The Crown – saison 1 – critique

La série se concentre sur la Reine Elizabeth II, alors âgée de 25 ans et confrontée à la tâche démesurée de diriger la plus célèbre monarchie du monde tout en nouant des relations avec le légendaire premier ministre Sir Winston Churchill. L’empire britannique est en déclin, le monde politique en désarroi… une jeune femme monte alors sur le trône, à l’aube d’une nouvelle ère. (Allociné)


The Crown
raconte donc, sur plusieurs périodes, et de l’intérieur, l’histoire de la famille royale britannique. 8 saisons ont été prévues par son créateur, Peter Morgan, chacune dédiée à une décennie ou une période spécifique.
La saison 1, la seule que j’ai vue à ce jour (il y en a 2, la 3 va bientôt être diffusée il me semble), est centrée sur l’arrivée sur le trône d’Elizabeth Windsor aka Elizabeth II, et sur ses 1ères années d’exercice, avec Winston Churchill comme premier ministre. La série démarre en 1947 et s’achève en 1956, avec quelques brefs flash-backs, principalement consacrés à l’enfance d’Elizabeth.

Dire que The Crown est académique serait un euphémisme : c’est une grosse meringue bien ripolinée comme il faut. Mais attention ! Une grosse meringue de bon goût. C’est donc académique mais pas pompier. 10 épisodes d’1h chacun, qui avancent au rythme sénatorial d’une parade royale dans les rues de Londres. C’est lent. C’est grave. C’est beau (TRES beau, j’y reviendrai).

Sur le fond, rien que de très prévisible voire de convenu : la sempiternelle lutte et les frictions entre les devoirs de la fonction et les aspirations personnelles, entre ce qu’exige la couronne et ce que la femme derrière la Reine voudrait pour elle-même, pour son couple, pour sa famille. Sans surprise, et malgré les mini-simili-suspenses ménagés, c’est toujours la fonction qui l’emporte (bâillements).

Je ne spoile pas : tout ce que The Crown raconte est évidemment basé sur des faits réels puisqu’il s’agit, encore une fois, de l’histoire d’Elizabeth II et de son entourage. Et cette histoire, on la connaît si on s’intéresse un minimum à l’Histoire du Royaume-Uni : c’est l’histoire d’une famille d’aristocrates complètement hors sol et hors tout, entretenant les rites de plus en plus anachroniques de la monarchie la plus puissante du monde et vivant dans sa bulle: la série a beau la romancer, la dramatiser, c’est pas Breaking Bad. Comment le prince Philip (le prince consort i.e. le mari de la reine) va-t-il prendre le fait d’être envoyé seul en Australie pour inaugurer les Jeux Olympiques ?! La princesse Margaret (la sœur d’Elizabeth) sera-t-elle autorisée à épouser son amoureux, un officier de l’armée, UN ROTURIER ?!?! Bloody hell, la reine pourra-t-elle choisir le secrétaire personnel qui a sa préférence et ne pas se voir imposer celui que l’étiquette exige ? C’est palpitant (bâillements).

D’aucuns trouveront peut-être également que la série cède parfois à la fascination. Peut-être… Mais cette saison 1 se déroule durant une période (1947-1956) où la monarchie britannique jouissait encore d’une énorme puissance, d’une aura intacte: elle a gardé le cap durant la guerre, toutes les colonies n’ont pas encore acquis leur indépendance, les scandales ne surviendront que plus tard. Ca la série le montre bien mais je conçois qu’on puisse trouver ça un peu trop complaisant parfois.

Mais alors bon sang de bonsoir, qu’est-ce qui fait que je me sois régalé à ce point et que j’aie hâte d’enchaîner avec la saison 2 au juste ?

Déjà, pour peu qu’on s’intéresse un minimum à la famille royale britannique (c’est mon cas)… bah, c’est intéressant, tout connement. C’est très personnel mais il se trouve que j’ai pas mal étudié la période de l’après-guerre au Royaume-Uni (jusqu’aux années 70 en gros) donc ça m’intéresse. Certains événements connus sont illustrés, de l’intérieur encore une fois, d’autres dévoilés et dans un cas comme dans l’autre, on entre dans l’intimité de Buckingham Palace ou de Clarence House (la demeure privée du couple royal) mais aussi, quoique moins souvent, du 10, Downing Street (domicile du Premier ministre britannique). On découvre leurs rouages, leurs fonctionnements singuliers. J’aime ça.

Surtout, si les enjeux sont convenus (exigences de la fonction vs aspirations personnelles donc), The Crown bénéficie d’une écriture certes sans surprises mais comme je dis toujours, ça signifie aussi sans mauvaise surprise : c’est solide. Sans génie certes mais solide. La série décrit très bien les tiraillements vécus par cette jeune femme de 25 ans, élevée dans le seul but de succéder à son père (George VI, celui du Discours d’un Roi, pour situer), mais évidemment désemparée une fois sur le trône. 25 ans, 2 enfants (Charles a déjà de grandes oreilles), un époux souffrant de vivre à jamais dans son ombre: c’est aussi le rôle et la place des femmes dans la société d’après-guerre que The Crown dépeint, et elle le fait bien.

Mais la vraie bonne idée de Peter Morgan sur cette première saison selon moi, c’est d’avoir convoqué le personnage d’Edouard VIII à mi-saison et d’en avoir fait une sorte de figure un peu évanescente, à la fois témoin détaché et éminence grise par défaut, un personnage à la fois détestable et touchant, humain bien sûr : Edouard VIII c’est le roi sans trône et sans royaume, celui qui a abdiqué en 1936, avant même son couronnement, par amour pour l’américaine Wallis Simpson. Et qui a pour cela été condamné à vivre en exil (Etats-Unis, France mais ça va, ils vivaient bien, merci pour eux). Exigences de la fonction vs aspirations personnelles, évidemment, ça le connait…

 

Enfin, et c’est l’argument ultime qui m’a fait adhérer à la série : c’est sublime. Mais vraiment : la direction artistique est à tomber. Là encore, rien qu’on ne connaisse déjà : il existe profusion de photos et films datant de l’époque qui permettent de se rendre compte du luxe, de l’élégance et du raffinement suprêmes qui présidaient au quotidien non seulement des Windsor mais de tout l’appareil d’état britannique (Chartwell House, la demeure privée de Churchill, quelle merveille ! Et que dire du château de Balmoral, résidence d’été de la famille royale en Ecosse). Les fastes de la couronne donc mais aussi l’élégance masculine, le style anglais, à leur apogée.

 

En tant qu’anglophile, c’est tout un décorum ou en tout cas une esthétique à laquelle je suis très sensible, un genre de fantasme même dirais-je (idéologiquement très à gauche mais esthétiquement royaliste : mon drame) mais je pense que même si on ne l’est pas (sensible), le travail de reconstitution, le soin apporté au moindre costume, au moindre accessoire dans le décor, forcent le respect. J’ai appris que The Crown était la production Netflix la plus coûteuse et qu’elle avait été imaginée pour devenir le joyau de sa couronne de séries. On peut dire qu’elle remplit sa mission.

Enfin (sûr cette fois) bonus argument-ultra-subjectif-et-non-soumis-à-débat :

 

Claire Foy, interprète d’Elizabeth II. Remarquable dans le rôle de cette jeune femme à qui on demande une tâche démesurée pour son jeune âge, je la trouve hyper choucarde avec ses trois-rangs (ou 2, ou un seul, suivant les circonstances. L’Etiquette.) et ses petits cardigans en cachemire.

Confident Royal – critique

L’extraordinaire histoire vraie d’une amitié inattendue, à la fin du règne marquant de la Reine Victoria. Quand Abdul Karim, un jeune employé, voyage d’Inde pour participer au jubilé de la reine Victoria, il est surpris de se voir accorder les faveurs de la Reine en personne.
Alors que la reine s’interroge sur les contraintes inhérentes à son long règne, les deux personnages vont former une improbable alliance, faisant preuve d’une grande loyauté mutuelle que la famille de la Reine ainsi que son entourage proche vont tout faire pour détruire.
A mesure que l’amitié s’approfondit, la Reine retrouve sa joie et son humanité et réalise à travers un regard neuf que le monde est en profonde mutation. (Allociné)

Quelques mots sur un film que j’ai beaucoup aimé car j’ai l’impression de ne parler que de films que je n’ai pas aimés (c’est pas qu’une impression en réalité).

J’ai beaucoup aimé mais honnêtement, c’est pas extraordinaire. Voire (très) moyen. Confident Royal est essentiellement un beau livre d’images, un film de vieux, un scone très goûteux certes, mais un scone. Seulement voilà: j’adore les scones, j’adore l’Angleterre, l’Histoire de l’Angleterre, avec une prédilection pour la période victorienne donc j’ai un faible pour ce type de meringue cinématographique (pas la même période mais cette année j’ai aussi beaucoup aimé My Cousin Rachel par exemple). C’est mon côté vieille anglaise comme me le dit régulièrement un collègue.

Je grossis le trait: c’est pas un chef d’oeuvre mais c’est pas honteux non plus. Disons que si on y va pour une leçon d’Histoire et/ou de cinéma… bah vaut mieux pas y aller en fait (on nous prévient d’ailleurs d’entrée que des libertés sont prises quant à la réalité historique).

Mais c’est pas honteux, sans doute parce que c’est réalisé par Stephen Frears, qu’on ne présente plus et dont le savoir-faire n’est plus à démontrer: c’est peut-être pas un génie mais c’est le genre de mec qui n’a jamais réalisé un mauvais film (enfin, il me semble). On peut toujours compter sur lui pour donner du rythme, croquer des personnages avec justesse, insérer une certaine ironie voire un certain esprit critique et c’est exactement ce qu’il fait dans Confident Royal: il privilégie nettement la relation entre les 2 personnages/acteurs principaux (d’ailleurs le film s’intitule simplement et logiquement Victoria & Abdul en version originale) mais ne se prive pas d’égratigner l’Angleterre coloniale ni les pédants pique-assiette qui composent la cour de la reine Victoria (excellente Judi Dench évidemment, nettement plus charmante que son modèle).

Après, ce qui est intéressant je trouve, c’est précisément que Frears réserve ses piques aux membres de la cour, pas à la reine elle-même, pour laquelle il montre de la bienveillance, voire de la tendresse (le poids de l’âge, de la fonction, la capacité à s’ouvrir à l’autre et à une culture, un monde, qui lui sont inconnus etc.). Déjà dans le très bon et sous-estimé The Queen, qui s’attardait en grande partie sur la relation entre la reine Elizabeth et Tony Blair, il racontait comment ce dernier, farouchement anti-monarchie et bravache lorsqu’il arrive au pouvoir, s’est peu à peu considérablement adouci jusqu’à montrer beaucoup de respect voire une certaine fascination pour sa reine.

J’ai l’impression (mais ça n’est peut-être qu’une impression) que Frears a un peu suivi le même cheminement: il a commencé en adaptant des écrits d’Hanif Kureishi ou Joe Orton (My Beutiful Laundrette, Prick Up Your Ears), des œuvres et des auteurs plutôt marginaux et subversifs, un peu dans la lignée des angry young men des années 50 et en phase avec le rock indé des années 80, puis il a peu à peu évolué jusqu’à réaliser un film tel que Confident Royal (sans qu’on puisse pour autant lui reprocher d’avoir retourné sa veste, c’est là qu’on voit que le type est fin quand même). Un film dans lequel on retrouve d’ailleurs une autre figure un peu énervée de l’Angleterre des années 80-90, le comique Eddie Izzard, interprète du fils de Victoria qui lui succédera et deviendra Edouard VII.

A croire que dans chaque anglais sommeille une vieille anglaise qui ne demande qu’à se révéler.