Jeune femme – critique

Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ. Avec panache. (Allociné)

La scène de danse (avec malus réhabilitation-de-chanson-populaire-pourrie) est devenue un passage obligé de tout 1er film français et/ou de tout film français plus ou moins d’auteur (voir tout récemment encore dans Un beau soleil intérieur). Jeune femme échappe à la règle: il en compte 3 (la 1ère survient au bout de 10 petites minutes). C’est dire si le film est caricatural.

Jurisprudence Nick Hornby: elle danse LES YEUX FERMES

Et caricatural, il l’est, énormément, pendant sa première heure, alignant avec une rigueur quasi scientifique tous les clichés, toutes les scories du premier film d’obédience pialato-cassavetienne: personnage principal borderline censé être attachant (spoiler: elle est juste insupportable), interprété par une jeune actrice qui monte (Laetitia Dosch, dont on voit mal comment elle pourra échapper au César du meilleur espoir féminin), ancrage naturaliste, filmage au-plus-près-des-corps etc etc.

Bon, c’est un premier film, il est caricatural encore une fois, et même s’il est pas mignon et pas sympa, il a l’air sincère donc je veux bien être indulgent. Je suis bien luné, je suis au ciné au lieu d’être au bureau, confortablement installé et je mentirais si je disais que j’ai pas souri à 2-3 reprises.

Mais durant la dernière demie-heure, soit durant le money time, celui où il faut tout donner pour emporter la mise, il aligne tout aussi consciencieusement 3 moments de bravoure à l’envers, comprendre 3 gros frissons de la honte (que je ne dévoilerai évidemment pas) qui le font passer de « caricatural » à « embarrassant ». Le fragile équilibre (selon moi) qui a jusque là fait tenir Jeune femme, se brise irrémédiablement et je ne vois plus qu’un film prévisible, conformiste (conforme à ce qu’on attend d’un premier film français en 2017 s’entend), pénible, j’en passe. Il refuse certaines conventions certes (celles du feelgood movie girly pour faire court) mais seulement pour en adopter d’autres.

C’est donc une déception car je le sentais plutôt bien. Et j’insiste pas car le film a été très bien reçu, la critique est plus qu’élogieuse. « C’est pas toi, c’est moi » on va dire.

Elysium – critique

En 2150, la terre est devenue un immense bidonville à ciel ouvert (parce que multiplication des conflits armés, pollution, surpopulation, films de Leos Carax). Les nantis se sont exilés sur un genre de station orbitale, Elysium: tout y est propre, vert, cossu, WASP. Évidemment, les terriens (dans leur très grande majorité: pas vraiment WASP) n’ont qu’un seul et même rêve/objectif: pouvoir rejoindre un jour Elysium et y construire une vie meilleure. C’est le cas notamment de l’un deux, dont j’ai oublié le prénom, mais qui est évidemment interprété par Matt Damon.

A gauche, la fusion du Che et de Patrick Hernandez (sa canne est hors-champ)
A gauche, la fusion du Che et de Patrick Hernandez (sa canne est hors-champ)

Voilà pour le pitch: classique, efficace, sans chichis. Ce type de SF « sociale » dont Paul Verhoeven ou John Carpenter se sont faits de brillants représentants à quelques reprises, je marche toujours. J’aime ces univers faussement irréels : description d’un futur absolument cauchemardesque et inimaginable dont on se rend très vite compte qu’il est déjà une réalité à bien des niveaux et pour bien des personnes. Je résume donc à nouveau: la Terre = le Mexique ou n’importe quel pays du Tiers-Monde / Elysium = les Etats-Unis ou n’importe quel pays prospère et protectionniste.

District 9, le premier film de Neil Blomkamp fonctionnait déjà selon le même principe et fonctionnait d’ailleurs très bien : il déroulait un propos politique certes un peu superficiel et manichéen mais dans le bon sens du terme, dans le genre indispensable piqûre de rappel, illustration de réalités édifiantes.

Elysium suit le même chemin: les Terriens sont de vrais crève-la-dalle se débattant au jour le jour pour survivre tant bien que mal, les « élyséens » sont de vrais nantis bien têtes à claques comme il faut. Et le réalisateur a bien évidemment choisi son camp.
Je citais Paul Verhoeven et John Carpenter plus haut et c’est sans doute faire beaucoup trop d’honneur à Neil Blomkamp mais il tente très clairement de marcher dans leurs pas : la subversion, la violence un peu kitsch du premier, l’approche politique un peu manichéenne et désuète du second. Sans compter la tournure un peu New-York 1997 que prend l’intrigue à la fin de son premier quart (difficile d’en dire plus sans spoiler).

Le problème c’est que bien évidemment, Blomkamp n’est ni Verhoeven, ni Carpenter, loin s’en faut. Il n’a ni le sens de la provocation dérangeante du premier, ni le sens visuel du second. Son film manque donc singulièrement… de cinéma. Le manichéisme presque bienvenu que j’évoquais plus haut montre vite ses limites et si le côté vraiment bourrin des scènes d’actions et des saillies de violence gore amuse/réjouit une fois sur 2, il lasse également et logiquement une fois sur 2, d’autant que la lisibilité n’est pas toujours au rendez-vous.

Le final est une caricature de final de blockbuster genre t’es-bien-gentil-avec-ton-film-de-gaucho-mais-faut-finir-maintenant-et-si-possible-de-manière-à-ce-qu’on-te-laisse-faire-un-autre-film-après-celui-là-si-je-me-fais-bien-comprendre.

Mais j’ai bien aimé quand même. Un côté film de geek à 300 millions de dollars que je trouve toujours assez jubilatoire et sympathique (un peu comme Pacific Rim en somme). Malgré les nombreux défauts et les concessions de la dernière partie, j’en garde donc un sentiment positif.