#48 The Kinks – Lola versus Powerman and the Moneygoround

The Kinks - Lola

Il y a une quinzaine d’années, je fréquentais assidûment un forum de discussion, celui d’Allociné pour ne pas le nommer (et pour utiliser une expression que je trouve particulièrement débile).
Nous avons eu un jour, et pendant plusieurs jours en vérité (voire semaines, je ne me souviens plus exactement. On passait tous beaucoup trop de temps sur ce foutu forum…), une discussion acharnée et passionnée(ante) sur les notions de subjectivité/objectivité. Les uns défendaient l’idée selon laquelle la critique était inutile si l’auteur laissait de côté ses sentiments personnels, les autres pensaient au contraire qu’il fallait autant que faire se peut juger une oeuvre en laissant de côté son affect, la juger pour ce qu’elle est et pas par le prisme de notre épiderme en somme.
J’étais à l’époque un farouche membre de la Team Objectivité, pensant qu’il était nécessaire qu'(e) critique soit capable de dire du bien d’un film qu’il ou elle n’aimait pas mais dont il ou elle pouvait reconnaître des qualités « objectives ».

Pourquoi je parle de ça aujourd’hui?
C’est pas exactement la même mayonnaise mais c’est lié, tu vas comprendre : je tombe régulièrement sur des tops ou des critiques et je suis souvent un peu agacé par l’ennui mâtiné de prétention qu’ils distillent sous couvert d’un vernis objectif et donc sérieux, en opposition à des billets subjectifs et donc superficiels : ça m’agace parce que je ne vois aucun intérêt à simplement reproduire des informations que n’importe qui peut trouver sur Wikipedia, dans le Dictionnaire du Rock, Mojo, Uncut, que sais-je encore ? Je ne vois aucun intérêt à raconter à nouveau, 50 ans après la sortie du disque, et donc autant d’années d’exégèse, que Revolver a traumatisé un Brian Wilson qui pensait avoir tué le game avec Pet Sounds… Et je ne vois donc pas beaucoup de pertinence à expliquer dans ce billet-ci que Lola vs Powerman and the Moneygoround est le fruit du ressentiment de Ray Davies pour les maisons de disques et l’industrie musicale, quand une recherche rapide et sommaire te l’apprendra mieux que moi.

Par conséquent, comme je ne suis pas journaliste d’investigation, que je n’ai pas accès aux archives personnelles de Ray Davies et que tu n’es pas sur le site du Washington Post, ni Wikipedia, je préfère en général, c’est pas systématique évidemment, évoquer une expérience ou un souvenir personnels. C’est peut-être narcissique, sans doute même, mais je trouve ça plus humble finalement que de donner des informations objectives et impersonnelles comme si personne ne l’avait jamais fait auparavant (et j’ai conscience que c’est très prétentieux de trouver ça humble oui, merci, je sais mais ça va bien aussi à la fin, à ce moment là je dis plus rien).

Ca fait un petit moment que, pour des raisons diverses et variées j’avais envie de parler de ça: c’est fait, c’est bon, j’y reviendrai plus. Demain je fais des bisous à tout le monde.

Donc voilà : j’aurais pu choisir Face to Face ou Something Else voire même Arthur ou Percy mais ce disque a été ma porte d’entrée pour les Kinks lorsque, encore adolescent, j’ai entendu pour la première fois Lola dans l’appartement de mon beau-frère. C’est toujours une de mes chansons préférées du groupe, une de mes chansons préférées tout court et une de celles dont je connais les paroles par cœur de A à Z (y en a pas tant que ça quand j’y pense).
Et puis il y a sur cet album une autre composition mémorable de Ray Davies, This Time Tomorrow, qui, comble de la délectation granderemisesque, a été merveilleusement utilisée par Wes Anderson dans The Darjeeling Limited.

#47 The Kinks – Are the Village Green Preservation Society

The Kinks - Are the Village Green Preservation Society

Les Kinks ont ceci de particulièrement génial (entre autres) qu’ils nous accompagnent à différentes étapes de notre amour de la musique, à différentes étapes de la vie tout court. C’est évidemment le cas de nombreux artistes, lorsqu’ils ont suffisamment de talent pour parvenir à se développer sur des périodes et de manières distinctes s’entend mais je trouve que c’est particulièrement vrai pour eux.

Lorsqu’on est jeune et plein de sève, il est impossible de ne pas succomber à la véritable sauvagerie de leurs premiers morceaux et notamment bien sûr de ces 2 classiques absolus du rock proto-garage que sont You Really Got Me et All Day and All of the Night.

Après on grandit, notre appréhension de la musique (et de la vie donc) s’affine. On commence à prendre du recul, on encaisse ou observe certains événements d’un œil amusé. A ce stade là, les chefs d’oeuvre d’ironie de la doublette royale Face to Face / Something Else deviennent précieux.

Enfin, on en arrive au stade où il faut lutter pour ne pas céder aux sirènes du « c’était mieux avant ». Ou alors, quand on y cède, on s’en veut, on culpabilise… Et du coup on écoute le dernier James Blake. Et on se fait chier, mais on le dit pas car on voudrait pas passer pour un vieux con.
C’est là, normalement, que l’amour et l’admiration pour Ray Davies sont à leur apogée car il a évoqué, personnifié même ce sentiment mieux que personne: c’est à ce titre que Village Green Preservation Society est un chef d’oeuvre et SON chef d’oeuvre en particulier.

On a là un type, Ray Davies donc, d’extraction populaire, qui a quitté dès qu’il en a eu la possibilité un univers étouffant de conformisme voire de passéisme et qui dans le même temps, ne peut s’empêcher de ressentir une immense affection, une immense tendresse pour ce monde auquel il a tourné le dos. Et qui le raconte de la plus merveilleuse manière qui soit, avec distance mais avec également des bouffées de sincérité (et de tendresse donc) véritablement bouleversantes. Ca, au-delà d’une quelconque identification un peu superficielle voire puérile, ça me touche plus que tout.

Pour le reste, (les Kinks en général, leur carrière, leur musique), je te renverrai aux merveilleuses pages écrites par le grand Philippe Auclair aka Louis Philippe dans le Dictionnaire du Rock de Michka Assayas : personne n’a écrit et n’écrira jamais de manière aussi brillante et sensible sur ce groupe.