La session de rattrapage 10

Aujourd’hui, du lourd.

Winter’s Bone

Il passait directement après Sunset Boulevard donc je me suis dit, hey, pourquoi pas? Il me semblait en avoir eu/lu de bons échos en fait même si j’étais plus très sûr de quoi il s’agissait.
Bon, c’est donc l’histoire d’une adolescente interprétée par une (très) jeune Jennifer Lawrence qui doit s’occuper de sa mère quasi-catatonique (on ne saura jamais ce qui lui arrive/est arrivé) et de ses 2 jeunes frère et sœur, après que son père, petit margoulin redneck notamment fabriquant de méthadone, est porté disparu suite à sa sortie de prison. Précision importante : l’intrigue se déroule dans les inhospitaliers monts Ozarks, petite chaîne entre le Missouri et l’Arkansas à côté desquels les décors de Delivrance ou de Justified font office d’aimable parc d’attraction.

Je suis de moins en moins fan des films « sociaux »ou des films naturalistes, peu importe la manière dont on les désigne, qu’ils soient français, américains ou autres mais ici, la rigueur documentaire alliée à une intrigue à la forte puissance d’évocation, emporte le morceau. On songe évidemment un peu à la Nuit du Chasseur, référence inévitable de toutes les histoires américaines d’enfants perdus, et c’est précisément lorsque le film crée de la fiction, avec une atmosphère tirant vers le fantastique, qu’il convainc le plus. La Lawrence est très bien, et on a le plaisir de retrouver dans un second rôle important l’excellent John Hawkes dont le physique de hillbilly émacié a notamment été vu, et apprécié dans Eastbound and Down (il y interprétait le frère de Kenny Powers).

L’Enfant sauvage

Je l’avais vu il y a très longtemps, lorsque j’étais enfant je pense, autant dire que ce fut une redécouverte totale même s’il m’en restait des images fortes. C’est évidemment magnifique. Je n’ai honnêtement pas grand chose à dire de plus tellement le film est limpide, évident. Presque documentaire, collant au plus près au journal tenu par le Docteur Itard, il nous dit simplement, sans pathos, sans porter de jugement, que vivre dans le monde des hommes est une chose magnifique et terrible à la fois.

« Aujourd’hui, Victor a pleuré pour la première fois ». Magnifique.

Sunset Boulevard

La chair est triste, ok, mais je suis loin d’avoir lu tous les livres. En revanche, j’ai écouté tous les disques ou presque.  Je veux dire, tous les disques qui comptent : Revolver, Pet Sounds, Exile On Main Street, Autobahn, Blonde On Blonde, London Calling, tous les Grands Disques, ceux qui sont plébiscités à la fois par le public et par la critique. Et j’ai également vu tous les Grands Films : Citizen Kane, Le Voyage à Tokyo, La Dolce Vita, La Prisonnière du Désert, La Maman et la Putain, tous les classiques du monde cités dans tous les tops et les classements du monde. A l’exception notable de Sunset Boulevard. Je me suis donc retrouvé dans une position que je n’avais plus connue depuis des années et que je ne connaîtrai peut-être plus jamais de ma vie. C’est une sensation étrange…

Bon, quelques mots sur le film quand même, avant d’aller me tirer une balle dans le cul : on est évidemment « in the presence of greatness » comme disent les anglo-saxons, ça se discute difficilement il me semble. J’ai donc évidemment trouvé ça génial, je n’ai pas été déçu le moins du monde. Ce qui m’a le plus emballé et touché c’est que malgré ce regard ironique et sans concessions qui participe beaucoup de la modernité du film et qui lui confère son statut de classique, de Grand Film encore, c’est que constamment, la tendresse et la bienveillance l’emportent (par rapport à l’industrie, au personnage de Gloria Swanson). Distance/empathie, premier/second degrés, classicisme/post-modernisme, c’est fort de parvenir à concilier les 2 à la fois. Enfin, je sais pas si c’est fort mais c’est une chose à laquelle je suis très sensible. Au cinéma, dans la musique et dans la vie même serais-je tenté de dire. Donc je le dis.

Mulholland Drive

Je l’ai vu 4 fois en salles à sa sortie (performance inédite et inégalée, et qui le restera je pense) et je ne l’avais pas revu depuis.
Je vais pas en faire des caisses ni des tartines, c’est évidemment l’un des plus beaux films du monde et, peut-être, le dernier Grand Film, le dernier équivalent à Vertigo, Sunset Boulevard, La Prisonnière du Désert, tous ces films qu’on trouve régulièrement dans les classements des meilleurs films de l’Histoire du cinéma. Je réfléchis, je n’en vois pas d’autre sur ces 15 dernières années. Un film mythique au sens propre i.e. qui appartient à un mythe (ici Hollywood, envisagé comme tel à chaque seconde), qui est plus ou moins irréel mais aussi idéalisé (ou « cauchemardisé » parfois). Et bien sûr qui est devenu lui-même un mythe à part entière.

mulholland-drive
En ayant visionné les 2 films quasiment à la suite, ce qui m’a frappé c’est à quel point Sunset Boulevard m’a fait penser à Mulholland Drive, alors que l’inverse, pas du tout. C’est à dire que Lynch a tellement intégré et digéré le film de Wylder que son influence ne se fait jamais sentir de manière évidente ou manifeste (sauf peut-être lors de ce plan de l’entrée des studios Paramount). C’est fort ça…

Après, avec le recul, il apparaît encore plus évident que Mulholland Drive constitue à la fois « le bout du chemin » pour David Lynch, c’est à dire le film qui va à la fois réunir tous ces précédents films en les transcendant, et un moment de grâce, de transcendance précisément, absolu. Et cette grâce explose véritablement dans ces instants purement lynchiens au cours desquels le temps est suspendu, où l’on a la sensation de toucher du doigt un absolu, quelque chose de l’ordre de l’Éternité ou même du divin : la scène du baiser et son définitif « I’m in love with you », la scène du « secret path » à la fin, portée par le lyrisme du thème d’Angelo Badalamenti. Ces 2 scènes là… Pfiou… C’est une chose de créer de l’émotion, c’en est une autre de la créer et de la rendre palpable à la fois pour les spectateurs, pour les personnages et probablement pour les acteurs eux-mêmes lors du tournage.

Les quelques boni du DVD (un bonus, des boni) m’ont également rappelé que Mulholland Drive a d’abord été envisagé comme le pilote d’une série, que le projet a été annulé et que Lynch a rebondi en le transformant en long-métrage… un an et demi après les premiers tours de manivelle ! Faire d’un obstacle, d’une impasse même une opportunité créative, laisser sa part de hasard à un projet aussi méticuleux et aussi maîtrisé en apparence, voilà peut-être la preuve ultime de son génie en même temps qu’un geste lynchien définitif.

Un mot enfin, au sujet de Naomi Watts, dont la performance est au-delà de l’éloge. Là aussi, Lynch a su faire de son 1er premier rôle un moment de grâce qui va au-delà de la mise en abyme. Elle a fait une belle carrière depuis mais ce que qu’elle donne dans ce film putain… C’est miraculeux. Mais tout le film est miraculeux évidemment.

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Commentaires sur Game of Thrones – suite et fin

Je suis donc arrivé au bout de mon marathon Game of Thrones. Me souviens plus ezactement quand j’ai commencé mais c’est allé vite. Très vite. J’ai enquillé nom de(s) (7) Dieu(x).

Quelques réflexions donc. J’essaie de pas spoiler mais bon…

J’ai fait un premier bilan au bout de 25 épisodes (il y en a 50 en tout) soit à la moitié de la saison 3. Evidemment, je ne savais pas que la fin de cette saison 3 marquait un tel tournant dans la série : l’épisode du « red wedding », inattendu, brutal, choquant même, marque la fin de GoT première version, un peu de la même manière que la confession de Don Draper à Betty à la fin de la saison 3 de Mad Men marquait une sorte de point de non retour.

Les Stark définitivement (?) hors circuit, la série n’est donc plus vraiment centrée, ou plus seulement, sur la lutte pour le pouvoir. Elle doit se réinventer.
Elle fait donc le choix de laisser de côté un fil rouge (Stark vs Lannister en résumant) pour assumer totalement une narration éclatée avec plusieurs protagonistes principaux, même si les Lannister demeurent au centre des débats, aussi bien niveau intra qu’extradiégétique.

J’aime bien cette réorientation : la série devient moins politique, moins shakespearienne si on peut dire et elle tend davantage vers le conte horrifique. J’aime ainsi beaucoup tout ce qui tourne autour des jeunes enfants Stark depuis qu’on les sait absolument livrés à eux-mêmes : la série joue à merveille sur le ressort de leur impossible réunion sans pour autant que cela confère à de la cruauté, à un jeu gratuit avec les nerfs du spectateur. Du coup, chacun d’eux vit sa propre série d’épreuves, son propre roman d’apprentissage, qui confine parfois à une descente aux enfers. Je pense évidemment à Sansa, ballottée et malmenée selon le bon vouloir de ses bourreaux successifs et désormais aux mains de ce qui ressemble quand même d’assez près à un ogre. En tout cas une saloperie de raclure intergalactique de très très haut niveau. Le mystère reste entier en revanche quant au destin du plus jeune, celui qui voyageait avec Bran et qui est partie avec la Sauvageonne. Il sent le come back kid à plein nez celui là.

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Tiens bon choupinette, la routourne finit toujours par tourner.

Question bad karma toujours, le parcours de Cersei se pose également un peu là lors de cette seconde partie. D’abord manipulatrice incestueuse, sa disgrâce la voit s’incarner en mater dolorosa trash puis en martyr expiatoire de tout Port-Royal voire de tout Westeros, voire de toute la gameofthronosphère : la séquence de son chemin de croix inversé (puisqu’il il s’achève sur le Golgotha rassurant du Donjon Rouge) est quand même très puissante…

C’est d’ailleurs sans doute dans sa radicalité que la série franchit le plus de paliers : les scènes violentes, parfois réellement spectaculaires, se multiplient (coucou Prince Oberyn); les scènes de violence psychologique marquent elles davantage encore les esprits : en vrac et parmi les plus marquantes pour moi, tout ce qui touche aux enfants Stark ou à Cersei Lannister donc mais aussi Reek ou Stannis Baratheon, sorte de pendant masculin de Cersei; je pense également à la scène véritablement glaçante du bordel au cours de laquelle Meryn, le soldat de la Garde royale qu’Arya Stark va tuer, choisit ses proies… Radical également mais dans la démarche cette fois, l’épisode intégralement dévolu à l’attaque du Mur par les Sauvageons puis celui du rapatriement de ces mêmes Sauvageons et de l’attaque surprise des White Walkers, qui n’ont rien à envier en termes d’intensité et de mise en scène à certains longs métrages. Disons, pour faire court, que Game of Thrones ne fait pas les choses à moitié. Et c’est évidemment pour ça que que c’est aussi bien et que ça marche aussi fort.

Un truc totalement anecdotique enfin, mais marrant. Le dénommé Daario Naharis alias le nouveau boy toy de Daenerys, ressemble à ça à la fin de la saison 3 :

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Et quand on le retrouve au début de la saison 4, tadaaaaaaaaaaam :

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C’est la première fois que je vois un truc de ce genre (remplacer un acteur par un autre pour interpréter le même personnage) dans une série qui ne soit pas une télé-novela. Ni les Feux de l’Amour. Je te parlerai des Feux de l’Amour un jour, tu verras. Mais ils ont bien fait de changer, le premier avait vraiment un physique insupportable.

Grosse régalade en somme, je regrette pas du tout de m’être lancé dans ce marathon. J’aurais du mal à placer Game of Thrones au même niveau que Lost, les Sopranos, Mad Men ou Curb Your Enthusiasm dans mon Pantheon personnel car la série me parle de manière moins intime mais en termes de qualité, c’est vraiment impeccable. Super hâte que la saison 6 démarre !

Pour conclure, mon top personnages, sérieusement chamboulé :

1 Jaime Lannister

J’ai posté mes premières impressions au moment précis où son personnage prenait un virage à la fois radical et naturel : son cynisme ne pouvait être que de façade, masquant forcément une âme romantique. Le mec arrive quand même à te faire chialer quand il se dévoilé à la fille qu’il a eu avec sa sœur. Costaud.

Jaime-Lannister-Game-Of-Thrones-HBO
Gossbo


2 Cersei Lannister

Cheveux longs/cheveux courts, robe de satin/robe de bure/pas de robe : cette femme est parfaite en toutes circonstances. J’aime. A part ça évidemment, c’est LA salope, c’est entendu. Mais d’après ce que suggère la bande-annonce de la saison 6, je pense qu’on a encore RIEN vu nom de Dieu.

Toi là sur la gauche, tu vas en chier ma pauvre.
Toi là sur la gauche, tu vas en chier à un moment donné, c’est sûr.

3. Jaqen H’Ghar

Ouh il me plaît lui… Il se passait toujours quelque chose quand il apparaissait parcimonieusement et maintenant qu’on le voit un petit peu plus, c’est encore mieux : qui est-il ? Quel est cet endroit exactement (dans lequel Arya Stark a trouvé refuge)? Que fait-il exactement de ce pouvoir extraordinaire ou que va-t-il en faire? Il soulève beaucoup de questions hyper excitantes.

Charisma level : 99
Charisma level : 99


4. Stannis Baratheon

Le Cersei masculin donc. Le mec qui a tout faux en tout cas, toujours. La scène du sacrifice de sa fille purée… Magnifique personnage de tragédie. Et puis je trouvais l’acteur excellent, super charismatique.

stannis-baratheon
Et une mauvaise décision de plus, une.


5. Ser Jorah

Là c’est mon côté fleur bleue et amateur de beautiful losers qui s’exprime évidemment.

jorah

Tyrion Lannister, anciennement neumbeur ouane, disparaît du classement car moins présent, surtout dans la saison 5. Et puis il appartient finalement aux personnages dont le caractère et la personnalité évoluent peu. Bon, faut dire qu’il est assez irréprochable depuis le tout premier épisode.

Sinon, côté… euh… côté… comment dire… côté tu-m-as-compris, pas de grosse révélation. La série se calme vraiment là dessus à partir de la saison 3 (la fermeture du bordel de Lord Baelish y est pour beaucoup) et il n’y a guère plus que Carice Van Houten aka Lady Melisandre pour donner de sa personne.

Moi aussi je peux montrer des nichons sur mon blog de manière totalement gratuite
Moi aussi je peux montrer des nichons de manière totalement gratuite sur mon blog

Toujours un peu de mal avec Daenerys, à tout points de vue. On la quitte en fâcheuse position, et les quelques images la concernant dans la bande annonce de la saison 6 suggère que les auteurs se sont décidés à la sadiser en lieu et place de la pauvre Sansa. A voir. Et je réalise à ce moment précis que je viens de suggérer que ça me ferait plaisir qu’elle soit sadisée alors que pas du tout mais c’est trop tard, le mal est fait donc je vais vite mettre un terme à ce billet.

Reprise le 24 avril mes p’tits chatons !

La session de rattrapage 9

J’ai encore été malade quelques jours, voici donc une nouvelle salve de films vus ou revus à la maison:

Blue Jasmine

Parmi les derniers Woody, c’est sans doute celui que j’avais le plus envie de voir. C’est chose faite depuis sa diffusion télé il y a peu (un dimanche soir, juste après Anaïs Baydemir).
Bon, c’est pas mal, voire pas mal du tout. Néanmoins j’ai le même sentiment qu’avec son dernier en date, L’Homme Irrationnel : c’est un peu bâclé, pas assez fouillé. C’est pas mal mais ça aurait pu être super. C’est très noir sur le fond mais on a le sentiment qu’il n’ose pas y aller à fond et c’est dommage. Ceci étant, la conclusion est vraiment glaçante mais sa noirceur irrémédiable tombe de manière un peu trop abrupte. Enfin, je trouve.

BLUE-JASMINE
Une qui ne fait pas les choses à moitié en revanche, c’est la Blanchett. Je ne compte pas spécialement parmi ses admirateurs, ni parmi ses détracteurs d’ailleurs, elle m’indiffère plutôt à vrai dire, mais là, elle force le respect. J’ai toujours une certaine admiration pour les acteurs qui n’ont peur ni du ridicule, ni de s’enlaidir ou en tout cas de se montrer sous leur meilleur jour, y compris physiquement (c’est peut-être un peu idiot mais ça n’est pas si fréquent que ça lorsqu’on y regarde de plus près) et là, on peut dire qu’elle y va à fond.

Le Monde de Charlie

Ca c’est vraiment pas terrible, alors que le film bénéficie d’une réputation assez flatteuse. Je dirais même que tant sur le fond que sur la forme, c’est pas gégéne.
Le Monde de Charlie serait donc un teen movie osé et sensible, une réussite du genre. Alors oui, bien sûr, le film fait le portrait des outcasts ou des freaks du lycée, peu importe comment on les désigne, de ceux qui ne sont ni dans l’équipe de football ni dans celle des cheerleaders, qui sont homosexuels et/ou excentriques et/ou fan des Smiths et/ou trop sensibles etc etc. Déjà vu à maintes reprises mais pourquoi pas. C’est sans relief et hyper clicheteux dans la description du malaise adolescent (description à tendance esthétisante) mais bon, passons. Sauf qu’ici, point d’aspiration à la singularité et à la différence, tout ce petit monde aspire au conformisme le plus absolu : une bonne fac, un bon boulot, une bonne maison avec un beau drapeau étoilé planté devant, emballé c’est pesé. Et sur la forme donc, le scenario révèle en bout de course et de manière très putassière le pourquoi du mal-être du héros. Cette manière de ménager le suspense, d’y aller crescendo sur les flashbacks et les indices tout au long du film, de suggérer, enfin, qu’il y a forcément un terrible trauma derrière son inadaptation, et de montrer, au final, en quoi consiste ce trauma, m’est apparu comme un renoncement un peu dégueulasse en même temps qu’une facilité de scenario peu glorieuse.

le-monde-de-charlie
En fait, Le Monde de Charlie est la version cinéma édulcorée, mainstream et ratée de la géniale série Freaks and Geeks. Mieux vaut (re)visionner celle-ci donc.

Made in France

Le film maudit. Je rappelle son pitch, qui lui a valu une sortie repoussée puis un direct-to-VOD: « Sam, journaliste indépendant, profite de sa culture musulmane pour infiltrer les milieux intégristes de la banlieue parisienne. Il se rapproche d’un groupe de quatre jeunes qui ont reçu pour mission de créer une cellule djihadiste et semer le chaos au cœur de Paris. » (Allociné)

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Nicolas Boukhrief est un réalisateur-cinéphile intéressant. Ami d’enfance de Christophe Gans, il a été comme lui membre de l’aventure Starfix au milieu des années 80. Moins porté sur la SF et le fantastique sans doute, moins geek en somme, il a une certaine prédilection pour le polar, en phase avec « les enjeux de société » comme on dit. Il semblait être la personne indiquée pour s’attaquer à un sujet aussi casse-gueule. Et en effet, c’est pas mal. Pas manichéen, pas psychologisant, carré, sans fioritures, il applique le traitement qu’il fallait. Maintenant… Difficile de savoir si ces problèmes étaient là dès le départ ou si le film a été remanié dans un second, voire un troisième temps (il a été tourné avant les attentats de Charlie Hebdo et sa sortie en salles était prévue 5 jours après les attentas de novembre) mais il manque sans doute un peu… d' »épaisseur » : longueur, budget, figurants, décors (bon, budget quoi en gros puisque ce dernier induit tout le reste, ou presque). C’est un peu léger. Mais c’est pas mal et c’est à voir malgré tout, davantage en tout cas qu’Un Français, l’autre film polémique de 2015

A Most Violent Year

Ce film à la fois violent, documenté et austère, raconte les déboires d’un jeune chef d’entreprise new-yorkais (impeccable Oscar Isaac même s’il est sans doute un peu trop jeune pour le rôle) pour faire croître son affaire tout en gardant les mains propres : il dirige une entreprise de transport de carburant et voit ses projets d’expansion mis en péril à la fois par le vol régulier de ses camions et de leur chargement et par des autorités judiciaires qui ont décidé d’examiner ses comptes de plus près. Mais lui ne veut rien lâcher, il s’obstine et tient à continuer d’avancer sans pour autant franchir la ligne jaune : on comprend que le père de son épouse (excellente Jessica Chastain, qui vaut décidément mieux que les rôles de beauté diaphane et virginales qu’on lui a longtemps attribués) est membre de la Mafia et il se refuse à ce que ses chauffeurs soient armés pour se défendre.

A-Most-Violent-Year
L’histoire d’Abel Morales, le personnage interprété par Isaac, c’est celle que tout immigré s’est racontée avant de poser le pied à Staten Island. Le sacro-saint rêve américain, toutes ces histoires glorifiant les self-made men créées par le romancier Horatio Alger au XIXème siècle, imprègnent encore très fortement l’inconscient collectif de ceux qui vivent ou souhaitent aller vivre aux Etats-UnisJC Chandor, le réalisateur, raconte une autre de ces histoires avec ce qu’il faut de sécheresse et d’ampleur à la fois pour en faire une histoire universelle. Si l’écueil scorcesien est habilement contourné grâce au traitement rigoureux, moyennement fun, d’un scenario que le maître aurait très bien pu réaliser, A Most Violent Year n’est pas sans rappeler The Wire : ici aussi, on ausculte l’Histoire de l’Amérique sans jugement et sans encore moins de détours. Et c’est le même constat et goût amer que la conclusion apportent. Ca calme. Excellent film, vraiment.