Bienvenue à Marwen – critique

L’histoire de Mark Hogancamp, victime d’une amnésie totale après avoir été sauvagement agressé, et qui, en guise de thérapie, se lance dans la construction de la réplique d’un village belge durant la Seconde Guerre mondiale, mettant en scène les figurines des habitants en les identifiant à ses proches, ses agresseurs ou lui-même. (Allociné)

Comme chaque année, j’ai pris la résolution de parler de tous les films que je voyais en salle au moment où je les voyais, et comme chaque année, le 10 janvier, j’arrive encore à m’y tenir.

Bienvenue à Marwen est un film que je n’avais pas prévu de voir : le pitch + l’alternance « vrai » film / animation me faisait flipper. L’animation tout court en réalité : j’ai jamais pu regarder Le Pôle Express, l’un des précédents films de Robert Zemeckis, car je le trouve d’une laideur insigne. Les quelques images vues de Marwen me laissaient également craindre le pire à ce niveau-là (j’avais tort). Et puis Steve Carrell m’énerve un peu, Leslie Mann encore plus : au début on se disait, tiens, elle tourne souvent chez Apatow (c’est sa femme). Puis on a fini par penser, ouais, ok, elle tourne QUE chez Apatow en fait. Et c’est pas étonnant. Mais elle est bien ici, je le reconnais (idem pour Carrell).

J’ai fini par y aller malgré tout, cédant face aux nombreux avis positifs, voire un peu délirants, lus ici ou là : Zemeckis est devenu depuis quelques années un des chouchous d’une certaine frange de la critique, qui voit en lui une sorte de théoricien de l’image, un genre de Spielberg expérimental, soit un entertainer hors pair, mais qui privilégierait les recherches formelles aux grands sujets lui. Je pense que c’est un peu exagéré (un peu délirant), et que c’est lui prêter des intentions qu’il n’a jamais eues. Il est un cinéaste grand public sincère et compétent, ça oui, qui respecte le cinéma, son public et une certaine tradition hollywoodienne (le storytelling avant tout) et c’est déjà beaucoup.

Enfin, pour le coup, tout ce qu’on peut lire de positif sur le film (joli papier de Libé notamment) est juste : Bienvenue à Marwen repose sur une histoire forte (et vraie donc, celle de Mark Hogancamp qui, tabassé et laissé pour quasiment mort par une bande de brutes neo-nazis, perd la mémoire, et parvient à se reconstruire tant bien que mal en créant un village imaginaire dans lequel il met en scène et photographie des figurines à son effigie et à celle des personnes de son entourage, ainsi que de ses agresseurs), pour se muer en allégorie sur la guérison par l’Art, et par extension, sur la tradition perdue du storytelling classique, du cinéma/artisanat etc. Il y a d’ailleurs selon moi une certaine ironie à ce que Zemeckis se projette aussi ouvertement dans Hogancamp : ce dernier travaille avec des figurines, des poupées, des maquettes, qu’il construit/transforme lui-même, met en scène à la main, avec une patience infinie. Zemeckis se situe dans une tradition désormais un peu perdue certes (celle de l’Âge d’or d’Hollywood, pour faire court), ce qui aurait tendance à faire de lui un artisan, mais ses films ont toujours énormément reposé sur la technologie, les effets numériques et Marwen ne déroge pas à la règle.

C’est un détail sans doute, et l’essentiel est ailleurs : Bienvenue à Marwen est un ravissement de chaque instant, un film d’une fluidité remarquable (les enchaînements réalité/animation, les scènes d’action), un mariage fond/forme parfait. L’émotion en prime : si on ne s’en tient qu’au premier niveau de lecture (et c’est la force de Zemeckis que d’avoir su créer un film immédiat, qu’on peut tout à fait apprécier pour ce qu’il raconte au 1er degré), difficile de rester insensible face au spectacle de cet homme brisé pour sa différence, face à la thérapie qu’il s’est inventée, au sens propre, et face à la conclusion de sa trajectoire dans le film. Devant le second niveau de lecture (l’auto-portrait de Zemeckis en artisan romantique pour faire court, même s’il y aurait aussi à dire sur le fait qu’il ait choisi de se projeter dans un personnage aussi solitaire qu’inadapté voire suicidaire), on s’amusera à relever les nombreux clins d’œil lancés à une filmographie conséquente (Roger Rabbit, Retour vers le Futur, Forrest Gump, j’en passe).

Quoiqu’il en soit, un beau film, brillant et touchant à la fois, qu’on s’arrête à l’histoire qu’il nous raconte ou à ce qui se joue derrière elle.

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