#23 Richard Davies – Telegraph

richard davies - telegraph
Pour situer un peu les choses, Richard Davies est une moitié de Cardinal, sa moitié lennonesque disons. Je parlerai de l’autre moitié du groupe, Eric Matthews, en temps voulu.
Ici pourtant, Davies est en mode laid-back, quelque part entre Lou Reed et Neil Young (tu commences à situer le niveau là ?). Ce qui frappe le plus c’est l’aisance, l’évidence avec laquelle ce disque s’impose dès la première écoute. La triplette d’ouverture… La triplette d’ouverture. Écoute et tu comprendras.

Du coup cet album est l’un de ceux auxquels je pense et me réfère spontanément lorsqu’on me demande de citer un album pop américain modèle. 10 chansons, 38 minutes, pas un gramme de superflu. Un disque de musique à dominante acoustique sans être folk pour autant, à la fois classieuse, douce, ouvragée mais un peu rugueuse aussi, disons campagnarde ou rustique sans être country non plus. Les pieds bien ancrés au sol dans des bottes mais la tête dans les étoiles.

J’aime bien cette pochette qui ressemble à rien aussi. Enfin, qui m’évoque une cabane rescapée de la période de la ruée vers l’or par exemple (Telegraph), ce qui finit de placer cet album, dans ma tête en tout cas, parmi la liste des classiques du rock américain (même si Davies est australien).

Je me sens confus, je m’arrête là.
Cet album est un classique instantané, c’est tout ce qu’il faut retenir de ce billet.

Le vent se lève – critique

Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.
Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle. (Allocine.fr)

le-vent-se-leve-jiro-nahoko
Je savais que le film appartenait à la veine la plus « réaliste » de Miyazaki mais j’ignorais qu’il l’était à ce point. Réaliste. De fait, il est totalement dépourvu de quelque monde parallèle, créature fantastique ou autre (hormis les séquences de rêves) auxquelles on est habitué chez lui et pourrait être classé dans la catégorie biopic.

Quoiqu’il en soit, c’est magnifique.
Il faut saluer le courage de l’artiste qui nous laisse pour ultime geste une œuvre d’une noirceur abyssale :  le film débute par le rêve plein d’entrain d’un garçonnet qui se voit pilote d’avion. Mais très vite, le rêve tourne au cauchemar. Peu après, de retour à la réalité, il ne peut contempler les étoiles filantes au côté de sa petite sœur en raison de sa trop forte myopie :  le Vent se lève, c’est l’histoire d’un petit garçon qui doit trop tôt renoncer à son rêve et qui s’aveugle totalement, jusqu’à l’obsession, pour accomplir celui qu’il s’est choisi par défaut (devenir ingénieur aéronautique). Et qui n’ouvre les yeux (son éveil passe d’ailleurs par l’ouïe, pas par le regard) que lorsqu’il est trop tard.

Visuellement, c’est une splendeur : l’infinie subtilité et variété des couleurs, les paysages impressionnistes (confinant même au pointillisme), tout semble magnifié pour rappeler à Jiro que la vie doit être vécue ici et maintenant. On se dit au final que sur un tel canevas, pour de telles intentions, seule l’animation est adaptée : comment mettre en scène autrement les différents moments unissant les 2 amoureux (le vent, toujours le vent) ? Comment à l’inverse ne pas sombrer dans le mélo le plus kitchissime avec de vrais acteurs?

Bon y aurait plein d’autres choses à dire mais je n’ai pas envie de trop en dévoiler non plus.
Il va rester encore un petit moment à l’affiche donc va le voir : Le Vent se lève est un film sans doute moins évident que la majorité des réussites de Miyazaki (que je lui préfère), plus rigoureux, voire austère, et où la mélancolie habituelle vire à la tristesse pure et dure mais c’est beau.

#21 Creedence Clearwater Revival – Green River

Creedence+Clearwater+Revival+-+Green+River+-+180gm+-+LP+RECORD-168710
Évidemment, Willy and the Poor Boys, évidemment Cosmo’s Factory.
Mais j’avais envie de prendre un petit contrepied.

« Petit » parce que dans le carré d’as aligné par le groupe en 2 ans (4 albums. En 2 ans.), j’aurais en réalité pu choisir n’importe lequel et que je ne prends pas beaucoup de risques en citant finalement celui-ci. Mais il est peut-être un peu moins souvent cité que les 2 suivants donc voilà. En plus j’adore la pochette, pour une raison assez inexplicable puisqu’elle est plutôt moche alors que d’ordinaire j’aime les belles choses tu vois, un peu comme les belles femmes, peut-être même que je les aime un peu trop.

4 albums, 4 chefs d’oeuvre en 2 ans donc, d’une musique joyeuse, juvénile, euphorisante, complètement incongrue à l’époque, presque punk quelque part.
Quelle carrière fulgurante en tout cas… Beaucoup regrettent cette brièveté : je trouve au contraire qu’elle contribue non seulement à la légende du groupe mais également à sa qualité, à son génie et à sa précieuse valeur. Paradoxalement, elle m’a toujours fait penser à celle des Smiths, elle aussi extrêmement brève, intense et dense en enregistrements hors normes. La comparaison entre les 2 groupes s’arrête évidemment là.

#12 Big Star – #1 Record/Radio City

big_star
Alors je triche un peu là encore mais si je possède évidemment désormais la réédition de chaque album, ma découverte de Big Star s’est faite via l’édition regroupant les 2 disques sur le même CD (je préfère néanmoins #1 Record si jamais tu te posais la question).
Qu’est-ce qu’il me faisait envie ce disque ! Mais j’ai attendu plusieurs années avant de pouvoir jeter une oreille dessus. J’ai d’abord dû tomber sur le bon disquaire.

Bon, quoi d’autre ? Rien oeuf corse. Cette musique est l’évidence même. A chaque écoute (A CHAQUE ECOUTE) je suis toujours autant surpris/atterré/scandalisé/peiné (enchaînement dans cet ordre exact) que le groupe ait eu si peu de succès. Incroyab’. Ce son… L’impression d’être à bord d’un jet, ou d’un quelconque bolide élégant, puissant, fuselé, rapide, souple. Un moment de grâce sans cesse renouvelé.

J’ai versé une larme quand j’ai appris la mort d’Alex Chilton, c’est la première fois que ça m’arrivait pour un artiste. J’étais au bureau, j’ai évidemment rien dit. Petit flottement : un mec de 37 ans qui a les yeux humides, on a dû penser qu’il m’arrivait un truc super grave, que je venais d’apprendre la maladie ou la mort d’un proche. J’aurais dû dire que c’était exactement ce dont il s’agissait.

#11 Belle and Sebastian – If You’re Feeling Sinister

belle and sebastian-if you're feeling sinister

Je suis passé à côté de ce disque et de ce groupe pendant un moment. C’est con quand même vu ce qu’il représente pour moi aujourd’hui…

A l’époque de la sortie de cet album, je commençais à m’ « ouvrir » à d’autre univers musicaux (il était temps…). J’écoutais de plus en plus de folk et de country, de pop late 60’s, un peu de soul, un chouïa d’electro (pardon, pas de l’electro: du trip-hop.).
Ce que je lisais sur B&S ne m’attirait pas. Il ressortait des différents articles qui leur étaient consacrés l’image d’un groupe caricatural, de quasi-autistes un peu versés dans les bondieuseries, d’ayatollahs de l’indie-pop touche-pipi etc. Moi je commençais à être à fond dans Beck, Ween et Johnny Cash donc bon…
Un an plus tard peu ou prou j’ai même reçu The Boy with the Arab Strap qu’on m’avait demandé de chroniquer. Et puis finalement non, la chronique n’était apparemment plus d’actualité : je n’avais toujours pas écouté le disque, du coup je l’ai laissé dormir sur une étagère…
Mais c’est une chronique de cet album qui m’a convaincu : l’excellent Stéphane Deschamps des Inrocks y disait en substance qu’on parle toujours des disques qu’on emporterait sur une île déserte mais que les membres de B&S eux, n’en emporteraient aucun puisqu’ils la jouaient cette musique d’île déserte. Ca m’a plu, du coup j’ai écouté et là évidemment, c’est devenu illico un de mes groupes fétiches.

Rétrospectivement, on réalise à quel point cet album est… parfait. De la première à la dernière seconde, de A à Z, il semble pensé, conçu, écrit, interprété en sachant en permanence quel résultat obtenir et comment l’obtenir.
On constate également qu’il marque un tournant dans la carrière du groupe, la fin d’un époque (déjà, après seulement 2 albums.). Après ... Sinister, Stuart Murdoch lâche du lest, permet à ses acolytes d’écrire et/ou interpréter certains titres. Les albums du groupe se diversifient un peu, peu à peu, et ne sont plus exclusivement des ouvrages de folk-pop late 60’s (pour résumer).

Beaucoup regrettent ce qui est généralement et sans doute à raison considéré comme l’âge d’or du groupe mais pas moi.
J’aime la façon dont le groupe a évolué, en s’ouvrant de plus en plus vers l’extérieur (essentiellement la blue eyed soul), tout en restant fidèle à ses manies de vieux garçons/vieille fille.
Tous ses albums consécutifs contiennent au moins une ou deux compositions mémorables et estomaquantes. Sur The Boy with the Arab Strap, le titre éponyme bien sûr ou Seymour Stein, premier sublime enregistrement du guitariste Stevie Jackson auquel Jack Black a rendu un vibrant hommage. Sur Fold Your Hands…, The Model ou The Wrong Girl. Sur Dear Catastrophe Waitress, peut-être celui que je préfère avec …Sinister, I’m a Cuckoo, Wrapped Up in Books. Sur The Life Pursuit, Another Sunny Day, sur le dernier, I Didn’t See It Coming.  Bon, je pourrais en citer une bonne vingtaine.
Je dirai en guise de conclusion que Belle & Sebastian fait partie de ces rares groupes/artistes qui n’ont selon moi jamais publié une seule mauvaise chanson.