Le Grand bain – critique

C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie… (Allociné)

Plus d’1,5 millions d’entrées en 1ère semaine, ça faisait bien longtemps que c’était pas arrivé pour un film français. Et c’est donc sur Le Grand bain que c’est tombé. Enfin, « tombé »: c’est pas vraiment une surprise car si j’ai bien compris (je ne regarde que le sport et quelques films à la télé) mais c’est pas bien difficile à concevoir, l’équipe du film a squatté les plateaux de Laurent Delahousse, Yann Barthes et autres durant les jours voire semaines précédant sa sortie. Mais une promo en béton et le bourrage de crâne ne suffisent pas (ou plus) à garantir la venue des spectateurs en salle. Le Grand bain a également bénéficié d’un savant travail de teasing depuis plusieurs mois. A cela s’ajoute un accueil critique plutôt favorable, y compris dans des pages qui auraient dû le snober.

Et donc ? Et bah je dirais que si le succès s’explique aisément (facteurs suscités), il n’en est pas moins mérité. OK, Le Grand bain n’est pas la comédie de l’année (Guy et En liberté ! sont des candidats autrement plus consistants) mais c’est un film sympathique, voire attachant et plus subtil qu’il n’y paraît. Que ce film là remplisse les salles là où auparavant il fallait se cogner Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu?, La famille Bélier ou une danyboonerie de merde, ça fait plaisir.

Je me souviens de la 1ère fois où j’ai entendu Comme Jeannie Longo de Katerine un soir de 1992 chez Bernard Lenoir sur France Inter. Quelle trajectoire…

Déjà, même si ça peut paraître paradoxal au vu du casting cérémonie-des-Césars-ils-sont-venus-ils-sont-tous-là et de la promo maousse donc, il faut saluer une certaine humilité liminaire de la part de Gilles Lellouche : il est ici réalisateur, co-auteur du scénario, auteur des dialogues… mais « c’est tout »: il a eu la modestie de ne pas se caster, pas même un cameo, rien. Ca peut paraître anecdotique mais pour un acteur (populaire qui plus est, et dans la force de l’âge si on peut dire) qui passe derrière la caméra pour la 1ère fois, c’est plutôt rare. Voire extrêmement rare : il faudrait vérifier mais je n’ai pas d’exemple qui me vienne spontanément.

Ca ne l’empêche pas d’être ambitieux : c’est ce qu’on lit et entend partout, Le Grand bain essaie de réconcilier le cinéma populaire et le cinéma d’auteur. Lellouche n’est évidemment pas le premier à tenter le crossover ultime mais c’est de plus en plus rare là aussi, et de moins en moins réussi (c’était quand la dernière fois ?). Surtout, et c’est en partie ce qui rend Le Grand bain intéressant selon moi, cette volonté semble avoir présidé aux décisions les plus visibles, comme si la victoire de l’une des 2 chapelles devait aussitôt être compensée par un succès du camp d’en face.

Almaric aura le premier rôle ? OK, on prend aussi Poelvoorde. Philippe Katerine dans un film grand public, plutôt risqué non? En effet, on va aussi prendre Guillaume Canet. Le Grand bain, un Full Monty à la française, un vrai feelgood movie ? Oui, peut-être mais les héros se coltinent tous une dépression carabinée, et on ne rit pas tant que ça au final. Etc etc, jusqu’à la bande originale : premier morceau entendu, le Marquee Moon de Television (merde, dans une comédie française grand public ! On entend d’ailleurs le morceau à 2 reprises), suivi du Everybody Wants to Rule the World de Tears for Fears. On entendra également le génial Half full glass of wine de Tame Impala, et c’est l’élégant et excellent Jon Brion qui a composé la bande originale (Jon Brion! Pour une comédie française grand public!)… Mais 2 scènes importantes se jouent sur du Phil Collins ou du Imagination.

Attention: Lellouche ne dit pas que tout se vaut, il ne mélange pas tout en dépit du bon sens. En revanche, il y a chez lui la volonté, sincère semble-t-il, d’abattre certaines barrières du bon goût, de partager des références nobles et d’autres censées l’être un peu moins, et de les faire se rejoindre et dialoguer dans un même mouvement généreux. J’insiste mais donner le premier rôle à Mathieu Amalric dans ce genre de film, c’est dire quelque part que Desplechin et Podium peuvent co-exister sans que ça soit une aberration.

Tout n’est pas parfait pour autant : acteur, Gilles Lellouche joue souvent les mecs un peu lourds, un peu grande gueule, et ça ne vient peut-être pas de nulle part. Comprendre: il doit réellement être un peu bourrin, ce qui expliquerait sa tendance à un peu trop charger la mule dans un versant (comédie), comme dans l’autre (le drame). Dans le premier, il fait surjouer à Katerine le rôle du freak de service, du type lunaire aux réactions imprévisibles. Son écriture est parfois un peu prévisible aussi (le personnage du beauf interprété par Jonathan Zaccaï, hyper cliché), ou tout simplement pas drôle (le gag de l’arnaque à l’assurance montée par Poelvoorde, qui tombe lamentablement à plat, et l’arnaque, et le gag; ou le coup du hold up au supermarché). Dans l’aspect dramatique, certains détails paraissent superflus (non content de se faire larguer par sa femme, Guillaume Canet se voit affublé d’une mère… atteinte du syndrôme de la Tourette? On ne sait pas très bien mais ça fait partie des scènes un peu embarrassantes).

C’est d’autant plus dommage car Le Grand bain fait rire certes, mais il dégage également une vraie mélancolie, et une vraie compassion pour des personnages en marge, malheureux, dépressifs donc, qu’il regarde toujours avec bienveillance.
Au final, malgré les lourdeurs ou les maladresses, c’est ce que je retiendrai: un film humble, sincère, touchant, attachant même, qui dans sa catégorie (la comédie française populaire), m’a bien plus convaincu que le volontariste et macroniste Le Sens de la fête.
Un film au message simple, voire simpliste peut-être diront certains (nul homme n’est une île, « on a tous besoin d’une médaille » comme l’énonce à un moment le personnage interprété par Virginie Efira etc.) mais c’est réconfortant, en 2018, dans la France de Macron, de voir un film qui au fond, dit posément qu’on a tous le droit d’avoir des passages à vide et qui ne juge pas les faiblesses de ses personnages. C’est simple, voire simpliste peut-être mais ça n’est pas si fréquent que ça.

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Top 2014 – cinéma – j’ai aimé – 2ème partie

1ère partie de mes « j’ai aimé » ici

23. Arrête ou je continue

C’est un beau film, beau et dur à la fois, sur la fin d’un couple qu’on imagine, où plutôt dont on imagine, que son entourage le jugeait indestructible. La réalisatrice, Sophie Fillières, vise toujours juste, que ça soit dans les scènes de couple justement ou les scènes où chacun se retrouve de son côté. Mais de toutes façons la partie était gagnée dès le choix des comédiens : non seulement les acteurs les plus emblématiques de la QFA (Qualité Française Auteuriste) mais surtout les inoubliables Esther et Paul d’Arnaud Desplechin dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle). Difficile de ne pas y penser, et de ne pas être ému, en voyant Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric évoluer à nouveau ensemble 20 ans plus tard.

Le tournant du match
Le tournant du match


22. Abus de faiblesse

Pas le meilleur Breillat, loin s’en faut mais cette histoire vraie (ou plutôt vécue par la réalisatrice) me fascine assez et j’ai beaucoup de sympathie pour Kool Shen (alors que Joey Starr et sa nouvelle respectabilité cinématographique me débectent). Ici.

 

21. Tristesse club

Ca aurait sans doute pu être encore mieux mais en l’état c’est déjà très chouette. Ici.

 

20. La prochaine fois je viserai le coeur

Trop froid pour prétendre à davantage mais impressionnant à tous les niveaux. Ici.

 

19. La ritournelle

Voilà le prototype même du film QFA (Qualité Française Auteuriste) parfois connu sous l’appellation jumelle de FT (Film Télérama). Soit un réalisateur « indé » ou auteur donc (Marc Fitoussi) qui, après des débuts à la marge, s’embourgeoise au fil de ses nouveaux projets pour finir par pondre ce genre de comédie du remariage proto-pantouflarde, starring 2 comédiens bien établis et reconnus, 2 comédiens bourgeois (Isabelle Huppert et Jean Pierre Darroussin). Tout pour se faire dézinguer donc mais c’est fait avec extrêmement de pudeur, de justesse, de tendresse et d’intelligence. Et Isabelle Huppert m’y a rappelé pourquoi elle a longtemps été un de mes crush :  je l’ai trouvé à croquer. Bim. Prend cet argument dans ta gueule la critique cinématographique.

En plus elle a une garde robe im-pe-cca-ble <3
En plus elle a une garde robe im-pe-cca-ble ❤


18. Hippocrate

Le FT se démarque du film QFA (voir ci-dessus) en cela qu’il est enrobé d’un vernis sociologisant ou d’une conscience sociale, appelle ça comme tu veux (Ken Loach est ainsi, et sans surprise, le Dieu du FT). Ici, le quotidien des urgences d’un grand hôpital parisien. J’ai en général horreur des FT mais comme tu le sais, j’ai cette énorme qualité (entre autres) de perpétuellement me remettre en cause, d’être prêt à ébranler mes certitudes, à foutre en l’air mes a priori : Hippocrate est un film qui évite tous les écueils (de la sensiblerie ou, à l’opposé, du cynisme ou de l’humour noir forcené) avec un certain brio et en tout cas beaucoup d’intelligence. C’est bien fait, c’est drôle, c’est émouvant, c’est édifiant : aucune raison de bouder son plaisir.

 

17. Night Moves

Je lui préfère sans doute La dernière piste mais c’est quand même sacrément bien fichu. J’ai eu peur qu’à un moment le « message » (sur l’engagement radical, ses implications et ses possibles conséquences) prenne le pas sur le cinéma mais non. Brillant.

Ils sont forts ces ricains : même leurs crevards sont plus cools que les notres.
Ils sont forts ces ricains : même leurs crevards sont plus cools que les nôtres.


16. Edge of tomorrow

Là aussi, ça aurait pu être encore mieux, ça aurait même pu être un chef d’oeuvre (ça se contente de les citer en référence) mais quel pied ! Ici.

 

15. Bird People

Alors là… LE film casse-gueule par excellence, qui essaie non seulement de capter « l’air du temps » (les portables, Skype, les business travel à travers le monde, les aéroports, les lecteurs MP3 et autres vecteurs de notre ultra-moderne solitude), devenant de fait et illico totalement démodé  mais il ose en son milieu un twist scénaristique d’un culot assez incroyable (je comprends tout à fait qu’on trouve ça ridicule, risible, grotesque, que sais-je encore). Chez moi les 2 volets ont parfaitement fonctionné : la peinture de ce personnage et de cette société modernes trop modernes et, dans sa 2ème partie, de ce besoin naïf peut-être, d’un espace de liberté hors de toutes contingences matérielles et prosaïques. C’est en outre un film qu’on n’attendait certainement pas de la part d’une cinéaste telle que Pascale Ferran, ça me rend le film d’autant plus estimable. Enfin, et là c’est très perso, j’adore les films qui se déroulent dans ces lieux de transit que sont les hôtels, les aéroports, les gares etc (j’adore d’ailleurs ces lieux tout court :  rien ne me satisfait davantage qu’une nuit à l’hôtel après un long voyage en train par exemple). Second bonus « petit chou » de mon top pour Anaïs Demoustier après Situation amoureuse : c’est compliqué.

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Toute légende est un risque de spoiler, je ne dirai donc rien.


14. Jersey Boys

Ca commence comme les Affranchis, petites frappes italo-américaines un peu lose, un peu attachantes. Ca ronronne gentiment, c’est pas désagréable, c’est même plutôt bien fichu mais on se demande à quoi ça sert au fond puisqu’on déjà vu ce film ou ce téléfilm 100 fois. On se demande si Eastwood n’avait que ça à foutre, s’il aurait pas du arrêter il y a longtemps. Et puis à un moment (impossible de dire quand : ce moment n’a aucune réalité tangible dans le film, il a l’élégance de ne jamais être désigné puisqu’il dépendra de tout un chacun. Il arrive juste à un moment ou un autre), on se dit que merde, c’est quoi ce film, j’ai jamais vu ça, jamais vu cette histoire traitée comme ça : exit donc les habituelles séquences d’euphorie absolue (lorsque le groupe rencontre le succès) ou de déchéance totale (lorsque le groupe commence à sentir la lose), puisque tout est traité sur le même mode, tranquille, mélancolique, résigné même. Chronique d’une histoire foutue d’avance pour cause d’amitié foireuse et de loyauté, Jersey Boys impose sans forcer sa petite musique douce-amère, happy-sad. Il n’y avait sans doute qu’Eastwood pour raconter cette histoire de cette manière. C’est à ce moment-là, encore, que je me souviens qu’il est l’un de mes héros absolus.

Frankie Valli and the Four Seasons
Frankie Valli and the Four Seasons


13. Under the Skin

Là aussi, comme pour Bird People, je comprendrais qu’on balaie ça d’un revers de la main : c’est l’exemple même du film « ça passe ou ça casse » même s’il est, au fond, un peu tiède, pas suffisamment expérimental ni radical pour véritablement imposer le respect et pas très finaud lorsqu’il essaie de dire quelque chose. Mais son ambiance oppressante a parfaitement fonctionné sur moi (c’est un film où, paradoxalement, je me suis senti « bien », comprendre parfaitement à l’aise) et certaines séquences, très belles et impressionnantes sur un pur plan esthétique et plastique, impressionnent justement, durablement la rétine. Et puis Scarlett évidemment, seul et unique choix possible à l’heure actuelle dans ce rôle.

Bonjour Madame.
Bonjour Madame.


12. La grande aventure Lego

Tout le monde te dit que c’est super mais à toi on te la fait pas alors tu le regardes pas, t’es pas comme tout le monde, tu vas pas te faire avoir toi, « mais siiiiiiiiiiiiiiiii c’est vraiment super (lol) ! » alors ok ok, tu vas le regarder, ok mais bon,, tu parles, c’est pas possible que TOUT LE MONDE trouve ça super sans déconner, y a un problème quelque part, c’est sûr, mais bon, ok, tu finis par le regarder et là tu trouves ça tellement super et euphorisant que tu penses même plus à te trouver con d’avoir pu douter aussi fort. C’est super quoi. « SPACESHIP!!! »

Super.
Super.


11. Le vent se lève

Un très beau film. Un peu trop « dur » pour moi peut-être… Ici.

Top 2014 – cinéma – j’ai aimé – 1ère partie

J’ai aimé nettement plus de films en fait. Numbers don’t lie (37 vs. 14). Et après on dit que je suis méchant, aigri et j’en passe. C’est vous les méchants. Vous, les ronds de cuir.

Ici donc, des films parfois plus mauvais que ceux de mon billet précédent mais que j’ai aimés. A l’inverse, certains sont peut-être meilleurs que ceux de mont top 10 mais je les ai « juste » aimés.
Je découpe en 2 parties sinon ça va faire un gros pavé indigeste. Comme ça ça fera 2 petits pavés indigestes. Plus le top 10.

37. Fiston

Mauvais bien sûr (Kev Adams + Frank Dubosc, un genre de cauchemar absolu) mais pas catastrophique. Disons qu’y a 2-3 vannes… Disons que j’étais bien luné… Disons que jesuistropbonclientpourcegenredefilms. A noter Helena Noguerra dans un rôle de pure MILF, preuve que le temps passe pour tout le monde.

 

36. Prêt à tout

Je garde un très bon souvenir des Gamins, le « premier » film de Max Boublil. J’étais donc relativement motivé (au sens où j’avais davantage envie de le voir que, mettons, Winter Sleep). C’est pas nul mais c’est beaucoup plus sage, avec des situations, des gags plus convenus et traités de manière nettement moins audacieuse. Y a de bons passages quand même, c’est sympathique. Je dis toujours la même chose, d’ailleurs je l’ai redit pas plus tard que juste au-dessus mais c’est tellement ça que je vais le reredire encore une fois : je suis trop bon client pour ce genre de films.

Sooouuuuuuuuuuuuus le sol-ei-ei-ei-ei-ei-eil
Sooouuuuuuuuuuuuus le sol-ei-ei-ei-ei-ei-eil


35. Le crocodile du Botswanga

Bah ouais : vu un peu en désespoir de cause sur la foi d’un simili pseudo avis vaguement positif et en fait je me suis bien marré. N’Gijol, que je trouve médiocre en stand up, a quand même un abattage assez formidable dans son rôle de dictateur de république bananière. Nan sérieux, c’est pas mal…

 

34. Fast Life

Et du coup je suis allé voir son film à lui (à Thomas N’Gijol). C’est pas un « bon » film non plus évidemment mais ça se démarque clairement des comédies que le cinéma français nous pond au kilomètre (et dont je suis parfois client, voir ci-dessus mais c’est pas le problème). N’Gijol a une grosse qualité selon moi, LA qualité essentielle à un bon comique même: il n’a pas peur du ridicule, ni d’endosser le mauvais rôle. Pas dans une posture auto-dépréciative « sacrificielle » et narcissique qui créerait l’empathie : non, ici il joue un vrai connard, irrécupérable. Ca me fait penser à ces mots très justes du grand Chris Esquerre qui disait que la majorité des comiques français se donnaient toujours le beau rôle au fond, ne voulaient pas passer pour des blaireaux, qu’ils se prenaient pour des rocks stars alors que l’essence même du comique, c’est le ridicule (et ne pas en avoir peur donc). Eh bien Thomas N’Gijol a au moins ce mérite de pratiquer son art sans se brosser ni lui ni son public dans le sens du poil pour s’attirer ses faveurs (au public). Je me suis perdu dans cette dernière phrase.

Là pour le coup il est pas mal Olivier Marchal
Là pour le coup il est pas mal Olivier Marchal

 

33. Dragons 2

Très fan du 1er, que j’ai d’ailleurs revu avec grand plaisir. Celui-ci tombe dans le piège classique des suites en rajoutant beaucoup trop de tout : de spectaculaire, de personnages, de blagues, de sentiments et enfin de minutes (une grosse vingtaine à sabrer ici). A mi-parcours néanmoins, il se passe un truc assez étonnant (que je ne dévoilerai évidemment pas) et consécutivement, le traitement appliqué à la description du couple et de la cellule familiale prouve que les auteurs sont quand même un peu au-dessus de la mêlée. Visuellement et plastiquement, c’est une merveille.

 

32. Des lendemains qui chantent

Très sympathique ce film. Ici.

 

31. Situation amoureuse : c’est compliqué

J’ai dit et redit tout le bien que je pensais, que je pense toujours d’ailleurs, de Radiostars, petit jalon de la neo-comédie française. On a ici affaire à la même équipe, à la différence que Romain Lévy, son réalisateur, se contente de l’écriture et d’un bref second rôle, Manu Payet assumant un vrai premier rôle (Radiostars était un film de bande) ainsi que la réalisation. Et c’est vraiment pas mal. Moins potache, plus mélancolique, avec de vrais bons passages de comédie et de « romance » à la fois. Et surtout, surtout, le génial Jean-François Cayret (le mec qui veut être surclassé dans la pub Volkswagen) dans un rôle bien écrit à la base mais dans lequel il crève l’écran.

 

30. Sin City 2

Pas du tout envie de le voir à la base et puis je l’ai chopé un peu par hasard et finalement j’ai passé un très bon moment. Une pure série B, ni plus ni moins, qui connait ses limites mais remplit parfaitement son cahier des charges. Eva Green y est biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip, ce qui ne gâche rien.

Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip
Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip

 

29. Anchorman 2

Si un jour je fais un top comédies sur le modèle de mon top 100 musique (faudrait que je me retrouve au chômage pour ça mais bon), Anchorman (Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy) sera très très haut. C’est avec Dumb and Dumber, Supergrave et 40 ans, toujours puceau, une de mes comédies préférées de ces 20 dernières années et un des sommets de la geste willferrellienne, ce génie absolue de l’humour. J’étais bien sûr hyper content qu’une suite lui soit donnée même si un peu craintif en même temps. Pas de surprise :  j’ai ri, beaucoup parfois, mais c’est nettement moins bien que le 1er volet. C’est beaucoup trop long surtout : passée la 1ère heure, extra, ça s’étire beaucoup, beaucoup trop. Évidemment, le challenge était de taille : comment donner une suite digne de ce nom à une comédie culte ? La réponse plus loin dans mon top.

 

28. Les contes de la princesse Kagoya

Je vois que le film est très bien classé dans pas mal de tops de fins d’année et c’est mérité. Formellement c’est une merveille et quelques séquences impriment durablement la rétine. L’histoire, basée sur une légende populaire, est touchante. « Alors quoi ? » Alors je m’y suis un peu fait chier…

C'est beau.
C’est beau.


27. L’Homme qu’on aimait trop

Du Téchiné pur jus : à la fois cossu et singulier, bourgeois et personnel. Le fait divers qui préside au film aurait pu être traité de manière totalement différente, en se focalisant uniquement sur l’un ou l’autre des 2 personnages principaux :  Téchiné y ajoute même un 3ème (celui de Catherine Deneuve) et parvient à ménager un espace à tout le monde sans que son film paraisse jamais bancal ni tiède. Je le redis là aussi encore une fois : dans un rôle bien écrit, Guillaume Canet est un putain de bon acteur.

 

26. Saint Laurent

Je suis pas totalement convaincu mais la 1ère partie, avec les scènes de boîte et les tubes de Northern Soul, ainsi que la fin, avec cette idée géniale d’utiliser Helmut Berger pour jouer Saint Laurent vieux, m’ont emballé. On peut légitimement trouver ça poseur, prétentieux, que sais-je encore mais il me parait difficile de ne pas concéder que Bonnello fait du cinéma.

 

25. Pas son genre

Ca frise le très bon FF (Film Français) mais c’est pas tout ça fait ça : la faute au désormais habituel didactisme de Lucas Belvaux. Il a l’air adorable ce garçon, très intelligent, très sensible mais il doit être un tout petit peu chiant quand même. Le genre, au cours d’une soirée, à te coincer pendant 2h dans un coin de la pièce pour une discussion interminable sur la fin des idéaux de gauche, quand tout le monde est en train de se mettre minable sur Big Bisou. Bon, c’est quand même un très JF (Joli Film, j’essaierai d’en donner la définition à l’occasion) à la fois très léger et très grave puisque ça laisse un sale goût amer dans la bouche. Difficile enfin de ne pas avoir un mot pour Emilie Dequenne qui emporte tout et tout le monde sur son passage, et ce mot c’est « irrésistible ».

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Petit chou ❤


24. La chambre bleue

J’ai l’impression qu’à moins de s’appeler Luc Besson, il est très difficile de rater l’adaptation d’un récit de Simenon. Alors quand on s’appelle Mathieu Amalric forcément… Non pas que je le considère comme un génie mais bon, tu vois l’idée. C’est donc une réussite, proche de ce qu’à pu faire Chabrol dans ses dernières années, avec un soupçon d’érotisme estival en plus.

Top 2014 – cinéma – j’ai pas aimé

Première salve de mon top cinéma 2014 : les films que je n’ai pas aimés, sans ordre particulier.

Les Francis

Pourquoi je me suis lancé là dedans ? Mystère… C’est, selon une une expression que j’affectionne particulièrement, « ni fait, ni à faire ». C’est simplement très mauvais, jamais drôle, monté et réalisé avec les pieds etc. Ca a dû coûter une blinde en plus (pas mal de décors naturels différents, superbes évidemment puisque l’action se déroule en Corse, seconds rôles « prestigieux » de Claudia Cardinale et Jacques Dutronc). Je ne sais plus qui disait qu’il y avait des films longs courts et des films courts longs : Les Francis est un film très court interminable.

 

Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ?

Eeeeeeeeeeevidemment que c’est nul et que je le savais. Mais j’aime bien me rendre compte par moi-même de la nature exacte de ces « phénomènes de société » (ceci étant, j’ai toujours pas vu Intouchables ni Avatar). Là j’ai pas été déçu : mal branlé, mal dialogué, bourré de clichés alors qu’il est supposé les combattre, le film a au moins le mérite de démontrer une nouvelle fois (malgré lui bien sûr) que les 3 religions monothéistes sont aussi rétrogrades et misogynes l’une que l’autre. Juifs, chrétiens et musulmans sont d’accord sur un point :  une femme ça ferme sa gueule, ça reste en cuisine et ça sourit tendrement devant la puérilité de ces gros bêtas de maris. Un film à montrer à tous ceux pour qui les scores stratosphériques du FN sont un sujet de questionnement. Sur un simple plan cinématographique, c’est le plus mauvais truc que j’ai vu depuis des années. Pire que Les Francis, ce qui n’est pas peu dire. PIRE QU’HOLY MOTORS. Capisce?

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J’ai chopé cette photo réunissant tous les protagonistes dans une église catholique donc, sur le site du Figaro. C’est génial.


Belle comme la femme d’un autre

Presqu’aussi puant idéologiquement parlant. Ca démarre comme une comédie du remariage à la Framçaise, pantouflarde mais parfois drôle/mignonne. Et puis le film déroule peu à peu son propos et il est gerbant. Le mec, évidemment vieillissant (Olivier Marchal, toujours sur les bons coups lorsqu’il s’agit de jouer les gros beaufs) veut donner une bonne leçon à sa future femme jalouse et évidemment vieillissante qui au départ voulait tester sa fidélité (Zabou Breitman, toujours très bien) en se tapant une jeune bombasse (Audrey Fleurot, ni bien ni mal : sans intérêt). Il se la tape, il lui donne donc une bonne leçon à cette conne un peu trop jalouse et pas assez sûre d’elle (et trop vieille), et finit avec la bombasse. Tout ça est probablement supposé se voir exonéré d’une quelconque misogynie par le simple fait d’être mis en scène par une femme. Dégueulasse.

 

Joe

J’en démords pas : ce film est complètement con. Vite, Pineapple Express 2 !

 

Godzilla

Les 2 seuls « vrais » acteurs du film sont dégagés passée la 1ère demie-heure. C’est con parce que du coup on se retrouve avec 2 endives adolescentes qui ont bien du mal à nous faire croire qu’ils sont déjà parents. Bilan :  les scènes avec que des monstres = pas mal; les scènes avec des humains dedans = très embarrassantes.

C'est quand même très très con d'avoir construit le film autour du plus mauvais acteur des 2
C’est quand même très très con d’avoir construit le film autour du plus mauvais acteur des 2


La vie rêvée de Walter Mitty

Il y a 10 ans, Ben Stiller aurait fait de ce film une parodie. Tristesse.

 

X men : days of future past

L’exemple parfait de la fausse bonne idée. Le 1er X-Men (réalisé par Bryan Singer) était super et il a cartonné. Le X-Men Origins sorti il y a 2-3 ans (réalisé par Matthew Vaughn) était super et il a cartonné. « Hey, on va mélanger les 2, on va faire bosser ensemble Singer et Vaughn et on va faire un film super qui va cartonner ! » Sauf qu’évidemment, ça n’est pas aussi simple que ça : intrigue trop tarabiscotée et surtout beaucoup trop de personnages et de stars. On imagine sans mal les avocats et agents sur le plateau et dans la salle de projection test, chronomètre en main, en train de vérifier que Jennifer Lawrence n’est pas lésée dans son temps d’apparition à l’écran par rapport à Hugh Jackman, ce dernier par rapport à Michael Fassbender, ce dernier par rapport à Omar Sy. Ah non merde ça marche pas là. Quoi qu’il en soit, même si c’est pas désagréable, c’est ni fait ni à faire là encore.

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Starring James Mesut Ozil Mc Avoy


L’amour est un crime parfait

Très enthousiaste à la sortie, beaucoup moins maintenant. J’ai voulu le revoir et je l’ai donc revu mais le problème c’est qu’au milieu, j’ai lu le roman de Philippe Djian… Et s’il n’est pas exempt de défauts, il a néanmoins révélé que les Larrieu s’étaient pas vraiment foulés sur le coup voire même qu’ils avaient sabré/édulcoré pas mal de choses intéressantes. Second visionnage très décevant donc puisque je passe de jaiaimé à jaipaaimé.

 

Her

Le film figurait dans une liste des « 20 films sur la solitude à voir » au milieu de titres de très bonne tenue. Comprends pas : c’est quand même super léger théoriquement parlant. Après… c’est pas déplaisant non et c’est bien réalisé. Juste joliment chiant et joliment inconséquent. J’en parle davantage ici. En relisant je me rends compte que j’avais nettement plus aimé que je le pensais mais avec le recul il ne m’en reste que les pantalons taille haute de Roaquine.

 

Deux jours une nuit

Bon c’est très bien en fait, y a pas de problèmes. Enfin, si, justement. UN problème. Je peux pas. C’est plus fort que moi, je peux pas. J’y arrive pas. Elle me gâche tout. Je prie pour qu’elle joue jamais dans un film de Wes Anderson.

Ca devait bien finir par arriver : elle regrette d'avoir appelé son fils Marcel.
Ca devait bien finir par arriver : elle regrette amèrement d’avoir appelé son fils Marcel.

 

Interstellar

Pas inintéressant mais beaucoup trop long et une résolution grotesque qui ruine ce que je me forçais déjà à sauver. Hey les mecs, sérieusement, revoyez 2001 avant de vous palucher sur ce prétendu nouveau Kubrick ! Non mais sans déconner…

 

The Homesman

J’ai pas trouvé ça mauvais à proprement parler mais le film a toujours le cul entre 2 chaises : entre ses 2 personnages principaux, entre Eastwood et Peckinpah, entre sécheresse et profonde humanité mais sans jamais choisir son camp ni, à l’inverse, embrasser tout ça dans un même élan romanesque. Faute de talent sans doute. Tommy Lee Jones est pas un mauvais gars mais bon… Ca fait quand même plaisir de revoir Hilary Swank, j’ai l’impression qu’elle avait complètement disparu.

Avec une actrice qui a débuté dans Beverly Hills et le papa de Betty Draper
Avec une actrice qui a débuté dans Beverly Hills et le papa de Betty Draper


Aimer boire chanter

Un « bon » film là aussi mais malgré tout le respect, l’admiration et l’affection que je peux avoir pour Alain Resnais, c’est vraiment l’exemple type de film de vieux monsieur… Clins d’oeil appuyés, mise en abyme pataude, rien ne manque. J’ai eu du mal à aller jusqu’au bout.

 

Nos pires voisins

Tu commences à connaître la maison, tu te doutes donc que c’est un film que j’attendais particulièrement. Je suis très déçu : quelques bons passages, quelques bons gags mais trop peu. Manquent également l’habituel vernis humaniste, le regard empathique. La « morale » de l’histoire est quand même d’une platitude assez désespérante et surtout inhabituelle chez des gars qui justement nous ont habitué à beaucoup de finesse et de justesse dans la peinture du couple et des rapports humains en général. J’espère qu’ils (les rejetons de la « famille » Apatow) ne sont pas en train de se reposer sur leurs lauriers parce que là c’est vraiment l’impression que ça donne.

Une des bonnes scènes (la Guigne ! )
Une des bonnes scènes (la Guigne ! )

L’amour est un crime parfait – critique

Professeur de littérature à l’université de Lausanne, Marc a la réputation de collectionner les aventures amoureuses avec ses étudiantes. Quelques jours après la disparition de la plus brillante d’entre elles qui était sa dernière conquête, il rencontre Anna qui cherche à en savoir plus sur sa belle-fille disparue… (Allocine.fr)

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J’avais peur, après le four d’un film aussi coûteux et personnel que les Dernier Jours du Monde, que les Larrieu aient cédé au film de commande, passage obligé pour se racheter auprès des financiers avant de pouvoir à nouveau mener à bien un projet plus personnel. C’est ce que la bande-annonce laissait craindre. Un peu de nichons, un peu de meurtres, un peu de stars, un film plus sage, plus classique, plus Télérama-friendly et hop, c’est reparti.

L’Amour est un crime parfait remplit ce cahier des charges là. Partiellement : il est un film des Larrieu avant tout et c’est évidemment une très bonne nouvelle.

Ca démarre comme un Chabrol des familles : famille, justement, torve, opaque, bourgeoise, provinciale (ou Suisse, ce qui pour nous français équivaut à la même chose), ça ronronne gentiment. Des dialogues brillants laissent néanmoins poindre un potentiel déraillement ainsi que la singularité de l’entreprise.
Qui dévie donc, après une introduction un peu longuette. On se retrouve enfin en plein territoire Larrieu, avec un scénario qui évacue la dimension polar pour se concentrer sur son personnage principal, un homme, Mathieu Amalric de préférence, à la recherche de l’amour fou.
C’est la meilleur partie du film, celle, en son milieu, toute en dialogues/situations à la fois prosaïques et surréalistes, qui relie L’Amour est un crime parfait aux plus belles réussites des frangins, Un homme, un vrai ou Les Derniers jours du monde. On frise même le fantastique (Bunuel, l’Age d’Or, André Breton sont explicitement convoqués). J’aime beaucoup enfin la façon dont les Larrieu « utilisent » Almaric, leur acteur fétiche: séducteur, séduisant mais aussi fragile, lâche, « trop humain », vieillissant (le tour de rein qu’il se fait de manière ridicule avec Sara Forestier). L’acteur, parfois agaçant par son omniprésence ces dernières années, est ici magnifique. Et les dialogues, encore une fois, élégants, fins, drôles, sont un délice.

La résolution, en nécessaire raccrochage de wagons à une intrigue criminelle pour laquelle ils n’ont que peu d’intérêt, serait bâclée ? Oui, peut-être. Elle est en tout cas cohérente avec ce qui a été abordé juste avant, et avec ce qui les motive depuis toujours.

Je ne suis pas très inspiré pour en dire davantage. C’est un film dans lequel je me suis senti à l’aise, un univers familier, comme peuvent l’être les disques de Tellier, Katerine ou Burgalat, que l’on qualifiera volontiers de « décalé » je suppose. Et puis on est toujours plus indulgent lorsqu’on a finalement affaire à une bonne surprise alors qu’on s’attendait, sinon au pire, du moins à être déçu.

Un mot quand même sur le casting puisque c’est lui qui me faisait craindre le pire. Maïwenn est supportable, Sara Forestier encore mieux que ça. Karin Viard, déjà très à son aise dans Les Derniers jours… est parfaite. Podalydès apporte le savoir-faire bonhomme qu’on lui connait, en contre-point terre à terre de l’étrangeté environnante.

J’ai vu Le Loup de Wall Street aussi ce weekend. Je n’en parlerai pas en détail car j’arrive après la bataille et des tonnes de papiers très intéressants je suppose mais j’ai trouvé ça aussi drôle qu’effrayant. Un regard cruel, plus moral et moins ambigu que dans Les Affranchis et Casino. Beaucoup aimé.