This Is Not A Love Song festival 2015 – Nîmes – Jour 3

Un incident technique indépendant de ma volonté m’a empêché d’assister à la majeure partie de cette 3ème journée du festival : alors oui, j’ai raté les Allah-Las, oui, ça me fait vraiment chier, et même plus, donc, tout comme mon rendez-vous manqué avec Teenage Fanclub, je veux plus aborder ce sujet jusqu’à ce que je réussisse à les voir sur scène un jour. Capisce ? OK.

J’attaque avec les Sleaford Mods, sensation punk-hop de l’an dernier.
J’entre dans la grande salle alors que ça a déjà commencé : un laptop, un mec en bermuda-casquette derrière, un micro, un mec au look vaguement Mod en effet qui tourne autour. le 1er lance un beat, le second vocifère dans le micro. Et c’est génial. C’est. Génial. Jason Williamson, vieux routier désabusé du music business complètement reinventé/retrouvé avec ce nouveau projet (il a déjà 45 ans quand même), raconte les quotidiens de merde faits de mauvaise dope, de boulots à la con, de bière tiède, de fish and chips avariés. « This song is about your fockin’ manager. And if you’re a fockin’ manager, then this song is about you, you cheeky cunt. » Ce qui est génial c’est que les mecs ne se la racontent pas : quand je dis que le casquetté lance le beat, c’est qu’il lance le beat et c’est tout. Il fait pas semblant de bidouiller quoi que ce soit, il appuie sur une touche et recule d’un pas, se contentant de hocher la tête, une bière dans la main gauche, la droite dans sa poche. Pendant que l’autre fait le spectacle, postillonnant comme un goret en crachant sa bile. Même pas bourré le mec : il tête avec constance et avidité une bouteille de Cristalline. Fockin genius. Je l’ai toujours été évidemment mais en ce moment, je me sens particulièrement anglophile : ce concert, ce groupe, tombent pile poil au bon moment pour moi.

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Du coup c’était pas prévu mais je rate le début du show d’Unknown Mortal Orchestra. Pas grave, je les ai déjà vus il y a 2 ans en 1ère partie des Flaming Lips à Villette Sonique. Cette fois, pour se rapprocher des textures et arrangements plus complexes du nouvel album, le trio habituel est accompagné d’un claviériste. Bon, c’était très bien encore une fois : souple et funky, hyper coolos sous le soleil de fin de journée. Toujours aussi virtuose, Ruban Nielson semble désireux à la fois d’élaguer son jeu tout en densifiant ses compositions et ça fonctionne remarquablement bien. Toujours aussi fan du batteur, toujours aussi convaincu que le bassiste pourrait virer sans qu’on s’en rende compte. Pas grand chose à ajouter :  le nouvel album est top, ce groupe est top, ce concert était top.

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Note le cadrage extrêmement précis, quasi technique, de cette photo.

Je vais ensuite faire un tour à The Soft Moon. Je connais que de nom, et le peu que j’ai lu à leur sujet laissait présager que c’était pas DU TOUT pour moi. Et de fait, j’ai tenu 2 chansons je crois. Cold-shoegaze-noise, je sais pas comment qualifier ça mais ça me gonfle profondément. Si le reggae n’existait pas déjà, ça serait mon reggae. Ce qui me gonfle encore plus de surcroît, c’est qu’on disqualifie avec dédain des mecs comme les Allah-Las parce qu’ils ne seraient que de vulgaires retro-fétichistes, tout en encensant ce genre de groupe. Alors que la seule différence entre les 2 c’est qu’ils font une fixette sur une période différente. Point barre final à la ligne.

Foxygen sur la grande scène ensuite.
Alors… Premier album, pop sixties meets Beck meets MGMT. Classique instantané. Tchuerie. Deuxième album sorti l’an dernier, port meets nawak meets Todd Rundgren. Et je suis très indulgent : il est quasiment inécoutable. Ratage complet ? Foutage de gueule délibéré ? Crise d’adolescence ? Sans doute un peu les 3 à la fois. Tout ça pour dire que je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre ce soir.
Ils déboulent à 5, sans le chanteur Sam France évidemment, dont on se doute qu’il va se faire mousser au maximum. 5 plus 3 danseuses ! Et ça évidemment c’est très cool parce qu’elles sont quand même un peu coquines les coquines. Ca danse donc lascivement et énergiquement à la fois pendant que le groupe balance un We Are The 21st Century Embassadors of Peace and Magic à rallonge. A rallonge car oui, Sam France se fait bien prier. Il déboule donc après plusieurs minutes sous les vivats du public, nombreux et enthousiaste. Très amaigri, les cheveux décolorés, il ressemble énormément à Christopher Owen, le chanteur de Girls. Et on comprend très vite que Foxygen est là pour assurer un spectacle au sens propre du terme : France en fait des caisses dans son rôle de Jagger 2.0, ça joue des petites saynètes entre les morceaux, les danseuses (qui sont également choristes) assurent le show avec une belle abnégation etc etc. A un moment, faisant mine de s’embrouiller (le groupe est notoirement connu pour ses tournées, disons, chaotiques et Pitchfork avait annoncé l’an dernier qu’il avait splitté, information uniquement démentie par l’annonce surprise du nouvel album), tout le monde quitte carrément la scène pendant de longues minutes, pendant que la sono balance un grésillant San Francisco, leur chanson la plus connue. Qu’ils ne joueront donc pas ce soir en live.
Beaucoup dans le public, sans doute lassés par tant d’hystérie et de cabotinage (Sam France en fait VRAIMENT des caisses, il bouge et saute partout, tout le temps), reculent pour peut-être carrément aller voir ailleurs s’ils n’y sont pas : je comprends. Mais moi ça m’a beaucoup plu : déjà le groupe a l’intelligence de se concentrer sur les chansons de son 1er album; il ne garde ensuite du second que les plus abouties, les rendant encore plus classiques dans leur version live, se rapprochant alors d’un mélange entre les Stones de Black and Blue et le Todd Rundgren de Something/Anything; et puis surtout, je trouve ça mignon cette naïveté, ce désir de proposer un spectacle total, de jouer la carte d’un certain glamour décadent, très hollywoodien. C’est peut-être pas toujours réussi, voire c’est souvent maladroit mais c’est fait avec enthousiasme et sincérité, ça me touche. Le dernier morceau, Everyone Needs Love, est sublime pour les mêmes raisons : un peu naïf, très sincère, beaucoup Rundgren, bien interprété / joué, je ne peux qu’adhérer.
« Everyone needs love / we can make it together », vous avez bien raison les jeunes !

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Donc voilà, ça s’est un peu terminé en eau de boudin en ce qui me concerne, plus tôt que prévu en tout cas.

Pas d’interviews finalement, j’ai pas pu avoir ce que je voulais et pour les autres, ça s’est mal goupillé. Ca n’est que partie (Grande) remise. Pouf pouf.

Pas de concerts gratuits non plus ie, les concerts de l’après-midi (le samedi et dimanche, les portes ouvraient à 14h) pour des raisons d’organisation personnelle également. Je jetterai néanmoins une oreille à Johnny Hawaii, Appletop et Only Real qui m’intriguaient pas mal.

Et puis c’est vrai, même si c’est la règle du jeu de toutes les manifestations culturelles de ce type et qu’on le sait pertinemment, on a parfois la sensation de se trouver dans la position du gamin dans la confiserie comme disent les anglo-saxons, ou d’adopter une attitude un peu consumériste pour adopter une tournure nettement plus négative : on veut tout voir, se gaver au maximum de musique, on court d’une scène à l’autre toute la journée de peur de manquer quelque chose d’important (en tout cas, je fonctionne comme ça mais je suis peut-être minoritaire, je ne sais pas).
Et le lieu s’y prête merveilleusement : Tinals, malgré son évolution et sa « progression » (sur le plan quantitatif, fréquentation et nombre de groupes/concerts) reste un festival à taille humaine, artisanal et ses 4 scènes sont réunies dans un périmètre réduit. C’est évidemment très appréciable. Mais je pense que l’année prochaine, je ferai le choix de choisir justement, et de voir moins de concerts peut-être, mais de les voir mieux.

Parce que oui, même si j’ai globalement été moins enthousiasmé par les prestations de cette édition que par celles de l’année dernière, un tel lieu, une telle organisation, une telle programmation, c’est absolument immanquable. Rendez-vous en 2016 donc !

Top albums 2013 – 2ème partie

Le haut du panier donc, nous y voilà.
Dix albums pas forcément meilleurs que ceux qui les précédent mais ce sont ceux que j’ai le plus écouté cette année, et du coup j’en ai déduit que ce sont ceux que je préfère.
En toute simplicité.

#10 Jonathan Wilson – Fanfare

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C’est compliqué… C’est compliqué parce que « objectivement », c’est un album très impressionnant. Mais je reste un peu sur ma faim. Je m’explique : sur Gentle Spirit, son précédent, on entendait une voix à la fois familière (le folk rock californien du début des années 70) et singulière (influences de Pink Floyd, très inattendues dans ce contexte). Sur Fanfare, Jonathan Wilson s’est fait plaisir et a sans doute enregistré l’album dont il rêvait depuis longtemps : invités prestigieux, arrangements opulents. Il se révèle à bientôt 40 ans donc on ne lui en veut pas trop d’avoir cédé à ce genre de tentation. D’autant que son talent est intact. Mais je le préfère quand il ne fait « que » du Jonathan Wilson, quand il poursuit la voie qu’il s’est tracé tout seul, un peu trop rarement ici donc, et pas de la resucée (un coup Dennis Wilson, un coup CSNY etc.), aussi bluffante soit-elle. Ceci dit, encore une fois, c’est régulièrement grandiose et certains passages m’emportent complètement : un genre de fantasme musical devenu réalité.

#9 Sébastien Tellier – Confection

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Je suis un grand défenseur de My God Is Blue, dont le seul défaut était finalement de davantage relever de la performance globale et pas seulement musicale. Un disque et un geste incompris. Je regrette donc un peu que Tellier ait en quelque sorte remis les pendules à l’heure à peine un an après avec cet album qui ressemble à du Tellier et qui a rassuré celles et ceux qu’il avait perdus en route. Mais évidemment si on juge cet album hors contexte, uniquement pour ce qu’il est, on tient une pure merveille de pop orchestrale vintage, élégante et mélancolique. Une bande-originale imaginaire qui ferait se croiser le Polnareff de la Folie des grandeurs et François de Roubaix.

#8 Kelley Stoltz – Double exposure

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Ca fait plus de 10 ans que ce mec sort des disques de pure pop impeccables, voire parfois géniaux (Circular Sounds) ça fait plus de 10 ans que je le dis, maintenant c’est foutu, c’est trop tard pour lui malgré la reconnaissance que les groupe garage de San Francisco (notamment les Thee Oh Sees) essaient de lui conférer. Il souffre du syndrome Super Furry Animals : albums essentiels mais allure quelconque et pochettes à chier.  Moi-même j’ai plus envie de batailler. Triste.

#7 Unknown Mortal Orchestra – II

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En studio, le groupe bénéficie d’une production très langoureuse (notamment dans le traitement de la voix) qui sied à merveille à son psychédélisme sexy. Ruban Neilson, guitariste de l’année. J’adore la pochette par ailleurs, peut-être même mon top 1 pochettes 2013.

#6 Kurt Vile – Wakin on a pretty daze

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J’en ai parlé très récemment, j’insiste pas.

#5 MGMT

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Finalement, la « grande tendance de ses dernières années » comme on dit à l’heure des bilans dans les Inrocks et Hot Video, c’est le psychédélisme. Tame Impala l’an dernier, les Flaming Lips tout le temps depuis 15 ans, Kurt Vile ou Unknown Mortal Orchestra dans des styles bien différents cette année… Sous toutes ses formes, le psychédélisme irrigue la musique de jeunes. MGMT fait partie des champions incontestables et incontestés de sa forme la plus littérale et frontale. L’a un peu chuté quand même cet album, je le voyais plus haut à sa sortie…

#4 She & Him – Volume 3

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Pochette un peu décevante, il faut dire ce qui est…

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Là, ça va mieux.
Plus sérieusement, sur le créneau rétro pop, difficile de faire mieux à l’heure actuelle. Sérieux ! Qui d’autre hein? Qui?!?! Non mais sans déconner, I mean it.
Oh et puis merde : c’est MON top, avec MES goûts à MOI et MES disques préférés de l’année, je fais ce que veux.

#3 Foxygen – We Are the 21st Century Ambassadors of Peace and Magic

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Le disque le plus granderemisesque de 2013, après le number 1 bien sûr. Un feu de paille sans doute (le groupe existe-t-il encore seulement ? D’ailleurs je crois qu’ils vendent déjà des t-shirts « Foxygen is dead » ces petits branleurs) mais c’est pas grave : la (sunshine)pop 60s canonique et savamment débraillée, classieuse mais toujours canaille, c’est ici qu’on la trouvait cette année. San Francisco, chanson la plus charmante de l’année. No Destruction, meilleure chanson des Stones depuis 40 ans. Marrant ce clip d’ailleurs, avec des images d’archives des membres du groupe quand ils étaient petits. Il y a 5 ans donc.

#2 Daft Punk – Random Access Memories

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L’équivalent discographique d’un Superman ou Transformers réalisé par Stanley Kubrick ou David Lynch. Soit un disque immensément spectaculaire mais jamais putassier, grand public mais toujours exigeant. Un DPP (Disque Pop Parfait) qui écrase la concurrence de manière évidente. Tout est parfait dans Random Access Memory :  la pochette, les clips, la communication. Depuis quand la planète entière ne s’était pas excitée comme ça pour un disque? Pour une chanson ? Car au final, ce disque replace la musique et la musique seule comme élèment essentiel, au coeur de tout le bordel. Derrière là débauche de moyens, derrière le savoir-faire, derrière le défilé de guests tous plus classe les uns que les autres, c’est très humble et émouvant je trouve. Ah ils sont forts les cons…

Mais ce top est évidemment un top très subjectif et le disque le plus Grande remise de 2013, c’est de loin

#1 Chateau Marmont – The Maze

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Encore une magnifique pochette. Cette année était décidément de fort belle facture de ce côté là. Oui, de fort belle facture.
Chateau Marmont, grosse affaire voyons !  Ah ils m’auront fait poireauter les salauds :  ça n’est pas seulement l’un des albums que j’attendais le plus cette année, c’est l’un des albums que j’attendais le plus ces dernières années. Je commençais à désespérer. Leurs premiers morceaux ont en effet été publiés en 2009 et le groupe a été fondé en 2005 !
Ils ont pas chomé entre temps (le curieux album d’Alizée notamment, réalisé en partenariat avec Rob, un de leurs modèles) mais cette attente leur a indéniablement porté préjudice :  ils passent désormais pour de vulgaires suiveurs (Air, Phoenix) alors qu’ils sont évidemment bien plus que ça.
Mais bordel ça valait le coup d’attendre en tout cas. The Maze est un disque monstrueux, hors-normes, un véritable dédale en effet qui fait se croiser brillamment et harmonieusement prog-rock, retro-futurisme 70s, soft rock, variété française (subliiiiiiiiime Affaire Classée aux accents Pull Marine, chantée par la non moins sublime Alka Balbir dont j’ai appris il y a peu qu’elle était avec Gaspar de Justice ah putain ils ont tout pour eux ces branleurs), electro pop, pop tout court. Ca démarre fort, ça faiblit jamais et ça finit encore plus fort, dans les étoiles, ou dans le cortex, on sait plus très bien :  la marque des grands. Et puis les mecs ont de bonnes têtes de barbus à la coule, ils ont l’air chouettes, ils sont passionnants en interview. Et ils sont tarbais à la base nom de Dieu. TARBAIS.
Maintenant ce qui serait bien ça serait de :
1 reprogrammer le concert toulousain
2 ne pas attendre 12 ans avant de sortir un deuxième album
3 ne pas à nouveau le sortir quasiment en même temps que le Phoenix et le Daft Punk

Crane Angels / Unknown Mortal Orchestra / Flaming Lips – Festival La Villette Sonique, Paris

Je découvrais le Parc de la Villette, le lieu m’a paru fort agréable et sympathique, quoiqu’un peu frisquet en ce qui concerne la Grande Halle. La température est graduellement montée, de même que l’ambiance même si, encore une fois, j’ai envie de pointer du doigt la relative froideur du public parisien (tu me vois pas mais j’ai le doigt pointé et le sourcil contrarié là).

Ouverture de la soirée par les bordelais de Crane Angels.

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Je ne les connaissais pas. Je n’ai appris que la veille qu’ils seraient de la partie, je n’ai pas eu le temps d’écouter. Juste lu la chronique de Magic qui parle d’une sorte de Polyphonic Spree en plus âpre. Visiblement le mec ne s’était pas donné la peine d’écouter l’album avant d’en parler parce que rien à voir. Ou alors, s’il suffit d’être plus de 4 sur scène pour évoquer Polyphonic Spree, ok (ils étaient 9). Bon, on s’en fout, je vais pas pinailler là-dessus, c’était mauvais, c’est tout ce qu’il y a à savoir.  Pas en place, bordélique, compositions moyenasses… Mauvais. Hé les mecs, faut bosser un peu hein. Surtout quand on veut jouer les branlotins entre les morceaux. C’est quand même la base ça, merde.

Les choses sérieuses commencent avec Unknown Mortal Orchestra.

Unknown Mortal Orchestra
II (quelle magnifique pochette n’est-ce pas ?) fait partie de mes favoris de l’année en cours, un prétendant sérieux au top 10, voire plus, et leur présence en 1ère partie des Lips a fini de me motiver pour assister à ce concert. Pour situer, si tu ne les connais pas, ils sont un peu à Jimi Hendrix ce que Tame Impala est aux Beatles : une sorte d’émanation à la fois ultra-référentielle et douée de vie propre. C’est déjà relativement évident sur disque, où leur psychédélisme rock affleure même sur les morceaux les plus écrits. UMO crée une musique incroyablement funky au sens « je vais te faire bouger ton p’tit cul » et « je vais te faire le cul » à la fois. Dansant ET sexy donc. Exemple type avec l’un des tubes de l’année, featuring le grand Christopher « Mac Lovin » Mintz-Plasse.

Le parallèle avec Tame Impala devient carrément flagrant sur scène, où les morceaux d’UMO, même les plus calmes, s’étirent en longues jams acides au cours desquelles la guitare de Ruban Nielson s’en donne à cœur joie. Ca peut paraitre chiant comme ça mais c’est tout le contraire : Nielson est un guitariste extrêmement inventif, au style unique (actuellement en tout cas) qui ne se laisse jamais emporter par ses capacités techniques très au-dessus de la moyenne (euphémisme). Pareil pour le batteur, parfait de A à Z. Le bassiste on s’en fout (look vaguement skateur pas très raccord avec les 2 autres d’ailleurs), à tel point qu’on se dit parfois que le groupe fonctionnerait parfaitement en duo guitare-batterie. Bon, c’était bieng, très bieng même. Un peu frustré qu’au final ils aient joué à peine plus longtemps que les branleurs qui les précédaient mais c’était super.

Place aux Flaming Lips donc.

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Comment ne pas aimer ce groupe ? Comment ne pas aimer Wayne Coyne surtout, sa dinguerie totale, son enthousiasme débordant, sa voix ? On parle quand même là d’un type qui vit dans cette baraque et qui poste régulièrement sur son compte Twitter des photos de lui et/ou de sa femme à poil. J’aime bien cet épisode là aussi. Et je ne parle même pas des projets les plus fous du groupe, la liste serait trop longue. Je ne placerais pas les Lips dans mon panthéon des groupes contemporains (encore que…) mais c’est un groupe que j’aime beaucoup et que j’admire surtout pour son parcours, son exigence, sa créativité. L’exemple-type du groupe dont tu es ravi qu’il récolte un jour une reconnaissance populaire.

Gros point d’interrogation avant le concert : que vont-ils jouer ? Un best of euphorisant avec ballons, confettis et déguisements ? Une jam inaudible de 3h ? Leur dernier album en intégralité (je penchais un peu pour cette éventualité) ?
En tout cas, la mise en place d’éléments scéniques relativement complexes et élaborés laissent peu de doute quant à la création d’un gros dispositif et d’un show au sens propre du terme. J’ai un sens visuel horrible et des capacités descriptives proches du néant, je me contenterai donc de dire qu’il s’agissait là, en termes purement plastiques et sensoriels, du concert le plus impressionnant et stimulant auquel j’ai pu assister (et c’est un gars qui a vu le Roi Soleil de Monsieur Kamel Ouali qui le dit, autant que tu saches que je plaisante pas). Un déluge de projections visuelles hautement lysergiques, de spots clignotants, de néons et lasers qui collait parfaitement, et ne nuisait jamais, à la musique. Une petite photo pour donner une vague idée de ce que à quoi ça ressemblait (avec notamment les grosses boules métalliques qui m’ont fait penser à Kusama)

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La setlist a savamment mélangé des titres de tous leurs derniers albums (à l’exception d’Embryonic), avec, c’est logique, une majorité de titres du dernier, le si bien nommé The Terror (sublime pochette pinkfloydienne là encore). Surprenant a priori mais très logique là aussi au bout du compte.

Quelle est la grande trouvaille du groupe depuis The Soft Bulletin, l’album qui l’a fait accéder au rang de ceux qui comptent ? C’est selon moi d’avoir réussi à s’approprier des concepts aussi lourds que l’Amour, la Vie, la Mort dans ce qu’ils ont de plus essentiels et viscéraux (la beauté du visage de l’être aimé, la peur de le perdre, le miracle permanent de la Vie) et de l’avoir fait de la manière la plus pure, innocente et belle, qui soit. C’est ce qui fait de Do You Realize ?? leur hymne absolu, la quintessence de leur art pour cette période et une des plus belles chansons jamais écrites (Do you realize / That everyone/ You know/ Someday/ Will Die ?/ And instead of saying all of your goodbyes/ Let them know you realize that life goes fast/ It’s hard to make the good things last/ You realize the sun doesn’t go down / It’s just an illusion caused/ By the world/ Spinning round/ Dooooooooooooooo Youuuuuuuuuuuuu realiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiize ooooooooooooooh oooooooooooh ooooooooooh, ça y est je suis parti).
Parvenir à jongler avec ces concepts sans jamais être niais, pompeux, prétentieux mais au contraire frais, juste et profondément émouvant est absolument miraculeux. Dernière parenthèse, ma préférée dans ce registre est My Cosmic Autumn Rebellion, dans le top 3 des chansons-qui-me-laissent-la-gorge-serrée-à-tous-les-coups.

Or sur le dernier album, The Terror donc, ce sont les mêmes thématiques que le groupe aborde mais en allant cette fois à fond dans le côté obscur de l’angoisse (celui qui crée une peur panique, une terror) et non sur son versant lumineux (celui qui insuffle la pulsion de vie). Tout n’est donc qu’affaire d’ajustement pour faire se rejoindre 2 univers apparemment éloignés qui ne sont en fait que les 2 faces de la même pièce. Je m’arrête là je crois que t’as compris.

Setlist surprenante mais parfaite donc et lightshow époustouflant, qui convoquait plus que jamais les qualificatifs de « psychédélique », « psychotrope », « lysergique » souvent appliqués au groupe. En guise de cerise sur le gâteau, une reprise inattendue, WTF et émouvante, totalement Flaming Lips donc, du Heroes de Bowie (« that song makes you feel good, right ? » dira Wayne Coyne à son issue).

Ajoute à ça quelques interventions attendues mais toujours croustillantes du beau grisonnant aux frisettes (évidemment ravi d’avoir appris qu’il jouait ce soir-là dans d’anciens abattoirs) et tu comprendras que j’ai passé une bien belle soirée.

Demain, compte-rendu du concert toulousain de King Tuff !

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