Une dernière chose avant de partir – critique

Coup de théâtre sur Grande remise :  une lecture inopinée est venue se glisser dans la read-list que j’avais établie. Désolé pour le chamboulement, j’espère que ça te déstabilisera pas trop.

Jonathan Tropper - Une dernière chose avant de partir
La couve est vraiment naze, on dirait de la chick lit au rabais.

Drew Silver n’a pas toujours fait les bons choix. Sa gloire éphémère de batteur dans un groupe de rock – qu’un seul et unique tube a propulsé brièvement aux sommets des charts – remonte à près de dix ans. Aujourd’hui, il vit au Versailles, une résidence qui accueille des divorcés un peu paumés, comme lui. Pour gagner sa vie, il a intégré un orchestre spécialisé dans les cérémonies de mariages. Son ex-femme, Denise, est sur le point de se remarier. Et Casey, sa fille qui s’apprête à intégrer Princeton, vient de lui confier qu’elle est enceinte – et ce uniquement parce que de ses deux parents, Silver est celui qu’elle répugne le moins à décevoir. Lorsqu’il apprend que sa vie ne tient plus qu’à un fil et que seule une opération peut le sauver, Silver prend une décision radicale : il refuse l’intervention. Le peu de temps qui lui reste à vivre, il veut le consacrer à renouer avec Casey, à devenir un homme meilleur. Pendant que, sous le regard de sa famille au comble de l’exaspération, Silver bataille ferme avec cette question existentielle, chacun se démène pour recoller les morceaux de cette famille désunie, au risque de l’abîmer davantage encore… (Amazon.fr)

J’aime beaucoup les romans de Jonathan Tropper. Pour situer, il est un peu le Nick Hornby américain : quarantenaire, background toujours un peu rock/indé, références à la pop culture, personnages principaux masculins archétypaux du mâle occidental blanc classe moyenne fondamentalement lâche et attachant. 2 différences majeures : sa judéité et, corrélée, l’importance de la famille. Même si tous ses romans (celui-ci est le 4ème) comportent une intrigue amoureuse, celle-ci est toujours envisagée à travers le prisme de relations familiales compliquées voire castratrices.

Son style est simple, sans fioritures, rilax. Tropper est naturellement cool, sarcastique et smartass juste ce qu’il faut, sans verser dans le cynisme pour autant et sans jamais essayer de désespérément coller à son époque.

Malgré un ton toujours humoristique et une distance ironique, Une dernière chose avant de partir est son roman le plus sombre et le plus risqué. Il y jongle avec des évènements tragiques et potentiellement dangereux, de nombreux rebondissements dramatiques qui lui confèrent un aspect particulièrement rocambolesque parfois un peu lourdingue : adapté au cinéma, ça pourrait donner une horreur absolue d’enchaînements de larmes, de rires, de portes qui claquent, d’embrassades, de scènes hystériques absolument insupportables. Je vois Julia Roberts, je vois Meryl Streep et je paierai certainement pas ma place pour voir ça sur un écran.

Ce qui sauve le bouquin du naufrage, c’est évidemment le talent de Tropper pour l’introspection, pour la description de la psychologie de ses héros gentiment brisés par les regrets, les mauvais choix, les rendez-vous manqués. Ca vaut quelques pages/chapitres assez sublimes, d’une grande mélancolie, d’une grande sensibilité et acuité. Parfois bouleversants pour être honnête.

Il emporte finalement la mise en négociant à merveille LA question, LE dilemme que doit résoudre l’un des personnages dès les premières pages du bouquin. J’ai eu très peur mais non : chez Tropper, l’optimisme de la conclusion, l’indispensable « amélioration » des personnages en fin de course ne se fera jamais via un happy end putassier. Intéressant de voir comment il traite cette question d’ailleurs d’un point de vue sociologique. Difficile d’en dire plus sans spoiler.

Beaucoup aimé donc mais je ne le conseillerais pas pour aborder Tropper si tu ne l’as jamais lu : mieux vaut se lancer dans Le livre de Joe, son premier roman, celui qui l’a rendu célèbre. Un régal.

#27 The Divine Comedy – Liberation

Liberation+The+Divine+Comedy
Il y a 20 ans, Neil Hannon incarnaitt un peu le messie. En période post-grunge et pré-Britpop, avec donc une « pop » pure et dure un peu en berne, l’apparition d’un petit mec qui prétendait vouloir se mesurer à Burt Bacharach ou Scott Walker, et qui semblait en mesure de s’élever au niveau de son ambition, ça faisait du bien.

Aujourd’hui Neil Hannon n’intéresse plus grand monde (c’est dommage mais c’est pas le sujet) : il faut pourtant retourner à ses premiers disques, et notamment à celui-ci, magistral condensé de pop ambitieuse, sophistiquée et classieuse.

Liberation donc. Un titre presque trop évident pour un premier album en forme de déclaration d’intention mais surtout de jaillissement. Avant un final d’un lyrisme tout anglo-saxon, rentré et frémissant, le feu sous la glace. Et toutes guitares dehors ! C’est le beau paradoxe de Liberation que de s’achever sur une forme plutôt « traditionnelle » (comprendre : on y entend beaucoup les guitares) alors qu’il n’aura été jusque là qu’un vibrant plaidoyer pour cordes, cuivres, hautbois, harpe, clavecin. La doublette Queen of the South / Victoria  Falls notamment, ne cesse de me fasciner.

Le deuxième album de Divine Comedy, Promenade, enfonce le clou d’une pop de chambre précieuse et snob, loin, très loin des canons traditionnels de l’époque. Un album que j’adore également et que j’ai failli substituer à celui-ci pour la seule Summerhouse, très très haut dans le top des chansons qui me laissent en lambeaux à chaque écoute.

Le suivant, Casanova, est plus outré, plus léger, plus grand-guignolesque mais tout aussi virtuose, avec notamment la meilleure imitation de Scott Walker imitant Jacques Brel jamais enregistrée (The Dogs and the Horses).

Ensuite, mis à part sur le EP A Short Story About Love, parfois terrassant, Neil Hannon s’est perdu dans ses fantasmes symphoniques (le pénible Fin de Siècle). Il a tenté de se réinventer sous la férule du tout aussi pénible Nigel Godrich mais ça ne fonctionnait pas.
Il est finalement revenu à ce qu’il sait faire de mieux, tout en ne cédant plus aux sirènes de la grandiloquence et en gardant constamment une certaine légèreté : ces 2 derniers albums, passés inaperçus, démontrent toujours un savoir-faire assez bluffant.

True Detective – saison 1 – critique

Je ne vais pas revenir en profondeur sur une série qui a créé l’évènement et déjà été largement discutée un peu partout. Juste rapidement donner mon opinion et soulever un point que je trouve intéressant (= râler un peu comme j’ai pris l’habitude de le faire).

Tout d’abord : oui, mille fois oui, True Detective est une immense réussite. Décors, intrigue, réalisation (même réalisateur pour les 8 épisodes), interprétation, tout respire la classe, l’inspiration, le talent et le travail bien fait. Tout ça a déjà été dit un peu partout.

Si la plongée dans le bayou exhale un indispensable parfum de souffre, nous fait suffoquer, littéralement, elle demeure assez classique, voire convenue. Du beau boulot néanmoins. Deux choses retiennent véritablement l’attention il me semble. La narration, très habile, l’enchâssement des différentes périodes décrites et retranscrites à l’écran, qui crée le véritable suspens : la question, très rapidement, n’est pas de savoir qui a commis ces meurtres mais de savoir ce qu’il s’est passé entre les 2 détectives.
Ce qui m’amène évidemment à évoquer LE gros point fort selon moi de True Detective : c’est le propos qui me parait véritablement nouveau et digne d’intérêt (euphémisme). La noirceur, l’extrême acuité du regard du personnage de Rust Cohle (un Matthew McConaughey beau comme un Dieu, oh my God, sérieusement, quelle classe avec ses petites vestes en velours…), son regard franchement nihiliste sur la nature humaine… Pfiou, honnêtement, j’ai rarement vu ça à l’écran. Certaines tirades, extrêmement écrites, mais délivrées avec une maestria confondante, font déjà date. Avec bien sûr en contrepoint la dévotion du détective à sa tâche, son sacerdoce. Quel magnifique personnage. Et McConaughey encore une fois, quelle métamorphose ! Ce mec cachetonnait dans des rom-com pathétiques, il est aujourd’hui le meilleur acteur américain, pas moins.

True Detective - saison 1
Un seul bémol (SPOILER ALERT, je répète, SPOILER ALERT):  qu’est ce que c’est que cette conclusion (je parle là de la dernière minute) ??? C’est un peu comme si tout ce qui avait édifié auparavant se trouvait balayé d’un revers de la main. Curieux et vraiment dommage. Bon, je passe, je veux pas me gâcher le plaisir. Mais c’est un coup à tout foutre en l’air ça… FIN DU SPOILER.

Un dernier point : j’ai lu très régulièrement que True Detective ferait date car elle hisse la série au niveau du cinéma. Et ça, ça m’énerve un peu. Le medium série a-t-il réellement besoin de se hisser où que ce soit? Pourquoi toujours comparer avec le grand écran? On aime les séries précisément parce qu’elles ne sont pas du cinéma. Parce qu’elles prennent leur temps, parce qu’elles instaurent un rendez-vous régulier, parce que les phénomènes d’addiction et de profonde empathie qu’elles parviennent à créer n’appartiennent qu’à elles, tout simplement. Les Sopranos, 24, Seinfeld ou Lost au cinéma, ça tente quelqu’un? Pas moi en tout cas, pas le moins du monde.

True Detective s’annonce comme une future grande série, c’est déjà bien suffisant.

#26 The Diggers – Mount Everest

diggers1997
Je mettrais cet album sur le même plan que la 1ère entrée de mon top 100 : un disque foncièrement anecdotique mais parfait dans son genre. Par ailleurs, les 2 sont des albums de pure pop et ils sont l’œuvre d’Écossais.

L’album des Diggers lorgne nettement moins du côté de la power pop et nettement plus du côté des glorieuses mid-60s. Ca zieute au Sud vers les The Beatles et à l’Ouest vers les The Beach Boys. C’est produit par un High Llama (Charlie Francis pour les esthètes). C’est l’unique album sorti par le groupe en pleine effervescence Britpop et il a fait un bide. Voilà pour les faits.

Après… Comme pour 18 Wheeler, on est clairement dans la subjectivité pure et dure. Mais je n’en démords pas :  ça fait 15 ans que j’écoute ce disque avec la même envie et le même plaisir. Ca là par exemple : « baby it’s ok, baby it’s alright », faut être sacrément costaud pour ce lancer là-dedans, sous cette forme là, passé 1968. Les « oh oh oh yeah yeah » de l’outro me collent toujours le même sourire après toutes ces écoutes.

Mount Everest est tout à tour euphorisant et mélancolique (il a l’élégance de finir sur une note euphorisante et des « papapa » que tu vas vite reprendre en choeur), il est bien troussé, bien interprété, bien produit, c’est la Pop avec un grand P et c’est donc parmi ce que la vie peut t’offrir de meilleur.

#25 Denim – Back in Denim

Back+in+Denim
Grosse, très grosse affaire.
Un disque à la fois pré et post, qui préfigure la Britpop tout en envisageant déjà son inanité. Costaud.

Jingle « flashback sur les années Denim« :

Le groupe est mené par Lawrence, héros absolu de l’indie-pop dans les années 80 à la tête de Felt : pop gracile et atmosphérique, intégrité artistique frisant l’intégrisme tout court. Morrissey à côté, c’était Bézu. Succès critique, statut quasi immédiat de « groupe culte » (pour une fois le mot n’est pas galvaudé :  les fans se comptaient au nombre de 3 et demi et ils auraient pu mourir pour le groupe), chiffres de ventes modestes. Si tu veux en savoir davantage, va sur Wikipédia, ici c’est Grande remise.

Alors à la fin des années 90, Lawrence envoie tout balader. Et reviens en 1992 à la tête de ce groupe-concept qui fait s’étrangler ses fans des années 80 : beats maousse, grosses guitares, synthés et bruitages cheesy. Son nouveau credo :  le rock middle of the road, celui qui passe à longueur de journée à la radio et plaît à papa, maman et aux enfants. Il est « back in denim » comme il le dit dans le programmatique premier morceau de l’album : choeurs virils, rythmique à la We Will Rock You, riffs saignants, il revient « to put the soul back in rock’n’roll ».

Sauf qu’évidemment, ça n’est pas aussi simple que ça : s’il conchie à longueur de chansons les 80s qui n’ont pas su reconnaître son génie (il embrasse en revanche à pleine bouche le glitter rock des 70s ainsi que les années 90 naissantes dont il est certain qu’elles vont lui apporter la puissance et la gloire), s’il écrit des refrains putassiers à reprendre en choeur, un genou à terre, s’il recherche, sincèrement, à toucher le plus grand nombre, Lawrence reste constamment fidèle à lui-même.

Back in Denim est un album beaucoup trop revanchard, méchant, fielleux même et intelligent pour être honnête. Il est voué d’emblée à la confidentialité, aux happy few. S’il semble louer les glorieuses seventies, il en pointe également les horreurs (immense The Osmonds). Et lorsqu’il baisse la garde, Lawrence démontre, facile, qu’il peut écrire l’une des plus belles chansons d’amour des 90s, l’inusable I Saw the Glitter On Your Face. L’album se conclut sur un titre euphorisant comme peu, dans lequel Lawrence déballe avec une morgue invraisemblable et une haine palpable ses griefs généraux et intimes envers les 80s, le bien nommé I’m Against the Eighties. L’outro et son décompte des années (« 82… 83… 84… ») sur fond de solo de guitare, handclaps, cordes, synthés cheapos invente une forme d’apothéose subversive tout simplement géniale.

Back in Denim revêt une importance cruciale : il ouvre une voix royale à la Britpop et à la réaffirmation d’une anglicité fière et triomphante (pour le meilleur et pour le pire) mais aussi et surtout à l’un des groupes les plus brillants, fins et accrocheurs de la décennie, Pulp, qui décrochera lui la timbale (sans jamais rien concéder pour autant, ce qui est admirable).

Back in Denim est le disque qui m’a appris que le second degré ne devait pas obligatoirement s’inscrire en opposition au premier, que le post-modernisme pouvait revêtir des accents sincères, que la pop pouvait être à la fois populaire, élitiste, conceptuelle, idiote, émouvante, drôle et mauvaise. Il est, à l’instar de Hatful of Hollow des Smiths, Bandwagonesque de Teenage Fanclub, Hawaii des High Llamas, Moon Safari de Air, Sweetheart of the Rodeo des Byrds (dans leur ordre de découverte), l’un des albums qui a changé ma vie.

Her – critique

Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux… (Allociné.fr)

Joaquin Phoenix - Her - Spike Jonze
Une fois n’est pas coutume, je suis un peu à sec pour parler d’un film que je n’ai que modérément apprécié. Grande remise ramollit-il ? Devient-il adulte ? Merde, je vais à peine fêter mes 22 ans cette année… Je le dis depuis longtemps : ce blog file un mauvais coton.

Du coton, il y en a beaucoup et tout le temps dans le film de Spike Jonze. Du coton, du tweed, du velours : le futur chez lui est fondamentalement confort et hipster (donc moustachu). Soit. Car c’est assez juste : un monde déshumanisé mais également déshumanisant de douceur, de bon goût, de chaleur. Sublime photo comme toujours chez lui, qui retranscrit ici au plus près l’idée que l’on peut se faire de cet endless summer californien anesthésiant.

Non, vraiment, je ne sais pas quoi dire… Her est plutôt un bon film, il a quelque chose mais il lui manque également quelque chose pour me convaincre sans entrave. Il dit des choses très justes, parfois terrassantes sur l’ultra-moderne solitude, sur l’amour, sur le mâle occidentale contemporain. Il assène également parfois des clichés. Il peine à décoller surtout et à retranscrire la temporalité de cette histoire d’amour que l’on ne fait que deviner : elle semble durer un certain temps mais combien au juste? D’un autre côté, elle n’est pas suffisamment fulgurante ni passionnelle non plus pour que sa conclusion suscite davantage qu’une relative indifférence. Ca manque de chair en somme (sans mauvais jeu de mots) et c’est finalement assez conventionnel. Ca pêche par excès de cohérence et de maîtrise. C’est presque trop bien.
Et au final, ce que je retiendrai de Her, c’est Me, sa géniale parodie réalisée par le Saturday Night Live. Tellement géniale qu’elle se permet le luxe d’être une parodie ET un remake. Jonah Hill, je t’aime.

#24 The Delgados – Hate

The Delgados - Hate
Il y a un an (oui ça fait un an, un peu plus même que j’ai démarré mon top 100. T’es pressé toi ? Bon alors ça va, ça sert à rien de râler.) cet album n’aurait peut-être pas eu droit à tant d’honneur. Disons qu’il ne figurait pas parmi les 80 indiscutables. Mais là je suis dans une période où j’en ai un peu marre du folk et de l’americana (j’ai l’impression d’avoir tout entendu, je n’y trouve rien qui m’excite depuis un bon moment etc) et où je me recentre à mort sur mon Moi profond qui est comme chacun sait celui d’un petit chiot mélancolique et joyeux à la fois, fondamentalement poppy.

Ceci dit, cet album est objectivement une petite pépite. Il est sorti à une époque où Dave Fridmann était THE producteur, auréolé d’insurpassables réussites avec Mercury Rev et les Flaming Lips (que tu retrouveras bien évidemment un peu plus loin dans mon top. Dans 3 ans donc.).
Il me touche en outre beaucoup car c’est l’archétype de l’album sur lequel des mecs (et une nana) un peu lambda se surpassent totalement parce que touchés par la grâce, parce que secondés par LA bonne personne (Dave Fridmann donc), parce que l’instant T, parce qu’au bon endroit, au bon moment, tout simplement.

Pas manchots ceci dit les Delgados, ni avant (The Great Eastern), ni après (Universal Audio). Un bon petit groupe qui vieillit très bien.
Mais ici… Des chansons superlatives (ouverture genre bo de la Création, single parfait, accrocheur et fielleux avec All You Need Is Hate, mélodie irréelle d’apparente banalité et pourtant inépuisable avec Coming In From the Cold, une chanson totalement linéaire mais qui n’a besoin d’aucune variation puisqu’elle évolue du début à la fin dans la stratosphère) magnifiées, que dis-je transcendées, par la production over the top de Dave Fridmann. Qui nous ressort ici ses plus beaux atouts : cordes from heaven, batteries et cymbales péplumesques from les entrailles de la terre, flûtes graciles, choeurs danny elfmanesques. Un producteur qui sait quand sortir l’artillerie lourde mais qui sait également quand laisser respirer ses protégés. Du travail d’orfèvre. Le dernier titre, modèle de pop ascensionnelle aux « hallelujahs » plus qu’appropriés semble avoir été composé pour illustrer le mot « apothéose ».

Ce disque bénéficie d’une petite aura, il a été salué à sa sortie mais je pense qu’il est encore assez largement méconnu et c’est dommage.

Abus de faiblesse – critique

Même si elle s’en défend, l’histoire c’est celle de Catherine Breillat elle-même, victime d’un AVC, puis, lors de sa convalescence, de Christophe Rocancourt, arnaqueur de pseudos stars à Hollywood.
Huppert interprète Maud Schoenberg/Breillat, une réalisatrice. Kool Shen joue Vilko Piran/Rocancourt, un arnaqueur donc, ayant purgé sa peine et choisi par Schoenberg pour son prochain film sur la foi d’une apparition dans une émission de télévision.

Abus de faiblesse - Breillat
Pour la petite histoire, Breillat avait choisi Rocancourt pour jouer dans un projet intitulé Bad Love en compagnie de Naomi Campbell.
J’aime beaucoup Catherine Breillat. Je trouve que c’est une artiste brillante et courageuse, vectrice d’un féminisme audacieux et moderne. Je veille bien à ne pas me prétendre « féministe » pour autant : comme le dit très justement Riad Sattouf dans So Film, un mec qui se prétend féministe, ça fait un peu Michel Sardou.

Le fait divers m’a tout de suite intrigué et un peu fasciné. Je me souviens avoir été extrêmement surpris que Rocancourt, escroc minable et vulgaire, érigé un temps en parangon d’un nouveau chic masculin décomplexé (on rêve), intéresse, séduise et finalement arnaque une femme telle que Catherine BreillatFaites entrer l’accusé meets Romance X.

Huppert dans le premier rôle, c’est assez convenu (même si elle est très bien). Mais en choisissant Kool Shen pour incarner Rocancourt, Breillat a encore marqué des points. Choisir Kool Shen, c’est évidemment et avant tout ne pas choisir Joey Starr, et ça c’est parfait. Joey Starr, qui joue désormais dans des films tels que celui d’Emmanuel Mouret. Très bien, faisons comme si c’était normal. Joey Starr, bientôt chez Danièle Thompson et Arnaud Desplechin ? Ca m’étonnerait qu’à moitié.
Kool Shen lui m’a toujours été très sympathique. Débuter une éventuelle carrière au cinéma par un rôle chez Breillat, c’est quand même la grosse classe. Et s’il s’avérait qu’il s’agissait de son unique film, ça serait encore plus beau.

Le film d’ailleurs : bien, très bien même. Quand on connait un peu le fait divers, on peut s’amuser avec un brin de voyeurisme à constater la façon dont Breillat a choisi de retranscrire à l’écran son expérience. Exit la relation sentimentale/charnelle par exemple. Dans le rôle de Sonia Rolland, ex-Miss France et compagne de Rocancourt à l’époque des faits, une sorte de lookalike un peu cheap, choix que j’ai interprété comme étant une petite vengeance personnelle un peu mesquine mais de bon aloi de sa part. Dans le rôle du producteur de la cinéaste du film, Jean-François Lepetit, le propre producteur de Breillat. Elle a beau dire que ce film n’est pas davantage autobiographique que les autres… Tu m’as compris.
Ne pas croire qu’Abus de faiblesse est à charge pour autant, que la réalisatrice y règle ses comptes :  le regard qu’elle porte sur elle-même via le personnage de Maud Schoenberg est d’une grande honnêteté. Élitiste, bourgeoise et parfois franchement désagréable, elle n’élude pas non plus sa fascination pour ce « personnage » aux antipodes de ce qu’elle est et de ce qu’elle représente.

Ainsi le film révèle quand même ses grandes qualités si on ne sait rien du fait divers à son origine. La sécheresse du propos, le mystère finalement entier de cette relation pour le moins surprenante. La description, surtout, de l’AVC, de la convalescence et des difficultés au quotidien vécues par Huppert :  on retrouve là pleinement le regard sans fard et sans concessions de Breillat. La précision du cadre, le minimalisme de sa composition, notamment dans le 1er quart d’heure, impressionnent.

Beaucoup aimé donc.

Comédie, mode d’emploi – critique

Comme convenu, quelques mots sur cette lecture récente. Grande remise, le blog qui tient ses promesses de campagne.

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Je ne reviendrai pas sur l’importance qu’à pris Judd Apatow (au sens large : lui, ses productions, celles et ceux qui gravitent autour) pour moi ces 10 dernières années, je crois que c’est suffisamment clair si tu lis un minimum ce blog. Lui et Wes Anderson : en gros, c’est ça le cinéma pour moi aujourd’hui. Absolument.

Lecture très intéressante.
En guise de préambule, Burdeau se fend d’un texte analytique limpide et bien senti. Pas plus, pas moins.
Comédie, mode d’emploi retranscrit en fait son entrevue avec le maître de la neo-comédie américaine. Il porte très bien son titre : l’auteur a bien pris soin de rester concentré sur son sujet ou en tout cas de ne garder que ce qui s’y rattachait directement. Ainsi, la vie personnelle n’est évoquée qu’à travers l’enfance ou les années de formation : Apatow insiste bien sur le fait que l’humour était une passion pas un passe-temps (il est notoirement réputé pour n’avoir manqué aucun épisode de Saturday Night Live et en connaitre certains par cœur).

Pour le reste, pas ou peu de révélations mais une réflexion à la fois pragmatique et instructive sur sa condition de funny man professionnel : producteur et réalisateur de comédies, gag man, découvreur de talents etc. C’est chouette.
A noter néanmoins qu’il précise bien, et c’est tout à son honneur, que s’il y a évidemment apporté sa touche, la série Freaks and Geeks, souvent considérée comme l’acte fondateur de la geste apatowienne (on y voit pour la première fois à l’écran James Franco, Seth Rogen Jason Segel, Martin Starr et bien d’autres, dans une chronique mélancolique des années lycée), est une pure création du très sous-estimé Paul Feig (réalisateur du sublime Mes meilleures amies).

Ca se lit donc tout seul  et si ça n’est pas révolutionnaire, c’est indispensable à qui s’intéresse de près aux comédies américaines de ces 10-15 dernières années.

Ca en revanche :

Road-movie--USA
je l’ai attaqué mais je l’ai rendu à la bibliothèque : impossible à lire en 2 semaines (pour moi en tout cas). C’est passionnant mais incroyablement dense. Je l’achèterai donc et le dégusterai tranquillement sur une longue période.
Seulement voilà, le truc c’est que si je l’achète, je SAIS que je le laisserai dormir des mois voire des années dans un coin (véridique,  j’ai plein de bouquins comme ça) : c’est maladif, je n’arrive pas à lire un bouquin que j’ai à disposition quand je le souhaite. Reste la solution de l’emprunter à plusieurs reprises et à différentes périodes tu me diras, ça peut marcher ça…

Bon, je lance une évaluation et je fais un graphique pour m’aider à prendre une décision là-dessus, je te tiens au courant. Bisous.

#23 Richard Davies – Telegraph

richard davies - telegraph
Pour situer un peu les choses, Richard Davies est une moitié de Cardinal, sa moitié lennonesque disons. Je parlerai de l’autre moitié du groupe, Eric Matthews, en temps voulu.
Ici pourtant, Davies est en mode laid-back, quelque part entre Lou Reed et Neil Young (tu commences à situer le niveau là ?). Ce qui frappe le plus c’est l’aisance, l’évidence avec laquelle ce disque s’impose dès la première écoute. La triplette d’ouverture… La triplette d’ouverture. Écoute et tu comprendras.

Du coup cet album est l’un de ceux auxquels je pense et me réfère spontanément lorsqu’on me demande de citer un album pop américain modèle. 10 chansons, 38 minutes, pas un gramme de superflu. Un disque de musique à dominante acoustique sans être folk pour autant, à la fois classieuse, douce, ouvragée mais un peu rugueuse aussi, disons campagnarde ou rustique sans être country non plus. Les pieds bien ancrés au sol dans des bottes mais la tête dans les étoiles.

J’aime bien cette pochette qui ressemble à rien aussi. Enfin, qui m’évoque une cabane rescapée de la période de la ruée vers l’or par exemple (Telegraph), ce qui finit de placer cet album, dans ma tête en tout cas, parmi la liste des classiques du rock américain (même si Davies est australien).

Je me sens confus, je m’arrête là.
Cet album est un classique instantané, c’est tout ce qu’il faut retenir de ce billet.