Kurt Vile – Wakin on a pretty daze – critique

J’aurais pu me contenter d’y revenir dans mon futur top 2013 au sein duquel il occupera une place de choix mais j’avais envie de réserver à ce disque un billet unique. Un talent de songwriter (et de guitariste !) comme celui-là, il n’en éclot pas tous les 6 mois.

Kurt-Vile-Waking-On-A-Pretty-Daze
Même si Kurt Vile est in da house depuis déjà quelques années. 4ème album il me semble mais j’ai l’impression qu’il est encore largement ignoré en France : il bénéficie du soutien indéfectible d’Uncut en Grande-Bretagne et de Pitchfork aux USA mais ici… Il a pourtant sorti il y a 3 ans un véritable classique instantané de folk moderne, Smoke Ring for My Halo.

Wakin on a pretty daze est immédiatement identifiable (rhaaaaaa cette intro… Sans doute mon morceau préféré de 2013) mais il se révèle vite assez différent. Beaucoup plus long, plus varié aussi, il est davantage le fruit d’un travail d’un groupe : l’album typique du mec qui a tourné pendant de longs mois et qui a envie que cette atmosphère soit immortalisée sur son nouvel album studio.

Ce que j’aime par dessus tout je crois dans les disques de Kurt Vile, c’est qu’ils sont de véritables disques de folk urbain : même quand il joue acoustique, dépouillé, on ne voit pas d’images mentales de la campagne, ou des grands espaces, on voit la ville, les immeubles, les graffitis, les gens qui font la gueule. A ce titre, écouter ses chansons au casque dans les transports en commun ou dans la rue est une merveilleuse expérience. C’est particulièrement le cas sur cet album-ci puisqu’il est plus électrique que ces précédents. Mais même :  tu peux faire le test avec Smoke Ring for My Halo, tu verras, ça fonctionne du feu de Dieu et c’est une belle expérience.

Ce qui rend ce disque particulièrement touchant enfin, c’est que derrière son image de pothead chevelu et narquois (ce dont il se défend mollement dans le beau Gold Tones), Kurt Vile fait l’éloge de la vie domestique et familiale. Comme si le slacker y avait trouvé son Graal. Glander à la maison avec femme et enfants après avoir glandé ado avec ses potes, c’est ça le bonheur ultime pour Kurt Vile.

Bon, y a peut-être un ou 2 fillers comme disent les anglo-saxons (des titres superflus, dont on aurait pu se passer) mais tout le reste est d’une telle constance dans l’excellence… Wakin on a Pretty Daze est un des temps forts de cette belle année musicale.

King Tuff – Connexion café, Toulouse

KingTuff
Une quarantaine de personnes seulement pour assister à ce concert dans un bar habituellement dévolu à de l’electro merdique.
Après une première partie locale que je suis bien content d’avoir évité (je suis arrivé sur leur dernier morceau) le King Tuff trio installe son matos tranquilou dans la bonne humeur et en se faisant des hugs tro kawaii.
Ils  annoncent arriver du Primavera et racontent y avoir passé un bon moment. Ils prolongent le plaisir en sirotant du vin rouge sur scène.

Set très court de 45 minutes mais il en fallait pas plus : passé cette durée, ça peut lasser. Là c’était parfait : une douzaine de bombinettes power-pop enchaînées à tombeau ouvert et interprétées de manière un poil hasardeuse (le nombre de breaks ratés par le batteur: lolilol).
King Tuff (aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est un pseudonyme: il s’appelle Kyle Thomas) apparait fidèle à ses chansons: débonnaire, souriant, sans doute un peu pété en permanence. C’est un mec qui introduit une chanson par « you guys make the best wine this song is called I’ll still be a freak when I’m dead » et qui colle parfaitement à la chanson et à cette image de slacker éternel : look de roadie-redneck avec blouson sans manches bourré de badges et clouté « King Tuff » dans le dos. Et une casquette de trucker, forcèment. Très bon look du bassiste moustachu également dans un registre surfer calif’ sur le retour davantage porté sur la bibine que les rouleaux.

Sur Keep on Movin, merveilleux tube évidemment ignoré, King Tuff chante « I let my guitar drool/ That’s how I stay so cool ». Bref, on sent bien le mec qui a davantage potassé les oeuvres complètes de Joey Ramone que celles de Fitzgerald ou Faulkner. Et c’est ça qui est bon ! Thomas possède un vrai talent pour la catch phrase un peu débile mais réjouissante, de préférence parée d’un enrobage hyper mélodique et accrocheur. Car sous ses allures de branleur, le gars écrit des compos inattaquables, toutes des classiques et tubes en puissance. Il faut vraiment écouter son album sorti l’an dernier, c’est une source ininterrompue de joie et de plaisir.

Pas grand chose à dire de plus: c’était court, intense, jouissif et un peu couillon comme un bon single punk-pop. Une chouette soirée « sixteen again » en somme.

Et là, le coup de théâtre, le twist de la mort, digne d’une apparition d’Ole-Gunnar Solskjaer dans les arrêts de jeu: je vois en sortant de la salle que Melody’s Echo Chamber joue au même endroit le lendemain. Non mais c’te folie! Dingue! 3 concerts en 4 jours! Wouuuuuuuuuuuuuuuuh! Spring break forever bitches!

Donc, demain, compte-rendu du concert toulousain de Melody’s Echo Chamber.

Melody's Echo Chamber