#35 Richard Hawley

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Je résume en quelque sorte ce que m’inspire la musique de Richard Hawley dans cet article. Article que je n’aime pas beaucoup car j’y parle particulièrement mal de cet artiste merveilleux mais bon.

Je précise pour les puristes qu’au sein d’une discographie impeccable et dont chaque élément me ravit et me touche profondément, j’ai opté pour son premier album, qui n’est pas un album car c’est un long single (7 titres). C’est devenu un album par la suite (en 2007 pour être précis), lorsqu’il a été réédité et agrémenté de plusieurs titres. C’est cette version là que j’ai retenue.

Et cet « album » ci donc parce que… c’est le premier tout simplement. Parce qu’on y entend pour la 1ère fois la musique et surtout la voix d’un type dont on pressent, même quand on ne sait rien de lui, qu’il a vécu. Et en effet, après les sessions studio avec All Saints (!), les disques des médiocres Longpigs, après l’alcool, la came et enfin les tournées salvatrices en compagnie de Pulp, Richard Hawley a déjà vécu lorsque sortent ses premiers enregistrements véritablement personnels :  il a d’ailleurs 34 ans.

Et puis il y a cette pochette bien sûr, sublime, qui a de plus le mérite (exactement comme celle de son véritable premier album, Late Night Final) d’encapsuler absolument TOUT son univers : l’Angleterre (quoi de plus anglais que le bingo ?), la nostalgie (le manège), le rock’n’roll (total look blue jean), la coolitude (la clope), le romantisme (si on additionne tout ce qui précède).

Comme je le disais dans l’article auquel je renvoie en préambule, le dernier album de Richard Hawley m’a un tantinet déçu. A peine : avec le temps, je l’ai révisé à la hausse. Il est en tout cas celui qui se démarque le plus des jalons que celui-ci a posé il y a plus de 10 ans. Ca n’est sans doute pas un hasard : Richard Hawley fait partie de ses artistes qui ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils creusent encore et encore le même sillon. Et ce sillon, il n’a selon moi jamais été aussi pur et limpide que sur ces tout premiers enregistrements.

Bon, j’arrête là, décidément, je n’arrive pas à écrire de manière satisfaisante sur l’un des artistes contemporains, toutes disciplines confondues, qui me touchent le plus. J’ai vraiment beaucoup, beaucoup d’admiration et d’affection pour cet homme, son art et son parcours, je crois que c’est tout ce que je voulais dire finalement.

Top albums 2012

1. Tame Impala – Lonerism

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La pop d’hier, d’aujourd’hui et de demain en 50 minutes tubesques, rêveuses, lysergiques. Un grand trip psyché qui s’achève au son des vagues du Pacifique, parfait. Le disque produit par Kevin Parker pour sa nana, Melody’s Echo Chamber est très bien également.

2. Beachwood Sparks – The Tarnished Gold

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Retour inespéré de l’un de mes groupes fétiches. J’ai déjà tout dit ici.

3. Neville Skelly – Poet & the Dreamer

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Richard Hawley s’est à moitié manqué cette année mais c’est pas grave : Neville Skelly a pris le relais d’un crooning anglais sombre et classieux mais versant folk/sixties. Il est accompagné par The Coral, y a pas de hasard. Sans doute ma pochette préférée de l’année.

4. Sébastien Tellier – My God Is Blue

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Un album qui m’a d’abord déçu (je n’aimais pas du tout la seconde moitié). Mais mais mais… Il propose des choses très fortes formellement: ces rythmiques hénaurmes, ce côté pop moscovite grandiloquent. C’est pas un disque tiède du tout quoi. Et puis c’est un grand disque d’amour… Je pense que Tellier essaie avant tout de manière un peu naïve peut-être, par la simple puissance d’une mélodie, d’un changement d’accord ou de tonalité, de toucher à des sentiments très purs. Disons qu’il y a là une croyance très touchante en la puissance universelle de la musique. Ca par exemple, c’est très très fort je trouve. Bon et puis y a eu ce concert incroyable qui biaise totalement mon avis sur ce disque.

5. Ty Segall – Twins

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L’homme de l’année (sauf en France évidemment où il bénéficie de zéro exposition): 3 albums, une compil de singles et à chaque fois que du bon, ou presque. Ici en tout cas c’est un sans faute: du garage-psych-rock qui lévite autant qu’il tabasse. C’est super pêchu, c’est mélodique, c’est malin, c’est joyeux, c’est malsain, c’est Nuggets à mort donc évidemment ça me parle beaucoup!

6. Father John Misty – Fear Fun

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Le grand disque Californien de l’année (il brasse plus large celui des Beachwood Sparks), succédant à celui de Jonathan Wilson l’an dernier . Le mec était batteur pour les Fleet Foxes… Tu m’étonnes qu’il s’y sentait un peu à l’étroit… Super, super album. Très varié, avec des chansons douces, mélancoliques et d’autres carrément enlevées, très basiques.

7. Jim Noir – Jimmy’s Show

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Un de mes pitits chouchous, un des invités potentiels de mes soirées idéales: Jim Noir c’est l’Angleterre pleine de fantaisie, excentrique, élégante et insulaire dont la lignée débuterait avec Lewis Carroll et se poursuivrait avec les Kinks, le Magical Mystery Tour, les Small Faces, Le Prisonnier ou plus récemment Gruff Rhys. Un mec qui écrit des chansons sur le thé, sa maman ou sa vieille Ford Escort. Un mec bien.

8. Spiritualized – Sweet Heart, Sweet Light

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Longtemps le number one mais je m’en suis un peu lassé… Je pense en réalité que l’album n’est pas complètement à la hauteur de son ouverture, LA chanson de l’année (je n’aime pas du tout ce clip ceci dit). Ces 3 dernières minutes ascensionnelles nom de Dieu… M’enfin, je pinaille, ça reste du très très haut niveau tout du long. La pochette WTF de l’année.

9. Neil Young & Crazy Horse – Psychedelic Pill

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Comment fait-il pour rester aussi pertinent et enflammé après tous ces albums, tous ces chefs d’œuvre, toutes ces années, toutes ces vies? Ce mec est un dieu…

10. Damien – Flirt

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Ici

11. Matthew E. White – Big Inner

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Modeste en apparence, assez dingue quand on creuse, le prototype du disque qui se bonifie avec les écoutes et les années. Entre Randy Newman, Allen Toussaint et Dr John, une soul sophistiquée et orchestrale absolument sublime.

12. Air – Le Voyage dans la Lune

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Depuis Love 2, Air semble complètement revigoré, osant à nouveau jouer des morceaux enlevés et rythmés, ne se contentant plus de faire (très bien mais un peu en pilotage automatique) du Air. Très impatient d’entendre la suite de leurs aventures.

13. Rufus Wainwright – Out of the Game

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Après un premier album parfait, Rufus a toujours un peu déçu malgré un talent hors-norme. Il y a encore ici des titres un peu faiblards mais le reste est délicieux: il a eu la bonne idée de lâcher un peu la bride à son producteur, Mark Ronson, qui lui a concocté un son 100% moelleux, 100% esprit Calif’. Ca lui va à merveille alors qu’on l’imaginait pas forcément sur ce créneau.

14. Bonnie Prince Billy & Trembling Bells – The Marble Downs

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Depuis bientôt 20 ans, Will Oldham sort un disque par an (à peu près). Et chacun d’eux, ou presque, mériterait de figurer dans les tops de fin d’année. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Et remet les choses à leur place: une bonne chanson country, c’est souvent un mec et une nana qui se chamaillent amoureusement dedans. La nana vient du Vieux Continent et fait partie des jeunots écossais de Trembling Bells (dont les albums sont d’ailleurs plus que recommandables), le mec c’est donc Will Oldham, Nouveau Continent. Et ça fonctionne à merveille.

15. The Fresh and Onlys – Long Slow Dance

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Groupe garage originaire de San Francisco. Plus pop que Ty Segall ou Thee Oh Sees. Pas leur meilleur, un peu trop produit à mon goût: ils perdent un peu leur mystère, leur côté « spectral » et mortifère (qui leur valaient des comparaisons avec The Coral). Mais ce sont de très bonnes chansons et le disque est très agréable.

16. Thee Oh Sees – Putrifiers II

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Again, from San Francisco, du garage rock mélodique, malin, vicieux. Du garage rock donc. Pochette immonde.

17. Euros Childs – Summer Special

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Non content de porter l’un des plus beaux noms qui soient, Euros Childs écrit depuis désormais plus de 20 ans (il était co-leader de Gorky’s Zygotic Mynci) quelques unes des meilleures chansons pop contemporaines. Cet album est dans la lignée de celui de Jonny l’an dernier (son projet avec Norman Blake de Teenage Fanclub): naïf, enjoué, primitif, mélancolique.

18. The Explorers Club – Grand Hotel

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Encenser Real Estate, Tristesse Contemporaine ou Lescop et balayer d’un revers de la main ce groupe parce qu’il serait passéiste, c’est quand même du gros foutage de gueule : il y aurait donc une hiérarchie dans le revivalisme? Allons allons… Explorers Club écrit de superbes chansons et les interprète impeccablement: c’est tout ce qui devrait compter. Magnifique pochette ceci dit.

19. Rumer – Boys Don’t Cry

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Alors là attention, c’est très précis. On est évidemment pas dans le rock, on est même quasiment plus dans la pop : on est dans la variété. La variété au sens Bacharach et Jimmy Webb du terme mais la variété quand même. Et ici plus qu’ailleurs, faut pas se rater : un milligramme de sucre, une lichette de crème fouettée en trop et c’est l’indigestion. Rumer reste toujours du bon côté de la barrière parce qu’elle a un goût à toute épreuve (reprises de Paul Williams, Todd Rundgren, Townes Van Zandt, ça calme), qu’elle sait s’entourer et qu’elle a une voix à faire passer Karen Carpenter pour Hélène Ségara. Évidemment, pour un fan de Minor Threat, Passion Pit ou Autechre, c’est juste de la soupe : il faut avoir les bons outils pour apprécier ce type de mixtures, c’est pas donné à tout le monde. En revanche, le premier qui dit que le sucre et la crème fouettée sont peut-être pas passé dans sa musique mais directement sur ses fesses a totalement raison.

20. Alabama Shakes – Boys & Girls

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Un des albums plébiscités dans tous les tops qui comptent et c’est mérité. Alabama Shakes c’est un peu le groupe que Kings of Leon aurait pu devenir s’ils avaient pas préféré être U2 à la place de Coldplay et s’ils avaient eu une chanteuse. De la country-soul sudiste comme on l’aime, qui donne envie de tailler la route dans son pick up, une casquette de trucker sur la tête, une serveuse un peu fatiguée ramassée après son service sur le siège passager, une glacière pleine de bières fraîches à l’arrière.

L’Angleterre

Sur Grande remise, on aime les States. On kiffe l’esprit Calif’. On porte fièrement ses chemises de cowboys. On slamme sur le canapé du salon lorsque retentit l’intro de Cinnamon Girl ou de Fortunate Son. N’en déplaise aux ronds de cuir et à la bien-pensance: vous ne bâillonnerez pas la libre parole.

Mais on aime aussi l’Union Jack, les fish & chips et la Strongbow nom de Dieu ! C’est même là que tout a commencé.

Aujourd’hui je vais donc te parler de 2 artistes britons qui me tiennent particulièrement à cœur.

Richard Hawley a publié cette année un album qui comme à chacune de ses nouvelles sorties, m’a donné l’occasion de me replonger avec délice dans sa discographie. Une discographie qui sent bon le graillon du Brighton pier ou des pubs à 2 balles de Blackpool. Richard Hawley y a pratiquement grandi dans ses pubs là : son père, et même son grand-père il me semble, étaient déjà des musiciens pro ou semi-pro, aguerris au difficile public familial, prolo et volontiers imbibé des gargottes de Sheffield.

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Il a repris le flambeau et ses références sont pour la grande majorité à aller chercher du côté d’Elvis, de Johnny Cash, de Ricky Nelson. Mais le résultat a ce je-ne-sais-quoi de profondément britannique : peut-être est-ce dû à son accent, à cette indécrottable mélancolie, à cette esthétique de loser magnifique… A ce superbe look de Teddy Boy aussi certainement.

Son dernier album est assez moyennasse, il faut dire ce qui est. Il sonne très britpop 90s, un peu daté donc si on est gentil mais je suis pas ici pour être gentil, vas-y tu crois quoi toi? Alors je préfère dire largué. Disons que si jusqu’ici il excellait à enregistrer des chansons de vieux qu’il parait d’une fraîcheur et d’une intensité incroyables, il a ici commis un disque de jeune qui sonne un peu passé… Pas catastrophique non plus, voire pas désagréable selon son humeur mais en tout cas le plus faible de sa discographie.

– Il est comment le dernier Richard Hawley?
– Moyen.

Parce que le reste mon vieux… Je me suis notamment replongé dans ses 2 premiers: de parfaits compagnons de fin de soirée (il doit être techniquement impossible d’écouter ses chansons en plein jour, je veux dire, faudrait que j’essaie mais je suis sûr et certain que le lecteur bugguerait), de solitude et de cœur qui saigne, d’une simplicité et d’une pureté désarmantes. Bon, Richard Hawley, je l’adore, pas la peine d’en faire des tartines: t’écoutes ça, tu chiales, tu réécoutes, tu rechiales, et toutes ces sortes de choses, l’affaire est pliée.

Quand on entend pour la première fois Neville Skelly, on pense immédiatement à lui: même timbre du mec-qui-a-bu-un-peu-trop-de-single-malt, même classe désuète du mec qui-a-un-portable-mais-depuis-2-mois-à-peine-de-toutes-façons-je-m’en-sers-jamais, même mine fatiguée du mec-qui-s’est-fait-larguer-un-peu-trop-souvent-d’ailleurs-c’est-toujours-lui-qui-se-fait-larguer.

Les tartines de Neville Skelly tombent toujours côté confiture.

Avant ce disque miraculeux, il était même chanteur de doo-wop je crois, ou un truc du genre, c’est dire s’il s’en cogne du prochain Autechre. Mais là où Hawley regarde les fifties dans les yeux, lui se réfère à la décennie suivante (oui, les sixties, c’est bon, la ramène pas, c’était pas bien compliqué). Il est logiquement davantage marqué par le folk et la pop que par le rock’n’roll. Pour pas qu’il y ait de doutes, il reprend Phil Ochs, Jackson C. Frank et les Beatles, 2 fois pour ces derniers.

Surtout, surtout, ô miracle, ô grâce céleste, il a eu le bon goût, le génie même, de se faire accompagner, et de se faire écrire quelques chansons par les membres de The Coral (dont le leader se nomme d’ailleurs James Skelly, oh putain c’est dingue mais ils sont de la même famille en fait nom de Dieu ! C’est fou ça hein, y a des ces hasards dans la vie quand même, moi tu vois j’adore ces moments de pure coïncidence ou tout fait sens, ou le monde semble prendre une tournure logique, ou tout s’arrange. Sauf que non, aucun rapport en fait ils ont juste le même nom): le contraste entre son timbre de voix grave et légèrement plaintif et ces arrangements d’une finesse, d’une délicatesse infinies donne un résultat d’une beauté… Ce sont les plus belles chansons que j’ai entendues cette année et ça n’est pas peu dire car je m’y connais en beauté, et pas qu’un peu, je te prie de croire.

Le look, la voix, les chansons, les musiciens qui l’accompagnent, la pochette: Neville Skelly a tout bon.

Et là  je me suis dit:  mais c’est dingue, voilà, Neville Skelly, j’adore son disque, c’est sublime, oh purée, mais c’est The Coral qui l’accompagne, rhalala c’est bien foutu quand même, y a pas de secret, moi tu vois j’adore ces moments de pure coïncidence ou tout fait sens, ou le monde semble prendre une tournure logique, ou tout s’arrange. C’est très réconfortant.

Comme les chansons de Richard Hawley et Neville Skelly.