Santiago Bernabeu

Il m’a fallu un petit peu plus de 30 ans mais le weekend dernier, je suis enfin allé voir un match de mi Madrid au Santiago Bernabeu. Le Real et moi, j’en ai parlé dans cet article.

Ce qui m’a frappé en sortant du métro, c’est que le stade est tellement intégré au paysage urbain qu’on ne le remarque pas vraiment. Ma première impression a été celle d’un immense immeuble entouré d’autres immenses immeubles, pas celle d’un stade. Ou alors il faut débarquer d’un autre endroit pour en saisir pleinement la nature de stade. Ou encore j’étais trop excité/ému pour avoir la vue claire, c’est possible aussi.
Parce que bon, après tout ce temps, tous ces matches, toute cette souffrance consentie, si ce n’est chérie, toutes ses joies aussi, quand même (j’ai vécu 6 victoires en Ligue des Champions bordel !) se retrouver enfin là devant… Grosse émotion.

Alors il faut être honnête, tout n’est pas rose (ou plutôt blanc) :

– quand on arrive bien à l’avance comme tout bon novice qui se respecte (j’étais excité), on réalise pleinement que Santiago Bernabeu/le Real Madrid aujourd’hui, c’est un peu (beaucoup) Disneyland, avec les hordes de fans/touristes étrangers venus instagramer leur Real Madrid experience et laisser leur pognon dans tous les goodies possibles et imaginables (et on t’en vend des merdes je te prie de croire). Bravo Florentino, t’as fait du bon boulot.
Bon, c’est le lot de tous les plus grands clubs j’imagine, et le mes que un club, malgré la mesqueunclubitude dont il se vante tant, n’y échappe pas lui non plus. Mais le Real Madrid, institution universaliste s’il en est, doit, j’imagine, exploser tous les records à ce niveau-là. Ainsi, beaucoup de Russes et de Chinois notamment, sans trop de surprise, traînent autour du stade mais aussi beaucoup de Sud-Américains. Pas mal de Britanniques floqués « Bale« aussi (il joue pas puisqu’il est évidemment encore blessé). Les maillots des Espagnols quant à eux portent majoritairement les noms de Ramos, d’Isco et d’Asensio, la nouvelle idole (blessé lui aussi).

– Il faut dire en outre que c’est compliqué de choper une place. Il faut passer par un prestataire intermédiaire qui ne l’obtient (la place) qu’au dernier moment: je l’ai eue la veille au soir seulement et il n’est pas rare de la recevoir en mains propres le jour même du match.
En fait ces places là (celles que les pékins comme toi ou moi peuvent parfois acheter) sont celles d’abonnés qui ne se rendront pas au stade. D’où mon ciblage d’une affiche moins intéressante (Malaga, 19ème avant la rencontre): pour un match contre l’Atletico, le Barca ou le Bayern, il doit falloir passer par le roi d’Espagne si on est pas abonné.

– Conséquence logique et directe du point ci-dessus: ça coûte une blinde. Pour un ToulouseGuingamp, c’est limite si on te paie pas. Là non, clairement. Bim.

Ramos est blessé (Lucas Hernandez lui a pété le nez lors du derby contre l’Atletico le weekend précédent).

Modric sur le banc. Ca ça me fait vraiment chier, davantage que les absences de Ramos ou Asensio car c’est mon joueur préféré dans l’effectif de ces dernières années.

MAIS MAIS MAIS

Le Real ça n’est pas QUE Disneyland évidemment. C’est un club plus que centenaire dont la légende n’est plus à écrire depuis plus d’un demi-siècle et dont bon nombre de traditions ont été maintenues malgré tout.

Et c’est mon club, tout simplement.

Du coup, je laisse tout ça facilement de côté lorsque je pénètre enfin dans l’enceinte (je suis arrivé une bonne demie-heure avant l’ouverture des portes. J’étais excité) :

– Le stade est magnifique, à la fois gigantesque et étrangement accessible. C’est aussi dû au fait que je suis placé pas loin d’un poteau de corner, donc relativement près de la pelouse. Mais curieusement, j’ai eu du mal à concevoir qu’il pouvait accueillir plus de 80 000 personnes, ce qui est pourtant le cas. Pour situer, Santiago Bernabeu peut donc accueillir la population de Béziers, Antibes, La Rochelle ou Pau. Avec un peu de marge. C’est pas le plus grand stade du monde évidemment (le Camp Nou a une capacité supérieure pour ne citer que lui) mais c’est con, je l’avais jamais envisagé de cette manière. Sans doute parce que je n’y avais jamais mis les pieds.

– Il est entièrement blanc et bleu, soit les couleurs du club: les aberrations chromatiques des tenues away et third de ces dernières années ne l’ont pas encore contaminé, ça fait plaisir. Tout comme on ne parle plus de naming pour l’instant, même si je ne me fais pas d’illusion.

– Les joueurs sont venus s’échauffer de mon côté. Non seulement sur « mon » but mais près du poteau de corner devant lequel j’étais installé ! Ca c’était vraiment super cool car bien sûr inattendu, n’ayant pas pu choisir l’endroit où je serais assis exactement:

Sans surprise, Marcelo a été le seul joueur, avec Isco, à saluer les supporters présents lors de l’échauffement
Les 10 joueurs de champ du jour, de gauche à droite (Kiko Casilla était gardien ce jour-là, Keylor Navas revenant à peine de blessure): Benzema, Isco, Marcelo, Ronaldo, Casemiro, Varane, Carvajal, Lucas Vazquez, Kroos, Vallejo. En survet noir au milieu des joueurs, David Bettoni, fidèle bras droit de Zidane.

– Le stade est à moitié vide 5 mns avant le coup d’envoi, puis tout à coup presque plein (75 000 spectateurs pour recevoir l’avant-dernier au classement quand même!)

Tout le monde n’est pas encore installé lorsque les 2 équipes entrent sur le terrain

– Un stade qui siffle pas mal CR7 à l’annonce de la composition des équipes. Petit plaisir perso. Benzema a droit à quelques sifflets également, Zidane à des applaudissements nourris. Belle ovation enfin pour Michel, ancienne gloire de la casa blanca (et accessoirement mon idole footballistique éternelle), c’était prévisible: il fait partie de ces anciens joueurs dont la fidélité au Real n’a jamais été démentie.

– Un stade de 80 000 personnes qui ronronne gentiment la plupart du temps et rugit tout à coup pour un enchaînement de Marcelo, un crochet d’Isco ou un tacle de Carvajal. C’est la réputation de Santiago Bernabeu et ce à quoi je m’attendais (un public de gâtés pourris qui ne s’enflamme pas à le demande mais choisit ses moments), je n’ai pas été déçu: rarement « vu » autant de monde rassemblé dans un si petit espace faire si peu de bruit. Mais quand ça se réveille, c’est impressionnant. J’ose pas imaginer ce que c’est lors des grosses affiches européennes contre la Juve ou le Bayern.

– Et pour cause: les spectateurs occasionnels tels que moi sont malgré tout minoritaires. Le club compte près de 80 000 abonnés dont plein de vieux socios qui débarquent avec leur coussin et leur paquet de pipas, qui discutent de tout et de rien, débrifent la semaine (l’actualité du club mais aussi la leur) donnent l’impression de se foutre de ce qui se passe sur le terrain mais n’en loupent pas une et réagissent au quart de tour dès qu’il se passe quelque chose de notable (surtout côté arbitral évidemment).

Toni Kroos, numéro 3 de mon top 3 joueurs préférés de l’effectif 2017 (1. Modric 2. Marcelo 3. Kroos) est venu taper un corner de mon côté. Du coup j’ai dérogé à ma règle de ne pas prendre de photo pendant le mach

– Le Real a été nul et le match moyen mais y a eu du suspense et j’ai vu 5 buts. Ca s’annonçait facile après l’ouverture du score rapide de Benzema mais Malaga est revenu 2 fois au score et aurait même pu espérer mieux. La libération est survenue de « mon » côté sur un penalty raté par CR7 qu’il a lui même repris après que Roberto, le gardien de Malaga l’a repoussé dans ses pieds. J’ai donc vu CR7 rater un péno ET marquer un but, double plaisir.

– Et pour couronner le tout, Modric est entré en jeu en milieu de 2ème mi-temps: j’ai pu assister à 2-3 accélérations-orientations bien senties, tout comme à un enchaînement de Marcelo (auteur d’un très mauvais match par ailleurs), des interventions bien tranchantes de Varane et Carvajal (le premier a joué en patron en l’absence de Ramos, il m’a fait forte impression), un petit festival technique de Benzema et quelques autres sucreries.

C’était génial quoi même si c’est passé super vite… Mais je reviendrai, c’était trop bon!
J’ai essayé de rester sobre dans ce compte-rendu, tout comme j’ai tâché de pas trop montrer mon émotion/excitation au milieu des socios m’entourant et qui en ont vu d’autres mais ce fut un très, très grand moment et une intense émotion.

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Clasico – Thibaud Leplat – critique

Le titre complet est Clasico, Barcelone/Real Madrid, La guerre des mondes.
Deuxième ouvrage de Thibaud Leplat dans ma série « foutchebol à lire », et pas des moindres évidemment : il était sur mes tablettes depuis longtemps, en tant que supporter madrilène, je ne pouvais pas passer à côté.

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Clasico, c’est donc l’histoire de ce qui constitue, dixit l’auteur lui-même, « la plus grande rivalité sportive du XXème siècle ».

Leplat construit son ouvrage très rigoureusement : il démarre avec ce qui a inspiré son désir d’écrire la dessus j’imagine, ou qui a déclenché l’acte, à savoir le climax de cette rivalité qui s’est incarné à la fois à travers les figures des 2 principaux protagonistes, José Mourinho d’un côté, Pep Guardiola de l’autre, et à travers les 4 confrontations survenues en 2 semaines au mois d’avril 2011 (championnat, finale de la Coupe du Roi, demie-finale de la Ligue des Champions). Il commence par ça et termine son bouquin par un récit plus détaillé du passage de Mourinho à Madrid, ce qui lui permet ainsi de boucler la boucle.

Au miyeu, il déroule la chronologie des dates et événements fondateurs de cet antagonisme ultime. Leplat raconte tout avec brio, avec un maximum d’objectivité (j’y reviendrai), en s’évertuant constamment de contextualiser et de prendre en compte les spécificités de chacune des parties.

L’occasion de définitivement combattre certains préjugés qui ont la vie dure :
– le Real, suppôt du franquisme : en réalité, c’est seulement lorsque le Real a commencé à tout péter que Franco y a vu l’opportunité d’une vitrine pour l’Espagne et pour son régime, ce n’est pas lui qui a « fait » le club. Leplat rappelle ainsi qu’après la victoire de Franco et durant une bonne décennie, c’est le Barca qui domine outrageusement la Liga et que ça ne dérange nullement le gouvernement central, au contraire (ça fait office de « dérivatif » pour les catalans).
– De même sur le transfert d’Alfredo Di Stefano, première grande figure du madridismo, que Franco aurait soit disant favorisé: c’est en réalité l’incompétence des dirigeants barcelonais, leur incroyable amateurisme, qui a conduit la saeta blanca à Madrid, alors que son 1er choix était effectivement le Barca. Episode encore aujourd’hui peu connu et passionnant.
– Idem sur la coupe d’Europe, LA compétition qui a fait du Real ce qu’il est : la première édition se fait sur invitation et le FC Barcelone, le club numéro de l’époque je le rappelle (début des années 50), est invité. Mais il décline cette invitation (au profit de… la coupe des villes de foire!), laissant de fait la place au Real. On connait la suite, c’est en Europe que se forge la légende madrilène.
– Le transfert de Luis Figo : ça c’est un épisode dont bizarrement j’ignorais les détails, alors que je l’ai vécu. Je savais seulement que le portugais aurait voulu poursuivre à Barcelone et qu’il a choisi Madrid pour une simple histoire de sous-sous dans la po-poche. Gros coup de pute de Florentino Perez là, je comprends qu’ils l’aient eu mauvaise les culés, hihi.

Ces épisodes là, les détracteurs du Real s’en servent encore pour étayer leur ressentiment, voire leur haine. Les barcelonais en premier bien sûr, qui ont pu cristalliser à n’en plus pouvoir. Ca m’énerve un peu cette méconnaissance de l’Histoire et des faits mais c’est ce qui constitue en grande partie le socle de cette rivalité géniale donc bon.

Thibaud Leplat revient également sur la genèse du Barca moderne : au début des années 70, lorsque le régime de Franco commence à vaciller et à laisser un peu de mou, le sentiment nationaliste et la catalanité du club s’affirment de plus en plus. La bascule se fait définitivement avec l’arrivée de Johan Cruyff dont le fils naît à Barcelone : il le prénomera Jordi, alors que le gouvernement franquiste interdisait les prénoms catalans…

Au final, même si certains clichés sont battus en brèche, c’est bien 2 mondes en constante opposition que l’auteur nous présente.
Extrait:

« A Barcelone, l’équipe est une prolongation des préoccupations de la société. A Madrid, c’est une avant-garde aristocratique. Les premiers croient en l’égalité, en l’effort collectif et en la construction d’une identité commune. Les autres croient en l’universel et en l’évangélisation footballistique globale. Madrid croit au talent, Barcelone en la méthode. Di Stefano, Raul, Butragueño, Ronaldo; les grands joueurs ont forgé la légende du Real, pas les entraîneurs. »

Une « avant-garde aristocratique ». Grande remise fucking like this.
Une opposition de tous les instants qui évidemment, n’empêche aucunement les 2 clubs de se rejoindre sur les structures financières, notamment ces 10 dernières années, alors que leur antagonisme, leur popularité et leur puissance n’ont peut-être jamais été aussi forts. Avec néanmoins une différence essentielle là encore. Pour vendre, le Real n’a besoin que de la victoire, au contraire de son ennemi:

« La particularité […] du Barça est d’avoir élaboré un discours identitaire fort. Pour vendre, il faut être aimé. Pour être aimé, il faut gagner en faisant plaisir.[…] Mais pour être aimé, il faut aussi savoir donner [à l’UNICEF NDA]. Le Barça c’est un projet identitaire dans lequel il y a Cruyff, la Masia [le centre de formation du club NDA], la Catalogne et le compromis social. C’est beau. Pour info, le maillot à la boutique du club, c’est 104 euros. »

J’aime ce petit taquet gratuit en fin de démonstration.
Car oui, Leplat est un madridista. En conclusion de son ouvrage, il se livre à un long entretien avc Jorge Valdano. Certes, ce dernier est connu pour sa mesure, son intelligence, son recul, et il peut aisément clamer son admiration pour le grand rival mais il est et sera toujours 100% dévoué au Real.
Il remet ainsi les choses à leur place lui aussi : oui, le Barca fait jouer les jeunes issus de son centre de formation, et c’est exceptionnel à ce niveau mais le centre de formation qui « sort » le plus de joueurs professionnels, c’est la Fabrica, celui du Real et de loin (le double). Simplement, ceux ci n’ont que rarement accès à l’équipe première, ils sont obligés de s’exiler dans d’autres clubs (ces dernières années, le Real a ainsi « laissé filer » Juan Mata, Alvaro Negredo, Roberto Soldado ou encore Alvaro Morata, qui cartonne à la Juve).
Il met également un terme aux préjugés idéologiques qui voudraient que le Real soit un club de droite et le Barça un club de gauche :

« Le Barça a eu Vazquez Montalban [célèbre romancier, poète et essayiste pro-indépendantiste et supporter du club NDA]. Madrid n’a pas eu de figure intellectuelle comparable. Celui qui a besoin d’élaborer tout un discours, c’est celui qui perd, pas celui qui gagne [et bim NDA]. Le Real Madrid gagnait sans avoir à fournir d’explications, sans trouver d’excuse pour créer un facteur identitaire. L’identité du Real, c’était le triomphe. Point. »

Barre, à la ligne.

En conclusion, ce qu’expliquent à merveille Jorge Valdano, Thibaud Leplat et son ouvrage Clasico, c’est que le Barça a toujours été dans la réactivité et a dû opposer une construction idéologique à la construction sportive de son rival.

Super bouquin, super lecture, que je conseille à tous les amateurs de foot, voire de sport, compte tenu de la place que les 2 clubs ont prise ces dernières années à tous les niveaux.

Quarts de finale Ligue des Champions 2014-2015

Ils sont les meilleurs
Sie sind die Besten
These are the champions

Die Meister
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Les grandes équipes
The champions

Je m’en lasse pas. Le morceau de musique classique préféré de Karim Benzema (true story).

En guise de préambule, si tu veux rigoler un bon coup et te foutre de ma gueule, tu peux jeter un oeil à ma nalyse pré 8èmes de finale. Grande remise, le blog numéro 1 sur les pronostics.

Atletico Madrid – Real Madrid

Comme ça va vite… Fin 2014, le Real était absolument intouchable, effrayant toute l’Europe du football. Certains évoquaient même la possibilité d’un contrat à vie pour Carlo Ancelotti… Aujourd’hui, après un terrible passage à vide en janvier-février (dû à l’absence, notamment, de la paire PepeRamos. Varane est super doué et prometteur mais va falloir se calmer, il n’est encore « que » prometteur, il lui reste beaucoup à apprendre), l’équipe semble en reconstruction et manque de confiance/repères. Le match à Barcelone a néanmoins montré de très belles choses (défaite très injuste) mais voilà, alors qu’on aborde le money time, tout semble à refaire ou presque. On évoque même un départ d’Ancelotti pour Manchester City… Quoiqu’il en soit, ça va un peu mieux : le retour en forme de Luka Modric, le Johan Guetta des Balkans, est essentiel. C’est LUI l’équilibre de l’équipe.
Côté Atletico en revanche, c’est d’une constance assez hallucinante : oh, ils se ratent bien sur un match ou 2 par-ci, par-là (comme ce weekend à Malaga d’ailleurs), mais une telle intensité, une telle envie et une telle qualité sur une 2ème saison d’affilée, c’est bluffant. Bravo à eux et à leur gourou, Diego Simeone, pour lequel les joueurs semblent prêts à tout sacrifier. C’est LA bête noire du Real sur les 2 dernières saisons, ils leur ont collé une danse monumentale début février (4-0, score flatteur pour le Real). J’ai peur. Très peur.

Paris Saint Germain – Barcelone

Oui, ça va vraiment très vite… Fin 2014, Luis Enrique était sur un siège éjectable. Aujourd’hui, l’attaque du Barca (Keen VHannibal Lecter-un expert comptable, pour mémoire) foutrait la trouille aux avocats de Sarkozy eux-mêmes, qui sont pourtant blindés.
Et le PSG… Bah, je me suis tellement planté en ce qui concerne leur confrontation face à Chelsea que je m’autorise plus aucune opinion. Ils m’ont fait vibrer ces cons !
Ceci étant, le match retour sera la 8ème confrontation entre les 2 équipes depuis 2 saisons, la 4ème celle-ci : les limites, déjà constatées évidemment, de cette formule « fermée » de la Champion’s League.

Juventus Turin – AS Monaco

Après l’élimination d’Arsenal, tous les observateurs s’accordent à donner de bonnes chances à cette belle équipe d’exilés fiscaux mais… Mais c’est oublier un peu vite que face aux londoniens, au match aller, les monégasques ont eu énormément de réussite, transformant 3 fois autant d’occasions, et ont serré très fort les fesses au match retour, faisant littéralement sous eux à chaque attaque des Wenger boys.
Et puis, même si Pogba est absent (il est si énorme que ça ce mec? Sérieux? J’attends pour ma part de le voir évoluer dans un vrai championnat l’année prochaine), c’est mettre de côté un peu vite que la Juve cette année c’est toujours Buffon, Pirlo, un Tevez en feu et un Morata en constante progression : le Real dispose d’une option de rachat « préférentielle » du joueur à l’issue de la saison prochaine. S’il continue sur sa lancée actuelle, il sera rapatrié à Bernabeu, ça fait pas un pli.
Belle confrontation en perspective en tout cas, avec un soutien inconditionnel de Grande remise pour la thune chelou contre la classe ouvrière. La base.

FC Porto – Bayern Munich

Non content d’avoir violé le Chakhtior Donetsk lors des 8èmes, le Bayern bénéficie du tirage dont tout le monde rêvait. Quelqu’un pour douter de leur passage en douceur ? Pas moi en tout cas : avec un Real en perte de vitesse et un Barca sans doute encore trop fragile défensivement, le Bayern est désormais LE favori de cette édition 2014-2015 de la Ligue des Champions. Je vois mal qui pourrait empêcher Xabi Alonso de soulever un 3ème trophée avec un 3ème club différent, même si ça me fait mal de l’admettre.

Tirage au sort 8ème de finales Ligue des Champions 2015

Ils sont les meilleurs
Sie sind die Besten
These are the champions

Die Meister
Die Besten
Les grandes équipes
The champions

Aaaaaaaaah, c’est bon ça !
Allez, un petit débrief rapido du tirage au sort des 8èmes de finale, tranquilou bilou, ça mange pas de pain.

FC Bâle – FC Porto
Aka l’affiche dont tout le monde se branle aka un quart de finale tranquille pour leur prochain adversaire aka… Rien d’autre. On s’en fout de ce match.

Paris Saint Germain – Chelsea
C’est un grand classique des media français mais c’est toujours aussi cocasse de contempler les anciens exégètes du PSG changer de position du tout au tout en l’espace de quelques heures (même pas 2, soit la durée du match Barcelone-PSG de la semaine dernière) et ne pas avoir de mots assez durs pour l’équipe parisienne. Alors que soyons sérieux 2 minutes : qui a pu croire un seul instant qu’une équipe dont 2 des cadres sont d’anciens remplaçants du Barca (Maxwell et Thiago Motta) pouvait rivaliser face au Real, au Bayern, à l’Atletico, à la Juve, à Man City etc. Et à Chelsea, évidemment, que je tiens pour un demi-finaliste quasi certain. Font peur cette année ces cons…

Manchester City – Barcelone
Man City c’était « el bombo » comme disent les espagnols, soit l’épouvantail du tirage au sort. Une équipe à l’effectif chaque année plus impressionnant, emmenée par un technicien hors pair (Manuel Pellegrini; j’ai encore honte de la manière dégueulasse dont il a été viré du Real) et qui a enfin réussi à passer la phase de poules. Maintenant que la malédiction est brisée, tout est possible. Je suis évidemment RAVI de cette confrontation même si le match retour au Camp Nou risque de peser lourd.

Bayer Leverkusen – Atletico Madrid
Leverkusen c’est quand même un club sponsorisé (voire fondé il me semble) par un mastodonte de l’industrie pharmaceutique et ça, ça m’a toujours fait un peu flipper. Avec un logo d’aspirine sur le maillot, ces aspirines que je prenait diluées dans un peu d’eau et une petite cuillère quand j’étais petit. Brrrr… Atletico donc, tranquille. Belle saison des colchoneros l’air de rien, malgré un effectif pas mal renouvelé.

Juventus Turin – Borussia Dortmund
il faut savoir que la Juve est un club que j’exècre du plus profond de mon âme (top 3 des clubs honnis : 1 Juventus 2 Bayern Munich 3 Manchester United. Le Barca est hors catégorie : c’est la Nemesis.) Tirage a priori hyper favorable pour eux, Dortmund est au fond du trou, de manière assez inexplicable. Mais les matchs auront lieu en février, avec un retour dans un des stades les plus chauds d’Europe… Bah, n’importe quoi :  c’est plié, la Juve est l’un des gros outsiders de cette compétition.

Chakhtior Donetsk – Bayern Munich
Non affrontement total : le Bayern marche sur l’eau en ce moment, continuera de marcher sur l’eau en février, en mars, en avril. En mai ? J’espère pas mais c’est l’un des 3 grands favoris de cette édition pour moi.

Arsenal – Monaco
Intéressant ça… Très intéressant :  une équipe qui n’a pas grand chose pour elle (Monaco) avec son effectif en bois, son public de hooligans en blazers et pulls sur les épaules, son entraîneur portugais au physique de carreleur… portugais, son non-style porté en étendard (« chiant à jouer » c’est pas un style) mais une grosse solidité défensive et une bonne tête d’invité surprise face à une équipe de pseudos cadors au mental en mousse et à la tronche d’éternelles victimes expiatoires. Serré donc selon moi et une confrontation que j’ai hâte de suivre.

Schalke 04 – Real Madrid
« Chalqueunoumfir » comme on dit quand on veut faire comprendre qu’on a fait allemand LV2, face à LE favori de cette édition (avec le Bayern et Chelsea donc). Le Real cette année c’est près de 4 buts par matchs (55 buts marqués en 15 matchs de championnat), 20 victoires d’affilée toutes compétitions confondues (série en cours), 25 buts en 15 journées de Liga pour CR7, une qualité technique hors du commun, des phases de jeu d’un autre monde, un Pepe stratosphérique qui n’a pas pris un seul carton jaune cette saison, un James Rodriguez hyper soyeux, un Isco iniestien, un Toni Kroos taille kommandänt qui a déjà fait oublier Xabi Alonso (attention au burn out quand même), un Benzema super classe etc etc etc. Je me régale. Tout autre « résultat » dans cette compétition qu’une finale serait une énorme déception.

Fever Pitch

Mon histoire avec le Real a débuté le 04 novembre 1987.

Je ne dis pas « mon histoire d’amour » car tu sais aussi bien que Nick Hornby et moi qu’il y a tout autant, sinon davantage de douleur et de souffrance là-dedans que de l’amour à proprement parler. En tout cas je m’en sors plutôt bien, je pourrai être supporter de l’Atletico ou du Stade Rennais (encore que, supporter de l’Atletico c’est pas si mal depuis 3-4 ans). Je pourrais même, qui sait, supporter Barcelone… Non mais t’imagines? J’en ai des frissons d’effroi…

Sauf que non, c’est le Real Madrid, et c’est donc très précisément le 04 novembre 1987 que tout s’est joué.

Jusque-là, je DETESTAIS ce club. Par pur esprit de contradiction : ma famille supportait le Real Madrid, il fallait donc que je me trouve d’autres favoris. Aussi simple que ça. Je me souviens pourtant avoir vibré dans mon lit en écoutant en douce à la radio les exploits de Camacho, Santillana ou encore Juanito, auteurs d’exploits incroyables en défunte coupe de l’UEFA notamment (l’ancêtre de la Ligue Europa), inversant plusieurs éliminatoires très mal engagées : victoire 6-1 contre Anderlecht après avoir perdu 4-1 à l’aller par exemple. Dingue ! C’est ainsi au cours de ces années là qu’est né le mythe madrilène de la remontada ainsi que celui d’el espiritu de Juanito, d’après l’état d’esprit bagarreur du premier numero 7 légendaire du Real (avant Butragueño et Raul). Mais je me forçais à contenir mon enthousiasme, je ne voulais pas le montrer. Petit con.
J’adorais sans restriction les allemands en revanche (au début des années 80, c’est les allemands qui étaient au top, et quand on est petit, on supporte les vainqueurs), et je te le dis sans détour : Séville, 1982, France-RFA, j’ai sauté de joie quand les blancs (déjà…) sont revenus au score. Un vrai petit con, vraiment.

Pour en revenir à Nick Hornby, et contrairement à ce qu’il explique si finement dans Fever Pitch, le Real ne s’est donc pas imposé à moi sans raison, comme un fait établi (auquel cas je les aurai supporté dès que j’avais l’âge de m’intéresser à ces choses là, par pur atavisme familial) : il s’est imposé à moi par la puissance de son expression footballistique.

Ce jour-là donc, le 04 novembre 1987, les merengues affrontent le FC Porto en 1/8ème de finale retour de la Coupe des Champions. Le match aller s’est soldé par un 2-1 ric-rac, les guesh sont champions d’Europe en titre, autant dire que le Real n’est pas vraiment en ballotage favorable. Mais ça je m’en fous : je m’installe pour regarder un « gros » match, pas pour vibrer pour l’une ou l’autre des 2 équipes.
Sauf que là c’est le choc. C’est Pet Sounds, Walden, Vertigo. Sous mes yeux, le football. Le Football mon vieux.

Les 11 coupables
Je l’ai encore ce maillot!

Porto marque dès la 22ème minute. A la mi-temps, les guesh sont donc qualifiés. Tout se joue en 2ème période, à l’entrée de Paco Llorente, joueur à l’allure un peu pataude, totalement inconstant, éternel espoir, déception permanente mais capable de fulgurances terrassantes sur son aile gauche. Ce soir-là, il fait l’amour à l’arrière-droit portugais pendant 45 minutes et nous gratifie d’un festival de crochets, de passements de jambes (putain, celui qu’il accomplit sur le but qui amène le 1-1 m’a hanté pendant des années), de débordements en tout genre.
Pour la faire courte, en 2ème mi-temps donc, c’est la leçon : 11 footballeurs atteignent une sorte d’extase collective qui décuple, centuple leur pourtant immense talent individuel. Le doublé du Real est inscrit par celui qui deviendra pour toujours mon héros footballistique absolu, Jose Miguel Gonzalez Martin del Campo, dit « Michel » (oui, LE Michel entraîneur de l’OM et tu vas me faire le plaisir de prononcer son nom « Mitchell ». Tout comme on dit Real Madrid et pas Real de Madrid). Cette 2ème mi-temps, c’est un choc esthétique pur et simple : les arabesques dessinées par les trajectoires de ces petites figures blanches sur fond vert s’impriment à jamais sur ma rétine. J’en suis ému aux larmes. Et je bascule, irrémédiablement.
Cette année là, le Real accomplit un superbe parcours mais se fait sortir salement par un très sale PSV Eindhoven en demi-finale (le même PSV qui avait sorti Bordeaux en quarts, avec notamment l’agression préméditée du poète Ronald Koeman sur Gentil Gana). Cette génération dorée, celle de la quinta del Buitre, ne sera jamais championne d’Europe. Mon plus gros chagrin de supporter, ex-aequo avec la finale de Roland-Garros perdue par McEnroe face à Lendl en 1984.

29 ans que ça dure cette histoire…
C’est complètement con, totalement absurde. Je sais tout ça, tu penses bien… Mais ce soir, je serai encore comme un couillon devant mon écran, à me lever toutes les 3 minutes comme si j’étais sur le banc de touche, et à gueuler comme un connard pour que 11 types en blancs viennent à bout de 11 types en bleu (tu sais bien toi, qu’il FAUT gueuler pour que ça passe). Pour assister, peut-être, comme en 2000, à un geste de ce genre (l’un de mes plus beaux moments de supporter ce match-là). Pour espérer qu’encore une fois, le très gâté et aristocrate public du Bernabeu entre en fusion comme il sait le faire lors des grands rendez-vous, lors de ces remontadas impossibles qui ont émaillé les épopées européennes des blancs. Pour que le Real Madrid élimine Manchester City en 1/2 finale retour de la Ligue des Champions.