Ce pays qui n’aime pas le foot – Joachim Barbier – critique

Suite de mes lectures footballistiques avec un billet sur cet ouvrage également signé par une plume régulière de So Foot, Joachim Barbier.

Dans Ce pays qui n’aime pas le foot, il réagit principalement à l’énorme polémique, quasiment l’affaire d’Etat, autour de l’Equipe de France lors de la coupe du Monde 2010. Polémique qui faisait elle-même suite à d’autres débats débiles autour du but entaché d’une main de Thierry Henry lors du match de qualification pour cette même coupe du monde, autour de la banderole anti-Chtis des supporters du PSG lors de la finale de la coup de France, autour de la Marseillaise sifflée au stade de France etc.

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Selon Joachim Barbier, ces « événements » qui n’en sont pas et qui auraient dû en tout cas être circonscrits à la seule sphère du football, ont constitué un prétexte en or pour les polémistes et éditorialistes à 2 balles, désireux d’illustrer le désormais proverbial « malaise de la société française » dont les footballeurs seraient les véritables furoncles, ou pour le moins des racailles, des caïds de banlieue, des sauvages etc etc etc. Alors qu’ils n’illustrent en réalité qu’une seule chose : la France ne comprend rien au foot. Ou plutôt, la France manque gravement de culture foot. Je partage évidemment à 100% cette thèse, comme tout bon footeux intégriste qui se respecte.

Alors il enchaîne les arguments le bougre, et ils ne manquent pas. Selon lui par exemple, il ne peut y avoir de réelle compréhension de la chose footbalistique en France puisque l’engouement national est né de la victoire en coupe du monde en 1998. Evénement tardif déjà mais surtout, événement trompeur puisqu’il s’agit un acte fondateur euphorique et victorieux. Or : « L’âme d’un stade se forge moins dans l’habitude des victoires que dans le désarroi des défaites ou la honte des déroutes. Les deux bâtissent un équilibre des souvenirs, des sentiments, et un jugement. On peut appeler ça de la culture ». Amen. Et Barbier de déplorer les sifflets qui parfois tombent des tribunes alors qu’une équipe mène au score mais ne fournit pas le spectacle auquel le prix du billet donne supposément droit. A noter que l’ouvrage a été écrit avant la reprise en mains du PSG par les Qataris…

De la même manière, Barbier explique que « pratiqué sérieusement, le football n’a rien à voir avec le fair-play. Il est lié à la haine, à la jalousie, à la vantardise, à l’irrespect et au plaisir sadique d’être témoin de la violence : en d’autres termes, c’est la guerre sans les tirs. » Ca peut sembler évident mais ça va mieux en le disant.
Ainsi, et pour citer l’architecte Rudy Riccioti, « les gens qui ne voient pas l’humour qui existe dans le football sont des gens à qui il manque une case de lecture politique, il leur manque une clé de lecture du monde ». Hell yeah.

Sur la « rivalité » rugby/football, le rugby brandissant en étendard ses sacro-saintes « valeurs »: « Le rugby est resté un sport de protestant car il prétend incarner l’idée de justice, d’honnêteté, de vérité au cœur des règles qui l’encadrent, et représente quelque part une proposition de stage de développement personnel ». D’où l’indiscipline chronique des pays méridionaux (France, Argentine, Italie), catholiques eux. Pas mal ça aussi non?

Et du coup, c’est logique, dans un pays qui n’aime le foot que lorsque ses favoris l’emportent au cours de grandes compétitions, « la faiblesse des revenus de la Ligue 1, marketing, droits TV, n’est pas une cause de son sous-développement mais une conséquence ». En effet, si les droits TV anglais explosent, c’est parce que Manchester United ou Liverpool sont à la base hyper prestigieux et intéressants d’un point de vue marketing pour les investisseurs. Bien vu ça aussi.

Joachim Barbier étaye en permanence ses arguments et ses assertions d’exemples précis et toujours éloquents.
Le problème c’est que même s’il est toujours pertinent, voire occasionnellement brillant, son ouvrage est extrêmement mal construit. En réalité, il n’est pour ainsi dire pas construit, c’est à dire qu’il n’a pas d’épine dorsale, hors sa thèse initiale (« la France ne comprend rien au foot »), et encore moins de déroulé autour de cette thèse. J’ai cité, à dessein, des phrases et des exemples un peu à la volée mais c’est précisément ce qu’est ce livre : une succession sans véritable liens entre eux, d’arguments, exemples, idées, souvent brillants certes mais qui donnent au final le sentiment que le livre a été écrit un peu à la va-vite, pour créer un contre-feu à des polémiques effectivement aberrantes. Si j’étais prof et que je devais le noter, je demanderais « où est le plan? »

Mais je mettrais quand même une assez bonne note : parce que ce qu’il dit est souvent brillant donc et parce qu’il le dit bien. Ca manque simplement un peu de rigueur et de travail. Merde, je parle vraiment comme un prof.

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41 réflexions pendant la 41ème cérémonie des Césars

Après le succès critique et public de mon billet sur la cérémonie de l’an dernier (presque 4 like sur Facebook, 2 commentaires franchement positifs à la machine à café), j’en remets une couche avec mes réflexions sur la 41ème cérémonie des Césars.

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Florence Foresti donc. Pourquoi pas après tout.

– Bon. Un peu longuet ce sketch d’introduction. Un peu pas très drôle. Le « Veronika Loubry » m’a quand même fait sourire.

– Pas mal de nominations pour Mon roi : je suis partagé entre mon dégoût de voir Maïwenn remporter un prix et mon désir sadique de la voir se ridiculiser sur scène.

– Putain elle est pas là. J’avoue, je suis déçu.

– 1ère récompense au bout de 25 longues minutes. Je sais que le laps de temps dévolu aux lauréats a cette année été limité à 2 mn 30 pour éviter la purge de l’an dernier mais j’ai peur

– Classe Carole Bouquet. Joli discours, simple, sans fioriture, (apparemment) sincère.

– « Merci
-De rien »
Ah ben moi qui me demandait toujours ce que le remettant et le lauréat pouvaient bien se dire.

– « Mon producteur qui est un petit peu plus que mon producteur ». Oui, on avait compris au moment précis où il s’est jeté sur tes amygdales pour te féliciter (meilleur film de court-métrage).

– Ah, premier César technique, première séquence strapontin-derrière-une-colonne.

– Bon, Foresti en fait… NON. Elle souffre du syndrome qui touche tous les comiques français à succès : ils sont plus ou moins drôles à leurs débuts et dès qu’ils explosent, ils se prennent pour des rock stars. Ils ne font plus des spectacles d’humour mais des spectacles tout court, dont ils sont la star, constamment mise en valeur. Ca va être long je sens…

– Meilleur jeune espoir masculin: Rod Paradot ! Bravo bonhomme, tu l’as pas volé.

– J’ai un peu peur qu’il dégoupille comme dans le film et balance son César dans la gueule de Louane.

– Rho « Merci à la CPE ». Trop mignon.

– Non je pleure pas, j’ai de la conjonctivite.

Hypolite Girardot à 70 ans, sera vraiment la fusion parfaite entre Michel Bouquet et François Mitterand. Pardon, François Mittrand.

– Nouvelle présentatrice mais nouveau décor également. Un peu glitter 70s, j’aime bien.

– Ca marche toujours en fait les vannes sur ou avec Louis Garrel. Bonne poire/pâte le mec.

– Il a vraiment l’air de se marrer à côté de la Binoche Michael Douglas.

Jonathan Cohen?!?! Mais c’est qui ce mec? Il est connu? Déjà les gars du Palmashow bon… Mais lui sans déconner, c’est qui ?

– C’est long. Très long.

– Wow. Plus fort que Maiwenn, Melanie Laurent et Marion Cotillard réunies donc pour l’instant malaise de la soirée, Jonathan Cohen. Il sort de nulle part, soit, pourquoi pas, c’est même une bonne chose en fait, c’est frais. Mais y avait RIEN dans son intervention. Dingue.

– Et maintenant, Marie Gillain. Marie Gillain? Mais si, Marie Gillain, l’actrice de l’Appât de Tavernier… y a 20 ans. C’est moi où c’est super cheap cette année? A ce rythme là l’an prochain on aura droit à Fréro Delavega.

– « Je t’enverrai la video Marie, t’auras l’impression d’avoir tourné avec eux » Ooooouuuuh la grosse veste de Foresti à Gillain.

– La grande Zabou nous laisse entrevoir ce que seraient les Cesars si c’est elle qui les présentait. Ricky Gervais like this.

Christophe Lambert soulève beaucoup d’interrogations… Second gros malaise de la soirée.

– « Viens ici Christophe« , de Michael Douglas à Christophe Lambert en 1985, m’en souviens oui. Je crois que j’ai seulement raté 2 ou 3 cérémonies des Césars depuis mes 10 ans.

– Yeah, Warren Ellis, la grosse classe. Faut vraiment que je voie Mustang moi.

Marion CotillardMaïwennMélanie LaurentElsa Zylberstein

– Belle brochette de seconds rôles masculins. Content pour Magimel.

– J’aime beaucoup Michael Douglas, vraiment, et pour une raison que j’ignore car je ne trouve pas qu’il soit un si grand acteur ni qu’il ait joué dans de très grands films. Mais lui donner un 2ème César d’honneur pfffff….

– Merde il est beau… Et il fait un très beau discours. Les acteurs américains sont toujours d’une classe folle aux Césars.

– LA CLASSE AB-SO-LUE même.

Birdman meilleur film étranger. N’importe quoi.

– Putain 5 secondes de Mon Roi (Bercot nommée pour la meilleure actrice) et j’ai des envies de meurtre.

Gilles Lellouche, grâce à son bel hommage aux réalisatrices, parvient à faire passer la pilule de sa présence. Une prouesse.

– Ca se voit non que j’ai rien à dire? Foresti met du rythme mais je me fais chier, ça manque vraiment de relief.

Desplechin enfin primé, c’est cool. Pour ce que je considère comme son plus mauvais film, moins cool.

Emmanuelle Béart punaise… Triste.

– Ca défile là les prix, ça s’accélère. Frot, Lindon. Ils ont les chiffres des audiences en temps réel ou quoi?

– Souvent, dans les comédies américaines, les personnages français se voient affublés de noms caricaturaux : Marcel Baguette, Jules Pignon, Ferdinand Lamour. Juliette Binoche.

– Bon, j’avoue : je n’avais jamais entendu parler de Fatima avant les nominations…

C’est fini.
Un palmarès très éclaté, primant des films politiques ou engagés (Fatima, Mustang, La tête haute), c’était prévisible mais ça me semble pas scandaleux. Une cérémonie très plate avec une Florence Foresti qui s’est beaucoup donnée mais pour se mettre elle-même en valeur avant tout. Des discours de remerciements que j’étais soulagé de voir raccourcis mais que j’ai trouvé paradoxalement trop brefs parfois (Arnaud Desplechin visiblement ému, le petit Rod Paradot irrésistible). Une cérémonie moyenne pour un billet moyen. Bon weekend mes petits chatons.

Steve Jobs – critique

Étrangement, j’avais envie de voir ce film. « Étrangement » car je n’aime pas Danny Boyle et que j’en ai rien à carrer de Steve Jobs. Mais j’avais envie, je le sentais bien. Je me disais que le partis pris fort adopté par Boyle agirait comme un garde-fou à son mauvais goût et à ses tendances de clippeur fou. Steve Jobs n’est pas un biopic traditionnel mais un film en 3 actes rigoureusement identiques qui décrivent quasiment en temps réel les minutes précédent 3 temps forts de la carrière de Jobs: le lancement du Macintosh en 1984, le lancement de sa propre compagnie, Next, fondée après son renvoi d’Apple en 1988 et le lancement de l’I-Mac en 1998. Et puis finalement, Steve Jobs n’étant rien d’autre qu’un super publicitaire, quoi d’un mieux qu’un réalisateur publicitaire pour raconter son histoire ?

Ca lui va bien les cheveux bruns à Kate Winslet. Et les lunettes. Et les années.
Ca lui va bien les cheveux bruns à Kate Winslet. Et les lunettes. Et les années.

Alors oui, le dispositif assez verrouillé oblige Danny Boyle à un minimum de sobriété. Avant chacun des 3 événements cités plus hauts, Jobs s’entretient avec les mêmes personnes (2 ingénieurs informatiques, sa fille, la mère de sa fille, le patron d’Apple) et il le fait dans les mêmes conditions (dans sa loge, dans les coulisses ou entre les deux).
Steve Jobs est donc un film bavard. Très bavard. On reconnaît bien là la patte d’Aaron Sorkin, scénariste du film et showrunner d’A la Maison Blanche ou plus récemment The Newsroom. Il a également écrit le scenario de The Social Network. Ca veut dire qu’il y a tout plein de scènes avec des joutes verbales entre des gens qui marchent hyper vite parce qu’ils sont hyper busy à faire des trucs hyper plus importants que toi (les scènes walk and talk, sa marque de fabrique) . Ca veut dire que c’est un peu chiant, aussi. Ce mec, Aaron Sorkin, se prend quand même vachement au sérieux non? Bon, je me laisse peut-être influencer par la mauvais opinion que j’ai de lui… Je n’aime rien de ce qu’il a écrit, je n’aime pas le personnage.

Quoiqu’il en soit, le réalisateur c’est Danny Boyle et il est assez irréprochable sur ce coup là. Il livre son film le plus sobre : c’est quasiment du théâtre filmé parfois, sentiment renforcé par le fait que tout le film se déroule sur une scène, dans les coulisses, les loges, la salle. Ca se regarde en tout cas. Un peu chiant, un peu sans intérêt mais ça se regarde.

Très bon casting, duquel je retiens particulièrement un Seth Rogen impeccable que je n’imaginais pas aussi convaincant dans un rôle « sérieux » (ça va, c’est pas Tchao Pantin non plus). Il joue le rôle de Steve Wozniak, petit génie de l’informatique et co-fondateur d’Apple avec Jobs. Il tient la dragée haute à Michael Fassbender dans LA scène de confrontation du film, c’était pas gagné d’avance. Et Kate Winslet vieillit hyper bien. Je sais je l’ai déjà dit mais j’ai pas grand chose à dire de plus sur ce prototype du film moyen (« – Alors, Steve Jobs? T’as aimé? – Moyen. ») et elle vieillit VRAIMENT bien. Quant à Michael Fassbender, même avec une sale paire de dad jeans, des runnings moches et un col roulé noir, il reste aussi beau que bon acteur.

Spotlight – critique

Je m’étais dit que je posterai désormais, ne serait-ce que quelques lignes, sur tous les films que je verrai en 2016 mais évidemment, 5 février, j’ai déjà baissé les bras. Jusqu’ici j’ai vu The Hateful Eight, grandiose, Gaz de France, hilarant, Carol, très beau et Encore Heureux, à chier.

Et Spotlight donc. Le film raconte comment des journalistes hyper mal sapés mettent à jour, à force d’acharnement et d’un travail de fourmi, un énorme scandale de pédophilie au sein de l’Eglise catholique à Boston. Leur enquête a duré 12 mois et elle a été récompensée par le prestigieux prix Pulitzer (le film se base sur une histoire vraie).

Spotlight
Une farandole de pantalons à pinces, manches retroussées et couleurs fadasses.

L’enquête est passionnante, le scandale édifiant. Spotlight, le film, fait preuve de la même rigueur que les protagonistes de Spotlight, la division du Boston Globe dévolue aux enquêtes au long cours dont il tire son titre : de la première à la dernière seconde, il ne digresse jamais, reste concentré sur son objectif, de la même manière que Rachel McAdams ou Mark Ruffalo ne semblent vivre que pour leur travail. Leur vie personnelle est à peine dévoilée (McAdams) ou évoquée (Ruffalo). Celle de Michael Keaton restera un mystère entier.

C’est un peu regrettable, on aimerait parfois en savoir davantage sur ses héros de l’ombre mais la fidélité à l’histoire, le respect aussi des victimes, est sans doute à ce prix. Pas de putasserie ou de sensiblerie ici, l’émotion vient uniquement des faits réels, elle n’est jamais mise en scène.
Du coup, forcément, on songe à ces films, typiquement américains, qui retracent eux aussi le combat de journalistes pour faire éclater la vérité, ébranler les institutions, se faire la voix des plus démunis face aux plus puissants (les Hommes du Président, Révélations).

Mais s’il raconte une histoire de 2001, Spotlight a été réalisé en 2015, à une époque où les chaînes infos sont omniprésentes avec leur robinets à news sans aucune hiérarchie, leur zapping permanent et un Internet qui dévoile et nous fait ingurgiter ces mêmes infos en temps direct. Un monde de l’immédiateté, de l’absence de recul et de réflexion, de l’impatience et de la superficialité. Je ne t’apprends rien.

Spotlight raconte donc une histoire survenue dans ce monde d’avant. Un monde dans lequel une enquête pouvait se dérouler sur 12 mois, où il fallait impérativement être à l’heure si on voulait consulter des documents à la bibliothèque, où il fallait photocopier ces mêmes documents, puis les éplucher un par un, à la main, prendre des notes sur un calepin lorsqu’on interrogeait quelqu’un etc etc. Le papier est omniprésent sur les bureaux des journalistes et à l’écran.

Ce monde d’avant Internet nous est signifié via un plan large dévoilant un énorme panneau publicitaire pour AOL, comme un avant-goût de la révolution qui s’apprête à se dérouler. Mais cette révolution a 2 détonateurs nous dit le film, le second étant le 11 septembre 2001. L’évènement, qui nous surprend autant que les protagonistes pour le coup, est hyper bien traité par le réalisateur, Tom Mac Carthy : événement d’importance cruciale pour l’intrigue (il va obliger la section Spotlight à mettre son enquête entre parenthèses pendant quelques temps), il revêt également une grande importance symbolique puisque c’est sans doute le 1er évènement de l’époque moderne qui a été traité par les chaînes info de la manière dont elles traitent aujourd’hui tous les événements. L’année écoulée ne nous l’a que trop démontré.

Spotlight est un film adulte, sérieux, grave même parfois mais jamais pontifiant, jamais donneur de leçons. Il fait juste un constat en rendant hommage à une catégorie d’hommes et de femmes, les journalistes d’investigation, un peu en voie de disparition. Il devrait récolter quelques Oscars et pour une fois, ça sera pas immérité.