So Foot n°150

Pour son numéro 150, So Foot a décidé de sortir un thématique dont il a le secret (après le spécial « n°10 » pour les 10 ans du magazine par exemple), en posant la même question à 150 joueurs, artistes, écrivains, personnalités diverses (la liste, non exhaustive, est sur la couve ci-dessus): « pourquoi aimez-vous le football? » Quelques surprises parmi les témoignages: qui aurait cru que Tonie Marshall ou Anna Karina (Anna Karina!) se retrouveraient un jour, et de manière tout à fait légitime, dans So Foot ?

Les réponses vont de la punchline à la réflexion plus ou moins élaborée/étendue en passant par la mini-interview ou la tribune libre (pour Katerine ou François Bégaudeau par exemple).
On réalise assez vite qu’on pourrait les classer en 3-4  grandes catégories:

Il y a les un-peu-bateau-mais-en-même-temps-c-est-vrai qui expliquent que le foot c’est un condensé d’émotions multiples, un raccourci de la vie en 90 minutes, blablabla. On connait bien cet argument: « aucune oeuvre de fiction n’est capable de recréer le scenario ou l’ascenseur émotionnel du match de foot le plus dingue! » dixit n’importe quel réalisateur/écrivain un peu concon type Lelouch ou Besson. A la fois, c’est pas faux.

Il y a ceux, touchants, qui expliquent qu’ils aiment le foot parce que ça leur a sauvé la vie ou offert une existence, ni plus ni moins.

Il y a les consensuels comme Platoche (« le foot c’est un jeu simple où les hommes sont égaux » blablabla).

Et il y a les réponses qui paraissent simplistes mais tapent dans le mille: « Pour continuer à aimer le football, il suffit de le regarder » (Clarence Seedorf) ou « Ce que j’aime dans le foot, c’est le foot justement » (Raul).
J’aime particulièrement ces 2 là, pas seulement parce que l’une d’elles est prononcée par un de mes joueurs préférés de tout l’étang mais parce qu’elles sont chaque jour plus juste: ce qui nous lave des affaires, de la corruption, des sponsors omniprésents, du marketing roi, des sommes délirantes, des enjeux-qui-tuent-le-jeu, c’est précisément le jeu. C’est d’ailleurs peu ou prou ce que dit l’édito.

En un mot, ce numéro se lit tout seul.
Et surtout, lire ce numéro, c’est en arriver, inévitablement, à se poser la même question: mais bordel, pourquoi j’aime autant le foot finalement ?

Une question à laquelle nombre de personnalités interrogées se disent incapables de répondre tant ça remonte à loin et la passion est désormais ancrée en eux.
Ca remonte tellement loin dit Guy Roux (et je sais plus qui, Menotti peut-être? Tu vérifieras) que si on aime le foot, c’est parce que le ballon, une sphère, renvoie au soleil, à la lune, à la Terre, au 1er habitat de l’être humain, le ventre de la mère et que notre 1er geste, dans ce ventre justement, fut de donner des coups de pied.

C’est peut-être un peu con, ou très, je sais pas, mais j’aime bien. Cette « explication » renvoie de manière plus générale à l’enfance, un thème souvent évoqué et que j’aurais tendance moi aussi à convoquer tant je suis intimement persuadé que c’est là que ça se joue. Quand j’ai découvert le foot et que je me suis mis à sérieusement m’y intéresser et à y jouer, tout d’un coup il n’y avait plus que ça et rien d’autre. Continuer à aimer le foot, près de 40 ans après, c’est évidemment un moyen de se reconnecter à cet état d’esprit là, fait d’abandon total et d’émotions pures et brutes qu’on a probablement du mal à trouver par ailleurs. Tu vas me répondre qu’il y a l’amour, évidemment… Mais c’est précisément de ça dont on est en train de parler non?

Alors pourquoi on aime le foot, oui, c’est une bonne question et c’est pas évident d’y répondre… C’es d’autant moins évident selon moi que lorsqu’on aime passionnément le foot, on finit tôt ou tard par devenir supporter. Dès lors, on aime passionnément son équipe et on peut être amené à perdre de vue ce qui est à l’origine de tout le bordel. Déjà que c’est pas toujours évident de savoir pourquoi on est devenu supporter de telle équipe plutôt que de telle autre…

Et toi alors, pourquoi t’aimes le foot ?

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Souvenirs d’Elliott Smith, première partie

On a commémoré il y a 2 jours (le 21 octobre), le 10ème anniversaire de la mort d’Elliott Smith. Je me souviens comme si c’était hier du moment où j’ai appris la nouvelle et de l’émotion qui m’a immédiatement saisi.

Je ne vais pas revenir sur le personnage (Pitchfork s’en est très bien chargé) ni sur sa musique en elle-même. J’ai en revanche eu la chance de le voir 2 fois en concert, dans des lieux, circonstances et pour des prestations très différentes : c’est ce que j’ai envie d’évoquer. 15 ans après, ce sont encore des souvenirs très vivaces dans mon esprit.

Avec son t-shirt fétiche
Avec son t-shirt fétiche

La première fois, c’était à Bordeaux en 1998. Au Jimmy.
Ah le Jimmy… Une salle un peu fantasmée lorsque, encore pauvre palois, j’entendais chez Bernard Legris (ma grosse vanne de l’époque ça) que tous les groupes qui comptaient pour moi y faisaient étape. Le concert d’Elliott Smith dans les lieux, c’était donc avant tout la découverte d’une salle quasiment mythique ou en tout cas mythifiée.

Autant te dire que j’ai démythifié tout ça à peine arrivé sur place. Un sol poisseux, une estrade surélevée d’à peine une dizaine de centimètres (il fallait d’ailleurs traverser la « scène » pour aller aux toilettes), un bar et c’est tout. Ah oui, une sale odeur de tabac froid bien sûr. Un genre de CBGB sauce médoquine donc, et non la place to be pour hipsters exigeants que j’avais imaginée. Bon.

Beaucoup, beaucoup de monde dans cette toute petite salle, pardon, ce tout petit bar. Tant et si bien que certains font un malaise avant même que la soirée ne débute réellement. Grosse attente: XO vient de sortir (ou va sortir, je sais plus), Elliott Smith est sur la voie sinon du succès, du moins d’une importante notoriété. Il a notamment été nommé aux Oscars quelques mois auparavant.
C’est Quasi qui assure la première partie. Le duo synthés-batterie de Sam Coomes et Janet Weiss (également derrière les fûts pour Sleater-Kinney, grosse côte à l’époque), plutôt habile et agréable sur disque, se montre vite limité et bénéficie d’une sono atroce. Pendant ce temps, Elliott fait la gueule en mangeant un encas sur un coin du bar.

C’est le même duo qui l’accompagne quand vient son tour, Sam Coomes passant à la basse. Ouverture hésitante sur le sublime Independence Day : « hésitant », c’est l’adjectif que je retiendrai pour qualifier cette prestation. En tout cas, il est absolument conforme à l’image qu’on se fait de lui: un type fragile, hyper timide, hyper sensible et pas vraiment à son aise sur scène. Pas un sourire, pas une parole mis à part quelques « thank you » prononcés d’une petite voix. Sa voix justement : hésitante également, mais gagnant en assurance, en justesse et en netteté au fil des titres. Pour finir au top : sur les quelques titres interprétés en acoustique avant le rappel, l’émotion est palpable dans la salle. OK, d’accord, LA on y est vraiment.

Un bon souvenir donc mais davantage marqué par le sentiment de « l’avoir vu », de pouvoir dire « j’y étais » que d’avoir réellement assisté à un grand concert.

Moins de 2 ans plus tard, c’est une toute autre histoire (la suite dans les 2 prochains jours).