Phoenix – Le Zénith, Toulouse

Je n’ai rien dit jusqu’ici mais c’est le moment de tomber le masque : Bankrupt! m’a beaucoup déçu. Je me bats avec lui depuis sa sortie, j’aime beaucoup certains titres, je lui trouve des qualités mais c’est pas vraiment ça :  si je suis parfaitement honnête, je n’y vois qu’un reboot, en moins bien, de Wolfgang Amadeus Phoenix.

Je ne comptais donc pas aller voir le groupe sur scène au cours de cette tournée (alors que je les avais vu 7 fois auparavant, dont 3 pour la tournée WAP). D’autant que ça y est, fini les petites salles : fini donc le Bikini à Toulouse, maintenant le groupe se produit au Zénith. Et le Zénith… Tu vois ce que je veux dire. Youssiwaddamine.
Bon finalement j’y suis allé.

Mon problème avec Bankrupt ! c’est que pour la toute première fois, un de mes groupes (contemporains) fétiches m’a déçu. Air, The Coral, les High Llamas, Super Furry Animals, Belle and Sebastian : bien entendu, j’aime certains albums nettement plus que d’autres, mais ils n’en ont jamais sorti de mauvais. Là… Je ne trouve pas Bankrupt !  mauvais mais, c’est peut-être pire, paresseux. Disons que le groupe m’avait habitué à un tel niveau d’excellence et surtout, était parvenu à se réinventer à chaque reprise. Là j’ai eu l’impression que les 4 années séparant les 2 albums n’avaient pas vraiment été mises à profit en quelque sorte. Aller voir le groupe sur scène c’était donc un moyen  de peut-être me réconcilier avec lui. Et puis après les péripéties de la semaine (3 concerts annulés à cause de la voix défaillante de Thomas Mars), je me disais que le groupe serait remonté à bloc et délivrerait une belle performance.

Arrivée à 20h piles (l’horaire inscrit sur le billet) et le Zénith est déjà plein comme oeuf : autant pour le traditionnel quart d’heure toulousain…
On sent tout de suite que le groupe a changé de dimension :  la taille de la salle bien sûr, mais la nature du public également. Jusque là, je dirais pas des hipsters mais un public très pop et branché, jeune et plutôt pointu. Au Zénith, beaucoup, beaucoup (vraiment beaucoup) de lycéens ou jeunes étudiants mais aussi beaucoup de néo-bourgeois toulousains issus des bureaux d’Airbus et/ou de la sphère rugby. Un public qui ne va pas au concert mais au spectacle.

1ère partie assurée par les américaines de Haim. Du rock californien lourdaud et un peu vulgaire, assez pénible (sur scène en tout cas, j’ai quand même bien envie de jeter une oreille à leur dernier album). Ca me fatigue très vite mais je me dis pourtant que c’est ce genre de musique qui faisait rêver Phoenix sur United et que ça serait pas mal qu’ils réintroduisent un peu de ce mauvais goût dans leur production. Haim ne joue qu’une demie-heure, c’est suffisant en ce qui me concerne.

Entracte (de la synth pop 80s, Fool to Cry des Stones, des percussions tribales) puis les lumières s’éteignent à 21h précises. Ca déconne pas au Zénith. Les accords d’Entertainment retentissent dans une salle vraiment blindée jusque dans ses moindres recoins. Manifestement, la voix de Thomas est revenue, pas de problème. Tout le monde est merveilleusement en place dès le début. Le son a tendance à s’envoler un peu (normal) mais il est de bien meilleure qualité que je ne le craignais, puissant et clair.

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Comme d’habitude avec Phoenix, ce qui impressionne, c’est la setlist : Entertainment, Lasso, Lisztomania, Long Distance Call d’entrée, évidemment, ça calme. Et ça ne faiblit pas :  le groupe ne sait composer que des tubes, c’est comme ça. Ou presque : les titres du dernier album, assez peu nombreux comme par hasard (4 au total) font un peu retomber l’excitation. Je veux bien croire que je suis un peu buté m’enfin… Bankrupt ! (le morceau) par exemple est un peu inséré à Love Like Sunset, la fin de Drakkar Noir est substituée à celle de Trying to Be Cool (comme dans l’excellent clip) : tout ça aurait quand même tendance à étayer ma théorie comme quoi les 2 derniers albums seraient très proches, trop proches. Ce concert ressemble d’ailleurs énormément à ceux de la tournée précédente, alors que, encore une fois, plus de 4 ans se sont écoulés.

Je fais la fine bouche bien sûr, je réagis un peu en amoureux déçu.
Malgré tout Phoenix sur scène, ça sera toujours des instants magiques pour moi, des instants qui me transportent complètement : l’intro de Too Young (ici judicieusement couplé à Girlfriend), celle de If I Ever Feel Better, l’euphorie débridée des refrains de Lasso et Consolation Prizes. Ou Rome, un de leurs sommets, toujours aussi puissant émotionnellement, joué en clôture avant que Thomas ne prenne un bain de foule sur une reprise du final d’Entertainment. Je retiendrai également une très belle version de Run, Run, Run et un joli Countdown en rappel intimiste.

En 1h25 montre en main.
Bilan plutôt mitigé donc même si j’ai conscience d’en demander beaucoup : concert de grande qualité, spectacle magnifique (sublime light show et belle utilisation de l’écran géant derrière la scène) mais tout ça m’a paru dénué de surprise, de prise de risques. J’en suis ressorti avec le sentiment renforcé que le groupe avait besoin de se réinventer.

Celà étant j’ai rererererereredonné sa chance à Bankrupt ! depuis samedi et, bien entendu, je le trouve de mieux en mieux.

#2 Air – The Virgin Suicides OST

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Air fait partie, tout comme Phoenix, les High Llamas, Super Furry Animals, The Coral, Belle and Sebastian (j’ai fait le tour en ce qui concerne les contemporains je crois), de ces groupes « frères », qui m’accompagnent depuis leur première note et ne m’ont jamais, absolument jamais, déçu. Ces groupes qui me font dire à chaque nouvelle livraison « voilà, c’est exactement ça, c’est MA musique ». J’insiste pas, tu m’as compris.

J’aurais donc pu choisir Moon Safari ou 10000 Hz Legend, que je juge tout aussi, sinon plus remarquables encore. Mais j’essaie autant que faire se peut de ne garder qu’un disque par artiste/groupe dans mon top (sauf exception beatleso-neilyoungo-kinksienne). C’est donc celui-ci parce que je le trouve extrêmement cohérent et puissant tout simplement. Aussi planant que Moon Safari mais beaucoup plus dark bien sûr. Gainsbourg meets John Carpenter meets Pink Floyd.

La musique de Air repose sur des fondations profondément ordonnées, cartésiennes, pragmatiques. Parfois trop, comme sur le très (trop donc) lisse Pocket Symphony, leur point de non retour. Rien de plus normal en fait : Jean-Benoît Dunckel était professeur de mathématiques, Nicolas Godin étudiant et grand amateur d’architecture. Mais sur la grande majorité de leurs albums et de leurs enregistrements, ils parviennent à totalement transcender ce côté un peu programmatique, souvent par la grâce d’une mélodie romantique, d’un simple changement d’accord au sentimentalisme exacerbé, pour atteindre une sorte de béatitude, d’extase electro-acoustique absolument époustouflantes. « Entre le cerveau et la main, le médiateur, c’est le cœur » : je connais peu de groupes illustrant aussi parfaitement et rigoureusement l’adage de Fritz Lang.
C’est par exemple le cas sur l’immense Suicide Underground qui clôt l’album en une lente, sourde, solennelle et funèbre explosion planante et synthétique dont 15 ans d’écoutes intensives n’ont aucunement terni la magie.

La petite minute, entre 2’20 et 3’10,, cette alchimie entre la basse de Godin, la batterie de Reitzell et les synthés in space de Dunckel, puis le cut, sec, et la reprise de la guitare, sèche elle aussi, mon Dieu… CA, cette petite minute là, encapsule définitivement pour moi la magie de Air et suffit à les faire entrer à jamais donc mon panthéon personnel.

Bon après, pour être un peu moins mélo-dramatique, j’aime aussi et plus simplement le fait qu’il ait été réalisé en équipe réduite, juste le duo et Brian Reitzell donc, un de mes batteurs préférés.

Brian, je t’assure, y a plus de poussière dans les coins là.

Je ne pense pas beaucoup m’avancer en écrivant qu’on fonctionne un peu tous de la même manière : il y a souvent un moment bien précis qui nous fait comprendre un disque ou une chanson, un moment M de totale empathie, une sorte de connexion cosmique, émotionnelle et intellectuelle à la fois qui logiquement reste gravée dans notre mémoire et associe tel disque/chanson à tel moment.

Cet album-ci m’a tout de suite plu et relativement impressionné (je me souviens l’avoir acheté dès le jour de sa sortie, il était vendu avec un t-shirt, que j’ai toujours d’ailleurs, oui, je suis soigneux, je possède des vêtements qui ont 10, 15, 20 ans et qui sont encore en très bon état, je suis soigneux mais pas maniaque tu vois, alors là forcément, c’est un t-shirt noir et il a un peu délavé mais c’est quand même « TA GUEUUUUUUUULE !!! ») mais il restera toujours associé à l’épreuve du Capes que j’ai passée, et ratée, la même année, sur l’île du Ramier à Toulouse. Je m’y étais rendu en écoutant le CD sur mon discman… Si ça se trouve tu sais même pas ce que c’est un discman… Quoiqu’il en soit, associer Capes et Virgin Suicides… Je crois que mon inconscient essayait de me faire passer un message ce jour-là.

Je garde aussi en mémoire ces propos de Nicolas Godin lors d’une interview télévisée quelques mois après la sortie du film. Il expliquait que Sofia Coppola avait en fait été relativement (quoique poliment) déçue par la bo qu’ils lui avait livrée : elle s’attendait à quelque chose de beaucoup moins sombre, de beaucoup plus moonsafarien (elle a d’ailleurs utilisé Ce matin-là dans le film). Du coup on n’entend pratiquement pas la musique composée spécialement par Air dans Virgin Suicides. Godin semblait le regretter un peu, forcément.
C’est à nouveau ce qu’ils racontent tous les 2 cette fois, à l’occasion du 15ème anniversaire la sortie du disque, et de sa luxueuse réédition, dans cette belle interview pour les Inrocks.