Top albums 2018 – Top 10

Pour la 1ère partie du classement, c’est ici que ça se passe.

10 The Last Detail

C’est une relative déception car je tiens Medhi Zannad pour l’un des (rares) véritables génies pop actuels. Sa précédente manifestation sous son propre nom, avec le trop bref EP L’Architecte de Saint-Gaudens ridiculisait toute tentative de pop au sens classique du terme, et pas seulement en France, en à peine 14 minutes. Donc d’une, je suis déçu qu’il n’ait toujours pas livré de véritable suite à Fugue, son dernier album (7 ans déjà) et de deux… bah je suis tout simplement un peu déçu par cet album en lui-même. Je chipote car c’est remarquable, on est en présence d’un talent de mélodiste et d’arrangeur hors-norme (je pèse mes mots) qui en outre, s’ouvre, probablement grâce à sa comparse américaine Erin Moran, à un registre un peu différent de ce à quoi il nous a habitués jusqu’ici (le songwriting à la Carole King pour faire court). Ma déception est à l’aune de ce dont il est capable.

 

9 L’Éclair – Polymood

Encore un disque de 2ème génération: là où Air s’inspirait de Jean-Claude Vannier, Michel Colombier etc etc, les Suisses de L’Éclair s’inspirent… de Air. Polymood est donc un album elec(re)tro-futuriste très élégant comme il pouvait en sortir pas mal consécutivement au succès du Moon Safari du duo versaillais. Avec ceci de particulier qu’il intègre avec une grande aisance et beaucoup de fluidité, quelques influences jazz et afrobeat. Ca groove vintage donc et ça groove très bien. C’est même assez addictif en vérité : c’est l’un des albums que j’ai le plus écouté cette année.

 

8 Jacco Gardner – Somnium

Il est peut-être là l’homme de l’année finalement, le mien en tout cas. Jacco Gardner a en effet fricoté avec des membres du collectif L’Eclair présent ci-dessus, mais aussi avec ceux d’Altin Gün présents un peu plus bas, dont il a produit le 1er album. Et il sort donc un excellent 3ème album, à la fois très différent et dans la lignée des 2 précédents. Entièrement instrumental, Somnium a également été enregistré seul, sur des claviers analogiques principalement. Ca c’est pour le « différent ». Pour le « dans la lignée », il suffit de s’y plonger pour reconnaître sa patte et son amour d’un psychédélisme doux et doucement inquiet: sur le précédent, Hypnophobia, il évoquait sa peur du sommeil, sur celui-ci il retranscrit en musique ses rêves et ses cauchemars. Belle évolution dans la continuité donc, en même temps qu’un super teaser pour la suite de sa carrière.

 

7 MGMT – Little Dark Age

Bon… J’ai été le 1er, et je suis encore le 1er à m’enflammer sur MGMT, leur talent, leur audace, leur insolente facilité mais là, la question se pose il me semble: où va le groupe? Va-t-il continuer longtemps à sortir des albums « du milieu »? Des albums qui vendent mais pas plus que ça, qui excitent la critique/le public mais pas plus que ça. A jouer dans une certaine indifférence dans les gros festivals du monde entier (on peut dire que live, ils sont assez décevants)? J’ai l’impression qu’ils ronronnent un peu et qu’ils évoluent dans un entre-deux mollasson, ni tout à fait successful ni tout à fait rayé de la carte.
Après évidemment, et en dehors de ces considérations qui n’intéressent peut-être que moi, Little Dark Age est régulièrement brillant(issime), notamment dans sa 1ère moitié qui ridiculise toutes les tentatives de revival 80s qu’on subit depuis maintenant trop longtemps.

 

6 Altin Gün – On

Révélation de l’année pour moi (avec Fitness Forever, je ne le répéterai jamais assez), et pour beaucoup. Un groupe néerlando-turc (je crois), produit par Jacco Gardner et qui reprend, essentiellement, des morceaux issus du courant Turkish psych i.e. le rock turc psychédélique de la fin des années 60-début années 70. Ce courant a bénéficié d’une petite hype ces dernières années, avec quelques rééditions terribles qui l’ont mis en lumière alors qu’il est longtemps resté obscur (pour le public occidental en tout cas). Altin Gün a donc débarqué à point nommé pour profiter de ce petit engouement : rien de cynique dans leur démarche pourtant, simplement la volonté de partager cette musique et ce groove si particuliers à un public occidental plus disposé qu’auparavant à la recevoir. Avec tout ça, j’ai oublié de dire l’essentiel: c’est une tuerie, à la fois planante et dansante, avec un groove, je me répète, vraiment unique et surprenant pour nos oreilles rassasiées voire blasées.

 

5 Gruff Rhys – Babelsberg

Retour en très grande forme pour l’un des héros granderemisesques. Plus que ça: c’est sans doute son meilleur album solo. Une fresque pop orchestrale aux allures définitives, avec des chansons plus belles, amples et accrocheuses les unes que les autres, sur lesquelles il pose sa belle voix grave et douce à la fois. En revanche, je persiste à pense que le mec pâtit de pochettes et d’un sens visuel, en général, catastrophiques. J’exagère un peu: sur ce plan là, Babelsberg n’est pas du niveau des pires horreurs utilisées par les Super Furry Animals mais merde, c’est super moche non ? Il est plutôt beau mec Gruff, il a une bonne tête en tout cas, pourquoi ne pas avoir simplement utilisé le visuel de sa tournée? Comprends pas.

 

4 Fred Pallem & le Sacre du Tympan – L’Odyssée

Comme je le disais dans mon billet au sujet de leur passage à Toulouse au début de l’été, Fred Pallem & le Sacre Tympan développent un genre de musique totale, à la croisée du rock, du jazz, de la pop, de la soul, du funk et de la musique de film dont il serait par conséquent réducteur et non avenu de la taxer de rétro : L’Odyssée a des allures de classique immédiat, à la croisée du rock, du jazz, de la pop etc etc. Un régal de chaque instant et un album qui s’adresse aussi bien aux esthètes les plus exigeants qu’aux mélomanes occasionnels. Apparemment l’album se vend bien, ça fait très plaisir.

 

3 Jeff Tweedy – Warm

Encore un héros de Grande remise. Aussi étrange que ça puisse être,Warm est le premier véritable album solo de Jeff Tweedy, leader-chanteur de Wilco. « Véritable » car il a sorti un premier album solo l’an dernier, Together at last, mais il consistait en des versions acoustiques de titres de Wilco ou Loose Fur(son side-project avec Jim O’Rourke et Glenn Kotche). Warm ne contient que des nouvelles compositions. Bon, ceci étant dit, inutile d’essayer de la faire à l’envers: ça sonne comme un album de Wilco, dans la lignée du dernier, Schmilco, pour être précis. Pas un problème évidemment quand on écrit des chansons d’un tel niveau et qu’on les interprète avec une telle sensibilité et un tel savoir-faire. La différence, car il y en a une bien sûr, c’est que, très logiquement, celles-ci sont plus intimes, plus confessionnelles, et, sur la forme, un poil plus dénudées (logiquement là encore) que celles écrites pour Wilco.
Après, que dire? Jeff Tweedy est sans doute le songwriter qui me touche le plus à l’heure actuelle. Il est revenu de l’enfer (de ses migraines, de sa dépression chronique et des addictions qui y étaient liées), chose qui lui est d’ailleurs reprochée de manière plus ou moins déguisée (les fans qui préféraient le Wilco des années de douleur), et qu’il évoque dans un des titres de l’album (le magnifique Having been is no way to be). Depuis sa « guérison » pourtant (si tant est qu’on puisse guérir tout à fait de tels maux), il écrit des chansons qui parlent à l’auditeur comme peu d’autres. Des chansons pleines d’empathie, de bienveillance, d’honnêteté, sans pour autant verser dans la complaisance ni le sentimentalisme qui disent, soit par les mots, soit par une mélodie, sans aucune putasserie et souvent de manière détournée: « oui, c’est la merde, c’est vrai, mais tu verras, si ça ne s’arrange pas toujours, on finit quand même par s’y faire et par trouver du réconfort ». Ne serait-ce que dans ces chansons-là. « I see dead trees/But the roots have leaves » (dans Having been is no way to be encore).

 

2 Arctic Monkeys – Tranquility Base Hotel and Casino

Qu’il est loin le temps des bombinettes indie-pop, des penny loafers cheap et des survêts Tacchini… Autant, jusqu’ici, on pouvait encore raccrocher les wagons avec leur inusable 1er album, autant on a ici à faire au virage à 180° de l’année, que dis-je, de la décennie, facile. Impossible à voir venir… Facile, aussi, la manière dont le groupe l’opère ce virage psyche-lounge-pop, troquant ses guitares tranchantes, ou plus lourdes comme sur le précédent AM, pour le piano, les basses sinueuses au mediator, une batterie très sobre et tout un decorum rétro-futuriste qu’ils semblent maîtriser sur le bout des doigts et qui ne pouvait que ravir un rétro-fétichiste tel que moi. Avec un Alex Turner qui chante mieux que jamais des paroles elles aussi très différentes de celles qu’il écrivait jusqu’ici, plus elliptiques et cryptiques. Sublime.

 

1 The Lemon Twigs – Go to School

En vérité, je sais pas vraiment si c’est mon album préféré cette année. En tout cas c’est pas mon album préféré des Lemon Twigs puisque je suis davantage convaincu par le précédent, Do Hollywood. Je trouve celui-ci un poil trop long et je suis pas très fan des passages les plus musical (mais ça c’est très perso). Je pinaille évidemment car c’est aussi ces passages-là qui permettent à cet album de sortir du lot et que l’ensemble est bluffant, aussi bien en termes de composition que d’exécution et d’interprétation. Quand on parle de rock, ou de pop, il y a les Lemon Twigs et les autres à l’heure actuelle selon moi.
Ce qui m’a vraiment poussé à mettre cet album en tête de mon bilan annuel, c’est une petite video de 10 minutes à peine, 3 chansons, qui pour moi synthétisent à merveille qui ils sont, ce qu’ils font, et ce qu’est la Pop.

J’ai visionné/écouté cette vidéo un nombre incalculable de fois, je la connais par cœur. Y a tout : la pureté maccartneyesque de Brian D’Addario, la morgue lennonienne de son frère Michael, sa dégaine incroyable et surtout, leur grâce à tous les 2 lorsqu’ils jouent et chantent ensemble. Ca durera ce que ça durera, on verra bien comment ils vont évoluer mais ces 10 petites minutes sont les plus belles minutes de musique que j’ai entendues cette année.

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Arctic Monkeys – AM

Je vais parler d’une sortie récente pour une fois. Faudra que je reprenne mon top 100 ceci dit, j’ai lâché l’affaire, ça va pas du tout.

Bon Arctic Monkeys, AM donc. Ce disque, je l’ai immédiatement aimé. Puissant, fuselé, précis, tubesque : il cartonne. Après déjà de nombreuses écoutes, c’est pourtant l’album des Arctic Monkeys que j’aime le moins et il me rend un peu triste.

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L’album en lui-même n’est absolument pas en cause : il est excellent. Bonne chansons, bonnes paroles, (très) bonne production, il va probablement casser la baraque et ça sera amplement mérité.

Seulement, j’ai l’impression de dire adieu aux Arctic Monkeys tels qu’on les a connus et tels que je les ai aimés jusqu’ici : une bande de petits branleurs anglais typiques, plus malins, doués et lettrés que la moyenne certes mais foncièrement, une bande de petits branleurs anglais. Evidemment, ils sont aujourd’hui des rock stars (Alex Turner assume d’ailleurs très bien le rôle), je ne leur demande pas de toujours raconter ces histoires de plans cul ou dope foireux à base de personnages en survet-mocassins. Des histoires anglaises quoi. Ca j’en ai fait mon deuil. D’ailleurs mon album favori du groupe est sans doute le 3ème, Humbug, celui produit par Josh Homme. Mais justement, dans cet album très américain, on sent toute l’admiration, la fascination et l’émerveillement ressentis par 4 lad’s de Sheffield qui découvrent pour la première fois Los Angeles, le désert de Joshua Tree ou le stoner rock. C’est ce que j’aime sur cet album : le classique certes mais maladroit et touchant va-et-vient entre Vieux et Nouveau Monde/rock, cette sempiternelle histoire des petits britons qui débarquent chez les cousins américains.

Ici j’ai vraiment l’impression d’entendre un groupe 100% américain. Je viens d’ailleurs de lire que le groupe s’était installé à Los Angeles, ça ne me surprend pas le moins du monde. J’ai carrément parfois l’impression d’entendre les Black Keys… C’est très bien, pas de problème mais s’il y a bien un groupe que je n’aurais jamais rapproché d’eux, c’est Arctic Monkeys. Et pourtant, lorsque Turner se lance dans ses falsettos, quand la rythmique se fait funky-élastique (Fireside) j’ai vraiment l’impression d’entendre Auerbach and co. Je suis d’autant plus déçu que Suck it and see leur précédent album était lui très anglais : j’aurais bien entendu ses chansons sur un album de Morrissey par exemple. Morrissey avant qu’il ne s’installe à Los Angeles je veux dire. Lui aussi. Ah ça les anglais, une fois qu’ils découvrent qu’à certains endroits de la planète on peut voir le soleil pendant une journée entière…

Je réalise bien que tout ça n’est que subjectif. Encore une fois, le disque est bourré de très bons moments, certains titres m’euphorisent bien : la doublette d’ouverture, Arabella et son riff à la War Pigs de Black Sabbath, Why d’you only call me when you’re high ?. La paire de balades centrales est sublime et j’y retrouve cette anglicité à laquelle je suis attaché. AM sera peut-être même dans mon top 20 de fin d’année. Mais voilà, je l’écoute en y résistant, je n’arrive pas à me laisser totalement emporter car j’ai en permanence cette petite frustration… Il me manque l’odeur de graillon des fish & chips en somme. Et puis AM nous éloigne encore un peu plus d’un 2ème album des Last Shadow Puppets et ça ça m’emmerde vraiment…

Donc, je résume : super album, je te le conseille mon ami mais je suis déçu.