise et une fidélité confondantes. Ils sont sur la bonne voie, indéniablement. D’ailleurs, quand ils interprètent des morceaux de l' »ancien » Midlake, ils sonnent comme un groupe de reprises de Midlake : c’est assez cocasse et déstabilisant à la fois…
Et puis ils ont l’air de bons gars : Eric Pulido, anciennement « simple » guitariste et nouveau chanteur, invite le public à les rejoindre à la table de merchandising à l’issue du concert pour les saluer, discuter avec eux ou simplement leur serrer la main. Ce qu’ils font donc de manière fort joyeuse et sympathique. Et du coup ils ont vendu plein de t-shirts les coquins : le nouveau Midlake c’est vraiment gagnant-gagnant.

Vais ensuite faire un tour à l’extérieur pour Findlay mais c’est vraiment pas pour moi (du rock briton chanté par une nana, en gros) puis dans la petite salle pour Meridian Brothers : bof.

M’installe sur les gradins de la grande salle pour Neutral Milk Hotel.
Encore un groupe culte de chez culte. Non mais… Bon, je dis rien, je vais encore passer pour un rabat-joie. Même si j’aime bien In an Aeroplane Over the Sea, je l’écoutais beaucoup à une époque.  Après, je comprends que Jeff Mangum exerce une sorte de fascination avec son statut d’ermite pop intransigeant et insaisissable, qu’il ait réussi touché de nombreuses personnes de manière intime.
La salle est bondée, le public très chaud, ils sont très attendus eux aussi. Sur scène, outre les traditionnels basse-batterie-guitares : trombone, trompette, cor anglais, accordéon, bandonéon, scies musicales. Pas grand chose à dire de ce concert : malgré de bons et même beaux moments, je me suis poliment ennuyé, je n’ai jamais été touché. Et puis ce côté orchestre de guingois/fanfare brinquebalante moi… Désolé pour les nombreux fans hardcore mais le grand groupe de l’écurie Elephant 6 dont Neutral Milk Hotel faisait partie, ça reste selon moi The Olivia Tremor Control, et de loin.

La suite de la journée devient problématique et montre les limites d’un tel évènement : le trop plein et l’inévitable sentiment de frustration qui en découle.

Ainsi, après NMH, Earl Sweatshirt et Rodrigo Amarante jouent en même temps.
Je suis naturellement attiré par ce dernier qui cadre davantage avec mes goûts mais le rappeur prodige, membre du collectif Odd Future, m’intrigue vraiment…

Je me rends donc à l’extérieur sur la grande scène : un DJ balance des beats et des samples bien sombres pendant une dizaine de minutes avant que Sweatshirt ne débarque avec son flow heurté : c’est très efficace. Le mec est un showman en plus : il dialogue beaucoup avec le public, lui demandant constamment sa participation. Il insistera par exemple pour que nous répétions après lui l’immortelle « I’ll fuck the freckles off your face (bitch) ». Mais il a l’air d’un gentil garçon. D’ailleurs dans une autre chanson, l’inévitable « bitch » est précédée de l’adjectif « pretty » : c’est pas tous les rappeurs qui se donnent cette peine, je peux te le dire.

Je veux quand même jeter un oeil au concert de Rodrigo Amarante donc je file vers la petite salle… mais elle est bondée, il faut faire la queue pour laisser sortir les gens qui veulent sortir puis y entrer au compte-gouttes alors que le concert a démarré depuis près d’une demie-heure, je laisse tomber. Dommage mais tant pis.

Je ne retourne pas voir Earl Swearshirt :  la suite c’est Cat Power, je sens qu’il va falloir jouer des coudes.
Et c’est le cas : la salle est pleine comme jamais depuis le début du festival. Public beaucoup plus varié que pour tous les autres concerts (comprendre : y a vachement plus de vieux), beaucoup plus « grand public » aussi, preuve que The Greatest a vraiment fait son chemin dans le… grand public.
Je ne serai pas très disert quant à sa prestation :  je l’ai trouvée absolument conforme à ce que j’attendais d’une prestation solo de Chan Marshall, à savoir « habitée », « sèche » parfois « émouvante » mais aussi « longuette ». Me suis un peu ennuyé là aussi… Faut dire que je commençais à sacrément avoir des fourmis dans la jambe pour la suite (Black Lips et Ty Segall) ! Sinon, puisque malheureusement la question se pose (je SAIS que tu te la poses) : elle paraissait relativement en forme quoiqu’un peu bouffie et en tout cas toujours aussi bonnasse bien gaulée filiforme avec son skinny et ses boots à talons. Grosse ovation en tout cas, force « we love you! » balancés par des jeunes filles entre les morceaux : elle a probablement contenté son public.

Bon, ça y est, on y est : les 2 concerts que j’attendais le plus de tout le festival !

Black Lips sur la scène extérieure d’abord.
Ah les Black Lips… Que j’aime ce groupe : du rock débile, avec des paroles débiles, joué par des débiles, avec une attitude débile. Le bassiste envoie une bière dans le public dès la fin du 1er morceau (Family Tree, ouverture parfaite !), un mec portant un maillot du Brésil monte sur la scène tranquilou dès le second etc etc. Ca pogote, ça headbangue, ça slamme, ça sourit dans le public : comment résister à ces bombinettes punk-pop aux occasionnels accents rockab’ ? Le rock a régulièrement été saisi à bras le corps à toutes les époques par des types pas très malins peut-être mais par de vrais entertainers qui n’avaient qu’une envie sincère : servir de joyeux défouloir à leur public. Depuis quelques années, les Black Lips jouent ce rôle à merveille, il faut les en remercier.

LE gros regret du festival : si je veux voir la fin de leur concert, je raterai 15 minutes de celui de Ty Segall.
C’est donc la mort dans l’âme mais le sourire aux lèvres que je retourne juste à temps dans la grande salle pour LE concert de LE artiste que je voulais voir au festival This Is Not a Love Song.
Et là… Bah… « J’y étais ». « Je l’ai vu ». Ce genre de concert, pas moins… L’impression de voir un petit blondinet poupin et un poil grassouillet incarner le rock électrique le plus pur et le plus fulgurant depuis… Depuis ? Sincèrement, je ne sais pas. Ty Segall est fréquement étiqueté « garage-psyché » et c’est très juste mais c’est omettre qu’il a parfaitement assimilé et recrache avec une énergie, une conviction, un talent et une grâce folle TOUT le rock électrique. Il incarne aussi bien et le plus naturellement du monde les Who que Black Sabbath, les groupes Nuggets que Led Zeppelin ou Nirvana. Il ne sait composer que des tueries du coup il peut se permettre de balancer 4 nouveaux titres d’affilée (inconnus du public donc) sans que celui-ci y voit quelque différence avec les « tubes » qu’il a entendu auparavant et qu’il entendra ensuite (l’un de ces 4 morceaux, un espèce de groove heavy à la Black Sabbath… mamma mia, j’en ai encore des frissons de plaisir…).

Final en apothéose donc : une grosse heure passée un grand sourire aux lèvres, une ambiance de feu, une prestation hallucinante, au-delà de mes espérances (pourtant grandes) et c’est un euphémisme. Ty Segall passera par Toulouse à l’automne, j’ai déjà hâte d’y être.

Comme le disait Jean-Oui Aubert, le chaînon manquant entre Michel Houellebecq et Yannick Noah, « voilà, c’est fini ». Encore bravo aux programmateurs-organisateurs du festival en tout cas : si l’affiche 2015 est du même acabit, j’y retourne sans aucune hésitation.

This Is Not A Love Song festival – Nîmes – Jour 1

Grande Remise fait donc une incursion au pays des ferias, du total look Desigual et des 4×4 blancs pour le festival This Is Not A Love Song, oasis de précision et de bon goût au pays des ferias, du total look Desigual et des 4×4 blancs.

Le festival se tient à la Paloma, salle de concert flambant neuve (moins d’un an si j’ai bien compris) : 2 scènes à l’intérieur (une grande, une petite), une autre à l’extérieur pour le festival, 2 mini-plages avec transats pour se poser, des stands de boisson/nourriture, des concerts gratuits jusqu’à 18h, des hipsters, des hipsteuses, c’est bien foutu et bien organisé, y a pas à dire.
Après, c’est un festival et avec 3 scènes, il vaut mieux admettre d’emblée qu’on ne pourra pas TOUT voir : il faut parfois se hâter de quitter un endroit pour ne pas rater une entrée en scène un peu plus loin, certains artistes jouent en même temps ou se chevauchent un peu (les Black Lips n’ont pas encore terminé lorsque Ty Segall monte sur la scène par exemple et Har Mar Superstar joue en même temps que ce dernier…). C’est parfois frustrant mais c’est le principe des festivals et il faut faire avec. La programmation complète ici. Ma programmation sélective ci-dessous.

Je démarre avec les anglais de Temples que je considère un peu durement sans doute comme les Tame Impala du pauvre : même fixette psyché 60s, même objectif pop mais pas le même talent. Leur premier album sorti cette année est néanmoins prometteur et leur prestation sur scène largement à sa hauteur. Pas facile pourtant de passer à 17h… Le chanteur interpellera d’ailleurs un public un peu trop calme et passif à son goût. Ben ouais, sorry mate mais à Nîmes, fin mai à 17h, fait chaud. Quand tu seras un peu plus connu tu pourras jouer sur la grande scène de Glastonbury le soir sous la pluie mais pour l’heure il va falloir faire avec un public effectivement un peu assommé par le soleil. Ceci dit le groupe fait preuve de professionnalisme et de compétence : ses pop-songs lysergiques supportent haut la main le test de la scène avec quelques très bons moments (The Golden Throne, Mesmerize en clôture). Très chouette prestation au bout du compte.

Je passe dans la grande salle pour Man or Astroman, dont je ne connais pas grand chose et dont je n’attends rien de particulier. Sur fond de projections de films de la conquête spatiale (astronautes, fusées au décollage), ils jouent un surf-noise-punk essentiellement instrumental, efficace et rigolo . Avant leur entrée en scène, la sono diffusait les B 52s et on songe à une version survitaminée de ces derniers. Limitée aussi : j’ai l’impression d’avoir fait le tour de la question assez vite et retourne donc manger un panini non pas rue de Choiseul mais à l’extérieur, afin de ne rien manquer de la suite.

Car la suite, c’est Lee Ranaldo, the Man, the Legend. Super classe avec sa belle chemise rouge de cow boy, ses cheveux blancs en bataille et ses inévitables lunettes noires, il est accompagné d’un bassiste, d’un guitariste et du grand Steve Shelley à la batterie. C’est donc la moitié de Sonic Youth qui est là sur scène (plein de t-shirts Sonic Youth dans le public d’ailleurs) et ça me fait quelque chose même si je ne suis pas un fan inconditionnel du groupe. En tout cas Ranaldo a vraiment beaucoup d’allure, je le pensais plus nettement plus décati. Il nous balance une heure de rock new yorkais, plus pop que Sonic Youth mais non dépourvu d’embardées… soniques, attendues et magistrales. La grande classe, tout simplement. A noter dans le public un Jon Spencer super cool (quoiqu’un peu décati lui…) qui vient se poser à 2 mètres de moi ainsi que la quasi totalité des membres de Brian Jonestown Massacre, tellement lookés qu’ils ont l’air déguisés.

Retour dans la grande salle pour Slowdive, groupe surestimé dont le statut quasiment culte me laisse perplexe. Ils sont gentils et mignons, ils ont peut-être influencé Mogwai, d’accord mais bon, faut pas déconner quand même… Il s’agit en tout cas de leur grand retour sur scène après un hiatus de presque 20 ans et un petit concert de reprise en Angleterre il y a 10 jours. La salle est bien pleine, ils sont attendus. OK. Prestation noise et éthérée comme il faut, qui aura sans doute ravi les fans mais la salle se vide assez rapidement… Ils me confortent dans mon opinion, à savoir qu’il leur manquera toujours l’essentiel :  les chansons. A part ça, Neil Halstead a des cheveux super soyeux, une très belle barbe et Rachel Goswell est mignonne comme tout dans sa petite robe noire. « C’est tout ? » Oui c’est tout : moi aussi je me fais rapidement bien chier et sors donc manger un second sandouich dégueu.

C’est ensuite l’heure de The Fall, un groupe lui aussi culte et lui aussi assez rare sur scène (quelle programmation quand même, avec des concerts gratuits en journée et un tarif de 18€ la soirée, c’est quand même incroyable…). 2 batteries, un guitariste, un bassiste et une nana qui débarque sur scène avec un énorme sac sur le dos qu’elle dépose au pied de son clavier, et une espèce de mitre en laine sur la tête. OK. L’antithèse parfaite à la mignoncité et à la fadeur de Slowdive :  vieux, gros, chauves, mal sapés mais des chansons qui déboîtent. Et Mark E. Smith bien sûr… Complètement bourré (du moins je l’espère, dans le cas contraire ça serait carrément craignos), il déblatère des paroles incompréhensibles en arpentant la scène avec une morgue invraisemblable, tourne le dos au public la moitié du temps, mets 2 plombes à accrocher son micro à son pied, micro dans lequel il gueule bien entendu beaucoup plus qu’il ne chante. Aussi pathétique que génial, LE grand moment punk du festival.

Je m’éclipse néanmoins car je tiens à jeter un oeil à The Cambodian Space Project qui joue en même temps dans la plus petite salle. Et je ne le regrette pas ! Pop yéyé chantée en cambodgien par une jolie chanteuse en robe lamé or, ils sont précis, ludiques et sans prétention, offrant une belle et salutaire respiration. Définitivement, la Pop, c’est la vie.

Grande salle à nouveau pour The Brian Jonestown Massacre.
Alors comment dire… Encore un groupe au statut culte totalement usurpé selon moi… Pis : je les trouve absolument ridicules, ils font partie de mes têtes de turc favorites. En tout cas la salle est pleine de chez pleine pour la 1ère fois de la journée, l’attente visiblement énorme. L’a pô compris…
Ils arrivent à 8 sur scène (HUIT) : un batteur, un bassiste, un clavier, 4 guitaristes (QUATRE) et bien sûr l’inénarrable tambourine man, qui joue d’ailleurs de 2 tambourins différents : il souhaite manifestement qu’on comprenne bien qu’il a une vraie fonction dans le groupe. Accueil plus que chaleureux du public qui démarre au quart de tour dès la première note de la première chanson.
Et là… La Révélation. L’Épiphanie. La Rédemption. L’Adoubement granderemisesque : c’est sublime. SUBELIME. Vraiment. Tout le monde est en place, le son est puissant et clair, les guitares superbes (et on distingue très bien les 4 parties de guitares !) et Anton Newcombe chante merveilleusement bien. Aperçu dans le public pour Lee Ranaldo un peu avant, il faisait peine à voir (le mot du jour : « décati »). Là il est transfiguré, sur la droite de la scène, à la manœuvre du groupe : c’est très émouvant. Son groupe d’ailleurs, il me semble enfin et brutalement en comprendre le sens et la démarche : une pop sixties mais jamais passéiste, classique donc, à la fois accrocheuse, psyché et mélancolique. Un genre d’Echo and the Bunnymen californien parfois. Les titres les plus enlevés sont toutefois les meilleurs mais tout le concert est d’une qualité qui me laisse pantois. Et bizarrement, les 8 membres du groupe ne me paraissent plus du tout déguisés mais au contraire hyper classe. Bon, ok, « les 7 membres » parce que le tambourine man, c’est juste pas possible. Grand moment en tout cas.

Je n’ai qu’une envie à son issue : me replonger dans la discographie du groupe (14 albums quand même). Et aller me coucher : je suis vraiment épuisé par une longue journée. Je fais donc l’impasse sur Suuns que j’étais pourtant très curieux de voir sur scène et sur la tête d’affiche du festival, attention à pas t’étouffer avec un Knacki ball, Jon Spencer Blues Explosion. Eh ouais… je sais, je sais… Mais je suis pas vraiment fan du groupe à la base et pour être franc j’ai presque davantage envie de voir Moodoïd qui joue en même temps. J’ai également envie de rester sur l’expérience du concert de Brian Jonestown Massacre, c’était un très beau moment qui m’a beaucoup touché.

Alors rideau en ce qui me concerne, reprise du festival le lendemain à 14h.