Ôtez-moi d’un doute – critique

Erwan, inébranlable démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père.
Malgré toute la tendresse qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme des plus attachants, pour qui il se prend d’affection.
Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Erwan croise en chemin l’insaisissable Anna, qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. Une bombe d’autant plus difficile à désamorcer que son père d’adoption soupçonne désormais Erwan de lui cacher quelque chose…(Allociné)

Tiens si je parlais d’un film que j’ai pas aimé ? Oh ça va, pour une fois… En plus il est sorti y a un petit moment déjà, c’est dire si on s’en cogne. Seulement, y a un truc qui me chiffonne et faut que ça sorte.

J’y suis allé sur la foi de la bande-annonce et de mon « affection » pour Cécile de France. J’use de guillemets car le mot est sans doute un peu fort. Disons que je la considère très bonne actrice et que j’aime bien le personnage, l’image qu’elle renvoie. Je garde en tout cas un souvenir fort de ses prestations dans Au-delà et Le Gamin au vélo (entre autres).

J’essaie pas de me justifier d’avoir vu cette merde mais bon… C’est pas vraiment une merde d’ailleurs, c’est surtout un gentil téléfilm du samedi soir sur France 3 (ou du vendredi soir sur Arte: Ceux Qui N’ont Pas De Vie savent). Y a vraiment tous les ingrédients, à commencer par le plus important, le contexte provincial très « Reflets de France »: le Morbihan, ses petits ports sympas, sa douceur de vivre à l’aise breizh, ses… démineurs? Ah ok. Tu remplaces Cécile de France et François Damiens par Cristina Reali et Bruno Wolkowich et on est bons. Ôtez-moi d’un doute est tellement confortable en vérité qu’on devrait distribuer des plaids à chaque spectateur à l’entrée de la salle.
On y remarque aussi très rapidement l’absence tout autant essentielle de certains ingrédients, à commencer par le cinéma. Ceci dit y a une petite qualité d’écriture ici et là… Ca pantoufle sévère mais on s’ennuie pas vraiment. Jusqu’à la conclusion, que je trouve incroyablement faux-cul et glauque.

Il a déjà fait un vrai bon film François Damiens ? (question purement rhétorique, j’ai déjà ma petite idée)

Spoilers à gogo: les personnages principaux interprétés par Philippe Caroit et Ingrid Chauvin, qui sont très attirés l’un par l’autre, pourraient avoir le même père. OK. Ils font donc un test de paternité, ou un test ADN, je sais plus et on s’en fout et en gros, au moment où ils ouvrent l’enveloppe pour découvrir les résultats, soit ils se sautent dessus, soit ils repartent la queue entre les jambes (oui je suis vulgaire mais c’est ce que dit et montre littéralement la scène en question).

Évidemment, les résultats sont négatifs: ils n’ont pas le même père, ils peuvent niquer en toute impunité. Normal, on est au cinéma, on est là pour montrer des gens qui s’aiment et niquent, pas des gens de la même famille qui s’aiment mais ne niquent pas.
Mais alors que ce serait-il passé si les résultats s’étaient révélés positifs? Parce que le film joue énormément là dessus en réalité. On nous montre les 2 personnages la langue pendante, le regard de braise pour elle, le bout tout rouge pour lui, putain, ils ont même réservé une chambre d’hôtel en prévision de l’issue qu’ils souhaitent tous les deux ardemment ! La réalisatrice joue sur un suspense sacrément tordu, à tel point qu’on pense pendant tout le film, mieux, au cours même de la fameuse scène de la révélation, qu’ils sont bien (demi)frère et sœur.

Je sais pas, évidemment on est pas dans Game of Thrones, et j’aurais pas souhaité que l’issue soit différente et qu’ils vivent un amour incestueux mais je trouve ça hyper glauque de nous les montrer en train de se consumer de désir tout en nous laissant imaginer qu’ils aient le même père. Tout ça dans un feelgood movie de base, une sorte de chronique familiale qui vire à la comédie romantique. Tranquille.

Bon après, de quoi je parle là ? Ôtez-moi d’un doute est évidemment tout naze et parfaitement dispensable, c’était juste une réflexion comme ça, pour dire rien du tout.

A Deadly Adoption / Grossesse sous surveillance – critique

C’est un téléfilm donc je ne l’inclurai pas dans mon bilan cinéma annuel. Mais ça mérite quelques mots car c’est un « objet » vraiment unique.

Le pitch: Un couple s’attache les services d’une jeune femme, afin qu’elle soit la mère porteuse de leur enfant. Ils l’accueillent chez eux, mais l’innocence de la future maman est trompeuse… (Allociné.fr)

Il s’agit en réalité d’une parodie de ces téléfilms comme on peut encore en voir tous les après-midis sur TF1 ou M6 notamment, à base de familles parfaites et parfaitement heureuses, victimes un jour d’un drame terrible (maladie incurable de la maman ou du petit dernier) ou jouets d’une baby sitter maléfique en quête de vengeance.

Mais c’est une parodie d’un genre très particulier puisqu’on serait bien en peine d’y déceler quelque décalage que ce soit. On se situe donc davantage dans le registre du pastiche, mais là aussi, d’un pastiche qui tiendrait carrément du copié-collé.

Tout répond en effet aux canons du genre : A Deadly Adoption aligne les poncifs du genre avec une science consommée et une application remarquable. Rien, absolument rien ne manque : ouverture plan aérien avec la petite musique qui va bien, maison de rêve, couple idéal (lui, auteur à succès, elle, tient un stand de produits bio dans leur petite ville proprette), drame « fondateur » (enceinte de leur 2ème enfant, elle le perd suite à un accident sur le ponton du lac au bord duquel ils vivent; le 1er, une adorable gamine évidemment blonde comme les blés, souffre de diabète, ET JE TE PRIE DE CROIRE QUE CA AURA SON IMPORTANCE A UN MOMENT), arrivée de la mère porteuse forcement suspecte (elle est brune, jeune et bonne, si ça c’est pas suspect), meilleur ami de la mère forcément gay, twist de la mort, répliques entendues mille fois (« How could you do this to our family? », « I’m your new mommy now ») etc etc jusqu’à l’inévitable happy end et l’indispensable carton final « inspiré d’une histoire vraie ». Vu et revu mille fois, hyper prévisible. Zéro gag, zéro second degré.

Alors quoi ? Pourquoi s’intéresser à ce qui ressemble, de près comme de loin, à une grosse daube ? Et surtout, pourquoi ça serait une parodie ?
Parce que les rôles principaux sont tenus par Kristen Wiig et Will Ferrell bien sûr (et que c’est produit par Adam McKay, le binôme de Ferrell).

a deadly adoption
Alors évidemment, tout ce qu’on voit à l’écran est à recevoir très différemment… Et là où ils sont décidément très forts, c’est qu’ils jouent le jeu à fond, sans jamais montrer de signe qu’ils s’adonnent à un exercice parodique encore une fois : si quelqu’un regarde A Deadly Adoption sans rien savoir d’eux, il ou elle croira à un véritable téléfilm Lifetime (la chaîne qui les diffuse principalement aux Etats-Unis, et qui l’a diffusé il y a quelques mois; un genre de Téva pour faire court). Ferrell est parfait en père de famille vertueux et successful, Wiig impeccable en housewife comblée puis bafouée mais, mère courage, prête à tout pour sauver sa famille. Tout juste peut-on noter que Ferrell arbore une fausse barbe un peu grossière mais ça aussi ça fait souvent partie du cahier des charges du genre. Wiig déploie quant à elle une garde robe absolument irréprochable de soccer mom 2.0.

Le radicalisme de la démarche amuse donc mais impressionne aussi pas mal : si aucun signe, manifeste ou pas, ne dévoile le caractère factice et parodique de l’entreprise, où est-ce qu’on se situe ? On peut légitimement penser aux happenings d’Andy Kaufman, à une video d’art contemporain même, pourquoi pas ?

A Deadly Adoption offre aussi un aperçu de ce qu’aurait pu être la carrière de ces 2 génies comiques s’ils avaient décidé, comme bon nombre de leurs congénères avant eux, de donner à leur carrière un virage dramatique (connu en France comme « syndrôme Tchao Pantin« ).
A défaut, et en optant à l’opposé pour le franchissement d’un nouveau palier via un geste purement gratuit et théorique, il est une nouvelle preuve que ces 2 là peuvent tout se permettre et qu’ils sont décidément très, très au-dessus de la mêlée.