Green Book – critique

En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité. Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune. (Allociné)

A la vue de la bande-annonce de Green Book, 2 réflexions:

– on a vu tout le film (bon, c’est de plus en plus banal donc c’est malheureux mais on s’en accommode)
– « aïe »: ça sent la meringue sentimentalo-politiquement-correcte-machine-à-Oscars

« Homme de peu de foi blablabla » épisode 2541: le film est signé Peter Farrelly, en solo pour la 1ère fois si je ne m’abuse, qui a eu l’intelligence de se reposer sur ce qui fait la force des films réalisés avec son frangin : la générosité et l’humanité. C’est ce qui fait de Green Book une réussite, un modèle même de film populaire, fédérateur sans prendre le public pour des demeurés.

Probablement conscient du dangereux potentiel politiquement correct et faux-cul de son sujet, Farrelly et les co-auteurs du scenario ont donc choisi l’angle de la comédie, de l’apprentissage et de l’apprivoisement individuel, plutôt que celui du grand-sujet-de-société: les événements récents, soulevés par le mouvement Black Lives Matter qui s’indigne notamment des violences policières à l’encontre de la population afro-américaine, prouvent bien que malheureusement, si la ségrégation a bien été abolie dans tous les états dans les années 60, y a encore du taf (euphémisme). Ainsi, Green Book, très intelligemment, ne joue pas (trop) la carte du « regardez comme c’était horrible et comme on a progressé », pour la simple et bonne raison que non, on a pas tant progressé que ça. Il faut donc relever que 1. le « green book », ce guide à l’usage des Noirs qui y trouvaient les hôtels, bars, restaurants etc. susceptibles de les accueillir lorsqu’ils partaient en vadrouille dans le Sud du pays, n’est finalement qu’un prétexte, ou presque et 2. le seul commentaire véritablement « engagé » est celui qui possède une forte résonance avec notre époque (lorsqu’un flic dépasse les limites de ses fonctions et arrête de manière abusive les 2 gars).

Et donc, (j’y arrive, j’y arrive), Green Book est avant tout une étude de caractères entre 2 personnages bourrés de préjugés qui vont apprendre à les dépasser: Tony Lip le rital new-yorkais, tchatcheur et grossier (et raciste bien sûr, sinon y a plus de film), et Don Shirley le pianiste virtuose, précieux et misanthrope. Il faut dire les choses simplement et ne pas bouder son plaisir: c’en est un grand, et un vrai (plaisir) que de les suivre sur la route, se testant réciproquement, s’étonnant, se scandalisant, se moquant l’un de l’autre pour finalement s’apprécier et trouver une vraie complicité. Générosité, humanité. Plaisir.

Suite logique de mon billet, et ça sera sa conclusion, il faut évidemment saluer les 2 acteurs: Mahershala Ali, dont on devine sans mal les souffrances derrière la distance aristocratique de son personnage, et Viggo Mortensen. Quelle idée de génie de l’avoir casté dans ce rôle à l’opposé de ceux qu’il interprète habituellement et qu’on l’imagine interpréter: carrure quasiment Depardieuesque, faconde scorsesienne, il semble tout droit issu du casting des Sopranos. Je vois mal comment l’Oscar du meilleur acteur pourrait lui échapper.

Michael Kohlaas – critique

Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l’injustice d’un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit. (Allocine.fr)

Alors déjà c’est « Michel » Kohlaas, pas « Mickael » ni « Mike ». Parce que l’action se déroule sur la terre de France. D’une. Et de deux, don’t fuck with Michael’s horses. L’injustice s’exerce en effet d’abord contre 2 chevaux laissés en gage au dit seigneur, puis envers sa propre femme.

Marrant comme avec un tel pitch, on pourrait tout aussi bien se retrouver devant une horreur absolue. Là tout de suite, je pense par exemple aux horreurs costumées réalisées par Ridley Scott et je me sens pas très bien.
Michael Kohlaas emprunte un chemin exactement inverse. J’ai bien quelques réserves mais c’est globalement assez sublime.

Des Pallières, dont c’est le premier film que je voyais, choisit l’épure et surtout l’ellipse pour mener son récit: beaucoup de scènes sont coupées avant leur terme supposé, beaucoup de faits sont laissés dans l’ombre, ou plutôt à l’interprétation du spectateur. En lieu et place, la puissance d’évocation des paysages et des hommes qui s’y inscrivent. D’un surtout, Mads Mikkelsen, superbe. Genre de Viggo Mortensen pour films d’auteurs, il bouffe l’écran à chacune de ses apparitions. Et il apparait beaucoup.

La gamine est bluffante également
La gamine est bluffante également

En fait je crois que j’aurais aimé que le film soit encore plus animal et existentiel. Qu’il y ait encore moins de dialogues et de psychologie. Même si, à ma grande surprise, la longue scène de joute verbale confrontant Kohlaas et le personnage de pasteur interprété par Denis Lavant, fonctionne remarquablement bien.
En revanche, toutes les scènes réunissant Michael et sa femme m’ont paru totalement factices, maladroitement lyriques, hors de propos. On comprend bien qu’elles servent à expliquer ce qui va suivre mais elles me semblent en contradiction totale avec la sècheresse de l’ensemble du film.

Détail sans importance au bout du compte: Michael Kohlaas est une œuvre forte qui laisse une empreinte durable notamment en raison de sa conclusion en crescendo, genre d’opera austère et protestant (l’action se déroule en terre réformée). Bel acteur, belle histoire (qui m’a également un peu rappelé Josey Wales, hors la loi), belle mise en scène: beau film.