Top albums 2018 – Top 10

Pour la 1ère partie du classement, c’est ici que ça se passe.

10 The Last Detail

C’est une relative déception car je tiens Medhi Zannad pour l’un des (rares) véritables génies pop actuels. Sa précédente manifestation sous son propre nom, avec le trop bref EP L’Architecte de Saint-Gaudens ridiculisait toute tentative de pop au sens classique du terme, et pas seulement en France, en à peine 14 minutes. Donc d’une, je suis déçu qu’il n’ait toujours pas livré de véritable suite à Fugue, son dernier album (7 ans déjà) et de deux… bah je suis tout simplement un peu déçu par cet album en lui-même. Je chipote car c’est remarquable, on est en présence d’un talent de mélodiste et d’arrangeur hors-norme (je pèse mes mots) qui en outre, s’ouvre, probablement grâce à sa comparse américaine Erin Moran, à un registre un peu différent de ce à quoi il nous a habitués jusqu’ici (le songwriting à la Carole King pour faire court). Ma déception est à l’aune de ce dont il est capable.

 

9 L’Éclair – Polymood

Encore un disque de 2ème génération: là où Air s’inspirait de Jean-Claude Vannier, Michel Colombier etc etc, les Suisses de L’Éclair s’inspirent… de Air. Polymood est donc un album elec(re)tro-futuriste très élégant comme il pouvait en sortir pas mal consécutivement au succès du Moon Safari du duo versaillais. Avec ceci de particulier qu’il intègre avec une grande aisance et beaucoup de fluidité, quelques influences jazz et afrobeat. Ca groove vintage donc et ça groove très bien. C’est même assez addictif en vérité : c’est l’un des albums que j’ai le plus écouté cette année.

 

8 Jacco Gardner – Somnium

Il est peut-être là l’homme de l’année finalement, le mien en tout cas. Jacco Gardner a en effet fricoté avec des membres du collectif L’Eclair présent ci-dessus, mais aussi avec ceux d’Altin Gün présents un peu plus bas, dont il a produit le 1er album. Et il sort donc un excellent 3ème album, à la fois très différent et dans la lignée des 2 précédents. Entièrement instrumental, Somnium a également été enregistré seul, sur des claviers analogiques principalement. Ca c’est pour le « différent ». Pour le « dans la lignée », il suffit de s’y plonger pour reconnaître sa patte et son amour d’un psychédélisme doux et doucement inquiet: sur le précédent, Hypnophobia, il évoquait sa peur du sommeil, sur celui-ci il retranscrit en musique ses rêves et ses cauchemars. Belle évolution dans la continuité donc, en même temps qu’un super teaser pour la suite de sa carrière.

 

7 MGMT – Little Dark Age

Bon… J’ai été le 1er, et je suis encore le 1er à m’enflammer sur MGMT, leur talent, leur audace, leur insolente facilité mais là, la question se pose il me semble: où va le groupe? Va-t-il continuer longtemps à sortir des albums « du milieu »? Des albums qui vendent mais pas plus que ça, qui excitent la critique/le public mais pas plus que ça. A jouer dans une certaine indifférence dans les gros festivals du monde entier (on peut dire que live, ils sont assez décevants)? J’ai l’impression qu’ils ronronnent un peu et qu’ils évoluent dans un entre-deux mollasson, ni tout à fait successful ni tout à fait rayé de la carte.
Après évidemment, et en dehors de ces considérations qui n’intéressent peut-être que moi, Little Dark Age est régulièrement brillant(issime), notamment dans sa 1ère moitié qui ridiculise toutes les tentatives de revival 80s qu’on subit depuis maintenant trop longtemps.

 

6 Altin Gün – On

Révélation de l’année pour moi (avec Fitness Forever, je ne le répéterai jamais assez), et pour beaucoup. Un groupe néerlando-turc (je crois), produit par Jacco Gardner et qui reprend, essentiellement, des morceaux issus du courant Turkish psych i.e. le rock turc psychédélique de la fin des années 60-début années 70. Ce courant a bénéficié d’une petite hype ces dernières années, avec quelques rééditions terribles qui l’ont mis en lumière alors qu’il est longtemps resté obscur (pour le public occidental en tout cas). Altin Gün a donc débarqué à point nommé pour profiter de ce petit engouement : rien de cynique dans leur démarche pourtant, simplement la volonté de partager cette musique et ce groove si particuliers à un public occidental plus disposé qu’auparavant à la recevoir. Avec tout ça, j’ai oublié de dire l’essentiel: c’est une tuerie, à la fois planante et dansante, avec un groove, je me répète, vraiment unique et surprenant pour nos oreilles rassasiées voire blasées.

 

5 Gruff Rhys – Babelsberg

Retour en très grande forme pour l’un des héros granderemisesques. Plus que ça: c’est sans doute son meilleur album solo. Une fresque pop orchestrale aux allures définitives, avec des chansons plus belles, amples et accrocheuses les unes que les autres, sur lesquelles il pose sa belle voix grave et douce à la fois. En revanche, je persiste à pense que le mec pâtit de pochettes et d’un sens visuel, en général, catastrophiques. J’exagère un peu: sur ce plan là, Babelsberg n’est pas du niveau des pires horreurs utilisées par les Super Furry Animals mais merde, c’est super moche non ? Il est plutôt beau mec Gruff, il a une bonne tête en tout cas, pourquoi ne pas avoir simplement utilisé le visuel de sa tournée? Comprends pas.

 

4 Fred Pallem & le Sacre du Tympan – L’Odyssée

Comme je le disais dans mon billet au sujet de leur passage à Toulouse au début de l’été, Fred Pallem & le Sacre Tympan développent un genre de musique totale, à la croisée du rock, du jazz, de la pop, de la soul, du funk et de la musique de film dont il serait par conséquent réducteur et non avenu de la taxer de rétro : L’Odyssée a des allures de classique immédiat, à la croisée du rock, du jazz, de la pop etc etc. Un régal de chaque instant et un album qui s’adresse aussi bien aux esthètes les plus exigeants qu’aux mélomanes occasionnels. Apparemment l’album se vend bien, ça fait très plaisir.

 

3 Jeff Tweedy – Warm

Encore un héros de Grande remise. Aussi étrange que ça puisse être,Warm est le premier véritable album solo de Jeff Tweedy, leader-chanteur de Wilco. « Véritable » car il a sorti un premier album solo l’an dernier, Together at last, mais il consistait en des versions acoustiques de titres de Wilco ou Loose Fur(son side-project avec Jim O’Rourke et Glenn Kotche). Warm ne contient que des nouvelles compositions. Bon, ceci étant dit, inutile d’essayer de la faire à l’envers: ça sonne comme un album de Wilco, dans la lignée du dernier, Schmilco, pour être précis. Pas un problème évidemment quand on écrit des chansons d’un tel niveau et qu’on les interprète avec une telle sensibilité et un tel savoir-faire. La différence, car il y en a une bien sûr, c’est que, très logiquement, celles-ci sont plus intimes, plus confessionnelles, et, sur la forme, un poil plus dénudées (logiquement là encore) que celles écrites pour Wilco.
Après, que dire? Jeff Tweedy est sans doute le songwriter qui me touche le plus à l’heure actuelle. Il est revenu de l’enfer (de ses migraines, de sa dépression chronique et des addictions qui y étaient liées), chose qui lui est d’ailleurs reprochée de manière plus ou moins déguisée (les fans qui préféraient le Wilco des années de douleur), et qu’il évoque dans un des titres de l’album (le magnifique Having been is no way to be). Depuis sa « guérison » pourtant (si tant est qu’on puisse guérir tout à fait de tels maux), il écrit des chansons qui parlent à l’auditeur comme peu d’autres. Des chansons pleines d’empathie, de bienveillance, d’honnêteté, sans pour autant verser dans la complaisance ni le sentimentalisme qui disent, soit par les mots, soit par une mélodie, sans aucune putasserie et souvent de manière détournée: « oui, c’est la merde, c’est vrai, mais tu verras, si ça ne s’arrange pas toujours, on finit quand même par s’y faire et par trouver du réconfort ». Ne serait-ce que dans ces chansons-là. « I see dead trees/But the roots have leaves » (dans Having been is no way to be encore).

 

2 Arctic Monkeys – Tranquility Base Hotel and Casino

Qu’il est loin le temps des bombinettes indie-pop, des penny loafers cheap et des survêts Tacchini… Autant, jusqu’ici, on pouvait encore raccrocher les wagons avec leur inusable 1er album, autant on a ici à faire au virage à 180° de l’année, que dis-je, de la décennie, facile. Impossible à voir venir… Facile, aussi, la manière dont le groupe l’opère ce virage psyche-lounge-pop, troquant ses guitares tranchantes, ou plus lourdes comme sur le précédent AM, pour le piano, les basses sinueuses au mediator, une batterie très sobre et tout un decorum rétro-futuriste qu’ils semblent maîtriser sur le bout des doigts et qui ne pouvait que ravir un rétro-fétichiste tel que moi. Avec un Alex Turner qui chante mieux que jamais des paroles elles aussi très différentes de celles qu’il écrivait jusqu’ici, plus elliptiques et cryptiques. Sublime.

 

1 The Lemon Twigs – Go to School

En vérité, je sais pas vraiment si c’est mon album préféré cette année. En tout cas c’est pas mon album préféré des Lemon Twigs puisque je suis davantage convaincu par le précédent, Do Hollywood. Je trouve celui-ci un poil trop long et je suis pas très fan des passages les plus musical (mais ça c’est très perso). Je pinaille évidemment car c’est aussi ces passages-là qui permettent à cet album de sortir du lot et que l’ensemble est bluffant, aussi bien en termes de composition que d’exécution et d’interprétation. Quand on parle de rock, ou de pop, il y a les Lemon Twigs et les autres à l’heure actuelle selon moi.
Ce qui m’a vraiment poussé à mettre cet album en tête de mon bilan annuel, c’est une petite video de 10 minutes à peine, 3 chansons, qui pour moi synthétisent à merveille qui ils sont, ce qu’ils font, et ce qu’est la Pop.

J’ai visionné/écouté cette vidéo un nombre incalculable de fois, je la connais par cœur. Y a tout : la pureté maccartneyesque de Brian D’Addario, la morgue lennonienne de son frère Michael, sa dégaine incroyable et surtout, leur grâce à tous les 2 lorsqu’ils jouent et chantent ensemble. Ca durera ce que ça durera, on verra bien comment ils vont évoluer mais ces 10 petites minutes sont les plus belles minutes de musique que j’ai entendues cette année.

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Super Furry Animals – Prairie des filtres, Toulouse

Quelques mots sur le concert « surprise » de mes Super Furry Animals chéris-adorés dans la capitale du patchouli à la violette. « Surprise » car je l’ai appris très tard et j’aurais pu facilement le manquer : ils étaient en effet à l’affiche du festival Rio Loco, noyés dans une programmation toujours aussi gargantuesque et fort peu granderemisesque.

Non parce que le festival Rio Loco… Comment dire? Comment dire sans me faire tomber dessus par le tribunal international de Genève s’entend… Tu es inscrit en fac de psycho, tu joues du djembé, tu portes un sarouel et tu milites pour une approche minimaliste de l’hygiène corporelle ? Tu vas à Rio Loco les yeux fermés, quelle que soit la programmation. Tu m’as compris.

Imagine donc ma surprise de voir les Gallois à l’affiche de cette édition 2016. Mais voilà, cette dernière était consacrée aux « Mondes celtes ».
Coïncidence heureuse, la sélection du Pays de Galles affrontait la Russie 2 jours après le concert, ce qui promettait donc une horde de supporters enthousiastes dans le public.

Les fans de foot gallois avaient bien devancé l’appel du match, mais au delà de mes prévisions : hallucinante ambiance digne d’un match dans le public avec évidemment plein de maillots, de drapeaux ornés du dragon rouge, et des chants ininterrompus, qui se sont prolongés longtemps après que le groupe avait quitté la scène. Complètement dingue et du jamais vu à un concert de rock en ce qui me concerne.

Evidemment, dans une telle atmosphère, le show en devenait presque anecdotique. Pas grave parce que
1. je les ai vus l’an dernier à Londres dans des conditions optimales pour leur reformation et c’était un des meilleurs concerts de ma vie (compte-rendu hagiographique ici)
2. l’ambiance était vraiment géniale
3. ils ont quand même vachement bien assuré

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C’était pourtant un concert de reprise, et la technique était pas toujours de leur côté: ça nous a valu un Bad Behaviour un peu bancal et un Golden Retriever tronqué. La setlist était joliment remaniée par rapport à l’an dernier: nettement plus électrique, avec davantage d’uptempos, forcément plus adaptés à la configuration « festival-plein air ». Idem pour les arrangements, parfois très différents de ce à quoi j’avais eu droit l’an dernier, avec notamment un Zoom! absolument terrible et un Mountain People toujours aussi émouvant. Paradoxalement, alors qu’ils étaient au programme d’un festival de musiques celtiques (pour faire court), ils n’ont donc joué qu’une seule chanson issue de Mwng, leur album en langue galloise (Dawc Hi, pas ma préférée) et à dominante acoustique.
C’était vraiment super de les revoir, sur une grande scène cette fois, ils y sont parfaitement à l’aise. Ils ont quand même 20 ans de carrière, ça va, ils déroulent les mecs… Et puis de toutes façons, livrer une performance irréprochable n’était pas la priorité pour le groupe je pense : ils jouaient quasiment à domicile et les « bonsoir Toulouse » et autres « merci beaucoup » prononcés avec un accent impeccable par Gruff, paraissaient presque incongrus : il aurait paru plus logique de s’adresser au public en gallois. L’essentiel n’était pas dans la prestation (même si elle était vraiment chouette encore une fois) : ils étaient visiblement surpris de cet accueil incroyable, de la présence d’autant de compatriotes; leur étonnement, leur joie et leurs sourires faisaient vraiment plaisir à voir.

Et vu le contexte, ils ont joué Bing Bong, bien sûr, l’hymne officieux du Pays de Galles pour cet Euro! (l’officiel a été composé par les pénibles Manic Street Preachers et sans l’avoir écouté, je pense que ça doit moins rigoler)

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En conclusion, l’inévitable The Man Don’t Give a Fuck (qui, je le rappelle là aussi, est génialement basé sur le génial Showbiz Kids des géniaux Steely Dan). Avé les fourrures bien sûr, et les postures de guitar-heroes. Là, dans le public, disons qu’il fallait aimer les jets de bière…
Mais c’était vraiment super, à tous points de vue. SFA OK !

Super Furry Animals – O2 Brixton Academy, Londres

J’ai donc passé quelques jours à Londres, où la France a encore été dignement représentée.

J’y allais principalement pour assister au concert de l’un de mes 2 groupes préférés all time, les Super Furry Animals (l’autre étant les High Llamas. D’ailleurs Sean O’Hagan, leader de ces derniers, réalise les arrangements de cordes de leurs albums : y a pas de hasard comme je dis toujours).

Cette série de concerts, à laquelle ont été ajoutées des prestations dans quelques festivals estivaux, est arrivée un peu par surprise, annoncée à peine un mois avant la 1ère date, à un moment où le groupe n’a pas vraiment d’actualité sinon la réédition de Mwng, son album en langue galloise sorti en 2000. C’est ça (entre autres) que j’aime chez ce groupe : ils n’ont jamais annoncé qu’ils splittaient, ni qu’ils continuaient à enregistrer. Juste, ils font leurs trucs chacun de leur côté (Gruff Rhys notamment bien sûr, dont la carrière solo est magnifique) et se revoient quand ils en ont envie, naturellement et simplement. Là ils avaient donc décidé de se lancer dans une mini tournée britannique aux allures de célébration : les fans étaient invités à leur envoyer leurs setlists idéales.

Ces concerts, les premiers depuis 6 ans, possédaient donc une forte valeur symbolique puisque, même s’il n’y a jamais rien de définitif avec eux, on peut légitimement penser que le « projet » Super Furry Animals n’en est plus qu’un parmi d’autres pour chacun de ses membres. Pas évident du tout qu’ils ressortent un jour un nouvel album… En un mot :  je pouvais pas rater ça.

Je les avais déjà vus en concert à Toulouse il y a près de 15 ans à l’occasion de la tournée consécutive à Rings Around the World, l’un de leurs tous meilleurs albums : une salle pourrie, un public très clairsemé et malgré une prestation haut de gamme, la sensation que je ne les avais pas vus dans les meilleures conditions.
Là, c’est sûr, ça serait une autre histoire.

La salle déjà, l’une des plus connues de Londres.20150509_193317
Superbe, dans un style classique tendance rococo, elle m’a un peu fait penser à l’Olympia.

Première partie assurée par les oubliés Magic Numbers. « Oubliés » car suite à une petite hype dans la foulée de la sortie de leur 1er album en 2005, ils ont un peu disparus de la circulation. Sans que ça soit réellement scandaleux, on va pas se mentir. Prestation carrée et honnête dans une salle quasiment vide (elle se remplira totalement au dernier moment), je me suis poliment fait chier selon l’expression consacrée. RAS, vraiment.

21h pétantes, la salle est enfin plongée dans le noir. Le public, masculin essentiellement, des mecs de mon âge, qui ont sans doute comme moi connu le groupe dès ses débuts en 1995 et l’ont religieusement suivi jusqu’à aujourd’hui, est chaud bouillant. Les premières mesures de l’instrumental (A) Touch Sensitive résonnent sur fond de projections de logos et animations emblématiques de la carrière du groupe. Le groupe dont la formation n’a absolument pas changé en 20 ans (c’est suffisamment rare pour être souligné) débarque en combinaison blanche de scientifiques, empoigne ses instruments et double la bande son, qui s’efface. Puissant, déjà. A l’issue, 1er tube, 1ère baffe : Rings Around the World, l’un de leurs morceaux les plus efficaces et fédérateurs, repris en choeur par TOUTE la salle. Premiers frissons* donc : quel plaisir que cette sensation immédiate d’assister à un grand moment, dans une communion totale, joyeuse et généreuse.

Do or Die et Ice Hockey Hair s’enchaînent immédiatement, sans transition : quel pied putain !

Mais comme disait le grand Francis, c’est que le début (d’accoreuh d’accoreuh) : le logo de l’album Radiator (le meilleur et le favori de Ceux Qui Savent) apparaît en arrière-plan, deux trompettistes rejoignent le groupe qui se lance dans Demons, premier très grand moment de ce concert. C’est parti très, très fort mais là ça décolle VRAIMENT pour le coup, sur un morceau-synthèse de ce groupe à la fois accessible, expérimental, fondamentalement joyeux et toujours mélancolique. Pas le temps de souffler et de se remettre d’une version alanguie absolument sublime, ils enchaînent sur Northern Lites  leur irrésistible calypso sauce mariachi ! « There’s a distant light / A forest fire burning everything in sight » : je chante à tue-tête, j’aurai plus de voix dans 2h.

Petit moment de répit, Gruff remercie la salle une 1ère fois. Je comprends pas tout ce qu’il dit, il a quand même un putain d’accent le bougre. Le logo de Mwng, leur album chanté en gallois donc, est désormais projeté derrière le groupe.

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Suivent 4 chansons tirées de ce disque merveilleux, plaidoyer humble et bouleversant pour une langue très largement minoritaire, qui réussit la prouesse de ne jamais sentir le folklorisme ou le régionalisme. Passage d’autant plus touchant que c’est le seul moment de le soirée au cours duquel le public montre une certaine distance voire inattention (j’entends nettement les gens discuter alors que je suis plus proche de la scène que du fond de la salle) : j’ai toujours pensé que les gallois étaient un peu les parents pauvres de la Grande Bretagne, moins populaires que les Irlandais, moins forts en gueules que les Ecossais. La preuve encore ce soir : quand ça chante en gallois, les anglais s’en foutent un peu, s’impliquent en tout cas nettement moins. Je trouve ça triste et beau à la fois car le groupe n’en a cure, il semble particulièrement impliqué, pénétré même durant ces 4 morceaux. Il ne revendique rien de toutes façons et cet album, Mwng, s’apparente davantage à un geste esthétique qu’à un véritable manifeste militant. En tout cas c’est un très beau passage et je chante en phonétique les paroles de Y Gwyneb Iau ou Pan Ddaw’r Wawr. Grande remise, le blog qui n’a pas peur du ridicule.

Le best of reprend ensuite son cours. Bon, je vais pas citer les titres un par un, mais c’est absolument génial. Le groupe joue au cordeau des titres qu’il connaît et maîtrise par cœur. La setlist est idéale, parfaite, mêlant tubes attendus (Juxtaposed With U) et faces B ayant accédé au statut d’incontournables (Arnofio / Glô in the Dark). Immense émotion sur Hello Sunshine, une de mes chansons fétiches (tout court, pas seulement du groupe). Grösseu folieu sur Golden Retriever : toute la salle beugle et saute dans tous les sens. Mon voisin un peu imbibé me marche sur les pieds : il s’excuse très poliment; je lui réponds que c’est rien, il me prend par l’épaule pour sauter de plus belle sur la fin du morceau. Je retiendrai également un superbe Zoom ! auquel je ne m’attendais absolument pas.

Alors qu’ils jouent depuis près de 2h, Gruff se lance dans son plus long discours : il évoque bien sûr la réélection de David Cameron l’avant-veille et se déclare « pissed off for the next 5 years ». Il remercie ensuite chaleureusement le public et parle d’une série de concerts  très importants  pour eux (c’est le dernier ce soir avant les festivals d’été) et très chargés émotionnellement. Ovation.

Bim, Fire in My Heart, love song sincère et tordue. Beaucoup de types d’âge mûr ont les yeux humides en faisant les « papapapapa » du final. Faut en garder un peu car Gruff annonce le dernier morceau : Mountain People, déclaration d’amour au peuple gallois, ritournelle country-pop qui s’achève dans une frénésie techno surpuissante.

Dernier morceau ? Non évidemment : ils ne peuvent pas ne pas jouer le dernier morceau que tout le public attend, que nous savons pertinemment qu’ils vont nous asséner pour nous achever. Ils attaquent donc sans transition ou presque leur hymne anti-establishment (construit sur un sample de Showbiz Kids de Steely Dan, la classe de ces mecs putain), The Man Don’t Give A Fuck. Public en fusion. A mi morceau, ils quittent la scène quelques minutes alors que la coda techno du titre s’étire et reviennent affublés de leurs costumes de yétis pour reprendre la chanson là où ils l’avaient laissée. Là c’est VRAIMENT n’importe quoi dans le public, le délire total : « you know they don’t give a fuck about anybody else, you know they don’t give a fuck about anybody else, you know they don’t give a fuck about anybody else » ad lib, à gorge déployée, pendant que sur scène les 5 headbangent méchamment.

Là c’est fini, c’est sûr. 2h15 sans répit, un concert total comme on parle de football total : je me dis pour la énième fois que ce groupe est tellement et injustement sous-estimé alors qu’il touche à tout avec une facilité déconcertante (pop, folk, glam, punk, electro, psych etc), s’adressant au plus grand nombre comme aux music nerds les plus exigeants. Un groupe pop au sens le plus pur et noble du terme. Avec ce petit zeste de folie ou d’excentricité, peu importe comment on le qualifie, qui finit de le distinguer et de le rendre irrésistible.

C’est très rare que je connaisse au cours d’un concert ce sentiment sans doute un peu couillon de fraternité générationnelle, de partage, de communion autour d’une même passion. Les Super Furry Animals sont quasiment inconnus en France : lorsque je les avais vu à Toulouse nous étions je pense très très peu nombreux (la grande majorité étaient des britanniques) à partager la même ferveur. Et nous devions être une petite centaine à tout casser… Ce soir nous étions près de 5000 et c’était bon.
Ca fait beaucoup de superlatifs, j’en fais des caisses, j’en ai conscience. Mais j’ai illico rangé ce concert dans mon panthéon de concerts marquants et inoubliables, aux côtés de ceux d’Elliott Smith, Neil Young ou Ty Segall.

C’est couillon, encore, mais j’ai simplement envie de dire merci à ces 5 types, Gruff, Huw, Daffyd, Guto et Cian, parce qu’ils ont des prénoms géniaux déjà, mais surtout pour ce très beau moment et tous ceux, innombrables, qu’ils m’ont offert depuis 20 ans. Ils ressemblent à rien, ont un sens visuel proche du néant (toutes leurs pochettes d’albums, ou presque, sont véritablement immondes) mais je leur dois parmi mes plus belles émotions musicales, et donc émotions tout courts, depuis autant d’années. Je les aime encore plus après ce concert, ce qui n’est pas peu dire.

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Diolch i chi ❤

*les titres dont j’ai mis le lien on été enregistrés lors de cette dernière tournée. C’est sans doute ma subjectivité qui va s’exprimer là mais j’ai le net sentiment que les versions auxquelles j’ai eu droit étaient encore meilleures… J’ai fait mes propres videos mais j’ai pas pu m’en empêcher, on m’entend chanter dessus donc bon voilà quoi.